SEAT
52 HISTOINE GÉNÉRALE
sentés à O-tou. Le roi n'ÿ toucha point, mais il donna à l'homme qui les lui offrit la touffe de plumes rouges qu'il avait reçue de Toaouha. Les cheveux et l'œil de la victime furent reportés au prêtre avec les plumes. O-tou leur envoya bientôt aprés d’autres plumes qu'il avait mises le matin dans ma poche, en me recommandantde les garder. Tandis qu'on procédait à cette dernière cérémonie, on entendit un martin-pécheur qui voltigeait sur les arbres. O-tou, se tournant prés de moi, me dit : C'est l'éatoua ; et il parut enchanté d’un si bon présage.
« Le corps fut porté quelques pas plus loin , et on le déposa , la tête tournée vers le moraïi, sous un arbre, prés duquel étaient trois morceaux de bois minces et larges, chargés de sculptures grossicres, mais différentes les unes des autres. On placa les paquets d’étoffes dans le moraï, et on reposa les touffes de plumes rouges aux pieds de la victime : les prêtres se rangérent autour du corps, et on nous permit d'en approcher autant que nous Je voulûmes. Celui qui paraissait exercer les fonctions de:grand-prêtre était assis à peu de distance : il parla un quart d'heure, en variant ses gestes et les inflexions de sa voix ; il s’adressa toujours à la victime, et il parut souvent lui faire des reproches; il lui fit différentes questions ; il me sembla qu'il lui demandait si on n’avait pas eu raison de lasacrifier ; d’antres fois il lui adressa des prières, comme
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DES VOYAGES. 33 si le mort avait eu assez de pouvoir ou de crédit sur la divinité pour en obtenir ce qu'il solliciterait. Nous comprimes surtout qu'il le suppliait de livrer aux mains du peuple de Taïti, Eiméo, le chef Maheiné, les cochons, les femmes, et tout ce qui se trouvait dans cette derniére île, Le sacrifice n'avait pas en effet d'autre but. 11 chanta d'un ton plaintif une prière qui dura près d’une demi-heure; deux autres prêtres, Potatou et une partie de l'as= semblée l’accompagnérent durant cette prière: l’un des prêtres arracha encore de la tête de la victime quelques cheveux qu'il mit sur des paquets d'étoffes; ensuite le grand-prêtre pria seul, tenant à la main les plumes dont Toaouha avait fait présent à O-tou. Lorsqu'il eut fini, il donna ces plumes à un second prêtre, qui pria de la même maniere. Les toufles de plumes furent déposées sur les paquets d'étoffes, et le lieu de la scène changea.
« On porta le corps dans la partie la plus visible du moraï; on y porta aussi les plumes, les deux paquets d’étofles et des tambours : les plumes et les étoffes furent placées sur les murs du moraï , et on posa la victime au-dessous. Les prêtres l'entourerent de nouveau ; et, aprés s'être assis , ils recommencérent leurs prières , tandis que quelques-uns de leurs acolytes creusèrent un trou de deux pieds de profondeur , où ils jetérent l’infortunée victime qu'ils couvrirent de terreau et de pierres. Au moment où on mettait le corps dans la fosse, un petit
34 HISTOIRE GÉNÉRALÈ
garcon poussa des cris, et O-mui me dit que c'était l'éatoua, Sur ces entrefaites, on avait préparé un feu : on amena le chien dont j'ai parlé plus haut, et on lui tordit le cou jusqu'à ce qu'il füt étouflé ; on enleva ses poils en le passant sur la flamme , et on Jui arracha les entrailles, qu'on jeta au feu, où on les laissa brüler. Les insulaires chargés de ces foncuons se contentérent de rôur le cœur, le foie et les rognons, qu'ils tinrent sur des pierres chaudes l’espace de quelques minutes; ils barbouillerent ensuite le corps du chien avec du sang qu'ils avaient recueilli dans un coco, et ils allérent le placer, ainsi que le foie, etc. , devant les prêtres qui priaient autour du tombeau. Ils continuèrent quelque temps à prier sur le chien, tandis que deux honnnes frappaient avec force, par intervalles, sur deux tambours : un petit garcon poussa , à trois reprises différentes, des sons perçans, et on nous apprit que c'était pour inviter l'éatoua à se régaler du mets qu'on lui préparait. Dés que les prêtres eurent achevé leurs prières, on déposa le corps du chien avec ses entrailles, etc., sur un oubatta, on sur un échafaud de six pieds de hauteur, qui se trouvait prés de là; cet ouhatta offrit à nos regards deux autres gros cochons et deux cochons de lait qu'on avait offerts derniérement à l’éatoua, et qui exhalaient une odeur insupportable. Cette puanteur nous unt plus éloignés qu’on ne l’eûùt d'abord exigé de nous; car du moment où l’on eut porté la
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victime du bord de la mer près du moraï, on nous laissa les maîtres d'en approcher autant que nous le désirions : il est vrai que, depuis cet instant, nous n'aperçcûmes plus parmi les spectateurs l'air recueilli et l'attention que nous avions remarqués d’abord quand on déposa le chien sur Fouhätta ; les prêtres et leurs acolytes terminèrent la cérémonie par une acclamation. La nuit approchait, eton nous conduisit à une maison qui appartenait à Potatou , où on nous donna à souper et où nous couchâmes. On nous avait annoncé que les cérémonies rehgieuses recommenceraient le lendemain, et je ne voulais pas quitter cet endroit de l’île tant qu'il restait quelque chose à voir.
« Craignant de perdre une partie du spectacle, quelques-uns d’entre nous se rendirent au lieu de Ja scène de très-bonne heure; mais tout y était tranquille. Bientôt après , on sacrifia cependant un cochon de lait, qu’on déposa sur louhatta. À huit beures , O-tou nous mena au moraï, où les prêtres et une multitude d’insulaires venaient de se rassembler. Les deux paquets d’étoffes occupaient la place où on les avait mis le soir de la veille ; les deux tambours étaient au fond du moraï , mais un peu plus prés que le jour précédent. O-tou se plaça entre les deux tambours, et il me dit de me tenir à ses côtés. .
« La cérémonie commenca de la même manière que le jour précédent. On apporta un jeune bana-
36 HISTOIRE CÉNÉRALÉ
nier qu'on mit aux picds du roi. Les prêtres, qui tenaient dans leurs mains plusieurs touffes de plumes rouges, et un panache de plumes d’autruche que j'avais donné à O-tou et qu’on avait consacré depuis, firent une prière. Lorsqu'ils eurent fini, ils changérent de position; ils se placerent entre nous et le nioraï ; et l'un d’eux, le même qui avait joué le principal rôle la veille, marmotta une seconde prière qui dura environ une demi-heure. Durant cet intervalle, les plumes furent portées une à une et déposées sur l'arche de l'éatoua.
« Un instant aprés, on amena quatre cochons de lait. L'un de ces animaux fut tué : on conduisit les trois autres dans une étable qui se trouvait tout prés de Ïà, et on les réserva vraisemblablement pour le premier sacrifice qui aurait lieu. On ouvrit alors un des paquets d’étoffes, et on trouva, comme je l'ai déjà dit, qu'il renfermait le maro dont les Taïtiens investissent leurs rois. Le maro est parmi eux ce que sont en Europe les symboles de la royauté : on le üra avec soin de l'enveloppe qui le couvrait, et on l’éiendit devant les prêtres. C’est une ceinture longue d'environ quinze pieds, et large de quinze pouces. I! paraît, d’après son nom, que le monarque le porte sur ses reins, comme le reste des naturels portent le maro ordinaire. Il était orné de plumes jaunes et rouges, et surtout des
dernières, que fournit une colombe ae l’île ; l’une des extrémités avait une bordure de huit pièces,
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DES VOYAGES. 37 chacune de la grandeur et de la forme d’un fer à chéval , avec des franges de plumes noires; l’autre extrémité était fourchue , et les pointes se trouvaient de différentes longueurs. Les plumes offraient deux lignes de compartimens carrés, et elles étaient d'ailleurs disposées de manière à produire un effet agréable. On les avait d'abord collées ou attachées sur des morceaux de l'étoffe du pays, et on les avait cousues ensuite au haut d’une flamme de navire, que le capitaine Wallis arbora et laissa flottante sur la côte la premiére fois qu'il débarqua à Matavaï ; c’est du moins ce qu’on nous dit ; et nous n'avions aucune raison d’en douter , car nous y reconnaissions une flamme anglaise. Une bande du maro , de six ou huit pouces en carré, était dénuée d'ornemens : on n’y voyait point de plumes, à l'exception de quelques-unes envoyées par Ouahaïadoua. Les prêtres firent une longue prière relative à cette partie de la cérémonie; et si je ne me mépris point, ils l’appelaient la prière du maro. Le symbole de la royauté fut ensuite enveloppé soi-
gneusement dans l’étoffe et remis sur le moraï. « On ouvrit l’antre paquet, auquel j'ai donné le
. nom d’arche; mais on ne nous permit pas d’en
approcher assez pour examiner les choses mystérieuses qu'il contenait. On nous dit seulement que l'éatoua , auquel on venait d'offrir un sacrifice, et qui s'appelle Ouro, s’y trouvait caché, ou plutôt qne l'arche renfermait le signe représentatif du
dieu. Ce tabernacle est composé de fibres de coco
-entrelacées, qui présenteni la forme d'un pain de
sucre , c'est-à-dire, qui sont arrondies et beaucoup plus épaisses à une extrémité qu’à l’autre, Differentes personnes nous avaient vendu de ces cônes ; mais ce ne fut qu'en cette occasion que nous en apprimes l'usage.
« On nettoya alors le cochon , et on en ôta les entrailles. Ces entrailles offrirent plusieurs des mouvemens convulsifs qu'on remarque en diverses parties du corps d’un animal qu’on vient de tuer, et les insulaires les prirent pour un présage trèsfavorable de l'expédition qui occasionnait le sacrifice. On les laissa exposées pendant quelque temps, afin que des indices si heureux pussent être examinés , et on alla ensuite les déposer aux pieds des prêtres. Tandis que l’un d'eux faisait une prière, un autre examinait plus attentivement les entrailles, qu'il retournait d’une main légère avec un bâton ; et lorsqu'ils les eurent bien examinées, ils les jeterent dans le feu. Le corps du cochon, son foie, etc., furent mis sur l’ouhatta, où l’on avait déposé le chien la veille. On renferma dans l'arche, avec l'éatoua , toutes les plumes , excepté le panache de plumes d’autruche, et la cérémonie fut complétement terminée.
« Toute la matinée quatre doubles pirogues restérent étendues sur Ja plage, devant le lieu où se passa le sacrifice. L’avant de chacune de ces embar-
le coco pain de aucoUup , Diffés CÔNES ; nous en
n Ôta les eurs des | diverses de tuer ; age très le sacriae temps»; être exapieds des e prière ; entrailles, un bâton ; ls les jetè-
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rogues reslieu où se ces embar-
DES VOYAGES. 31) cations portait une petite plate-forme couverte de feuilles de palmier, liées entre elles par des nœuds mystérieux ; les naturels donnent aussi à ces platesformes le nom de moraï. Des cocos, des bananes, des morceaux de fruits à pain, du poisson, et d’autres choses, étaient étalés sur ces moraïs de mer. On nous dit que les pirogues appartenaient à l'éatoua , et qu’elles devaient accompagner Fescadre destinée contre Eimeo.
« L'infortuné qu’on sacrifia à cette occasion me parut un homme d’un âge mûr : on nous apprit que c'était an teouteou. Je fis beaucoup de recherches, et je ne découvris pas qu'on l'eût désigné pour victime comme étant coupable d’un crime capital. 1] est sûr néanmoins qu’en général les Taïüens immolent, dans leurs sacrifices, des individus qui ont commis des délits graves, ou bien des vagabonds des derniers rangs de la société, qui courent de bourgade en bourgade, ou d’une île à l'autre , sans avoir de domicile ou des moyens connus de pourvoir à leur subsistance , espèce d’hommes que l’on rencontre souvent sur ces terres. J'eus occasion d'examiner le corps de la malheureuse victime ; je remarquai que le derrière de sa tête et le visage étaient ensanglantés, et qu'il y avait une meurtrissure énorme sur la tempe droite : ce qui me fit reconnaître de quelle manière on l'avait tué.
On me dit cn effet qu’on l'avait assommé à coups de pierre sur la tête.
40 HISTOIRÉ GÉNÉRAL
« Ceux qui doivent être les victimes de cet affreux sacrifice ignorent l'arrêt prononcé contreeux; ils n’en sont instruits qu’à l'instant où ils reçoivent le coup mortel. Lorsque l’un des grands chefs juge qu'un sacrifice humain est nécessaire , il désigne lui-même l’infortuné qu'on immolera ; il détache ensuite quelques-uns de ses serviteurs aflidés, qui tombent brusquement sur la victime, et qui lassomment à coups de massue ou de pierre. On porte la nouvelle de sa mort au roi, dont la présence , comme je l'ai déjà remarqué, est absolument indispensable aux cérémonies qui doivent suivre. O-tou joue effectivement un des premiers rôles dans le sacrifice dont j'ai fait la description. La cérémonie, en général, est appelée pouréeri, ou la prière du chef, et la victime offerte à la divinité, taata tabou, ou l'homme dévoué. C'est le seul cas où nous ayons entendu à Taiu le terme de tabou ; il semble y avoir une signification mystérieuse, ainsi qu'à Tonga. Les habitans de cette derniére île l’'emploient toutes les fois qu'ils veulent désigner des choses auxquelles il ne faut pas toucher; mais on se sert alors, à Taïui, du mot raa, dont l’acception n’est pas moins étendue. Le moraï où se passérent les cérémonies atroces que j'ai décrites, est sûrement tout à la fois un temple, un lieu destiné aux sacrifices et un cimetiére. C’est celui où on enterre le chef suprême de l’île entière, et il est réservé à sa famille et à quelques-uns des principaux du pays ; 1l ne diffère
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guère des morais ordinaires que par sa grandeur. La partie la plus remarquable est une masse large et oblongue de pierres posées l’une sur l'autre sans ciment : elle a environ douze ou quatorze pieds de RE hauteur ; elle se resserre au sommet, et elle offre de chaque côté un terrain carré, pavé de cailloux mobiles, au-dessous desquels on enterre les chefs. k On trouve, à peu de distance de l'extrémité la plus Lu voisine de la mer, le lieu où l’on offre les sacrifices : il est pavé aussi de pierres mobiles presque en ener. On y voit un grand échafaud , ou ouhatta, sur lequel on met les fruits et les différens végétaux qu'on offre à la divinité; mais les animaux sont déposés sur des oubattas plus petits dont j'ai déjà parlé, et on enterre sous diverses parties du pavé les pauvres malheureux qu’on immole aux dieux. On aperçoit aux environs divers monumens de la SA superstition des Taïtiens ; par exemple, de petites pierres qui s'élèvent au-dessus du pavé, d’autres : pierres auxquelles sont attachés des morceaux d'é- À toffes, plusieurs qui sont couvertes d’étoffes , et, à D côté de la grande masse de pierres qui est en face EU de l'esplanade du morai, un grand nombre de di morceaux de bois sculptés, où ils supposent que la divinité réside quelquefois , et qui, par conséquent, sont sacrés à leurs yeux. Un amas de pierres, qui est à l’une des extrémités de l’ouhatta, devant lequel on offrit la vicüme, et qui présente d’un côté une espèce de plate-forme , mérite une atten-
42 HISTOIRE GÉNÉRALT
tion particulière : on y expose les crânes de tous les infortunés qu'on imumole aux dicux; car on va les déterrer quelques mois après la sépulture. Audessus de ces crânes sont posées une multitude de planches de bois. On placa au même endroit, durant la cérémonie, le maro et l’autre paquet qui contient le dieu Ouro, selon la folle croyance des insulaires, et que j'ai appelé l'arche. Ainsi on peut comparer ces amas de pierres aux autels des autres nations.
« On ne peut trop regretter qu'une coutume st atroce, et si destructive du droit sacré dont tous les hommes sont revétns en naissant, subsiste encore dans le grand Océan; et on est effrayé de la puissance de la superstition qui étouffe les premicrs sentimens de l'humanité, lorsqu'on voit cette institution abominable établie chez un peuple qui n'a plus d’ailleurs la brutalité de la vie sauvage. Ce qui aflige davantage, elle est vraisemblablement répandue sur la vaste étendue des terres de ect océan. La conformité des nsages et des idiomes que nous avons eu occasion de remarquer entre les îles les plus éloignées, donne lieu de croire qu'elles se rapprochent aussi par quelques-uns des points les plus importans de leurs cérémonies religieuses. Nous avons su en effet, de manière à n'en pouvoir douter , que les habitans des îles des Amis sacrilient des hommes à leurs dieux. En décrivant la fête (natché) dont nous fûmes témoins à Tonga-
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tabou, j'ai dit que les insulaires, nous parlant de la suite de cette fête, nous assurérent qu'on immolerait dix victimes humaines , d’où l'on peut se former une idée de la multitude de leurs massacres religieux. Nous jnge*..es que ies Taïtiens ne sacrifient jamais plus d’une personne à la fois; mais il est au moins probable que ces sacrifices reviennent souvent, et qu'ils enlévent une foule d’irdividus ; car je comptai jusqu'à quarante-neuf crânes exposés devant le moraï : ces crânes n'avaient encore éprouvé qu'une légère altérauon , et ilest clair qu'on avait immolé quarante-neuf personnes sur cet autel de sang depuis un temps peu considérable. « Rien ne peut sans doute affaiblir l'horreur qu'inspire une pareïlle coutume ; mais ses funestes effets setrouveralent diminués à quelques égards, si elle contenait la multitude en lui donnant dn respect pour la divinité ou pour la religion du pays. Elle est si loin de produire ce faible avantage, que la foule nombreuse assemblée au moraï lors du sacrifice anquel nous assistimes ne parut point du tout pénétrée de ce que firent ou dirent les prêtres durant la cérémonie, On l'avait déjà commencée quand O-maï arriva, et la plupart des spectateurs se précipitérent autour de lui ; ils ne songèrent qu’à lui demander le récit de quelques-unes de ses aventures ; ils l'écoutérent avec une attention extrême , et ils ne s’occupérent plus du sacrifice. Les prêtres eux-mêmes , trop habitués à de parcilles scènes , ca ayant trop
44 WISTOIRE GÉNÉRALE peu de confiance à l'efficacité de leurs rites, ne prirent point cette gravité imposante, nécessaire ponr donner du poids aux cérémonies religieuses ; j'en excepte néanmoins celui qui répétait les principales priéres. Ils avaient l’habit ordinaire des naturels, et causaient entre eux sans le moindre scrupule. Ils interposèrent, il est vrai, leur autorité, afin d’empécher la populace de venir à l'endroit où se passaient les cérémonies, et afin de nous rapprocher davantage du lieu de la scène, parce que nousétions étrangers; mais ils n’imaginérent rien autre chose pour conserver un air de décence. Ils répondirent d'ailleurs d’une manière trés-franche aux questions que nous leur fimes sur cette institution. Lorsque je les priai de n'en expliquer le but, ils me dirent que c'était une vieille coutume; qu’elle éjait agréable à leur dieu , qui aimait les victimes humaines, ou , selon leur expression, qui s’en nourrissait ; qu'après une pareille cérémonie, ils en obtenaient ce qu'ils voulaient. Je ne manquai pas de répliquer que leur dicu ne pouvait manger les victimes, puisqu'ils ne le voyaient pas , et que les corps des animau. demeuraient long-temps intacts; qu’en enterrant les victimes humaines ils lui ôtaient les moyens de s’en nourrir. Ils me répondirent que leur dieu arrivait Ja nuit sans qu'on l’apercût ; qu'il se nourrissait de l'âme ou de la partie immatérielle, qui, selon leur doctrine , demeure autour du moraï jusqu'à ce que la putréfaction ait entièrement détruit le corps.
e pripour ; jen ipales arels , le. Ils empésalent davanétran- > pour | d'ail- 1s que c je les nt que ‘able à , OU, après qu'ils 1e leur ils ne u. deant les de s’en rrivait sait de n leur ce que Tps.
« 11 est bien à désirer que ce peuple, aveuglé par la superstition , apprenne à regarder avec horreur ces sacrifices humains dont il régale ses dieux, et qu'il s'en dégoûte comme il s’est dégoûté de l'usage de manger de la chair humaine ; car on est très - fondé à croire que jadis il était cannibale. On nous assura qu'il est indispensable d'arracher l’œil gauche de l’infortuné qu’on sacrifie : le prêtre le présente au roi, ainsi que nous le vîimes ; il l'approche du monarque, à qui il recommande d'ouvrir la bouche ; mais il le retire sans le mettre dans la bouche du prince. Ils appellent cette partie de la cérémonic , manger l'homme, ou régal du chef; et c’est peut - être un reste des temps où le roi mangeait véritablement le corps de la victime.
« Je n’insisterai pas sur ces détails qui souillent l'imagination. Il est sûr qu'outre les sacrifices humains , ces insulaires, si remplis de bienfaisance et de douceur, ont d’autres coutumes barbares. Ils coupent les mâchoires de ceux de leurs ennemis qu'ils tuent dans les batailles ; ils offrent même en sacrifice à l’éatoua les corps des vaincus. S'ils sortent vainqueurs d’un combat, ils rassemblent bientôt après les morts qui sont tombés entre leurs mains ; ils les apportent au moraï , où ils creusent une fosse avec beaucoup d'appareil , et ils les y enterrent ; mais ils ne Îles déterrent pas ensuite pour en ôter les crânes.
« La sépulture de ceux de leurs premiers chefs qui meurent dans les combats est différente. On nous apprit que Toutaha , leur dernier roi, Toubouraï Tamaïde, et d'autres qui périrent dans une bataille livrée aux habitans de Tierebou, furent rapportés au morai d’Attahourou. Les prétresleur ayant ouvert les entrailles, qu'ils déposérent devant le grand autel, cnterrèrent ensuite les corps en trois endroits, qu'on nous montra sous la grosse masse de pierres qui forme la partie la plus remarquable de ce moraï, Les hommes du peuple, tués par l’ennemi durant le même combat, furent enterrés dans une seule fosse, au pied de la masse de pierres dont je viens de parler. O-maï, qui avait été présent au combat, me dit que les obsèques eurent lieu le lendemain ; qu'on les célébra avec beaucoup de pompe et d'appareil, au milieu d’un concours nombreux d’insulaires ; que, dans l'intention des naturels, ce furent des actions de grâces rendues à l'éatoua pour la victoire qu'ils venaient d'obtenir. Les vaincus, qui se sauvèrent dans les montagnes sur ces entrefaites, s’y tinrent cachés une semaine ou dix jours, jusqu’à ce que la fureur des vainqueurs füt apaisée, et qu'on eût arrangé le traité de paix. Ce traité dé-
clara O-tou roi de l'île entière; on l'invesut du
maro en grande pompe, dans le même moraïi, et en présence de tous les chefs de la contrée.
« Lorsque l’exécrable cérémonie dont j'ai fait la . . 1° 4 descripuon avec une fidélité scrupuleuse fut ter-
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DES VOYAGES. 47 mince, nous n'etumes plus rien à voir à Attahourou, et nous nous embarquämes à midi, afin de retourner à Matavai, En chemin , nous descendîmes chez Toaouha, qui était resté sur la petite île où nous l'avions rencontré la veille. 11 causa quelque temps avec O-tou sur les préparatifs de guerre , et il me pressa de nouveau de joindre mes forces aux leurs contre les habitans d'Eimeo. Je lui déclarai d’une maniére posilive que je ne donnerais aucun secours à Taït , et je perdis complétement ses bonnes urâces.
« Il nous demanda si la cérémonie à laquelle nous venions d'assister avait répondu à notre attente; quelle opinion nous nous formions de son eflicacité , et s'il se passait dans notre pays quelque chose de pareil. Nous avions gardé un silence profond durant l’affreux sacrifice dont j'ai tant parlé ; mais dés le moment où il finit , je n'avais pas hésité à dire librement ma facon de penser à O-tou et aux insulaires qui l’environnaient ; je n’usai pas d’une moindre franchise en paiiunt à Toaouha, à qui Je témoignai combien je trouvais leur coutume odieuse : je ne me contentai point de l’accuser de cruauté et de barbarie ; je dis qu'un pareil sacrifice, loin d’aturer sur la nation la bienveillance de l'éatoua, comme les Taïtiens le croyaient stupidement, aturait au contraire la vengeance du dieu ; que, d'après cette seule action, j'osais leur prédire le mauvais succés de leur entreprise contre Maheine.
DE mer OM ne De
C'était compromettre heaucoup la justesse de mes avis : au reste, j'avais lieu de croire que ma prédiction s'accomplirait : je savais qu'on comptait dans l’île trois partis au sujet de la guerre , l’un qui Ja désirait avec fureur ; le second, qui montrait une indifférence parfaite, eu le troisième, qui se déclarait ouvertement en faveur de Maheiné et de sa cause. La discorde divisant ainsi leurs conseils, il n'était pas vraisemblable qu'ils formassent un plan d'opérations militaires qui püt donner seulement l'espoir de réussir, O-mui me servit d’interprète durant cetle conversation, et il exposa mes argumens avec tant de courage et de chaleur , que Toaouha paruttrès-rrité ; sa colèreaugmenta quand on lui dit que, s’il avait tué un homme en Angleterre comme il venait d'en tuer un à Taïu, la dignité de son rang ne l’eût pas sauvé de la corde ; il s’écria : Maeno ! maeno! (misérable ! misérable!) etil ne voulut pas écouter un mot de plus. Un assez grand nombre d'insulaires , et surtout les gens de la suite et les serviteurs de Toaouba , assistèrent à cette discussion. Lorsque O-maï commenca à leur expliquer le châtiment qu’on infligerait en Angleterre au plus grand des personnages qui tuerait le dernier des domestiques, ils parurent prêter une oreille fort attentive, et vraisemblable ment ils avaient sur ce point une autre opinion que celle de leur maître.
« En quittant Toaouha, nous prîmes le chemin
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plait qui trait ai se t de eils, t un uleniermes , que uand nglela dirde ; le!) s. Un gens érent ça à ut en qui
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d'Oparri, où O-tou nous pressa de passer la nuit. Nous débarquämes le soir, et tandis que nous nous rendions à sa maison, nous eûmes occasion d'observer en quoi consistent leurs hèvas particuliers. Une centaine d'insulaires étaient assis dans une maison ; il y avait au milieu du cercle deux femmes, derrière chacune desquelles était un vieillard qui frappait doucement sur un tambour; les femmes chantaient par intervalles , et je n’avais jamais entendu de chant si doux. L'assemblée les écoutait avec une attention extrême : elle paraissait absorbée dans le plaisir que lui faisait la musique, car nous attirimes peu de regards, et les acteurs ne s'arrétèrent pas une seule fois. La nuit était déjà obscure lorsque nous arrivâmes à la maison d’O-tou, où 1l nous donna un héva public, dans lequel ses trois sœurs joucrent les principaux rôles. Ce fut un de ces spectacles qu'ils appellent kéva raa, durant lequel personne ne peut entrer dans la maison ou l'emplacement où il se passe. Cette prohibition a toujours lieu quand les sœurs ‘1 roi jouent. Leur habit était vraiment pittoresque, et avait de l'élégance ; elles remplirent leurs rôles d'une maniére distinguée : cependant des farces exécutées par quatre hommes parurent causer plus de plaisir à l'auditoire , qui était nombreux. Le lendemain, nous nous rendimes à Matavaï, et nous laissâmes O-tou à Oparri; mais sa mére, ses sœurs et plusieurs autres femmes maccompagnèrent à XXII, 4
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