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DES VOYAGES. 505 qu'ils les apprètent d'une autre manière : ilest vraisemblable qu'ils ont appris des Russes la première de ces méthodes. Quelques-uns possedent de petits chaudrons de cuivre ; ceux qui n’en ont pas se servent d’une pierre plate, garnie sur les bords d’une argile qui lui donne la forme d’un vase.
« J’assistai un jour au dîner du chef d’Ouna- Jachka ; on ne lui servit que la tête crue d’un grand fletan qu'on venait de prendre. Avant de lui offrir les morceaux, deux de ses domestiques mangérent les ouïes , sans autre préparation que d’en exprimer les glares : l’un d’eux coupa ensuite la tête du poisson, et la porta sur le rivage de la mer; quand il l’eut lavée , il la rapporta , et il s’assit aux picds de son maître : il avait eu soin de cueillir des herbes qui unrent lieu de plat, et qu'il répandit devant le chef; il découpa alors des tranches le long des joues, et il les mit à la portée du chef, qui les avala avec autant de plaisir que nous mangeons des huîtres. Dés que le chef eut fini son diner, les restes de la tête furent dépecés et donnés aux gens de sa suite , qui arrachérent avec les dents ce qui était bon à manger, et qui en rongérent les arêtes.
« Ces insulaires ne se peignant point le corps, ne sont pas aussi sales que les sauvages qui s'enduisent de peintures ; mais on voit autant d'ordures et de poux dans leurs cabanes. Pour construire leurs habitations, ils creusent en terre un trou
566 HISTOIRE GÉNÉRALE oblong qui a rarement plus de cinquante pieds de long et vingt de large, et dont, en général, les dimensions sont moindres. Ils forment sur cette excavalion un toit avec les troncs ou les branches d'arbres qne la mer jette sur la côte; le toit est revêtu d'herbes , et ensuite de terre, en sorte qu'il ressemble en dehors à un tas de fumier ; le milieu offre, vers chacune des extrémités, une ouverture carrée, par où entre le jour : l'une des ouvertures n’a pas d'autre destination ; mais la seconde sert d'entrée et de sortie ; et on trouve au-dessous une échelle ou plutôt un poteau garni de marches entaillées. Quelqnes-unes des cabanes offrent, rarement à la vérité, une seconde entrée au niveau du sol. Les familles (car il y en a plusieurs de logées ensemble) ont leurs appartemens séparés autour des côtés et des extrémités de l'habitation :; elles y couchent et elles y travaillent, non sur des bancs, mais dans une espèce de fossé qui entoure le bord intérieur de la maison, et qui est couvert de nattes. Cette partie de la cabane est assez propre ; mais je suis loin de pouvoir dire la même chose du milieu , qui est commun à toutes les familles ; car, quoiqu'il soit revêtu d'une herbe sèche, c’est le réceptacle des ordures de toutes sortes, et on y voit le baquet à uriner, dont la puanteur n’est pas détruite par les peaux crues , ou plutôt par le cuir dont il se trouve rempli presque continuellement. Ils placent leur “ichesses, c’est-à-dire leurs ha-
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« Des jautes , des cuillers , des seaux, des pots à boire , des paniers, des nattes, et quelquefois un chaudron ou un vase, composent tous leurs ustensiles de ménage. Ces meubles sont proprement faits et d'une belle forme ; cependant nous ne leur avons vu d'autres outils que le couteau et la hache ; leur hache est un petit morceau de fer plat, adapté à un manche de bois crochu. Nous n'avons pas remarqué d’autres instrumens de fer. Quoique les Russes soient établis ici, les naturels du pays possédent une quantité de ce métal moindre que celle dont nos regards avaient été frappés chez les tribus du continent d'Amérique, qui n'avaient jamais vu les Russes, et qui peutêtre n'avaient pas eu de communication avec eux. Il est vraisemblable qu'ils donnent aux Russes tout leur superflu pour des grains’ de verroterie et du tabac en poudre ou à famer. Tous, à très- peu d’exceptions près, fument, mâchent et prennent du tabac; et ce luxe me fait craindre qu'ils ne demeurent toujours pauvres.
« Ils ne semblaient pas désirer une quantité plus considérable de fer, et 1ls ne nous demandèrent que des aiguilles , car les leurs sont faites avec des arêtes. Au reste, avec leurs aiguilles grossières, ils cousent les bordages de leurs pirogues, ils font leurs vétemens et des broderies trés-curieuses ; ils emploient, au lieu de fil, des nerfs qu'ils découpent de la grosseur convenable, Les femmes sont
chargées de toutes les opérations de la couture ; elles sont les tailleurs, les cordonniers , les constructeurs et les couvreurs des canots du pays : se- Jon toute apparence, les hommes travaillent la charpente sur laquelle on pose les peaux qui bordent lesembarcations. Ils fabriquent avec de l'herbe des paniers très-solides : la finesse et l'élégance de la plupart de leurs ouvrages annoncent un esprit inventif, et que la peine ne rebute pas.
« Je n'ai jamais aperçu d'âtre ou de foyer dans leurs cabanes ; elles sont éclairées et échauffées par des lampes qui sont très-simples , et qui cependant remplissent trés-bien l'objet auquel on les destine ; c’est tout uniment une pierre plate creusée dans lun des côtés ; ils mettent dans la parue creuse de l'huile mélée à de l'herbe séchée, qui üent lieu de mèche. Les hommes et les femmes se chauffent souvent sur une de ces lampes ; ils les placent alors entre leurs jambes , sous leurs vêtemens , et iis les y üennent quelques minutes.
« Ils nraduisent du feu par collision et par frottement : quand ils veulent employer la première de ces deux méthodes , ils frappent l’une contre l'autre deux picrres, l’une desquelles a été bien enduite de soufre : s'ils veulent mettre en usage le second expédient, ils se servent de deux morceaux de bois : l’un est un bâton d'environ dixhuit pouces de longueur, et l'autre un reste de planche; l'extrémité du bâton est pointue , et,
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