XX
oublient il. Je ne ère poréressées.
| ou avec 5 qui ne nt autant e quoi il e rage où $ pouvoir sir, AUCUN li. Hs nc un sigiic inés à puver. Lors otre supérainte, et
ur de ven-
lier la cuvards; Cut de voir et Lent en au” surprise et viedes'in-
procurer
ivaient be- 10565 AVEC ptre aCCOL-
trementet nos manières, si peusemblables aux leurs, Ja forme et la grandeur extraordinaire de nos vaisseaux , ne parurent ni exciter leur admiration , ni même fixer leur attention.
« On doit peut-être attribuer cette insouciance à leur paresse , qui semble fort grande. D'un autre côté, 1ls paraissent susceptibles , à certains égards, 428 passions tendres, car ils aiment extrêmement la musique : celle qu'ils font est grave et sérieuse, mais touchante. Ils gardent la mesure la pius exacte dansleurs chants, auxquels un grand nombre d’hommes prennent part, ainsi que je l'ai déjà dit en parant de ceux qu'ils exécutérent dans leurs pirogues afin de nous amuser. Leurs airs ont ordinairement de la lenteur et de la gravité ; mais leur musique n'est pas resserrée dans des bornes aussi étroites que celle de la plupart des nations sauvages; les variations en sont très-nombreuses et très-expressives, et elles offrent des cadences et une mélodie d'un effet agréable. Outre leurs concerts en règle, un seul homme chante souvent des airs détachés qui sont aussi sur un 1on grave ; et pour marquer la mesure, 1l frappe sa main contre sa cuisse. Leur musique a quelquefois un autre caractère ;
car nous entendîmes à diverses reprises des stances
qui étaient d’un ton plus gai et plus animé, et même qui avaient quelque chose de comique.
« Un grelot et un petit sifflet d'environ un pouce
de longueur, et avec lequei on ne peut faire au- XXII, 17
cune variation, puisqu'il n'a qu'un ton, sont les seuls instrumens de musique que j'ai observés parmi eux. Ils se servent du grelot lorsqu'ils chan. tent; mais je ne sais pas dans quelles occasions ils emploient leur sifflet, à moins que ce ne soit quand ils prennent un accoutrement qui leur donne la fi. gure de quelques animaux particuliers, et qu'ils s'efforcent d'en imiter les hurlemens et les cris. Je vis un jour un Indien revêtu d'une peau de loup, dont la tête était au-dessus de la sienne, et qui, pour imiter cet animal, poussait des sons avec un sifflet qu'il avait dans sa bouche. La plupart des grelots ont la forme d’un oiseau; le ventre renferme un petit nombre de cailloux, et la queue tient lieu
de manche; ils en ont néanmoins qui ressemblent |
davantage aux grelots de nos enfans.
« Quelques-uns de ceux qui vinrent à noire mar-
ché Jaissérent voir de la disposition pour la fripon:. |
nerie ; ils voulaient emporter nos marchandises sans rien donner en retour; mais en général, cela n'arrivait guêre , et nous eùmes bien des raisons de dire qu'ils mettent de la loyauté dans le commerce, Toutefois 1ls désiraient si vivement d'obtenir dufer ct du cuivre, ou tout autre métal, que peu d’entre enx eurent la force de résister à l'envie de voler cet objet précieux quand ils en trouvèrent l’occasion. Les habitans des îles du grand Océan, ainsi qu'on le voit par un grand nombre de traits rapportés dans ce journal, nous volaient tout ce qui
croiré
leu leu:
La
tern indi qu'i plut pen port étaic ils n valer vale male à not quer donn tait à
mém
qu'il ç vimes
«I sades haut,
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pren
, sont les | observés wils chancasions ils soit quand lonne la fi- , et qu'ils les cris. Je u de loup, e, et qui, ns avec un plupart des re renferme e tient lieu ressemblent
ar la fripon:
archandises |
énéral, cela s raisons de commerce.
tenir du fer peu d'entre
‘e de voler rent l’occacéan, ainsi e traits raptout ce qui
noire imar-
leur tombait sous la main , sans jamais examiner si leur proîe leur serait inutile ou de quelque usage. La nouveauté des objets suflisait seule pour les déterminer à metre en œuvre toutes sortes de moyens indirects afin d'effectuer leur vol ; d’où il résulte qu'ils étaient excités par une curiosité enfantine plutôt que par une disposition malhonnèête. On ne pent justifier de la même manière les naturels du port de Noutka, qui envahirent notre bien; ils étaient voleurs dans toute la force du terme, car ils ne nous dérobérent que les choses dont ils pouvalent tirer parti, et qui avaient à leurs yeux une valeur réelle. Heureusement pour nous ils n’estimaient que nos métaux. Ils ne touchérent jamais nt à notre linge, ni à d’autres choses de cette espèce, que nous pouvions laisser la nuit à terre , sans nous donner la peine de les garder : la cause qui les excitait à nous piller doit produire habituellement le même effet; aussi avons-nous bien des raisons de | croire que le vol est trés-commun parmi eux, et qu'il donne surtout lieu à leurs querelles, dont nous vimes plus d’un exemple.
« Il ne paraît pas y avoir à Noutka d’autres bourgades ou villages que les deux dont j'ai parlé plus haut. On peut avec assez d’exactitude évaluer le nombre des habitans, d’après celui des pirogues qui entourérent les vaisseaux le lendemain de notre arrivée : elles montaient à environ cent, qui, en prenant un terme moyen très-bas, contenaient cinq
personnes chacune ; mais comme nous y vimes tres:
neu de femmes, de vieillards, d’enfans ou de jeunes
gens, je crois adopter une évaluation faible et non
pas exagérée, en supposant que la population des
deux bourgades était quatre fois plus forte ou de
deux mille âmes.
« Le village qui est à l'entrée du port se trouve sur la crrupe d'ün terrain élevé, dont la pente est assez rapide depuis la grève jusqu’au bord du bois, c'est-à-dire dans l’espace où il est situé. |
« Les ma:sons sont disposées sur trois rangées qui s'élévent par degrés l’une au-dessus de l'autre ; les plus grandes se trouvent sur le devant. Ces espèces de rues sont interrompues ou séparées à des distances irrégulières par des sentiers étroits qui ménent à la partie supérieure; mais les chemins qui se prolongent dans la direction des maisons entre les rues sont beaucoup plus larges. Quoique cet arrangement offre une apparence de régularité, il n’en existe aucune dans les maisons particulières, car les divisions faites par les sentiers qui mènent du bas en haut peuvent être considérées, soit comme une maison, soit comme une réunion de plusieurs maisons, puisqu'il n’y a point de division régulière ou complète en dehors ou en dedans, qui sépare cette file de cabanes, dont la construction est bien grossitre. Ce sont de très-longues et trés-Jarges planches, dont les bords portent sur ecux de la planche voisine, et qui sont attachées
ou li elles minc cons gros mité, étant le to de n metli est b jour sont d'int de cô endr tres, par u a lais:
ou tr leur | de de tique fenêt:
de ce elles :
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ois rangées de l'autre ; nt, Ces esarées à des
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es chemins les maisons 3, Quoique régularité, rticuhières, qui ménent lérées, soit réunion de nt de divià en dedans, a constr'uc- -longues ct portent sur
nt attachées
ou liées çà et là avec des bandes d'écorce de pin ; elles sont appuyées en dehors contre des poteaux minces on plutôt des perches placées à des distances considérables ; mais en dedans , des poteaux plus gros sont posés en travers. Les côtés et les extrémités out sept à huit pieds de hauteur ; le derrière étant un peu plus élevé, les planches qui forment le toit penchent en avant, et elles sont mobiles ; de manière qu'on peut, en les rapprochant, se mettre à l'abri de la pluie, ou, lorsque le temps est beau , les séparer, et laisser par là entrer le jour et donner une issue à la fumée. Au total, ce sont de méchantes demeures construites avec peu d'intelligence ou de soin ; car quoique les planches de côté soient jointes assez exactement en quelques endroits, elles sont absolument ouvertes en d'autres, et il n’y a point de portes : on n'y arrive que par un trou, où la longueur inégale des planches a laissé par hasard une ouverture : quelquefois deux ou trois des planches ne sont pas posées de toute leur longueur, et elles présentent un espace ouvert de deux pieds, qui sert d'entrée. Les naturels pratiquent aussi, dans les côtés, des trous ou des fenêtres par lesquelles ils regardent; mais la forme de ces fenêtres n’a aucune espèce de régularité, et elles sont couvertes de morceaux de natte qui empêchent la pluie d'entrer.
« Lorsqu'on est dans l’intéricur , souvent on peut voir sans interruption , d’une extrémité à l'autre de
262 HISTOIRE GÉNÉRALE cette file de cabanes. Quoiqu'en général il s'y trouve des ébauches de séparations pour }:1 cor. modité des différentes familles, elles n’interceptent pas la vue, et elles ne consistent souvent qu’en morceaux de planches qui se prolongent des côtés vers le milicu de l'habitation ; si elles étaient achevées, l'ensemble pourrait être comparé à une longue écurie , qui offre une double rangée de postes et un large passage dans le milieu : chacun de ces compartimens présente prés des côtés un petit banc de planches, élevé de cinq ou six pouces au-dessus du plancher, et convert de nattes qui servent à la fainille de sièges et de lits. La longueur de ces bancs est ordinairement de sept ou huit pieds, et leur largeur de quatre ou cinq. L'endroit où on fait le feu, qui est sans âtre et sans cheminée, se trouve au milieu à terre entre les bancs. 11 y avait dans une maison située à l'extrémité d’une rangée du milieu , et presque entiérement séparée des autres par une cloison élevée , bien jointe, et la plus ré. gulière que j'aie jamais vue, quant au dessin, quatre de ces bancs occupés chacun par une famille particulière ; ils étaient placés dans les coins, sans que des planches marquassent aucune séparation, et le milieu de la cabane paraissait commun aux quatre familles.
« Un grand nombre de caisses et de boîtes de toutes les dimensions, qui sont ordinairement entassées les unes sur les autres , près des côtés ou
des ( leurs masc du } Que!
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ne longue ostes et un e ces comut banc de -dessus du nt à Ja fae ces bancs s, et leur 1 on fait le , se trouve avait dans rangée du des autres Ja plus ré.
au dessin, une famille coins, sans éparalion, mmun aux
2 boîtes de rement enes cÔtés ou
des extrémités de la maison, et qui contiennent
leurs habits de rechange, leurs fourrures, leurs
masques et les autres choses auxquelles ils mettent
du prix, composent surtout leur ameublement.
Quelques-unes de ces caisses sont doubles , et alors
la première est surmontée d’une seconde qui lui
sert de couvercle ; plusieurs ont un couvercle at-
taché avec des lanières de cuir; nous en remarquâmes de plus grandes qui avaient un trou carré partiqué dans la partie supérieure , par lequel ils mettent ou ils ôtent les choses qu’ils y renferment.
Elles sont souvent peintes en noir et garnies de dents de divers animaux, ou ornées d’une frise et de figures d'oiseaux et de quadrupèdes : des seaux ou baquets carrés ou oblongs, dans lesquels ils gardent de l’eau et diverses choses, des coupes et des jattes de bois rondes, et de petits augets de bois d'environ deux pieds de long et de peu de profondeur , dans lesquels ils mangent , des paniers d'osier, des sacs de natte, etc., forment à peu prés le reste des meubles de leurs ménages. Leur attirail de pêche, ainsi que tous leurs eflets, se trouvent épars à terre ou suspendus en différentes parties de la maison, mais sans aucun ordre; l’intérieur des cabanes n'offre que de la confusion ; les bancs qui servent de lits sont les seuls endroits tenus avec quelque soin ; on y voit des nattes plus propres et plus belles que celles sur lesquelles ils s’asseyent ordinairement dans leurs pirogues.
26.4 HISTOIRE GÉNÉRALES « La malpropreté et la puanteur de leurs habitations égalent au moins le désordre qu'on y remar-
que ils y séchent , ils y vident leurs poissons , dont
les entrailles mélées aux os et aux débris, qui sont la suite des repas, et à d'antres ordures, offrent des tas de saletés qui, je crois, ne s’enlèvent jamais, à moins que, devenus trop volnnnineux, ils n'empêchent de marcher. En un mot, leurs cabanes sont aussi sales que des étables de cochons; on respire partout, dans les environs, une odeur de poisson, d'huile et de fumée.
« Malgré ce désordre et ces ordures, la plupart des maisons sont ornées de mauvaises statues. Ce sont tout uniment des troncs de gros arbres, de quatre ou cinq pieds de hauteur, dressés séparé ment ou par couples, à l'extrémité supérieure de la cabane : le haut représente un visage d'homme; les bras et les mains se trouvent taillés dans les côtés et pein's de différentes couleurs ; l’ensemble offre une figure vraiment monstrueuse. Ils appclaient ces statues du nom général de #lumma, ei de celui de naichkoa et de matsita, deux d’entre elles qui étaient en face l'une de l'autre, à la distance de trois ou quatre pieds, et que nous vimes dans l'une des maisons. Les statues étaient couver'?s d'une natte , que les naturels ne se souciaient point du tout d'ôter, et lorsqu'ils consentirent à les dé-
couvrir, ils nous en parlèrent toujours d’une manière très-mystérieuse. Il paraît qu'ils sont dans
« hot « bo a l’ar le « me cot ma me
ars habitay remar-
ons, dont
) qui sont s, offrent nt jamais, | ils n’embanes sont pn respire e poisson,
la plupart latues. Ce arbres , de és séparé crieure de
d'homme; s dans les l'ensemble Ils appcuma, ei de entre elles la distance rimes dans couver!?s nent point t à les déd’une masont dans
DES VOYAGES. 263 l'usage de leur faire quelquefois des offrandes ; nous le crümes du moins, sur différens signes par lesquels
ils seniblèrent nous inviter à leur offrir quelque chose (1). D'aprés ces observations, nous pensämes
(1) Il paraît que M. Webbe: fut obligé de réitérer souvent ses offrandes avant qu’on voulût lui permettre d'achever son dessin. Voici les détails qu'il nous a communiqués lui-méime : « Après avoir dessiné une vue générale de leurs habitations , « je voulus dessiner aussi l’intérieur de l’une des cabanes, « afin d’avoir assez de matériaux pour donner une idée par- « faite de la manière de vivre des naturels du port de Noutka. « Je ne tardai pas à en découvrir une propre à mon objet. « Tandis que je m’occupais de ce travail, un homine s’ap- « procha de moi tenant un grand couteau à la main. Il parut « fâché lorsqu'il vit mes yeux fixés sur deux statues d’une « proportion gigantesque, peintes à la manière du pays, et « placées à une extrémité de l'appartement. Comme je fis peu « d'attention à lui, et que je continuai mon ouvrage, il alla
tout de suite chercher une natte, qu'il placa de manière à m'ôter la vue des statues. Étant à peu près sûr que je ne trouverais plus une occasion d'achever mon dessin, et mon projet ayant quelque chose de trop intéressant pour y renoncer, je crus devoir acheter la complaisance de cet homme, Je lui offris un des boutons de mon habit; ce bouton était de métal, et je pensai qu'il serait bien aise de l'avoir. Mon bouton produisit l'effet que j'en espérais ; car le sauvage enleva la natte , et il me permit de reprendre mes crayons. J'eus à peine tiré quelques traits, qu'il revint couvrir de nouveau les statues avec sa natte ; il répéta sa manœuvre jusqu'à ce que je lui eusse douné un à un tous mes boutons ; et, lorsqu'il s’aperçut qu'il m'avait compléte-
ment dépouillé, il ne s'opposa plus à ce que je désirais. »
assez naturellement qu'elles représentent leurs dieux, ou qu’elles ont rapport à leur religion ou aux superstitions du pays; au reste, nous eümes des preuves du peu de cas qu'ils en font, car avec une trés-petile quantité de fer ou de cuivre j'aurais pu acheter tous les dieux du village, si toutefois les statues dont je parle étaient des dieux : on me proposa d'acheter chacune de celles que je vis, et j'en achetai en effet deux ou trois petites.
« La pêche et la chasse des animaux de terre et de mer destinés à la subsistance des familles paraissent être la principale occupation des hommes ; car nous ne les vimes jamais travailler dans l'intérieur des maisons : les femmes au contraire y fabriquaient des vêtemens de lin ou de laine, et elles y préparaient des sardimes ; elles les y apportent aussi du rivage, dans des vaniers d'osicr, lorsque les hommes les ont déposées sur la grève , au retour de la pêche. Eiles montent de petites pirogues, et elles recucillent des moules et divers coquillages ; elles vont peut-être en mer en d’autres occasions, puisqu'elles manœuvrent les embarcations avec autant de dextérité que les hommes : quand ceux-ci se trouvent sur la même pirogue , ils ne paraissent pas avoir beaucoup d'attention pour elles ; ils ne proposent point de manier euxmême la pagaie, et ils ne leur témoignent d’ailleurs ni égards ni tendresse. La classe des jeunes gens nous parut étre la plus imdolente et la plus oisive ;
nt leurs gion ou s eùûmes car avec e j'aurais tefois les | me pros,etjen
e terre et ulles pa- 10MMES ; ns l’intée y fabrier elles y apportent , lorsque e,au retes pirodivers coà d’autres embarca- 10ommIes :
pirogue , attention nier euxd’ailleurs nes gens 15 OISIVE ;
DES VOYAGES. 267 nous les rencontrions en groupes séparés, qui se vautraient au soleil, ou qui, semblables aux cochons, se roulaient dans le sable, absolument nus. Mais il ne faut attribuer qu'aux hommes ce mépris de la décence : les femmes étaient toujours vêtues, et elles se conduisaient avec la plus grande honncteté ; elles ne s'écartérent jamais de la pudeur et de la modestie convenables à leur sexe ; ces qualités sont d'autant plus dignes d’éloges , que les hommes ne semblent pas susceptibles de honte. Il est impossible toutefois qu’une seule visite de quelques heures ( car la première ne doit pas être comptée ) ait pu nous procurer des renseignemens bien exactssur leur manière de vivre et leursoccupations habituelles : 11 y a lieu de croire que la bourgade entière suspendit à notre arrivée la plupart de ses travaux , et que notre présence changea la manière d’être de ces Indiens dans l’intérieur de leurs maisons , à leurs heures de loisir. Les visites multiphées qu'un si grand nombre d'entre eux nous firent aux vaisseaux nous procurérent un moyen peut-être plus sûr de nous former une idée de leur caractère , et même, à quelques égards, de l'emploi de leur temps. Il paraît qu'ils en passent une grande partie dans leurs pirogues, du moins durant l'été ; car nous observâmes que aon-seulement ils y mangent ct ils y couchent, mais quils s’y dépouillent de leurs habits, et qu'ils sy vautrent au soleil, ainsi que nous les avions vus se
vautrér nus au milieu de leurs bourgades, Leurs grandes p'rogues sont assez spacieuses pour cela, parfaitement séches ; et lorsqu'ils s’y font un abri avec des peaux, et qu'il ne pleut pas, ïls ‘y sont beaucoup mieux que dans leurs maisons.
« Ils se nourrissent de tous les animaux et de tous les végétaux qu'ils peuvent se procurer ; mais la portion des subsistances qu'ils tirent du régne animal est beaucoup plus considérable que celle qu'ils tirent du règne végétal. La mer, qui leur fournit des poissons, des moules, des coquillages plus peuts, et des quadrupèdes marins, est leur plus grande ressource. Ils ont surtout des harengs et des sardines, deux espèces de brémes et de la petite morue : ils mangent les harengs et les sardines quand ces poissons sont frais ; ils en font de plus une provision de réserve, et après les avoir séchés et fumés , 1ls les enferment dans des nattes qui forment des balles de trois ou quatre pieds en carré. Les harengs leur donnent une quantité considérable d'œufs ou de laite , qu'ils préparent d'une manière curieuse : 1ls saupoudrent de cette laïte et de ces œufs , de petites branches de pin du Canada, ci une longue herbe marine, que les rochers submergés produisent en abondance. Cette espèce de kaviar (si je puis me servir de ce terme) se garde dans des paniers ou des sas de naue, et ils s'en nourrissent au besoin, aprés l'avoir plongé dans l'eau, On pent le regarder comme leur pain
ma
autr Ugo que pare dec car,
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hui duc qui Jeui
s, Leurs ur cela, un abri S ‘y sont
1x et de rs mais u régne ue celle ui leur uillages est leur harengs et de la les sar- 1 font de les avoir es nattes pieds en tilé connt d’une e laite et Canada, rochers e espece rme ) se le, et ils * plongé eur pain
DES VOYAGES. 26) d'hiver , et son goût n’est point désagréable, Ils mangent d’ailleurs les œufs et la laite de quelques autres poissons , qui doivent être fort gros, si j'en juge par la dimension des grains; mais ce kaviar a quelque chose de rance à l’odorat et au goût ; 5 paraît que c’est la seule nourriture qu'ils préparent de cette maniére , afa de le conserver long-temps ; car, quoiqu'ils découpent et séchent un petit nombre de brêmes et de chimères, qui sont assez abondantes , ils ne les fument pas comme les harengs et les sardines.
« Ils grillent les grosses moules dans leurs coquilles ; ils les enfilent ensuite à de longues broches de bois, où ils vont les prendre lorsqu'ils en ont besoin ; ils les mangent sans autre préparation ; quelquefois cependant, ils les trempent dans une huile qui leur uent lieu de sauce. Les autres producuons marines, telles que les petits coquillages qui contribuent à augmenter le fond général de leur nourriture, ne doivent pas être regardées comme des moyens de subgistance habituelle, en comparaison de ceux dont je viens de parler.
« Le marsouin est l’animal de mer dontils se nourrissent le plus communément; 1ls découpent en larges morceaux le lard ainsi que la char, et après les avoir séchés comme ils sèchent les ba rengs, ils les mangent sans autre préparation. Ils ürent aussi une espèce de bouillon de là viande
fraiche de cet animal, et leur procédé est singus
270 HISTOIRE CÉNÉRALE
lier : ils mettent de l’eau et des morceaux de cette chair dans un baquet carré de bois, où ils placent ensuite des pierres chaudes ; ils y jettent de nouvelles pierres chaudes, jusqu’à ce que l'eau et la viande aient assez bouilli ; ils en ôtent les pierres dont je viens de parler avec un bâton fendu qui leur sert de pincettes : le vase est toujours près du feu : ce mets est commun dans lenrs repas, et à le voir, on juge quil est fort nourrissant. Ils consomment aussi une quaitité considérable de l'huile que leur procurent les animaux marins; ils l’avalent séparément dans une large cuiller de corne, ou bien elle leur sert de‘sauce pour les autres mets.
« On peut présumer aussi qu'ils se nourrissent de phoques, de loutres de mer et de baleines; car les peaux de phoques et de loutres étaient fort communes parmi eux , et nous aperçümes un grand nombre d’instrumens de toute espèce destinés à la destruction de ces divers animaux ; peut-être toutes les saisons ne sont-elles pas favorables à cette chasse, Nous jugeâmes, par exemple, qu'ils n’en prirent pas beaucoup durant notre reläche, n'ayant vu qu'un petit nombre de peaux et de pièces de viandes fraîches.
«La même remarque est peut-être applicable aux animaux de terre. Ils en tuent queïquelois ; mais il parait que ceia n'arriva guère durant notre séjour, car nous n’en vimes pas un seul morceau , quoique les peaux fussent assez abondantes. Il est
prol leur il p:
que
subs oise:
tuen
rine kavi végé font déve quii sorte seule
nule On] makd aheil et c
enco abor man cel dela pêce
volu
de cette s placent de noul'eau et s pierres ndu qui s près du s,eta le Ils conde l'huile ils l'avae corne, res mets.
urrissent nes ; Car jent fort un grand unés à la tre toutes ; à celle u'ils n’en # n'ayant pièces de
pplicable Iquefois ; ant notre
norceau , es. Il est
probable que des échanges avec les autres tribus leur en-avaient procuré la plus grande partie. Enfin, il paraît clair, d’après une foule de circonstances, que ce peuple tire de la mer presque toutes ses subsistances animales, si j'en excepte quelques oiseaux de mer, parmi lesquels les goelands qu'ils tuent avec leurs traits, occupent la première place. « Les branches de pin du Canada et l'herbe marine, qu'ils saupoudrent de laite de poisson ou de kaviar, peuvent être regardées comme leurs seuls végétaux d'hiver. Lorsque le printemps arrive, ils font usage de plusieurs autres, à mesure qu'ils se développent. Les végétaux de cette dernière espèce, qui nous parurent les plus communs, étaient deux sortes de racines liliacées , la première garnie d'une seule tunique , et la seconde ayant une surface grunuleuse ; elles sont douceûtres et mucilagineuses. On les mange crues, et on leur donne le nom de makouaté où de fouquoppa. La racine appelée aheita, qui a presque la saveur de notre réglisse, et celle d’une fougère dont les feuilles n’étaient pas encore ouvertes, me parurent les végétaux les plus abondans après ceux que je viens d'indiquer. Ils mangent aussi crue une autre petite racine douceâtre , insipide, qui est à peu près de la grosseur de la salsepareille; mais nous ne connaissons pas l'espèce de plante qui la produit. Ils se nourrissent, de plus, d’une racine qui est palmée et d'un gros volume. Nous vimes des naturels qui la recueillaient
aux environs du village, et qui la mangeaïent cris suite. Il est vraisemblable d'ailleurs que le progrès de la saison leur en fournit un grand nombre que nous n’apercümes pas. En eflet, quoique le pays n'offre aucune apparence de culture , on y trouve une quanuté considérable d’aunes et de groseillers de deux espèces, dontils peuvent manger les fruits; car nous les avons vus se nourrir des feuilles de groseiller et de celles de lis au moment où ils les détachaient de la plante ou de l’arbrisseau. Ils paraissent ne. point se soucier des plantes qui ne sont pas douces, ou qui sont un peu trop àcres; car nous ne pümes jamais les déterminer à manger du poireau ou de l'ail. Cependant ils en apportérent beaucoup à notre marché , lorsqu'ils s'apercurent que nous aimions ces deux plantes. Ils ne semblaient avoir aucun goût pour ce que nous mansions; et quand nous leur présentâmes des liqueurs spiritueuses , ils les rejetérent comme quelque chose de peu naturel et de désagréable au goût.
« Ils mangent quelquefois encore de petits animaux marins frais; mais ils sont dans l'usage de rôtir oude griller les choses dontils se nourrissent ; car ils ne connaissent pas du tout notre méthode de faire bouillir des alimens, à moins qu'on ne veuille la trouver dans l'espèce de bouillon qu'ils tirent du marsouin : leurs vases étant de bois, ne pourraient résister au feu.
« La malpropreté de leurs repas répond parfai-
temer sonne et les nourr précé romp:
toutes de leu mais i
| même
petits comm d'espr dre id qu'ils reau d « J” repas.
rogues que nc marqu baquet que c" «Il:
piques peu au
1 petite |
des sa ment :
jent cts progrès ibre que le pays y trouve "oseillers es fruits ; utiles de où ils les seau. Ils »s qui ne pp äcres ; à manger apportéls s'aper- :s, Ils ne ous manliqueurs quelque gout.
petits aniusage de trrissent ; méthode u'on ne on qu'ils bois , ne
d parfai-
DES VOYAGES. 273 tement à celle de leurs cabanes et de leurs personnes. Il paraît qu'ils ne lavent jamais les augets et les plats de bois dans lesquels ils prennent leur nourriture, et que les restes dégoûtans d'un dîner précédent sont mêlés avec le repas qui le suit. Ils rompent aussi, avec leurs mains et leurs dents, toutes les choses solides on coriaces; ils font usage de leurs couteaux pour dépecer les grosses pièces ; mais ils n’ont pas encore imaginé de se servir du
| même moyen pour les diviser en morceaux plus
peuts et en bouchées, quoique cet expédient, plus commode et plus propre, ne demande aucun effort d'esprit. Enfin, ils ne semblent pas avoir la moindre idée de la propreté ; car ils mangent les racines qu'ils tirent de leurs champs sans secouer le terreau dont elles se trouvent chargées.
« J'ignore s'ils ont des heures fixes pour leurs repas. Nous les avons vus manger dans leurs pirogues à tous les momens de la journée ; mais lors-
que nous allâmes reconnaître le village, nous re-
marquâmes que vers midi ils préparèrent plusieurs baquets de bouillon de marsouin, et je présume
que c’est le temps où ils font leur repas principal. « Ils ont des arcs et des traits, des frondes, des piques, de courts bâtons d'os qui ressemblent un
peu au patou-patou de la Nouvelle-Zélande, une | petite hache qui diffère peu du tomahäk ordinaire des sauvages d'Amérique. La pique x ordinaire ment une longue pointe d'os : la pointe de quel- XXIII. 10
ques-uns des traits est de fer ; mais elle est ordi. nairement d'os et dentelée. Le tomahâk est une pierre de huit pouces de long, dont une des extré. mités est terminée en pointe , et l'autre étabhe sur un manche de bois ; le manche ressemble à la tête et au cou d’une figure humaine ; la pierre ést posée dans la bouche, et on la prendrait pour une langue d'une grandeur énorme ; afin que la ressemblance frappe davantage , la tête est garnie de cheveux. Ils donnent à cette arme le nom de taaouich et de tsékih. Is ont une autre arme de pierre, appelce siaïk , de neuf pouces ou d’un pied de longueur, qui a une pointe carrée.
« D'après le grand nombre d'armes de pierre et d’autres matières qu’on voit parmi eux, il est évident qu'ils sont dans l'habitude de se battre corps à corps, et la quantité considérable de crânes humains qu'ils apportérent à notre marché prouve d'une manière trop convaincante que leurs guerres sont fréquentes et meurtrières.
« Leurs manufactures et leurs arts mécaniques sont bien plus étendus et bien plus ingénieux, par rapport au dessin et à l'exécution, qu’on ne l'attendrait du peu de progrès de leur civilisation à d’autres égards. Les vêétemens de lin et de laine dont ils se couvrent doivent être la première chose qui les occupe, et ce sont les ouvrages les plus importans de leurs fabriques. Ils turent leurs étofles des fibres de l’écorce d’un pin qu'ils rouissent et
qu'ils le ch ont dent vent de fa sus d tresse demi n’est fait a entre et la d'ail ple. ( briqu COUP qu'o les a blable
finir
leurs finess
tures presq même ou pl paraî nard
est ordi-
k est une des extrétablie sur “à la tête ést posée ne langue semblance leveux. Ils ich et de :, appelée longueur ,
de pierre >ux , 1l est attre Corps rânes huhé prouve rs guerres
hécaniques nieux , par bn ne l’at-
ihsation à !
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qu'ils battent, comme on rouit et comme on bat ie chanvre. Ils ne la filent pas; mais lorsqu'ils l'ont préparée d’une mamière convenable, ils l'étendent sur un bâton posé sur deux autres qui se trouvent dans une position verticale. Elle est disposée de façon que l’ouvrier , assis sur ses jarrets au-dessus de cette machine bien simple, y noue des fils tressés, séparés l’un de l’autre par un intervalle d’un demi-pouce. D'après leurs procédés , leur ctoffe n'est ni aussi serrée, ni aussi ferme que « u'on fait au métier; mais les faisceaux qui nt entre les divers nœuds remplissent les :
ct la rendent assez impénétrable à l'air; elle a d'ailleurs l'avantage d’être plus douce et plus souple. Quoique leurs habits soient probablement fabriqués de la même facon , ils ressemblent beaucoup à une étoffe tissue ; mais les diverses figures qu'on y remarque ne permettent pas de croire qu'on les a travaillés au métier ; car il est peu vraisemblable que ces Indiens aïent assez d'adresse pour finir un ouvrage si compliqué autrement qu'avec leurs mains. Leurs étoffes ont différens degrés de finesse ; quelques-unes ressemblent à nos couvertures de laine les plus grossières ; d'autres égalent presque nos couvertures les plus fines ; elles sont même plus douces et plus chaudes. Le petit poil, ou plutôt le duvet, qui en est la matière première, paraît venir de différens animaux , tels que le renard et le lynx brun. Celui qui vient du lynx est
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256 HISTOIRE GÉNÉRALE le plus fin, et, dans son état naturel, il a presque la couleur de nos laines brunes grossitres; mais en le travaillant, ils y mélent les grands poils de la robe des animaux, ce qui donne à leurs étoffes une apparence un peu différente. Les ornemens ou les figures répandues sur leurs habits sont disposés avec beaucoup de goût; ils offrent ordinairement diverses couleurs : les plus communes sont le brun foncé ou le jaune. Cette dernière, lorsqu'elle est fraîche , égale en éclat les plus beaux de nos tapis. « Les arts d'imitation se tiennent de fort près, et il ne faut pas s'étonner que ces Indiens, qui savent tracer des figures sur leurs vêtemens, et les sculpter sur le bois, sachent aussi les dessiner en couleur. Nous avons vu toutes les opérations de leur pêche de la baleine peintes sur leurs bonnets. Quoiqu’elles fussent grossièrement exécutées, elles prouvent du moins que, malgré leur ignorance absolue de ce qui a rapport aux lettres, et outre les faits dont ils gardent le souvenir par leurs chants et leurs traditions, ils ont quelques notions d’une méthode pour rappeler et représenter d’une maniére durable ce qui se passe dans le pays. Nous observâmes d’autres figures peintes sur leurs meubles et leurs effets; mais j'ignore si on doit les regarder comme des symboles qui ont une signification déterminée et reconnue, ou si ce sont uniquement des effets de l’imagination et du caprice.
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« La construction des pirogues est fort simple, mais elles paraissent trés-propres à l'usage auquel on les destine ; un seul arbre compose les plus grandes , qui portent vingt hommes et quelquefois davantage ; on en voit beaucoup qui ont quarante pieds de long , sept de large , ettrois de profondeur. Elles se rétrécissent peu à peu depuis le milieu jusqu'aux deux extrémités ; l'arrière se termine brusquement et par une ligne perpendiculaire : elles présentent une bosse au sommet de l’étambord; mais l'avant se prolonge davantage : il se déploie en ligne horizontale et verticale, et 1l se termine par une pointe en saillie, ou par une proue beaucoup plus élevée que les flancs. La plupart de ces embarcations n'ont aucun ornement, mais quelques-unes sont chargées d’un peu de sculpture, et ornées de dents de phoque, posées sur la surface en forme de clous, comme on le voit sur leurs masques et sur leursarmes. Quelques pirogucs offrent une espèce de proue additionnelle qui ressemble à un large taille-mer ; elle représente la figure d’un animal. On n’y trouve d’autres siéges ou d’autres appuis que des bâtons arrondis, un peu plus gros qu’une canne, placés en travers, à mi-profondeur, Elles sont très-légères, et étant plates et larges elles voguent sûrement sans avoir un balancier, disünction remarquable entre les canots des peuples américains et ceux des parties méridionales des grandes Indes et des îles du grand
Océan. Les pagaies sont petites et larges ; elles ont à peu prés la forme d’une large feuille pointue au sommet, plus large au milieu, et se rétrécissant peu à peu jusqu’à la tige; leur longueur est d'environ cinq pieds : les naturels, habitués à en faire usage, les manient avec beaucoup de dextérité, car ils n’ont pas encore introduit les voiles dans leur navigation.
« Leur attirail de pêche et de chasse est ingénieux et d’une exécution heureuse. Il est composé de filets, d'hamecons, de lignes, et d’un instrument qui ressemble à une rame. Cet instrument a environ vingt pieds de long, quatre ou cinq pouces de large, et à peu près un demi- pouce d'épaisseur : chacun des bords dans les deux tiers de sa longueur ( l’autre tiers forme le manche ) est garni de dents aiguës d'environ deux pouces de saillie. Les naturels s’en servent pour attaquer les harengs, les sardines et les autres petits poissons qui arrivent en kancs ou grandes troupes ; ils le plongent au milieu du banc, et le paisson sc prend sur ou entre les dents. Lenrs han ns sont d'os et de bois, et assez grossiers; mais le harpon avec lequel ils frappent les baleines et les autres animaux de mer d’une moindre grosseur annonce un esprit fort invenuf : il est composé d’une pièce d'os qui présente deux barbes dans lesquelles est fixé le tranchant ovale d’une large coquille de moule qui forment la pointe : 1l porte deux ou
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DES VOYAGES. 279 trois brasses de corde : pour le jeter, ils emploient un bâton de douze à quinze pieds de long ; la ligne ou la corde est attachée à une extrémité, le harpon est fixé à l’autre de manière à se détacher du bâton qui flotte sur l’eau comme une bouée, lorsque l'animal s'enfuit avec le harpon.
« Nous ne pouvons rien dire sur la méthode qu'ils emploient pour attraper ou tuer les animaux de terre, à moins que nous ne supposions qu’ils attaquent les espèces les plus petites avec leurs traits , et les ours, les loups et les renards avec leurs piques. Ils ont, il est vrai, plusieurs filets qui paraissent destinés à cette chasse ; car , lorsqu'ils les apportérent à notre marché, ils les placcrent souvent sur leur tête, afin de nous en indiquer l'usage. Ils attirent quelquefois des animaux dans le piége en se couvrant de peaux de bêtes et en marchant à quatre pates : ce qu'ils effectuent avec beaucoup d'agilité, et en même temps ils font du bruit ou une espèce de hennissement : ils prirent plusieurs fois cette allure devant nous. Ils mettent dans ces occasions des masques ou des têtes sculptées qui représentent les divers animaux du pays, et même de véritables têtes d'animaux desséchées.
« Quant aux matérianx qui composent leurs divers ouvrages , 1l faut observer que toutes leurs cordes sont des lanières de peaux et de nerfs, ou cette écorce d'arbre avec laquelle ils fabriquent
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pouvoir venir que de la baleine. Les os dont ils font quelques-unes de leurs armes , les instrumens dont ils se servent pour battre l’écorce, les pointes de leurs piques, et les barbes de leurs harpons doivent être aussi. des os de baleine.
« Il faut peut-être attribuer à leurs outils de fer la dextérité avec laquelle ils travaillent le bois. Ils ne paraissent pas en employer d’autres; du moins nous n'avons vu parmi eux qu'un ciseau d'os. Il est assez vraisemblable qu'ils ont imaginé la plupart de leurs méthodes expéditives depuis qu'ils ont acquis la connaissance de ce métal dont ils se servent aujourd'hui, toutes les fois qu'ils veulent faconner du bois. Nous ne nous sommes pas aperçus qu'ils donnassent à ce fer d'autre forme que celle du ciseau et du couteau. Leur ciseau est un long morceau de fer plat, adapté à un manche de bois. Une pierre leur tient lieu de maillet , et une peau de poisson de polissoir. J'ai vu quelques-uns de ces ciseaux de huit ou dix pouces de longueur , et de trois ou quatre de large ; mais en général ils étaient plus petits. La longueur de leurs couteaux varie ; il y en a de très-grands, qui ont des tranchans recourbés, et qui ressemblent un peu à nos serpes , mais le taillant est sur la partie convexe. La plupart de ceux que nous renconträmes étaient à peu prés de la largeur et de l'épaisseur du cercle de fer qui en-
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toure les barriques, ei la singularité de leur forme annonce qu’ils ne sont pas de fabrique européenne. Il est vraisemblable qu'on les a faits sur le modéle des premiers instrumens de pierre ou d’os dont ils se servaient jadis. Ils aiguisent ces outils de fer sur une ardoise grossière, et ils ont soin de les tenir toujours fort luisans.
« Le fer qu'ils appellent sifémaié (nom qu'ils donnent aussi à l'étain et à tous les métaux blancs) étant trés-commun , nous dûmes rechercher comment ils ont pu se procurer une chose aussi utile. Ils nous prouvèrent, dés les premiers momens de notre arrivée , qu'ils étaient habitués à une espèce de trafic, et qu'ils aimaient à faire des échanges : nous nous aperetmes bientôt qu'ils ne devaient pas celte connaissance à une entrevue passagére avec des étrangers ; que c'était parmi eux un usage constant ; que cet usage leur plaisait beaucoup, et qu’ils savaient fort bien uirer parti des choses qu'ils voulaient nous vendre; mais je n’ai pu savoir précisément avec qui ils font ce petit commerce. Quoique nous ayons trouvé parmi eux des choses qui étaient sûrement de fabrique européenne , ou du moins qui venaient d'un peuple civilisé, du fer et du cuivre par exemple, il paraît qu'ils ne les ont pas reçues immédiatement des Européens, ou des maisons civilisées établies en d’autres parties de l'Amérique; car ils ne nous donnérent lien de croire en aucune manière qu'ils eussent vu des bätimens
pareils aux nôtres , ou qu’ils eussent commercéavec des équipages aussi nombreux et aussi bien approvisionnés : une foule de raisons semblent même démontrer le contraire. Des qu'ils nous virent parmi eux, ils s’empressérent de nous demander par signes si nous voulions nous établir dans leur pays, et si nous avions des intentions amicales : 1ls nous avertirent en même temps qu'ils nous fourniraient généreusement de l’eau et du bois; d’où 1l résulte qu'ils regardaient cette partie de l'Amérique comme leur propriété, et qu'ils ne nous redoutaient point. Ces questions ne seraient pas naturelles , si des vais: seaux eussent abordé avant nous ici, et si, apres avoir fait des échanges avec les naturels, et avow embarqué un supplément de bois et d’eau, ils étaient partis; dans ce cas, les Indiens devaient penser que nous ferions de même. Il est vrai qu'ils ne montrérent aucune surprise à l'aspect de nos vaisseaux ; mais, ainsi que je l'ai déjà fait observer, on peut attribuer cette indifférence à leur paresse naturelle et à leur défaut de curiosité. L'explosion d’un fusil ne leur causait pas même de tressaillement. Un jour cependant qu'ils essayérent de nous faire comprendre que leurs traits et leurs piques ne percaient pas les vêtemens de peaux dont ils se couvrent quelquefois, un de nos messieurs ayant percé avec une balle une de ces cuirasses faites de six doubles , un si grand prodige leur causa une extrême émotion ; ce qui nous prouva clairement qu'ils ne
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connaissaient pas l'effet des armes à feu. Cette vérité nous fut confirmée souvent par la suite , lorsque, dans leur village et en d’autres endroits, nous nous servimes du fusil pour ner des oiseaux : notre méthode les confondait; et à la manière dont ils nous écoutèrent quand nous leur expliquâmes l'usage de la poudre et du plomb, il nous fut démontré qu'ils n'avaient jamais rien vu de pareil.
« Au moment où je partis d'Angleterre on avait recu à Londres quelques détails d'un voyage fait par les Espagnols sur cette côte de l'Amérique en 1774 ou 1775 ; mais ils n'abordèrent pas à Noutka (1); d'ailleurs le fer y était trop commun; un trop grand nombre de sauvages en possédaient des morceaux ; les gens du pays savaient trop bien l’employer pour croire qu'ils eussent acquis cette richesse et celte connaissance à une époque si récente, ou même pour imaginer qu'il leur était venu plus anciennement d’un seul vaisseau. Comme ils en font un usage universel, on peut supposer sans
(1) Nous savons aujourd'hui que la conjecture du capitaine Cook était bien fondée. Il paraît, par le Journal du voyage des Espagnols, qu'ils ne communiquèrent avec les naturels de cette partie de la côte d'Amérique qu’en trois
“endroits, à 41° 7", à 47° 21°, et à 57° 18 de latitude : ainsi
ils n’abordèrent pas à moins de 2° de Noutka , et il est tresvraisemblable que les habitans de cette baie n’avaient jamais
- entendu parler des vaisseaux espagnols.
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