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DES VOYAGES. 245 trouvämes autour des rochers et au bord des bois des fraises, des framboisiers , deux espèces de grosellers qui promettaient beaucoup de fruits, un pelit nombre d’aunes noirs; des rosiers sauvages qui commencaient à offrir des boutons ; une quanüité considérable de jeunes poireaux à feuilles trianculaires, du cresson qui croît au bord des ruissceaux, des andromeda en abondance, et quelques plantes peu intéressantes : l’intérieur des bois nous
présenta des mousses, des fougères et des sous-
arbrisseanx. Les mousses et les fougères sont en général les mêmes que celles de l'Europe et des parties connues de l'Amérique.
« Si l'époque de notre relâche ne nous permit pas d'acquérir beauconp de lumières sur les productions végétales de ce canton de l'Amérique , les travanx auxquels nous fümes forcés de nous livrer nous mirent dans l'impossibilité de recueillir un grand nombre d'observations sur les animaux du pays. La réparation des vaisseaux nous occupa tous; c'était un objet capital, car l'été approchait, et le succés de l'expédition dépendait de la diligence et de l’ardeur que nous mettrions à remplir les intentions de l'amirauté. Nous ne pümes entreprendre aucune excursion sur terre on par eau ; et comme nous éuons à l'ancre au-dessous d’une île, nous ne vimes dans les bois que des ratons, des martres et des écureuils.
« Quoique nous ayons trouvé du fer et du cuivre
244 HISTOIRE GÉNÉRALE dans cette partie de l'Amérique, il est difficile de croire que ces deux métaux viennent des mines du pays. Nous n'aperçümes aucune espèce de minerai, si j'en excepte une substance grossière et rouge, de Ja nature de la terre ou de l’ocre, dont les naturels se servent pour se peindre le corps, et qui vraisemblablement contient un peu de fer. Nous vimes aussi une substance blanche et une autre noire, qu'ils emploient au même usage ; mais n'ayant pu nous en procurer des échantillons, je ne dirai pas précisément quelle est leur composition.
« Ces Indiens sont, en général, au-dessous de Ja taille ordinaire, mais ils ne sont pas minces cn proportion de leur peutesse : ils ont le corps bien arrondi, sans être musculeux. Leurs membres potelés ne paraissent jamais acquérir trop d'embonpoint. Les vieillards sont un peu maigres ; le visage de la plupart est rond et plein; il est large
quelquefois, avec des joues proéminentes ; il est.
souvent très-comprimé au-dessus des joues, où il semble s’abaisser brusquement entre les tempes : le nez aplati à la base présente de larges narines et une pointe arrondie ; ils ont le front bas, les yeux petits, noirs, et plus remplis de langueur que de vivacité; les lèvres larges, épaisses et arrondies; les dents assez égales et assez bien rangées , quoiqu’elles ne soient pas d’une blancheur remarquable. En général, ils manquaient absolument de barbe, ou bien ils n’en avaient qu'une petite toufle
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DES VOYAGES. 245 peu fournie sur la pointe du menton, ce qui ne provient d'aucune défectuosité naturelle, mais de ce qu'ils l’arrachent plus ou moins ; car quelquesuns, et particulièrement les vieillards, portaient une barbe épaisse (1) sur tout le menton, et même
s ) Dans l'énumération des singularités les plus curienses de l'histoire naturelle de l’espèce humaine, on a cité les peupiles de l'Amérique, qui, dit-on , manquent de barbe, tandis qu ils ont une quantité considérable de cheveux. L'ingénieux auteur des Recherches philosophiques sur les Américains , le docteur Robertson , dans son Histoire d’ Amérique , et en général les écrivains dont l’autorité est la plus imposante, donnent ce fait pour incontestable, Puisque le capitaine Cook le contredit, du moins en ce qui a rapport au peuple d'Amérique avec lequel il a eu des entrevues à Noutka , n'est-il pas juste d'engager les auteurs dont je viens de parler à examiner de nouveau la question ? On peut d’ailleurs citer d’autres FROLNS que le capitaine Cook. Le capitaine Carver a trouvé aussi de la barbe aux sauvages établis dans l’intérieur du con- HaGne de l’Amérique. « D’après des recherches très-multi= « pliées et un examen bien attentif, dit-il, je puis, malgréle « respect que j'ai pour l'autorité de M. Paw et de M. Ro- « bertson sur d’autres points , déclarer que leurs assertions « sont erronées, et qu'ils connaissent d’une manière impar- « faite les usages des Indiens. Lorsque ces peuples ont passé « l'âge de la puberté , leur corps, dans leur état naturel, est « couvert de poils , ainsique celui des Européens.Leshommes, «il est vrai, jugeant la barbe très-incommode, se donnent « beaucoup de peine pour s’en débarrasser , et on ne leur en « voit jamais que lorsqu'ils deviennent vieux et qu'ils négli- « gent leur figure. -—- Les Naudoouessis et les tribus éloignées
240 HISTOIRE GÉNÉRALE des moustaches à la lèvre supérieure, lesqnelles descendaient obliquement vers la mâchoire inférieure, Leurs sourcils sont peu fournis et toujours étroits ; mais leurs cheveux sont trés-touflus, très-
« l'arrachent avec des morceaux d'un bois dur , qui forment « des pincettes ; ceux qui communiquent avec les Européens «se procurent du fil d’archal, dont ils font une vis ou un « tire-bourre ; ils appliquent cette vis sur leur barbe, et, « pressant les anneaux et en donnant une secousse brusque, «ils arrachent les poils qu’elles ont saisis. » (Voyage de Carver, pages 224, et 22 de l'original.) M. Marsden, qui cite aussi Carver , fait une remarque digne d'attention; il observe que le masque de l’armure de Montezuma , conservé à Bruxelles, a de très-larges moustaches , et que les Américains n'auraient pas imité cet ornement , si la nature ne leur en eût offert le modèle. Les observations faites par le capitaine Cook sur la côte ouest de l’Amérique sepientrionale , jointes à celles de Carver dans l’intérieur de ce continent, et confirmées par le masque mexicain dont on vient de parler , sont plus que suffisantes pour être de l'avis de M. Marsden , qui s'énonce d’une manière bien modeste : « Sans les autorités nombreuses et « respectables d’après lesquelles on assure que les naturels « d'Amérique manquent naturellement de barbe, je pense- « rais qu'on a adopté trop à la hâte l’opinion commune sur « ce sujet, et que si les Américains manquent de barbe à « l’époque de l’âge mûr, c'est parce qu'ils contractent de « bonneheure l'habitude de l’arracher, ainsique les insulaires « de Sumatra. J'avoue qu'il me resterait moins de doutes « sur la justesse de cette opinion, si l’on prouvait qu'ils ne « sont pas dans l’usage de s’arracher la barbe, comme je le « suppose. » History of Sumatra, pages 39 et 40.
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DES VOYAGES, 247 durs , très forts, toujours noirs, lisses ct flottans sur les épaules. Leur cou est court. La forme de leurs bras et de leur corps n’a rien d'agréable ou d'élégant ; elle est même un peu grossière. Leurs membres, en général, petits en proportion des autres parties, sont courbés et mal faits; ils ont les pieds d’une vilaine forme, et les chevilles du pied trop saillantes : ce défaut semble provenir de ce qu'ils s'asseyent beaucoup sur leurs jarrets dans leurs pirogues et dans leurs maisons.
« Nous n'avons pu deviner précisément la couleur de leur teint, parce que leur corps est incrusté de peinture et de saletés : toutefois nous engageñmes quelques individus à se bien nettoyer, et la blancheur de leur peau égalait presque celle de la peau des Européens ; mais elle offrait la nuance pâle des peuples du midi de l’Europe. Leurs enfans , dont la peau n'avait jamais été barbouillée de peinture, égalent les nôtres en blancheur. Quelques jeunes gens, comparés au gros du peuple, ont la physionomie assez agréable ; mais il paraît que c’est uniquement l'effet de cette teinte vermeille naturelle à la jeunesse ; et lorsqu'ils sont arrivés à un certain âge , leur visage n'offre rien de particulier. En tout, l’uniformité de la physionomie de la nauon entière est très-remarquable ; elle manque toujours d'expression , et elle annonce des esprits lourds et flegmatiques.
« Les femmes ont à peu près la même taille, le
248 HISTOIRE GÉNÉRALT
même teint et les mêmes proportions que les hommes; il n’est pas aisé de les reconnaître, car on ne leur trouve pas cette délicatesse de traits qui distingue le sexe dans la plupart des pays, et à peine en vimes-nous une seule parmi les jeunes qui püt avoir la moindre prétention à la beaute.
« Leur vêtement ordinaire est un habit ou un manteau de lin, garni à l'extrémité supérieure d'une bande étroite de fourrure, et à l'extrémité inférieure , de franges ou de glands. Il passe sous le bras gauche, et il est attaché sur le devant de l'épaule droite avec un cordon ; un autre cordon l'assujettit par derrière : ainsi les deux bras sont en liberté ; il couvre le côté gauche, et si j'en excepte les parties flottantes des bordures, il laisse
. * . . Ù le côté droit ouvert, à moins qu'une ceinture (d'une
patte grossière ou de poil ) ne le serre autour dés reins , ce qui arrive souvent. Par dessus ce premier manteau qui dépasse le genou , ils portent un autre petit manteau de la même étoffe , également garni de franges à la parte inférieure; il y a dans le milieu un trou de la grandeur nécessaire pour reccevoir la tête; il repose sur les épaules, et cache les bras jusqu'aux coudes, et le corps jusqu'à la ceinture. Leur tête est couverte d’un chapeau de la forme d'un cône tronqué , ou de celle d'un pot de fleurs. Ce chapeau est d’une belle natte : une houppe arrondie et quelquefois en pointe, ou une touffe de glands de cuir le décore fréquemment
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DFS VOYAGES. 249 au sommet , et on l'attache sous le menton afin que le vent ne l'emporte pas.
« Outre le vêtement que je viens de décrire, et qui est commun aux deux sexes, les hommes portent souvent une peau d'ours , de loup ou de loutre de mer, avec le poil en dehors; ils l'attachent comme un manteau prés de la partie supérieure , et ils la placent quelquefois sur le devant de leur corps, et d’autres fois sur le derrière. Lorsque le ciel est pluvieux , ils jettent une natte grossière sur leurs épaules. Ils ont aussi des vétemens de laine dont néanmoins ils se servent peu. En général, ils laissent flotter leurs cheveux ; maïs lorsqu'ils n'ont point de bonnet, plusieurs les nouent en toufle «a sommet de la tête. En tont, leur vêtement est commode, et il ne manquerait pas d'élégance s'ils le tenaient propre; mais comme ils barbouillent sans cesse leur corps d’une peinture rouge tirée d'une substance grossière de la nature de l'argile ou d’ocre mêlée avec de l'huile, leur habit contracte une odeur rance très-désagréable , et une malpropreté graisseuse : 1l annonce la saleté cet la misère; et ce qui dégoûte encore davantage, leur tête et leurs vêtemens fourmillent de poux qu'ils prennent et qu'ils mangent.
« Quoique leur corps soit tonjours convert d'une peinture rouge, ils se barbouillent fréquemment le visage d’une substance notre, rouge et blanche, afin que leur figure produise plus d'efiet :
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250 UISTOIRE GÉNÉRALE
quand ils ont cette dernière enluminure, leur mine est nâle, affrense et repoussante. Ils parsèment cette peinture d’un mica brun, qui la rend plus éclatante. Le lobe des oreilles de la plupart d’entre eux est percé d’un assez grand trou, et de deux autres plus petits; ils y suspendent des morceaux d'os, des plames montées su une bande de cuir, de petits coquillages, des faisceaux de glands de poil ou des morceaux de cuivre, que nos grains de verroterie ne purent jamais supplanter. La cloison du nez de plusieurs offre un trou dans lequel ils passent une petite corde; d’autres y placent des morceaux de fer, de laiton ou de cuivre, qui ont à peu prés la forme d’un fer à cheval, mais dont l'ouverture est si étroite, que ses deux extrémités pressent doucement la cloison du nez : cet ornement tombe ainsi sur la lèvre supérieure. Ils employaient à cet usage les anneaux de nos boutons de cuivre, qu'ils achetaient avec empressement. Leurs poignets sont garnis de bracelets ou de cordons de grains blancs, qu'ils tirent d'une espèce de coquillage, de petites lanières de cuir ornées de glands, ou d'un large bracelet d'une seule pièce , et d’une matière noire et luisante, de la nature de la corne. La cheville de leurs pieds est souvent couverte d'une multitude de petites bandes de cuir, et de nerfs d'animaux qui la grossissent beaucoup.
« Tel est leur vêtement et leur parure de tous les
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le tous les
jours; mais ils ont des habits et des ornemens qu'ils semblent réserver pour les occasions extraordinaires : ils les mettent lorsqu'ils font des visites de cérémonie , et lorsqu'ils vont à la gnerre. Ils ont, par exemple, des peaux de loup on d'ours qui s'attachent sur le corps de la même manitre que leur habit accoutumé ; elles sont garnies de bandes de fourrures ou de lambeaux de l’étoffe de laine qu'ils fabriquent eux-mêmes : la garniture offre divers dessins assez agréables ; ils les portent séparément ou par-dessus leurs autres habits. Lorsqu'ils les portent séparément , l’ajnstement de leur tête le plus commun est composé d’osier ou d'ecorce à demi battue : leur chevelure est ornée en même temps de larges plumes, et en particulier de plumes d’aigle, ou bien elle est entiérement couverte de petites plumes blanches. Leur visage est peint de toutes sortes de facons ; les parties supérieures et les parties inférienres offrent différentes couleurs, qu’on prendrait pour autant de balafres récentes, ou bien il est barbouillé d'ane espèce de suif mêlé avec de la peinture, appliquée sur la peau, de manière qu’elle forme un grand nombre de figures régulières, et qu’elle ressemble à un ouvrage de sculpture. Quelquefois encore lenr chevelure est divisée en petits paquets attachés avec un fil, et séparés aux extrémités par des intervalles d'environ deux pouces : plusieurs la lient par derriere , selon notre usage, et ils y placent
252 HISTOIRE GÉNÉRALE des rameaux de cyprès blancs. Cet attirail leur donne une mine vraiment sauvage et grotesque : elle devient plus bizarre encore et plus terrible lorsqu'ils prennent ce que l'on peut appeler leur équipage monstrueux. Cet équipage monstrueux est composé de casques de bois sculptés qui se posent sur le visage, ou sur la partie supérieure de la tête ou du front : les uns représentent une tête d'homme, et on y remarque des cheveux, de la barbe, des sourcils; d’autres représentent des têtes d'oiseaux, et en particulier des aigles et des quebrantahuessos; et beaucoup d'animaux terrestres ou marins, tels que des loups, des aigles, des marsouins, etc. En général, ces figures sont de grandeur plus que naturelle ; elles sont peintes, et souvent parsemées de morceaux de mica feuilleté, qui leur donnent de l'éclat, et qui en augmentent la difformité. Ce n’est pas tout : ils attachent sur la même partie de la tête de gros morceaux de sculpture qui ressemblent à la proue d'une pirogue, lesquels: sont peints de la même maniere , et se projeltent en saillie à une distance considérable. Ils sont si passionnés pour ces déguisemens , que l'un des sauvages qui n'avait point de masque mit sa tête dans un chaudron d'étain que nous venions de lui donner. J'ignore si la religion entre pour quelque chose dans cette mascarade extravagante , s'ils l'emploient dans leurs fêtes, où pour intimider les ennemis par leur aspect
effr si C’ von voy l'on nalt cert les :
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effrayant lorsqu'ils marchent au combat, ou enfin si c'est un moyen d'attirer les animaux quand ils vont à la chasse ; mais on peut conclure que si des voyageurs dans un siècle ignorant et crédule , où Ÿ l'on supposait l'existence d'une foule de choses sur- GARE naturelles ou merveilleuses , avaient rencontré un th certain nombre d’Indiens ainsi équipés, et s'ils ne les avaient pas examinés avec attention, ils n'auraient pas manqué de croire, et dans leurs relations ils n'auraient pas omis d'essayer de faire croire aux autres qu'il existait une race d'êtres tenant de la nu- | ture de la bête et de celle de l’homme ; ils se se: fi eSS raient trompés d'autant plus aisément, qu'outré ais des têtes d'animaux sur des épaules d'homme, ils
auraient vu les corps entiers de ces espèces de monstres couverts de peaux de quadrupèdes. (1) « Le seul habit spécialement destiné à la guerre
que nous ayons remarqué parmi les naturels de Nontka, est un mantean de cuir double et très- ie MR épais, qui nous parut être une peau d’élan ou de jen buffle tannée. Ils lattachent de la manière ordipaire ; 1] peut couvrir la poitrine jusqu'au cou, et descendre en même temps jusqu'aux talons : il est quelquefois chargé de peintures qui offrent divers ie compartimens assez agréables ; non -seulement il È
(1) La réflexion du capitaine Cook offre une excellente apologie aux admirateurs d’'Hérodote en particulier, sur ses contes merveilleux de cette espèce. ( Note de l’Éditeur,)
254 HISTOIRE GENÉRALE est assez {ort pour résister aux traits ; mais, selon ce que les Indiens nous dirent par signes , les piques elles-mêmes ne peuvent le percer : ainsi on doit Je regarder comme leur cotte de mailles, ou comme une armure défensive très-complète. Quand ils von se battre, ils portent quelquefois une espèce de manteau de cuir revêtu de sabots de daims disposés horizontaleraeut , et suspendus à des lumières de cuir couveries de plumes ; et dés qu'ils se remuent , ils produisent un bruit fort, presque égal à celui d’une multitude de petites cloches. Je ne suis si celte partie de leur ajustement a pour objet d'inspirer la terreur à leurs ennemis, ou si c’est un de ces bizarres ornemens qu'ils ont inventés pour les jours d'appareil ; car nous assistâmes à un de leurs concerts, dirigé par un homme qui était revélu de ce manteau , et qui portait un masque sur le visage.
« On ne peut voir sans une sorte d'horreur ces sauvages chargés du fol attuirail que Je viens de décrire; mais lorsqu'ils ne sont pas équipés de cette mamière , lorsqu'ils portent leurs habits ordinaires, et qu'ils gardent leur allure naturelle, leur physionomie n'offre pas la moindre apparence de férocité ; ils paraissent au contraire d’un caractère paisible, flcymatique et indolent. Ils semblent dénués de cette vivacité si agréable daus le commerce de la vie, S'ils manquent de réserve , ils sont loin d'être babillards ; leur gravité est peut être un effet de
s, selon ce les piques si on doit
ou comme nd ils von
espèce de ms dispocs lamiéres u’ils se reesque égal hes, Je ne pour objet sic'est un ntés pour s à un de 11 était re Dasque sur
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DES VOYAGES. 255 leur disposition habituelle plutôt que d'un senuiment de convenance, ou la suite de leur éducation ; car, dans les momens où ils ont le plus de fureur, ls paraissent incapables de s'exprimer complétement par leur langage ou par leurs gestes.
« Les discours qu'ils prononcent lorsqu'ils ont entre eux des altercations et des disputes, ou lorsqu'ils veulent exposer leur sentiment d'une manière publique en d'autres occasions , ne sont guère composés que de phrases très -courtes, ou plutôt de mois détachés répétés avec énergie, toujours sur le méme ton et avec le même degré de force. Chacune de ces phrases et chacun de ces mots est accompagné d’un seul geste, qui consiste à jeter tout le corps un peu en avant, tandis que les genoux se plient et que les bras pendent sur les côtés.
« Puisqu'ils apportèrent à notre marché des crânes et des ossemens humains, on n'a que trop de raison de croire qu'ils traitent leurs ennemis avec une cruauté féroce : mais ce fait indique plutôt un rapport général avec le caractère de pres-
que toutes les tribus non civilisées dans chaque
siècle et dans chaque partie du globe, qu'un genre d’inhumanité particulière dont on doive leur faire des reproches. Nous n’eûmes pas lieu de juger défavorablement de leur caractère sur ce point ; ils paraissent avoir de la docilité, de la politesse naturelle, de la bonté. Quoique d’un tempérament flegmatique , les injures les mettent en fureur, et
comme Ja plupart des gens emportés, ils oublient trés aussi promptement le mal qu'on leur a fait. Je ne hf me suis jamais aperçu que ces accés de colère por- don tassent sur d’autres que sur les parties intéressées. sis Quand ils avaient des querelles entre eux ou avec : quelques-uns d’entre nous, les spectateurs qui ne ln se mélaient.point «le la dispute conservaient autant rêté d'indifférence que s'ils n'avaient pas su de quoi il 4 tes s'agissait. Si l'un d'eux poussait des cris de rage ou À de gronderie, ce que J'ai.vu souvent sans pouvoir AG découvrir la cause ni l’objet de son déplaisir, aucun S dan: de ses compatriotes ne faisait attention à lui. Isne À laissent échapper dans ces occasions aucun sig À Lnr
de fraveur, mais ils paraissaient déterminés à pu- ab
mir Pinsulte , quoi qu'il.puisse en arriver. Lors de Le méme que la querelle nous regardait, notre supé- d'ost riorité ne leur inspirait point du tout de crainte, et que ils montraient contre nous la même ardeur de ven- ia grance que contre leurs compatriotes. do
« Leurs autres passions , et en particulier la cu- d'u
riosité, semblent engourdies à bien des égards; car + peu d’entre eux témoignérent le désir de voir et qui s d'examiner des choses qu’ils ne connaissaient en au- han cune maniere, et qui auraient excité leur surprise et éué
leurétonnement, s'ils avaient ressenti l'enviedes'in- LE n struire : ils ne cherchérent jamais qu'à sc procurer qui é les objets qu’ils connaissaient, et dont ils avaient be- He soin ; ils regardaient toutes les autres choses avec «LU unc indiflérence parfaite, Notre figure, notre accou EE Xe lo