‹ Abrégé de l'histoire générale des voyages [microforme] (volume 5)Chapitre 6 sur 34 · EAUX · texte numérisé non relu

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quatre hommes remiuérent avec un bâton les différentes substances jusqu'à ce qu'elles fussent incorporées l’une à l'autre, et que le jus de coco fût changé en huile; les diverses parties ne tardèrent pas à prendre de la consistance : quelques-uns de ces pouddings sont excellens , et on en fait peu en Angleterre d’une saveur aussi exquise. Durant notre relâche à Taïti, j'ai mangé constamment de ces pouddings à mon diner, lorsque j'ai pu m'en procurer, ce qui n'arrivait pas toujours. Quand le cochon et le poudding qu'O-tou voulait me donner furent cuits, on les embarqua sur une piroguc avec deux cochons en vie, du fruit à pain et des cocos, et on les conduisit à bord de mon vaisseau, où je me rendis bientôt, ainsi que toute la famille royale. ‘8 lendemain, un jeune bélier de la race du Ci, que j'avais eu beaucoup de peine à amener ici , fut tué par un chien : on se trouve quelquefois dans des positions où la perte d’une bagatelle devient importante; j'étais vivement occupé du soin de propager aux îles de la Société ce quadrupède utile, et la perte du bélier fut un véritable malheur ; car je n'avais que celui-ci de la race dun Cap, etil ne n'en restait qu'un de la race d'Angleterre. « Le 7, dans la soirée, nous tirñines des feux d’arufice devant une multitude d'insulaires : ce spectacle fit grand plusir à quelques-uns d’entre eux ; mais 1] causa un effroi terrible à la plupart,

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qu'à la fin. Un groupe de fusées volantes devait terminer Je feu; l'assemblée entière se dispersa au moment où elles partirent, et les hommes du pays les plus courageux s'enfuirent avec précipitation.

« Le 8, Oedidi, notre ancien camarade, donna à dîner à quelques-uns d’entre nous ; son festin fut composé de poisson et de porc: le cochon pesait environ trente hvres ; 1l fut tué, cuit et servi en moins d’une heure. Nous achevions de diner lorsque O-tou arriva ; il me demanda si mon ventre était plein. Je lui répondis que oui; er il me dit: Dans ce cas, venez avec moi. Je le suivis chez son pére, où je trouvai différentes personnes qui habillaient deux jeunes filles d’une quantité prodigieuse de belles étofles, arrangées d’une facon singulière. Une extrémité des pièces qui étaient en grand nombre se trouvait relevée par-dessus la tête des jeunes filles, tandis que le reste entourait le corps, à commencer de dessous les aisselles; l’autre extrémité tombait en plis jusqu’à terre, et ressemblait à un jupon de femme porté sur un large panier : plusieurs pièces enveloppaient le bord extérieur de ce panier, etgrossissalent l’atuirail. Les étoffes occupaient l'espace de vingt-cinq à trente pieds de circonférence, etces pauvres fillesétaientaccablées sous un si énorme poids; elles avaient en outre deux iaamas ( ou pièces d'estomac ) qui servaient de parure, et donnaient un air pittoresque à leur accoutrement. On les conduisit dans cet équipage à bord

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DÉS VOYAGES. 53 de mon vaisseau; la pirogune qui les amena était chargée de plusieurs cochons, et d'une quantité assez considérable de fruits dont le père d’O-tou voulait me faire présent, ainsi que des étoffes. On donne le nom d’eti aux personnes de l’un et de l’autre sexe habillées de cette manière : mais je crois que cette mode bizarre a seulement lieu quand ils veulent offrir à quelqu'un des présens considérables d’étoffes ; du moins je ne l'ai jamais vu que dans cette occasion : c'était la première fois qu’on nous présentait ainsi des étoffes ; mais le capitaine Clerke et moi nous en recûmes ensuite d’autres, ctalées également sur le corps des naturels qui nous les apportérent.,

« Le lendemain , O-tou me fitprésent d’un cochon et de quelques fruits, et chacune de ses sœurs me donna un cochon et d’autres fruits : nous ne manquions pas d’ailleurs de provisions. Les naturels avaient pris en dedans du récif, avec la seine, une grande quantité de maquereaux ; ils en échan

gèrent une partie dans notre camp et sur nos vaisseaux.

« O-tou, si soigneux de nous fournir des vivres, cherchait avec le même soin à nous procurer des amusemens continuels. Nousallâmes le ro à Oparri, et 1l fit donner pour nous une espèce de comédie. Ses trois sœurs y jouérent : elles avaient des habits neufs et élégans, du moins nous n’en avions pas encore vu sur ces îles d'aussi agréables à l'œil. Mais le principal objet de mon voyage à Oparri

était d'examiner un corps embaumé , que quelquesuns de nos messieurs avaier: vu par hasard près de la résidence d'O-tou. J'appr';s que c'était celui de Ti, l’un des chefs que j'avais connu autr‘ois : je le trouvai dans un toupapaou mieux construit que les toupapaous ordinaires, et pareil, à tous égards, à celui que nous avions vu quelque temps auparavant à Oheitepcha, où les restes d'Ouaheïadoua sont déposés etembaumés de la même manière. Lorsque nous arrivâmes, le corps était couvert et enveloppé d'étoffes; mais, à ma prière , l’insulaire qui le gardait le tira du toupapaou ; il le plaça sur une espèce de bière, et nous l’examinämes à notre aise ; on ne nous permit pas toutefois de pénétrer en dedans des palissades qui enfermaient le toupapaou; insulaire orna le cercueil de nattes et d’étofles, qui produisaient un joli effet. Le corps était entier dans toutes ses parlies, et, ce qui nous surprit bien davantage, la putréfacuion paraissait à peine avoir commencé , car il n’exhalait point d’odeur désagréable : cependant le climat est très-chaud , et Ti était mort depuis plus de quatre mois: on n'y apercevait d'autre altération qu’une contraction des muscles et des yeux; les cheveux et les ongles se trouvaient en bon état, et ils adhéraient fortement à la peau : les diverses jointures avaient de la souplesse, ou étaient dans l’état de relâchement qui arrive aux personnes attaquées d’un évanouissement subit. M. Anderson, quime communiqua ces remarques,

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fit des recherches sur les moyens qu'emploient les naturels pour conserver ainsi les corps; et on lui dit qu'immédiatement après la mort, on üre par l'anus les intestins et les autres viscères ; qu'on remplit le ventre et l'estomac d’étofles ; que s’il y a de l'humidité sur la peau, on la fait disparaître, et qu'on frotte ensuite tout le corps avec une quanuté considérable d'huile de coco parfumée ; que cette friction le conserve assez long-temps sans qu'il tombe en pourriture. De mon côté, je ne pus me procurer sur cette opération d’autres détails que ceux d'O-maï. Il m’assura que les Taïtiens se servent alors du suc d’une plante qui croît parmi les montagnes, et de l'huile de coco; qu'ils lavent souvent le corps avec de l’eau de mer : il nr'apprit d'ailleurs qu'on conserve ainsi les restes de tous les grands personnages qui meurent de mort naturelle; qu’on les laisse exposés long-temps aux regards du public; qu'on les montre d’abord à l’une des extrémités du toupapaou les jours où il ne pleut pas; qu'ensuite les jours d'exposition deviennent plus éloignés, et qu’enfin on les voit rarement.

« Nous revinmes le soir d'Oparri, où nous laissämes O-tou et la famille royale. Je ne vis aucun de ses parens Jusqu'au 12 ; ce jour-là ils vinrent tous, excepté le roi. Ils me dirent que le prince était allé à Attahourou pour assister à un autre sacrifice humain que les chefs de Tierebou avaient ordonné. Puisqu'ils immolèrent deux hommes dans l’inter-

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valle de peu de jours, il est malheureusement trop sûr que les victimes de cette superstition barbare sont bien nombreuses. Je serais allé voir ce second sacrifice , si je l'avais appris assez tôt; il n’était plus temps. Je manquai aussi, parce qu'on m'en instruisit trop tard, une solennité publique qui avait eu lieu la veille à Oparri. O-tou, selon le cérémonial usité en pareille occasion, y rendit aux amis et aux parüsans du roi Toutaha les terres et les biens qu’on leur avait Ôtés depuis la mort de leur chef, Le sacrifice humain dont je parlai tout à l'heure mit vraisemblablement le dernier sceau à la révocation de l'arrêt.

« Le 13 au soir, O-tou revint d’Attahourou, où 11 était allé exercer la plus désagréable de ses foncüons de souverain. Le lendemain, nous montâmes devant lui à cheval, le capitaine Clerke et moi, et nous fimes le tour de la plaine de Matavaï; la foule nombreuse qui nous examinait fut saisie d’étonnement , et parut aussi émerveillée que si elle avait vu des Centaures. O-maï avait déjà essayé une fois on deux de monter à cheval ; mais 1] avait toujours été jeté par terre avant de se mettre en selle, et les Taitiens n’avaient pas encore vu d'hommes portés sur ce quadrupède. Nos gens continuérent depuis cette époque à monter chaque jour à cheval durant notre relâche ; cependant la curiosité des naturels ne diminua point : ayant vu l'usage que nous fisions des chevaux , ils les estimérent beau-

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DES VOYAGES. 57 conp , et autant que je puis en Juger , ce spectacle leur donna une plus haute idée de la grandeur des autres nations que toutes les nouveautés réunies offertes à leurs yeux par les navigateurs européens. Le cheval et la jument se portaient bien.

« Le 15, Etary ou Olla, c’est-à-dire le prétendu dieu de Bolabola, qui se tenait depuis quelques jours aux environs de Matavaï, se rend à Oparri avec plusieurs pirogues à voile. On nous dit qu'Otou n’aimait pas à le voir si prés de notre camp; qu'il craignait les vols des insulaires de la suite de ce prétendu dieu. Je dois déclarer, à la louange d'O-tou , qu'il prit tous les moyens possibles pour empêcher qu’on ne nous volât, et que, si on ne nous déroba que peu de chose, ce fut l'effet de sa prévoyance plutôt que de notre circonspection. II avait fait construire deux petites maisons de l'autre côté de la rivière, derrière notre poste, et deux autres prés de nos tentes, sur l’espace qui se trouvait entre la rivière et la mer. Quelques-uns de ses gens firent toujours sentinelle dans ces deux endroits ; son père résida ordinairement sur la pointe de Matavaï, et ainsi nous fûmes en quelque sorte environnés de gardes. Non-seulement ils éloigné rent de nous les voleurs pendant la nuit, ils observérent encore tout ce qui se passait durant le jour ; ils ne manquaient pas de mettre à l'amende les filles qui avaient des liaisons avec les matelots, et ils infligeaient cette peine réguliérement chaque

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matin; de cette manitre, les soins que se donna le roi pour notre sûreté lui valurent des contributions avantageuses.

« O-tou me dit qu'il devait aller le lendemain à Oparri, pour donner audience au grand personnage de Bolabola qu'on n'avait annoncé comme un dieu , el il me proposa de m’y mener : espérant que jy verrais quelque chose digne de remarque, j'acceplai son invilation. Le 16 au maun, nous le suivimes à Oparri, M. Anderson et moi. Nous n'aperçümes rien d’intéressant ou de curicux. Etary et son cortége présentérent à O-tou des étofles grossières et des cochons : chacun de ces présens fut accompagné de quelques cérémonies et d'un petit discours. Le roi Etary et plusieurs autres chefs ünrent ensuite conseil sur l'expédition d'Eimeo. Etary parut d’abord ja désapprouver , mais ses ar gumens ne firent aucune impression sur l’assemblée. Il était trop tard pour montrer les inconvéniens de cette guerre ; car on sut le lendemain que Toaouha, Potatou , et un troisième chef, avaient déjà mis à la voile avec l’escadre d'Atahourou. Un messager qui arriva le soir vint dire que l’armée de Tail avait débarqué à Eimeo , et que des escarmouchies avaient eu lieu sans beauconp de perte ni d'avantage de l’un ou de l’autre côté.

« Le 16 au matin nous retournâmes avec O-tou à Oparri. M. Anderson , O-maï et moi, nous emmenâmes les moutons que je voulais laisser dans

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DES VOYAGES. 59 l'ile, 11 y avait un bélier et une brebis de la race d'Angleterre, et trois brebis du Cap; je les donnai tous à O-tou. Nos trois vaches ayant reçu le taureau , je crus que je pourrais en conduire une ou deux à Ouliétéa. Te les avais amences aussi à Oparri, et je dis à Etary que, s’il consentait à céder son taureau à O-tou, je lui donnerais le mien et une des vaches; je lui promis, de plus, de les conduire moi-même à Ouliétéa : le taureau espagnol était si vif et si faronche, que je craignais un acctdent durant la traversée. Etary, qui combattit d'abord ma proposition, y souscrivit enfin, séduit en parte par l’éloquence d'O-mai ; mais au moment où l’on embarquait son taurean, lun de ses gens s'opposa fortement à l'échange que nous venions de conclure. M'imaginant que c'était pour ne pas me déplaire qu'Etary avait accédé à l'arrangement ; qu'après mon départ il reprendrait peut-être son taureau , et qu'il n’en resterait point à O-tou, je crus qu'il était plus sage de ne pas consommer cet échange, et je résolus finalement de donner à O-tou mon taureau et mes vaches; je lui recommandai , de plus, de ne pas souffrir qu’on les éloignät d'Oparri, d'y retenir en outre le taureau espagnol, et chacun des moutons jusqu'à ce que les vaches et les brebis eussent produit des veaux et des agneaux. Je l’avertis qu’il serait alors le maitre d'offrir à ses amis des individus de ces deux races, et d'en envoyer sur les îles voisines.

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