XXIII. II
quelle elles poseut une certaine quantité d’une peuüte plante du genre de la moutarde; et après avoir convert le tout d’une seconde étoffe, elles s’asseyent dessus ; elles ont des sueurs abondantes, et elles guérissent : les hommes infectés du mal vénérien ont voulu pratiquer la même méthode, mais ils l'ont trouvée inefficace. Ils n’ont point d'émétique.
« Malgré l'extrême fertilité de l'île, on ÿ éprouve souvent des famines qui emportent, dit-on, beaucoup de monde. Je n'ai pu découvrir si ces famines sont la suite d’une mauvaise saison , de la guerre où d'une population trop nombreuse; ilest pr#8que Wnpossible qu'il n’y ait pas quelquefois dans l’île trop de monde à nourrir. Au reste , il est difficile de douter de la vérité du fait, car ils ménagent avec beaucoup de soin , même au temps de l’abondanre, les choses qui servent à leur nourriture. Dans les momens de disette, lorsqu'ils ont consommé leur fruit à pain et leurs ignames , ils mangent diverses racines qui croissent sans culture sur les montagnes ; ils se nourrissent d’abord du patarra, qui ressemble à une grosse patate ou à une igname, et qui est bon tant qu'il n’a pas pris toute sa croissance ; mais dès qu'il est vieux, il est rempli de fibres dures. Ils mangent d’ailleurs deux autres racines, dont l’une approche du taro , et dont la seconde s'appelle ehoï; il y en a deux espèces : l’une est
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DÉS VOYAGES. 163 la laisser une nuit dans l’eau avant de la cuire ; et sous ce rapport , elle ressemble à la cassave des iles d'Amérique. De la manière dont les Taïtiens l'apprétent , elle forme une pâte humide , trèsinsipide au goût : cependant je les ai vus s’en nourrir à une époque où ils n’éprouvaient point de disette: C’estune plante grimpante, comme le patarra.
« La classe inférieure fait peu d'usage des nourritures animales , excepté de poissons ou d’autres productions marines; elle ne mange du cochon que rarement, et peut-être jamais. L’eri-de-hoï seul est assez riche pour s'en nourrir tous les jours; les chefs subalternes ne peuvent guère en avoir qu’une fois par semaine, par quinzaine , et par mois, selon leur fortune. Quelquefois même ils sont obligés de se passer de cette friandise ; car , lorsque la guerre ou d'autres causes ont appauvri l’île, le roi défend à ses sujets de tuer des cochons; et on nous a dit qu’en certaines occasions la défense subsistait plu-
| sieurs mois , et même une année ou deux. Les co- | chons se multiplient tellement durant cette prohi- | bition, qu’on les a vus devenir sauvages. Lorsqu'il
paraît convenable de lever la défense , tous les chefs
se rendent auprès du roi , et chacun d'eux lui ap-
porte des cochons. Le roi ordonne d'en tuer quelques - uns qu'on sert aux chefs, et 1ls s’en retour-
| nent avec la liberté d’en tuer désormais pour leur table. La prohibition dont je viens de parler sub- | sistait lors de notre arrivée à Taïu, du moins dans
les cantons qui dépendent immédiatement d'O-tou ; et de peur qu’elle ne nous empêchäât d'aller à Matavai lorsque nous aurions quitté Ohcitepeha, il nous assura, par un messager, qu’il la révoquerait dés que nos vaisseaux auraient gagné le port. Elle fut levée en effet , du moins par rapport à nous ; mais nous fimes une si grande consommation de ces animaux, qu'on la rétablit sans doute après notre départ. Le gouvernement défend aussi quelquefois de tuer des volailles.
« L’ava est surtout en usage parmi les insulaires d’un rang distingué. Ils le font d’une manière un peu différente de celle dont nous avons été si souvent témoins aux îles des Amis ; car ils versent une trés-petite quantité d’eau sur la racine, et quelquefois ils grillent ou ils cuisent au four, et ils broient les tiges sans les hacher. Ils emploient d’ailleurs les feuilles broyées de la plante , et ils y versent de l’eau comme sur la racine. Ils ne se réunissent pas en troupes pour la boire amicalement corime à Tongatabou; mais ses pernicieux effets sont plus sensibles à Taïti, car elle ne tarde pas à enivrer, ou plutôt à donner de la stupeur à toutes les facultés du corps et de l'esprit : ceux d’entre nous qui avaient abordé autrefois sur ces îles, furent surpris de voir la maigreur affreuse d’un grand nombre d'insulaires que nous avions laissés d’un embonpoint et d’une grosseur remarquables; nous demandâmes la cause de ce changement, et on nous
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—. DES VOYAGES. 165 ré on . ‘1e. . >) pondit qu'il fallait l'attribuer à l'ava: leur peau étai rude, desséchée etécaille | pau a use ; on nous assura que ces de temps en te n temps, et que le se renouvelle. Pour jusufier l ne bee our justifier l'usage d’une liqueur FL ieuse , ils prétendent qu’elle empêche de irtr as: 1 1 | | ee trop gras : il est évident qu’elle les énerve est tres- :
ss és-probable qu'elle abrége leurs jours ets nous ayant .
$ S moins frappés « premiéres relâches, il h a ae € ù a lieu d 1 eo » y e croire que Lu que les as . pas autant de cet objet de luxe inuent à boire l i | | ava at c a aussi fréquemment , de. re que leur population diminuera on | le t beaucoup de repas dans un } premier (ou plutôt 1 nu.
Dee u ne uôt le dernier, car ils vont se cou s 16 H f « N : | À une ANHEGIent aprés) a lieu à environ deux d matin , et le second à huit ; ils dinent à ures isa | ee. . , et comme le disait O-muï, ils dinent js e et une troisième fois à deux et à ci t à cin res du soir, et ils soupent à huit : : :
ue ne nt à uit : ils ont, sur ee vie domestique, des usages très € LE L Se. n 4 < | nt: es femmes éprouvent non-seulement Ja : + € RS . manger seules, et dans une partie aison éloignée d l | gnée de celle où mang A ae | gent les homue ce qui est bien plus étrange encore, on ne 3 onne : 1 + | es aucune portion des mets délicats : elles | goûter ni d'un poisson de l’espé | Se e l’espece du thon, . stimé , ni de quelques-unes des meil ures bananes, et on perm sn Re permet rarement le porc, ; es classes supérieures. Les pelites
106 HISTOIRE GÉNÉRALE filles et les petits garçons prennent aussi leurs repas séparément. En général, les femmes apprêtent les choses dont elles se nourrissent, car les hommes les laisseraient mourir de faim plutôt que de leur rendre ce service. Il y a ici, et dans plusieurs de leurs coutumes relatives à leurs repas, quelque chose de mystérieux que nous n’avons jamais pu bien comprendre. Lorsque nous en demandions la raison, O1. ne nous répondait rien, sinon que cela était juste et indispensable,
« Ce qu: a d’ailleurs rapport aux femmes n'est point obscur ; leurs liaisons avec les hommes n'offrent surtout rien de caché. Si un jeune homme et une jeune femme habitent ensemble, le jenne homme donne au père de la fille quelques-unes des choses réputées nécessaires dans le pays, telles que des cochons, des étoffes et des pirogues; la quantité de ces choses est proportionnée au temps qu'il passe avec sa maîtresse : si le père pense qu'il n'a pas été assez payé, il ne se fait pas de scrupule de reprendre sa fille , et de la livrer à un autre qui sera peut-être plus libéral; l’homme , de son côté, peut toujours former un nouveau choix. Si sa maîtresse devient grosse, il est le maître de tuer l’enfant, et de continuer ses liaisons avec la mère on de l'abandonner ; mais s'il adopte l'enfant et s'il ne lui Ôte pas la vie, il est censé marié, et il garde communément sa femme le reste de ses jours. Aux yeux des Taïtiens, ce n’est pas un crime de prendre
une mais.
voir dinai arreo qui, dese canto se liv dopte et plu vie dé que le passer bauch sauvag d’une signes dres r accou l'enfa
foque.
« Le mens « les hu
rappo elles s plutôt gère à
s repas ent les )mmes le leur urs de uelque nais pu ions la ue cela
es n’est es n'ofhomme e jeunc nes des Iles que à quanps qu'il qu'il n'a 1pule de utre qui on CÔÉ , | sa maiuer l’enmêre où nt et sil Lil garde urs. Aux prendre
une concubine plus jeune et de l'établir dans sa maison : il est toutefois bien plus commun de les voir changer de femmes, et c'est une chose si ordinaire, qu'ils en parlent d’un ton fort léger. Les arreoïs sont des insulaires des classes supérieures qui, joignant à une humeur volage des moyens de se procurer de nouvelles femmes, voyagent d’un canton à l'autre ou sur les îles voisines, et qui, ne se livrant pas à un attachement particulier , n'adoptent guëre la manière de vivre plus sédentaire et plus tranquille dont je viens de parler. Cette vie délicieuse est si analogue à leur disposition, que les plus jolis hommes et les plus jolies femmes passent ordinairement leur jeunesse dans une débauche qui déshonorerait les peuples les plus sauvages, mais qui révoltent surtout au milieu d'une nation qui offre, à d’autres égards, des signes évidens que les sentimens humains et tendres règnent chez elle. Lorsqu'une femme arreoï accouche , on applique à la bouche et au nez de l'enfant un morceau d'étoffe mouillée qui le suffoque.
« Les femmes contribuant beaucoup aux agré-
mens de cette vie de plaisir, on est surpris qu'outre les humiliations dont on les accable, en ce qui a rapport aux alimens et à la manière de les prendre, elles soient traitées souvent avec une dureté, où plutôt une brutalité qui semble exclure la plus Icgère affection. Rien toutefois n’est plus ordinaire
168 HISTOIRE GÉNÉRALE que de Îles voir impitoyablement battues par les hommes; et il est diflicile d'expliquer ces vinlences, à moins qu'elles ne soient l'effet de la julousie, qui, de l'aveu des Taïtiens, tourmente quelquefuis les deux sexes. J'adopterais volontiers cette explication; car, en bien des occasions, j'ai trouvé les femmes plus sensibles aux charmes de la figure qu'a des vues d'intérêt ; mais je dois avouer que même alors elles paraissent à peine susceptibles de ces sentimens délicats que produit une tendresse mutuelle, et qu'il y a moins d'amour platonique à Fait que dans aucun autre pays du monde.
« Des idées de propreté firent imaginer aux Taïtiens l'amputation ou l'incision du prépuce, et ils ont dans leur langue une épithéte injurieuse pour ceux qui n'observent pas cet usage. Lorsqu'il se trouve dans un canton cinq ou six petits garcons d'un âge convenable, le pére de l’un d’eux va en avertir le tahoua, ou l’un des savans du pays. Le tahoua , suivi d’un domestique, mène les peuts garcons au sommet d'une colline; aprés avoir donné à Fun d'eux une attitude propre à Fopération, 1l introduit un morceau de bois au-dessous du prépuce, et lui dit de regarder de tel côté une chose bien curieuse; tandis que le jeune homme est occupé d’un autre objet, le prêtre conpe avecune dent de requin, et ordinairement d’un seul coup , le prépuce étendu sur le morceau de bois ; 1} sépare ensuite, ou plutôt il replie en arrière les parties
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DES VOYAGES, 169 divisées , et ayant bandé la plaie , ïl fait la même opération au reste des jeunes gens. Les nouveaux circoncis se baïgnent cinx jours aprés : on ôte leurs bandages et on nettoie leur plaie; le dixième jour ils se baignent de nouveau , et ils se portent bien; mais la partie où s’est faite l’incision offre encore une grosseur , et le tahoua, toujours suivi d'un domestique, méne une seconde fois les petits garçons sur la colline, y allume du feu, place le prépuce entre deux pierres chaudes et le presse doucement, ce qui détruit la grosseur. Les nouveaux circoncis retournent alors chez eux, la tête et le corps ornés de fleurs odoriférantes. Leurs pères donnent à l'opérateur des cochons et des étofles , et ils proportionnent la récompense à son habileté : s'ils sont pauvres, la famille se charge du présent.
« Le système religieux des Taïitiens est fort
étendu et singulier sur un grand nombre de points;
mais peu d'individus du bas peuple le connaissent parfaitement : cette connaissance se trouve surtout parmi les prêtres, dont la classe est très-nombreuse. Ils croient qu'il existe plusieurs dieux, dont chacun est très-puissant; mais ils ne paraissent pas admettre une divinité supérieure aux autres. Les différens cantons et les diverses îles des environs ayant des dieux divers, les habitans de chacun de ces cantons et de chacune de ces terres imaginent sans doute avoir choisi le plus respectable, ou du moins une divinité revêtue d'assez de pon-
nn -
voir pour les protéger et pour fournir à tous leurs besoins. Si ce dieu ne satisfait pas leurs espérances, ils ne pensent pas qu'il soit impie d'en changer : c'est ce qui est arrivé dernièrement à Tierebou, où l’on a substitué aux deux divinités anciennes Oraa dieu de Bolabola, peut-être parce qu'il est le protecteur d’un peuple qui a été triomphant à la guerre ; et comme depuis celte époque ils ont eu des succés contre les habitans de Taïti-noué, ils attribuent leurs victoires à Oraa, qui, selon leur expression , combat pour eux.
« Ils servent leurs dieux avec une assiduité remarquable : outre que les grands ouhattas, c'està-dire les endroits des moraïs où l’on dépose les offrandes , sont ordinairement chargés d'animaux ct de fruits, on rencontre peu de maisons qui n'en aient pas un petit dans leur voisinage. Les habitans des îles de la Société sont, sur ces matières, d’une rigiditési scrupuleuse, qu’ils ne commencent jamais un repas sans mettre de côté un morceau pour l'éatoua. Le sacrifice humain dont nous avons été témoins durant ce voyage, montre assez jusqu'où ils portent leur zèle religieux et leur fanatisme. Il paraît sûr que les sacrifices humains reviennent fréquemment. Ils ont peut-être recours à cet expédient abominable quand ils éprouvent des cuntretemps fâcheux , car ils nous demandèrent si l'un de nos gens détenu en prison à l'époque où nons nous trouvions arrêtés par des vents contraires,
était ils le balla riori on le passe pour qu'il leur.
sans dant, y voi nuire leur f offrar doute pure «I morte du m mont prop la m: état,
ceptic au m disen ne fin com
s leurs ances, inger :
pu, Où s Oraa le prouerre ; es SUCbuent »ssiOn ;,
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9 C es al ose les nimaux ui n’en abitans , d'une
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étaittabou. Leurs prières sant aussi trés-fréquentes ; ils les chantent à peu près sur le même ton que les ballades de leurs jeux. On aperçoit encore l'infériorité des femmes dans les pratiques religieuses ; on les oblige à se découvrir en parte lorsqu'elles passent devant les moraïs, ou à faire un long détour pour éviter les lieux destinés au culte public. Quoiqu'ils ne croient pas que leur dieu doive toujours leur accorder des biens, sans jamais les oublier, et sans permettre qu'il leur arrive du mal, cependant, lorsqu'ils essuient des malheurs, ils semblent y voir les eflets d’un être malfaisant qui veut leur nuire. Ils disent qu’Éti est un esprit malfaisant qui leur fait quelquefois du mal; ils lui présentent des offrandes , ainsi qu'à leur dieu; mais ce qu'ils redoutent des êtres invisibles se borne à des choses purement temporelles.
« Ils croient que l’âme est neioue et immortelle ; ils disent qu’elle voltige autour des lèvres du mourant pendant la deruière agonie, et qu’elle monte ensuilc auprés du dieu, qui la réunit à sa propre substance, ou , selon leur expression , qui ‘a mange ; qu’elle demeure quelque temps dans cct état, qu'elle passe ensuite au lieu destiné à la réception de toutes les âmes humaines ; qu’elle y vit au milieu d’une nuit éternelle, on, comme ils le disent quelquefois, au milieu d’un crépuscule qui ne finit jamais. Ils ne pensent pas que les crimes commis sur la terre subissent après la mort un châ-
172 HISTOIRE GÉNÉRALE timent éternel ; car le dieu mange indifféremment les âmes des bons et celles des méchans. Mais il est sûr qu'ils regardent cette réunion à la divinité comme une purification nécessaire pour arriver à l'état de bonheur. En effet, selon leur doctrine, si un homme s’abstient des femmes quelques mois avant de mourir , il passe tout de suite dans sa demeure éternelle, sans avoir besoin de cette union préliminaire ; ils imaginent qu'il est assez purifié par cette absunence, et affranchi de la loi générale. « Toutefois 1ls sont loin de se former sur le bonheur de l'autre vie les idées sublimes que nous offrent notre religion et même notre raison. L’immortalité est le seul privilége important qu'ils semblent espérer ; car s'ils croient les âmes dépouillées de quelques-unes des passions qui les animaient tandis qu'elles se trouvaient réunies au corps, 1ls ne supposent pas qu'elles en ‘ent absolument affranchies, Aussi les âmes qui ont été ennemies sur la terre se livrent-elles des combats lorsqu'elles se rencontrent; mais 1l paraît que ces démélés n'aboutissent à rien, puisqu'elles sont réputées invulnérables. Ils ont la même idée de la rencontre d'un homme «€: d’une femme. Sile mari meurt le premier, 1] reconnaît l'âme de son épouse dés le moment où elle arrive dans Ja terre des esprits ; il se fait reconnaître dans une maison spacieuse appelée T'aourova, où se rassemblent les âmes des morts pour se divertir avec les dieux. Les deux
pot où il au r car | les n « ganc ces n gine lui si ploie qu'ils sans quel le tao les es chan
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DES VOYAGES. 175 époux vont ensuite occuper une habitation séparée, où ils demeurent à jamais, et où ils font des enfans: au reste, ils ne procréent que des êtres spirituels, car leur mariage et leurs embrassemens ne sont pas les mêmes que ceux des êtres corporels.
« Leurs idées sur la divinité sont d’une extravagance absurde. Ils la croient soumise au pouvoir de ces mêmes esprits à qui elle a donné l’être ; ils 1maginent que ces esprits la mangent souvent ; mais ils lui supposent la faculté de se reproduire. Ils emploient sans doute ic: l'expression de manger, parce qu'ils ne peuvent parler des choses immatérielles sans recourir à des objets matériels. Ils ajoutent que la divinité demande aux esprits assemblés dans le taourova s'ils ont le projet de la détruire ; que si les esprits ont pris cette résolution, elle ne peut la changer. Les habitans de la terre se croient instruits de ce qui se passe dans la région des esprits ; car à l’époque où la lune est dans son déclin, ils disent que les esprits mangent leur éatoua , et que la reproduction de l'éatoua avance lorsque la lune est dans son plein. Les dieux les plus puissans sont sujets à cet accident, ainsi que les divinités subalternes. Ils pensent aussi qu’il y a d’autres endroits destinés à recevoir les âmes après la mort. Ceux, par exemple, qui se noïent dans la nicr y demeurent au sein des flots; ils y trouvent un beau pays, des maisons, et tout ce qui peut les rendre heureux. Ils soutiennent de plus que tous les animaux,
que les arbres , les fruits et même les pierres ont des âmes qui, à l'instant de la mort ou de la dissolution, montent auprès de la divinité , à lzquelle ces substances s’incorporent d’abord , pour passer ensuite dans Ja demeure particulière qui leur est destinée.
« Ils sont persuadés que la pratique exacte de leurs devoirs religieux leur procure toutes sortes d'avantages temporels ; et comme ils assurent que l’action puissante et vivifiante de l’esprit de Dieu est répandue partout, on ne doit pas s'étonner s’ils ont une foule d'idées superstitieuses sur ses opérations, Ils disent que les morts subites, et tous les autres accidens, sont l’eflet de l’action immédiate de quelque divinité. Si un homme se heurte contre une pierre, et se blesse l’orteil , 1ls attribuent la meurtrissure à l’éatoua ; en sorte que , selon leur mythologie , ils marchent réellement sur une terre enchantée. Ils tressaillent pendant la nuit, lorsqu'ils approchent d’un toupapaou, où sont exposés les morts, ainsi qne les hommes ignorans et superstitieux de nos contrées de l’Europe redoutent les esprits à la vue d’un cimetière. Ils croient aussi aux songes , qu'ils prennent pour des avis de leur dieu, ou des esprits de leurs amis défunts, et ils supposent le don de prédire lavenir à ceux qui ont des rêves ; au reste , ils n’attribuent qu’à quelques personnes ce don de prophétie. O-maï prétendait l'avoir ; il nous dit, le 26 jwllet 1776 , que
Jam desc dans rivâr tal1o:
coup Inspi dont form beau Oulic const notre du m ratlor exem comp coucl partid
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1ent la »n leur 1e terre » lors- >XpOSÉS et su— loutent nt aussi de leur , et ils ux qui "à quelai pré-
16 , que
Jime de son père lavait averti en songe qu'il
descendrait à terre dans trois jours ; mais 1l échoua
dans cette tentative de prophétiser , car nous n’ar- F4 A A] , CAM e A Ld
rivames à Ténériffe que le premier août. La répu-
tation de ceux qui ont des songes approche beaucoup de celle de leurs prêtres et de leurs prêtresses inspirés, auxqu’ls 1ls ajoutent une foi aveugle ; et dont ils suivent ies décisions toutes les fois qu'ils forment un projet important. Opouny respecte beaucoup la prêtresse qui lui persuada d’envahir Ouliétéa, et il ne va jamais à la guerre sans la
consulter. Ils adoptent de plus, à quelques égards, notre vieille doctrine de l’influence des planètes ; du moins ils règlent en certains cas leurs délibérations publiques sur les aspects de la lune : par exemple, ils entreprennent une guerre, et ils comptent sur des succés lorsque cette planète est couchée horizontalement, ou fort inclinée sur sa partie convexe après son renouvellement.
« Leurs traditions sur la création de l'univers sont embrouillées, obscures et extravagantes, comme on J'imagine bien. {ls disent qu’une déesse ayant un bloc ou une masse de terre suspendue à une corde, la lança loin d’elle , et en dispersa des morceaux , tels que Taïti et les iles voisines, dont les divers habitans viennent d’un hommé et d’une fenime établis à Taïui. Il ne s’agit cependant que de la création immédiate de leur pays; car ils admettent une création universelle antérieure à
celle-ci, et ils croient à l'existence de plusieurs terres qu'ils ne connaissent que par tradition ; mais leurs idées s'arrêtent à Tatouma et à Tapeppa, pierres et rochers mâles et femelles qui forment le noyau du globe, ou qui soutiennent l'assemblage de terre et d'eau jeté à sa surface. Tatouma et Tapeppa produisirent Totorro, qui fut tué et décomposé en terre , et ensuite O-taïa et Orou qui s'épousérent , et qui donnérent d’abord naissance à une terre , et ensuite à une race de dieux. O-taia fut tué, et Orou, qui était de l'espèce femelle, épousa un dieu, son fils, appelé Zirraa, à qui elle ordonna de créer de nouvelles terres, les animaux et les différentes espèces d'alimens qu'on trouve sur le globe , ainsi que le firmament, soutenu par des hommes appelés tiferer. Les taches qu'on observe dans la lune sont à leurs yeux des bocages d’une sorte d'arbres qui croissaient jadis à Taïti : ces arbres ayant été détruits par un accident, leurs semences furent portées dans la lune par des colombes.
« Is ont d'ailleurs une mulutude de légendes religieuses et historiques : l’une des dernières a rapport à l’usage de manger de la chair humaine, et je vais en donner le précis. Deux hommes, aplés theiaï, seul nom qu'ils emploient pour désigner des canmib:les, vivaient à Taïu 1l y a bien long-temps ; on ne savait ‘l'où 1ls sortaient ni comment ils étaient arrivés dans l’île. Ils habitaient les
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eur5 mais PA ; nent sem uma ué et u qui sance O:.tala nelle , à qui s anliqu'on 9 soutaches ux des At jadis n accia lune
gendes ières à aine ;, ss, ap + désia bien hi coment les
montagnes, qu'ils avaient coutume de quitter pour venir tucr les gens du pays ; ils mangeaïent ensuite les hommes qu’ils massacraient , et ils arrêtaient les progrès de la populauon. Deux frères résolurent de détruire ces monstres formidables ; ils imaginérent un stratagème qui leur réussit. Ils habitaient aussi les montagnes un peu au-dessus des théiaï, et ils occupaient un poste d'où ils pouvaient leur parler sans trop exposer leurs jours. [ls les invitérent à un repas que les théiaï acceptèrent de bon cœur ; ayant fait chauffer des pierres, ils les mirent dans un mahié, et ils dirent à l’un des théiaï d'ouvrir la bouche : ce que fit celui - ci aussitôt; on y laissa tomber un de ces morceaux de mahié, et on y versa de l'eau, laquelle, en se mélant avec la pierre chaude, produisit un bouillonnement qui tua le monstre quelque temps aprés. Les deux frères voulurent engager l’autre à faire la même chose ; mais le second cannibale, fraj'pé du bouillonnement de l'estomac de sor camarade, les remercia ; on l’assura que le mahié était excellent, et que ce bouillonnement passerait bien vite; et il fut si crédule, qu'il ouvrit la bouche et subit le sort du premier. Les naturels alors les couperent en morceaux , qu'ils enterrérent , et ils donnérent par reconnaissance le gonvernement de Pile aux deux frères, Les thétai résidaient dans le canton d'Ouhapaneou , et on y trouve encore aujourd'hui un arbre à pain qu, dit-on, leur apgartenait.