GEORGIUS TERTIUS, REX, 2 NOVEMBRIS
[Resolution , Jac. Cook ; Pr.
Naves | Discovery , Car. Clerke; P.
« Le 2 novembre, à quatre heures du soir, je profitai d’une brise de l'est, et je sortis du havre. La plupart de nos amis demeurérent à bord jusqu'au moment où les vaisseaux furent sous voile ; et afin de satisfaire leur curiosité, j’ordonnai de tirer cinq coups de canon. Ils nous firent tous leurs derniers adieux, excepté O-mai, qui nous accompagna quelque temps en mer. L’hansière amarrée sur la côte fut coupée par les rochers au moment de l'appareillage ; ceux qui travaillaient aux manœuvres , ne S apercevant pas qu’elle était rompue, abandonnérent la partie qui se trouvait sur la grève , et il fallut l'envoyer chercher par un canot. O-maï s’en alla dans ce canot, après avoir embrassé tendrement chacun des officiers. II montra du courage jusqu’à l'instant où il s’approcha de moi; alors il essaya en vain de se contenir, 1l versa un torrent de larmes, et M. King, qui commandait le canot, le vit pleurer durant toute la route.
« Je songeais avec un extrême plaisir que je l'avais ramené sain et sauf dans l'île où nous le primes autrefois ; mais telle est la bizarre destinée des choses humaines, que nous le laissâmes vraisemblablement dans une position moins heureuse
116 IISTOIRE GÉNÉRALE
que celle où il se trouvait avant de nous avoir connus. Je ne dis pas qu’accoutumé aux douceurs de la vie civilisée, il sera malheureux de ne plus les goûter; j'établis mes conjectures sur un seul point : les avantages qu'il a tirés de nous ont mis sa sécurité personnelle dans une situation plus périlleuse. Ayant été trés-caressé en Angleterre, il avait oublié sa condition primitive;ilne pensa jamais quelle impression feraient sur ses compatriotes ses connaissances et ses richesses. Cependant les lumières de son esprit et ses trésors pouvaient seuls assurer son crédit, et il ne devait pas fonder sur d’autres moyens son élévation et son bonheur. Il paraît même qu'il connaissait mal le caractère des habitans des îles de la Société , ou qu’il avait perdu de vue, à-bien des égards, leurs coutumes; autrement , il aurait senti qu'il lui serait d’une difficulté extrême de parvenir à un rang distingué dans un pays où le mérite personnel n’a peut-être jamais fait sorür un individu d’une classe inférieure pour le porter à une classe plus relevée. Les distinctions, et le pouvoir qui en est la suite, semblent être fondés ici sur le rang. Les insulaires sont soumis à ce préjugé d’une manière si opiniâtre et si aveugle, qu'un homme qui n’a pas recu le jour dans les familles privilégiées sera sûrement méprisé et haï, s'il vent s’arroger une sorte d'empire. Les compatriotes d'O-maï n’osérent pas trop montrer leurs sentimens pour lui tant que nous fûmes
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