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« Nous invitämes plusieurs de ces Zélandais : venir dans la chambre, et tandis que M. Hodge. s'occupait à peindre les figures les plus expressives nous tâchions de les retenir assis quelques moniens en les amusant avec des bagatelles que nous lou montrions, et que nous leur cffrions quelquetor En général, ils avaient beaucoup de physionomie surtont Îles vieillards, qui portent une barbe et un chevelure blanche ou grise : des cheveux extréni ment touffus, qui tombaient en désordre sur| visage cles jeunes gens, accroissaient la férocité 4 leurs regards. Leur stature est la même que cel des habitans de la baie Dusky : ils avaient des vêt mens de phormium ; mais au lieu d’être entrel: cés de plumes, des morceaux de peaux de chi pendaient aux quatre coins de ceux des plus riche L'air commencant à être vif et les pluies très-fre quentes, ils avaient presque continuellement à tour de leur cou le manteau de natte dont ile parlé dans le premier voyage du capitaine Cov leurs autres vêtemens étaient ordinairement vie et sales, et moins proprement travaillés que: J'assure Île rédacteur. Les cheveux des femn étaient arrangés avec soin ; elles avaient une } rure de tête.
« Quelques heures après leur arrivée à bord, Indiens se mirent à voler et à cacher tout ce { tombait sous leurs mains. On en découvrit qui passaient de l’un à l’autre une horloge de sall ane lampe, des mouchoirs et des couteaux ; t
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DES VOYAGES. 09 chassa isnominieusement ces larrons, et on leur défendit de jamais rentrer sur notre bord. Accablés sous le poids de la honte, leur colère s’alluma , et l'un d’eux fit des menaces et des gestes frénétiques dans sa pirogue. Le soir ils débarquérent vis-à-vis des vaisseaux : ayant dressé de petites cabanes de branches d’arbres, ils mirent leur pirogue sur la greve ; ils firent du feu et grillérent du poisson pour leur souper.
« Deux ou trois familles de ces Indiens étabhirent leurs habitations près de nous; chaque jour ils péchaient,etnousapportaientce qu'ils prenaient. Nous ressentimes bientôt les heureux eflets de cette proximitÉ, car nous n'étions pas, à beaucoup près, aussi habiles pêcheurs qu’eux ; et nous n'avions aucune manière de prendre du poisson qui füt égale à celle qu'ils employaient.
« Le 30 mai, après-midi, on permit à la plupart des matelots d'aller à terre; ils y achetérent des curiosités du pays, et les faveurs des Zélandaises , malgré le dégoût qu'inspirait la malpropreté de ces femmes ; leurs joues couvertes d’ocre et d'huile auraient suffi seules pour en éloigner des hommes délicats ; mais quoique la puanteur les annoncät même de loin, quoique leurs cheveux et leurs vêtemens fussent remplis de vermine, qu'elles
mangeaient de temps à autre ; tel est l'ascendant d'une passion brutale, que des Européens civilisés cherchaiïent , avec elles, les douceurs de l'amour. € Durant ces ébats , une Zélandaise vola la veste
d’un de nos matelots, et la donna à un jeune homme de ses compatriotes. Le matelot voulant la lui arracher des mains, reçut plusieurs coups de poing. Il crut d’abord que l’Indien badinaït; mais comme il s'avancait vers le rivage pour rentrer dans la chaloupe, le naturel lui jeta de grosses pierres. Notre matelot entrant en fureur, redescendit à terre , alli saisir l’agresseur, et, commencant un combat à la inanière anglaise, il lui eut bientôt poché un œil et ensanglanté le nez; le Zélandais, probablement très-effrayé , refusa le défi et prit la fuite.
« Le 1°* de juin, des Zélandais que nous n'ivions pas encore vus, vinrent nous faire visite. Leurs pirognes étaient de différentes grandeurs , €! ec qui est rare , trois avaient des voiles, c'est-à-dire des nattes triangulaires, attactiées au mât et à un vergue , et qui formant un angle aigu avec le piel du mât, se pliaient très-facilement. Cinq toufles de plumes brunes décoraient le bord supérieur, on |: partie la plus large de la voile. Elles n’offraient pis cette perfection de sculpture et de dessin que le ci pitaineCook vit aux autres pirogues del’île du nord dans son premier voyage; elles paraissaient vieille etusées. Quant à leur forme, elles ressemblaient, er général , à celles-là ; elles avaient aussi à l'avant eti l'arrière, un visage humain difforme, des pagait proprement faites , et à pale pointue. Les inst laires nous vendirent plusieurs ornemens qui étaten nouveaux pour nous, surtout des morceaux de piert verte , taillés de diverses manières, en forme dk
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DES VOYAGES, #1 baches, en pendans d'oreilles et petits anneaux ; d’autres représentaient une petite figure humaine contournée et ramassée ; dans laquelle on avait inséré des yeux monstrueux de nacre ou d’autres coquillages. Les personnes des deux sexes portaient suspendue sur leur poitrine, une de ces figures qu'ils appelaient tighi ; c'est peut-être pour eux une espèce de talisman. Ils échangérent un tablier de leur natte la plus fine , couverte de plumes ronges, de morceaux de peau de cluen blanche, et ornée de coquillages. Les femmes en portent de pareils dans
Jeurs danses. Nous achetâmes aussi des hamecons de bois barbelés d'os; ils nous dirent que ces barbes d’une forme grossière, étaient d'os humains. Leur
poitrine était décorée de plusieurs colliers de dents humaines, joints au uighi; ils les vendirent avec empressement , pour des outils de fer, ou des verroterles. Nous remarquâmes dans leurs pirogues un grand nombre de chiens, qu'ils paraissaient aimer beaucoup, et qu'ils tenaient attachés par le milieu du ventre : ces chiens étaient de l'espèce à long poil : ils avaient des oreilles en pointes, et ils ressemblaient beaucoup au chien de berger de Buffon. Is étaient de diverses couleurs ; les uns tachetés, ceux-ci entiérement noirs , et d’autres parfaitement blancs. Ces chiens se nourrissent de poisson, ou des mêmes alimens que leurs maîtres, qui ensuite les tuent pour manger leur chair et se revêtir de leurs
: fourrures. De plusieurs de ces animaux qu'ils nous
vendirent, les vieux ne vonlrentrien manger; mais
Un HISTOIRE GÉNÉRALE
les jeunes s'accoutumèrent à nos provisions. Des Zélandais vinrent à notre bord, et entrérent dans nos chambres sans montrer l'étonnement et l'attention de notre vieil ami de la baie Dusky. Des Hignes spirales sillonnaient profondément leur visage; l'un en prriculier, qni était grand et fort, et d’un âge mûr, ava, des marques très-régulières sur le menton, les joues, le front et le nez; de sorte que sa barbe, qui d'ailleurs aurait été trés-épaisse, ne consistait qu'en quelques poils épars. Cet homme, qui s'appelait Tringho-Onaya, semblait avoir de l'autorité sur les autres : jnsqu'alors, nous n’avions observe aucune supériorité entre ceux qui étaient venus nous voir. Ils préféraient les chemises, et surtout les bouteilles , à tontes nos autres marchandises : c'est peut-être parce qu'ils n’ont de vase, pour renfermer des liquides, qu'une petite calebasse ou gourde, qui croît seulement sur l’île du nord, et qui est extrêmement rare chez les habitans du canal de Reine Charlotte. Ils savaient bien cependant ne pas faire de marchés désavantageux; ils mettaient Île plus haut prix à la moindre bagatelle qu'ils offraient en vente; mais ils ne s’offensaient pas si nous refusions d'acheter, Quelquesuns, qui étaient de bonne humeur, nous donnérent le spectacle d’an heiva , ou d'une danse sur le gaïllard d’arrière. Placés de file, ils se dépouillérent de leurs vêétemens snpérieurs : l’un d'eux chanta d’une manière grossière, et le reste accompagna les gestes qu'il faisait ; ils éiendaient leurs bras et frappaient alternativement
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DES VOYAGFS. | du pied contre terre, avec des contorsions de frenétiques : ils répétaient en chœur les derniers mots, et nous y distinguions aisément une sorte de mètre; mais je ne suis pas sûr qu'il y eüt de la rime; Ja musique était trés-sauvage el peu variée. Le soir, 1ls retournérent au fond du canal d'où ils étaient venus.
« Le 2 juin, les vaisseaux étant bientôt prêts à remettre en mer, j'envoyai à terre sur le côté oriental du canal, deux chèvres; le mâle avait un peu plus d’un an; la femelle était beaucoup plus vieille. Elle avait mis bas deux jolis chevreaux, quelque temps avant notre arrivée dans la baie Dusky ; le froid les tua. Le capitaine L'arneaux laissa anssi dans l’anse des Cannibales, un verrat et deux jeune tres; de sorte que nous avons heu de croire que Ja Nouvelle-Zélande sera un jour remplie de ces animaux, s'ils ne sont pas détruits par les insulaires avant qu'ils deviennent sauvages ; car alors il n’y aura point de danger. Comme les Zélandais ne savent pas que nous les y avons déposés , il se passera peut-être quelque temps avant qu'ils les découvrent.
« Durant notre excursion à l’est, nousapercünes le plus grand phoque que j'aie jamais vu. 11 nageait sur la surface de l'eau , et il nous permit d'approcher assez pour lui tirer un coup de fusil, qui fnt sans effet. Aprés une chasse de prés d’une heure, il fallut Pabandonner. À juger de cet animal par sa grosseur, C'était probablement une lionne de mer.
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| HISTOIRE GÉNÉRALE D avait beaucoup de ressemblance asce la figure qu'on trouve dans le Voyage d'Anson; ayant vu un lion de mer, en arrivant à ce canal, lors de mon premier voyage, cela est encore plus vraisemblable, Je crois qu'ils se tiennent sur des rochers qui sont dans le détroit, où en face de la baie de l'Amirauté,
«Le 5 juin, le charpentier alla, en canot, eouper sur le côté oriental du canal des esparres dont nous avions besoin. À son retour, le canot fut chassé par une grande pirogue double remplie d'Indiens; mais on ne sait pas quel était leur mouf; notre canot, qui était sans armes, s'enfuit à toutes voiles. La prudence conscillait de ne pas se mettre au pouvoir de cinquante barbares, qui n'ont d'autres lois et d'autres principes que leur caprice.
« Le lendemain, dés le grand matin, quelquesuns de nos amis nous apportérent une bonne provision de poissons. L'un d'eux consentit à s'embarquer avec nous; mais quand il fut question de partir, 1] changea de résolution, ainsi que plusieurs autres qui avaient promis de s'en aller avec le capitaine Furneaux,
«€ On me dit que des Zélandais avaient voulu vendre Jeurs enfans; je reconnus que e’était une méprise, Ce bruit prit naissance à bord de l'Aventure, où personne ne connaissait Ja lingue et les coutumes du pays. Les Indiens amenatent ordinairement leurs enfans avec eux, ct ils nous les présentaient, dans l'espérance que nous leur
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