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DÉS VOYAGES. 569 aprés l'avoir appuyé fortement sur la planche, ils le tournent avec agilité, comme on tourne une vrille, et au bout de quelques minutes ils produisent du fen. Cette méthode est usitée dans un grand nombre de pays; on la trouve au Kamtchatka, au Groenland, au Brésil, à Taïu, à la Nouvelle- Hollande, et vraisemblablement ailleurs. Des savans et des littérateurs ingénieux ont voul: en con-
clure que les peuplades parmi les s on la voit établie sont de la même race; rap ports que le hasard a fait naître, « osent
sur un petit nombre de points, n'autorisent pas une pareille conclusion; et les différences qu'on observe dans les mœurs ou les coutumes de deux peuplades , ne suflisent pas pour prouver qu'elles urent leur origine d'une source différente. Indépendamment de l'exemple que je viens de citer, il me serait facile d'en alléguer beaucoup d’autres à l'appui de cette opinion.
« Nous n'avons rien vu parmi les naturels d'Ounalachka qui ressemble à une arme offensive ou à une arme défensive : on ne peut croire que les Russes les aient trouvés dans cet état; on imaginera plutôt qu'ils les ont désarmés. Des vues politiques peuvent aussi avoir engagé la cour de Russie à leur interdire les grandes pirogues ; car 1l est diflicile de penser qu'ils n’en avaient pas autrefois de pareilles
à celles que nous avons trouvées chez tous leurs voisins; cependant nous n’en avons aperçu de cette XXII. 24
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espèce qu’une ou deux quiappartenaient aux Russes, Nous n'avons pas rencontré sur le continent d’Amérique des canots aussi petits que ceux dont se servent ces insulaires ; ils étaient néanmoins construits de la même manière, ou bien leur construction offrait peu de différence ; l'arrière se termine un peu brusquement ; l'avant est fourchu , et la pointe supérieure de la fourche se projette en dehors de la pointe inférieure , laquelle est de niveau avec la surface de la mer. Il est difficile de concevoir pourquoi ils ont adopté cette méthode; car la fourche est sujette à soisir tout ce qu’elle trouve sur son chemin. Pour remédier à cet inconvénient, ils placent un petit bâton d’une pointe à l’autre. Leurs canots'ont d’ailleurs la forme de ceux des Groenlandais et des Esquimaux : la charpente est composée de lattes tres-minces, recouvertes de peaux de phoque : ils ont environ douze pieds de long, un pied et un pied et demi de large au milieu, et douze ou quatorze pouces de profondeur : ils peuvent au besoin porter deux hommes, dont le premier est étendu de toute sa longueur dans l'embarcation , et dont le second occupe le siége ou le trou rond percé à peu près au milieu. Ce trou est bordé en dehors d’un chaperon de bois, autour duquel est cousu un sac de boyau qui se replie ou s'ouvre comme une bourse, et qui a des cordons de cuir dans la partie supérieure. L’insuiaire , assis dans le trou, serre le sac autour de son
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corps, t il ramène sur ses épaules l'extrémité du cordon, afin de le tenir en place : les manches de
sa veste serrent son poignet ; ce vêtement lui é'ant
juste à son cou, et le capuchon étant relevé par-
dessus la tête , où il est arrêté par le chapeau, l’eau ne peut guère lui mouiller le corps ou entrer dans le canot : 1l a de plus un morceau d’éponge pour essuyer celle qui pourrait s’'introduire : il se sert d’une pagaie à double pale ; il la tient par le milieu avec les deux mains, et il frappe l'eau d’un mouvement vif et régulier, d'abord d’un côté, et ensuite de l’auire ; 1l donne ainsi une vitesse considérable au canot, et il suit une ligne droite. Lorsque nous partimes d’EgouRhchak pour aller à Samganoudha , deux ou trois pirogues marchérent aussi vite que nous, quoique nous fissions trois milles par heure.
« Leur atüirail de pêche et de chasse est toujours dans leurs pirogues sous des bandes de cuir disposées exprés. Leurs inmstrumens sont tous de bois et d'os, et bien faits; ils ressemblent beaucoup à ceux qu'emploient les Groenlandais, et que Crantz a décrits ; ils n’en différent que par les pointes : la pointe de quelques-uns de leurs dards n’a pas plus d'un pouce de longueur, et Crantz dit que celle des dards des Groenlandais a un pied et demi. Les dards et quelques instrumens d’Ounalachka sont très-curieux. Ce peuple harponne le poisson avec une grande adresse à la mer ou dans les rivières ;
il se sert aussi d’hamecons et de lignes, de filets et de nasses : ses hamecons sont d’os, et ses lignes de nerfs.
« On rencontre ici les poissons communs dans les autres mers du nord, tels que la baleine, le dauphin, le marsoin , l’'espadon, le fletan , la morue, le saumon, la truite, la sole, des poissons plats, et plusieurs autres espèces de petits poissons; il y en a peut-être beaucoup d’autres que nous n’eùmes pas occasion d’apercevoir. Le fletan et le saumon paraissent être les plus abondans; ils fournissent principalement à la subsistance des naturels ; du moins , si j'en ge quelques morues, ce furent les seuls que nou$ remarquâmes en réserve pour l'hiver. Au nord du 6v° degré, la mer offre peu de petits poissons ; mais à cette hauteur, les baleines deviennent plus nombreuses.
« Les phoques et tous les animaux de cette famille ne sont pas en aussi grand nombre ici que dans la plupart des autres mers. On ne doit pas s'en étonner, puisque presque toutes les parties de la côte du conunent, ou des diverses îles situées dans l’intervalle qui sépare Ounalachka de l’Amérique sont habitées, et que chacun des peuples les chasse pour ;’en nourrir ou en tirer ses vêtemens. Au reste, on trouve une quantité prodigieuse de morses autour de la glace. Nous aperçümes quelquefois un cétacé qui avait la tête semblable à celle du dauphin, et qui soufllait comme les baleines ;
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