GEORGIUS TERTIUS , REX, 31 DECEMBRIS
Resolution , Jac. Cook, Pr.
did Discovery , Car. Clerke , Pr.
« Le 1° janvier 1978 les canots allèrent chercher le détachement que nous avions à terre, et les tortues qu'ils avaient tournées. Ils revinrent fort tard dans la soirée, et je crus ne devoir appareiller que le lendemain. Les deux vaisseaux se procurérent à cette île environ trois cents tortues qui pesaient l’une dans l’autre quatre-vingt-dix à cent livres ; elles étaient toutes de l'espèce verte , et peut-être qu’on n’en trouve point demeilleuresnulle part. Nous y primes aussi , à l’hamecon età la ligne, autant de poissons qu'il nous en fallut pour notre consommation journalière.
« Le sol, en quelques endroits, léger et noir, est évidemment composé de débris de végétaux , de fiente d'oiseaux et de sable. Dans d’autres endroits l’on n’apercoit que des productions marines, telles que du corail brisé et des coquilles, déposés dans une direction parallèle à la côte de la mer,
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en sillons étroits et longs, assez ressemblans à ceux d'un champ labouré ; ces substances doivent y avoir éLé jetées par les vagues, quoique les flots en soient aujourd'hui éloignés d’un mille : fait qui semble prouver d'une manière incontestable que l’île a été produite par des dépôts successifs de la mer , et qu'elle augmente de jour en jour ; car les morceaux de corail brisés , et la plupart des coquilles, sont trop lourds et trop gros pour avoir été apportés de la grève par les oiseaux aux lieux où on les trouve maintenant. Nous avons creusé divers puits pour découvrir de l’eau douce, et nous n’en avons pas aperçu une goutte; mais on y rencontre plusieurs étangs d’eau salée, lesquels n’ont aucune communication visible avec la mer : selon toute apparence , ils se remplissent par l’eau qui filtre à travers le sable dans les marées hautes. L'un des deux matelots dont j'ai parlé trouva du sel sur la partie sud -est de l’île; et quoique nous eussions un grand besoin de cette denrée, je ne pouvais envoyer un détachement sous la direction d’un homme qui avait eu la maladresse de s'égarer , et qui ne savait pas s’il marchait à l’est, à l’ouest , au sud ou au nord.
« Nous n’aperçûmes pas sur l’île la plus légère trace d’un être humain; et si l’un des habitans des terres voisines avait le malheur d’être jeté ou abandonné sur celle-ci, il lui serait extrêmement dif- {icile de prolonger son existence. On y trouve, il
XXIIL, 13
194 HISTOIRE GÉNÉRALE est vrai, une quantité considérable d'oiseaux et de poissons, mais on n’y voil rien qui puisse servir à étancher la soif, et on n’y découvre aucun végétal qui puisse tenir lieu de pain, ou détruire les mauvais effets d’un régime diétéiique purement animal, lequel ne tarderait pas vraisemblablement à devenir fatal. Les cocotiers que nous renconträmes n'étaient pas au nombre de plus de trente; ils portaient très-peu de fruits, et en général ceux que nous cueillimes n'avaient pas encore pris toute leur grosseur, ou bien leur suc était salé ou saumätre. En relâchant ici, on doit donc s'attendre à n'y trouver que du poisson et des tortues, qui y sont également abondans.
« Un petit nombre d'arbres peu élevés croissaient en diverses parties de l’île. M. Anderson me fit la descripuon de deux petits arbrisseaux, et de deux ou trois petites plantes que nous avions déjà vues à l’île Palmerston et à Otakouaia. Nous y apercûmes aussi quelques autres productions végétales , mais en si petite quantité et d’une croissance si faible, qu’elles ne semblaient pas devoir se perpétuer.
« Nous aperçümes sous des arbres peu élevés une imulutude d'hirondelles de mer d’une nouvelle es-
pèce; elles sont noires dans la partie supérieure du
corps, et blanches au dessous; elles ont un arc blanc aû front, et sont un peu plus grosses que le noddi ordinaire. La plupart soignaient leurs petits, qui étaient sur la terre nue , et les autres couvaient! ;
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elles ne font qu'un œuf bleuâtre, tacheté de noir, et plus gros que celui d’un pigeon : on y rencontre aussi beaucoup de noddis, un oiseau qui ressemble au goeland , et un second qui est couleur de suie ou de chocolat, et qui a le ventre blanc. Il faut ajouter à cette liste, des frégates, des paille-encul, des courlis, des guignettes, un petit oiseau de terre qui ressemble à une fauvette d'hiver , des crabes de terre, de petits lézards et des rats.
« Ayant célébré ici la fête de Noël, je donnai à cele terre le nom de Christmas island (ile de Noël). Je juge qu’elle a quinze ou vingt lieues de circonférence; elle me parut avoir la forme d’un demicercle, ou celle de la lune, lorsque cette planète se trouve dans le dernier quartier.
« L'ile de Noël, comme la plupart des autres terres de cet océan, est bordée d’un récif de rochers de corail, qui se prolonge à peu de distance de la côte. Elle gît par 1° 59/ de latitude nord et 157° 50° de longitude est. »
Les deux vaisseaux partirent de l’île de Noël le 2 janvier 1778 , à la pointe du jour, et ils continuérent leur route au nord.
Le capitaine Cook aperçut, le 18, les terres qu'il a nommées fles Sandwich; sa lautude était alors 21° 12” nord , et sa longitude r59° 19'est. La terre qu'il voyait devant lui était haute; en avançant, il reconnut plusieurs îles. Dans le premier moment, il douta si elles étaient habitées ; mais bientôt on
106 HISTOIRE CÉNÉRALE
apercut des pirogues venir du rivage aux vaisseaux : on mit en travers pour leur donner le temps d’arriver. Quand élles furent approchées, on éprouva une surprise agréable en reconnaissant que les insulaires parlaient la langue de Taïu ; ils ne voulurent pas monter à bord ; mais ils échangérent des poissons et des patates contre des clous et du fer ; ils n'avaient dans leurs pirogues d’autres armes que de petites pierres qu'ils y avaient mises probable. ment auprés d’eux pour leur défense ; ils les jetèrent par-dessus bord quand ils virent qu'elles leur étaient inutiles,
En cherchant un mouillage , les vaisseaux furent quittés par les premières pirogues, d’autres les remplacérént, apportant des cochons rôus et de trèsbonnes patates, qui furent échangés pour ce qu’on leur offrit. On passa devant plusieurs villages , les uns situés près de la mer, d’autres plus avant dans le pays. Les habitans venaient en foule sur le rivage, et se plaçaient sur les endroits élevés pour voir les vaisseaux.
Le lendemain matin , aprés avoir couru plusieurs bordées , on s’approcha de la terre. Plusieurs pirogues remplies d’insulaires vinrent au-devant des navires : enfin quelques-uns prirent courage et montérent à bord.
« Je n'avais jamais vu dans mes voyages, dit-il, d'hommes aussi étonnés que ceux-ci à l'aspect d’un vaisseau ; leurs yeux allaient continuellement d'un
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Je à l'autre ; l'admiration était peinte sur leur 1 1 vs physionomie et der: leurs gestes : nous jugeâmes que tout ce qui { «ppait leur tai ppait leurs regards était nouveau pour eux; qu'ils n’avai | | po ; qu'ils n'avaient reçu jusqu'alors la u e d'aucun Européen , et qu’excepté le fer ils ne nn:£s on se aissaient aucune de nos marchandises. Il était airnéé 1 1 1 | anmoins qu'ils en avaient seulement entend parler, ou qu’on 1 1 sk ler, qu'on leur en avait apporté jadis une petite quantité; mai 11 s'était 6 | Re tee ; mais qu'il s'était écoulé bien du s depuis cette é :1 l Fi pie P ue époque : ils semblaient savoir Le : une substance beaucoup plus propre à allier qes | . les corps ou à percer des trous que celle ont ils faisaient usage. Il . sage. Ils nous en demandérent # de hamaïté; c'est vraisemblablement term ils 1 a e dont ils se servent pour désigner un instruon a »] a] Re . on peut employer le fer d’une manière : ils l’appliquaient en effet à la lame d’un cou teau. N Û 1 | " ne reconnûmes toutefois qu'ils n'avaient au une ide 1 L . . de nos couleaux , et qu'ils ne savaient pas . out les manier. Par la même raison , ils appca souvent le fer du nom de toë, qui, dans leur angue, signifie ee g une petite hache, ou plutôt une rette, Nous leur dîmes de nous expliquer ce que c'ét ’ 1 ; q | était que le fer , et ils nous répondirent surchamp : « Nous n’en savons rien; vous savez (« VOUS: 3 | ; | ee mêmes ce que c’est : nous n’en avons d'autre « ide é : que celle du toë ou de l’hamaïté. » Lorsque us leur ân 1 k montrâmes des grains de verroteric, ils ous de èr 1 | mandèrent ce que c'était, et s'ils devaient
les manger. Nous les avertîmes qu'ils devaient les suspendre à leurs oreilles, et ils nous les rendirent comme une chose inutile : ils ne firent pas plus de cas d'un miroir que nous leur offrimes, et qu'ils refusérent par le même motif ; mais ils témoignèréht un grand désir d’avoir de l’hamaïté et du toë , et ils le voulaient en gros morceaux. Les assiettes de fience, les tasses de porcelaine et les autres meubles de cette espèce étaient si nouveaux à leurs yeux, qu'ils nous demandèrent si on les faisait avec du bois ; ils nous priérent de leur en donner des échantillons, qu'ils désiraient montrer à leurs compatriotes. Îls avaient, à quelques égards , une politesse naturelle qui nous charma : ils craignaient beaucoup de nous offenser : ils nous demandèrent où ils devaient s'asseoir, s'ils pouvaient cracher sur le pont. Quelques-uns répétérent une longuc prière avant de venir à bord : plusieurs chantérent, et firent avec leurs mains des gestes pareils à ceux que nous avions vus souvent dans les îles des Amis et de la Société. Ils ressemblaient parfaitement , sous un second rapport , aux insulaires de ces denx groupes. Dés qu’ils furent au vaisseau, ils s’efforcérent de voler toutes les choses qui se trouvaient prés d'eux, ou plutôt ils les prirent sans se cacher, comme s'ils avaient été sûrs de ne pas nous fâcher, ou de ne pas être punis. Nous ne tardîmes poini à les détromper, et s'ils devinrent ensuite moins “empressés à se rendre maîtres de tout ce qui exei-
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DES VOYAGES. 199 tait leurs désirs, c'est parce qu'ils sc virent survoillés de près.
« J'avais défendu d'aller à terre aux équipages des trois canots que j'envoyai sur la côte pour y chercherun port: je voulais prendre tousles moyens possibles de ne pas introduire une maladie funeste dans cette île. Je savais que quelques-uns de nos gens en étaient infectés, et que malheureusement
nous l’avions déjà répandue sur d'autres terres du
grand Océan. Le même motif me détermina à ne pas recevoir des femmes à bord des vaisseaux : plusieurs étaient arrivées sur des pirogues; elles avaient a peu prés la taille, le teint et les traits des hommes; et quoique leur physionomie annonçät une gaîté aimable , leur visage et toute leur personne offrait peu de traits délicats. Au lieu de maro que portaient les hommes, elles avaient autour du corps une pièce d'étoffe qui tombait de la hauteur des reins jusqu’à mi-cuisse ; c’est la seule différence que présentât leur vêtement. Elles n'étaient pas moins empressées que les hommes à monter à bord; mais, ainsi que je le disais tout à l'heure, je cherchais à prévenir des liaisons qui leur auraient fait un mal irréparable, et qui auraient attiré une calamité affreuse sur la nation entiére. Je ne bornai pas là mes précautions: je défendis de Ja manière la plus expresse d'employer à terre les hommes qui pouvaient y répandre l'infection.
« Le temps seul découvrira si ces règlemens,