‹ Abrégé de l'histoire générale des voyages [microforme] (volume 5)Chapitre 8 sur 34 · LS · texte numérisé non relu

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taient : ils allérent ensuite voir le capitaine Clerke.

« Maheiné qui, à l'aide d’un petit nombre de partisans, s'était rendu à quelques égards indépendant de Taïti, avait quarante à cinquante ans : sa tête était chauve, ce qui n'arrive guère à cet âge dans les îles du grand Océan : il portait une espèce de turban, et il semblait honteux de n’avoir point de cheveux; mais j'ignore sil rougissait d’avoir la tête chauve, ou s’il pensait que nous méprisions les têtes dénuées de cheveux. J'adopterais volontiers la dernière supposition; car les insulaires nous avaient vus raser la chevelure de l’un de leurs compatriotes que nous surprîmes commettant un vol. Ils en conclurent, selon toute apparence, que nous infligions ce châtiment aux voleurs, et un ou deux de nos messieurs, qui avaient peu de cheveux, furent violemment soupconnés d’être des tetos. (1)

« Le soir, nous montâmes à cheval O-maï et moi, et nous fimes un& promenade le long de la côte. Notre cortège ne fut pas nombreux ; O-maï avait défendu aux naturels de nous suivre, et la plupart d’entre eux obéirent : la crainte de nous déplaire l'emporta sur leur curiosité. Toaouha avait amené sa flotte dans ce havre, et quoique les hostilités n'eussent duré que peu de jours, on apercevait partoutles traces de ses dévastations. Les arbres étaient

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dépouillés de leurs fruits, et toutes les maisons du voisinage avaient été abattues ou réduites en cendres.

« Nous employâmes deux ou trois jours à rer de la calle nos tonneaux de liqueurs fortes, et nous les goudronnâmes, afin de les garantir de la piqûre des insectes. Le 6 au matin, on remorqua la Résolution dans le courant. Je voulais appareiller le jour suivant; mais un accident qui me donna beaucoup d'inquiétude ne le permit pas. Nous avions envoyé nos chèvres à terre , où nous les laissions paître pendant le jour : deux de nos gens les gardaient , et cependant les naturels parvinrent à en voler une. La perte n’eût pas été bien importante si je n'avais pas eu le dessein d'enrichir d'autres îles de cette espèce de quadrupèdes ; mais comme je tenais beaucoup à ce projet, il était indispensable d'employer tous les moyens possibles pour obtenir la restitution de la chèvre. Nous apprimes le lendemain qu’on l'avait conduite à lhabitation du chef Maheiné, qui se trouvait alors au havre de Paroaouroah. Deux vieillards me proposérent de servir de guides à ceux de mes gens que je voudrais y envoyer. J’ordonnai à un détachement de monter un canot, et d'aller dire à Maheiné que je me vengerais s'il ne livrait pas tout de suite la chévre et le voleur.

« Ce chef m'avait supplié la veille de lui donner deux chèvres ; mais ne pouvant le satisfaire qu'aux

dépens des autres îles, qui n'auraient peut-être plus d'occasion de se procurer une race d'animaux aussi utiles, et sachant d’ailleurs qu’il y en avait déjà à Eimeo, je lui refusai ce qu'il me demandait : cependant, pour lui montrer que je désirais seconder ses vues à cet égard , je chargeai Tidoua, chef taïtien, qui était présent, de prier O-tou de ma part d'envoyer deux chèvres à Maheiné ; et afin que ma sollicitation eût plus de succès, je lui remis une grosse touffe de plumes rouges de la valeur de deux chèvres, en lui recommandant de la donner au roi. Je crus que cet arrangement satisferait Maheiné et tous les chefs de l’île ; mais l'événement m'apprit que je m'étais trompé.

« Ne croyant pas que les insulaires eussent la hardiesse de voler une seconde chèvre tandis que je prenais des mesures pour recouvrer la première, on mena paître notre petit troupeau comme à l’ordinaire : le soir , lorsque nos gens l'embarquérent pour le ramener à bord, les insulaires enlevérent une chèvre sins être découverts. Nous nous en apercûmes tout de suite : on r”"vait pas cu assez de temps pour la conduire bi ion, et Je crus que je la recouvrerais sans peine. Dix ou douze des naturels partirent bientôt après par différentes routes , afin de la chercher et de nous la rendre ; aucun d’eux ne voulait convenir qu'on l’eût volée: ils s’efforçaient , au contraire, de nous persuader qu'elle s'était égarée dans les bois. J'avoue que je

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« Je m'aperçusle 8 que la plupart des insulaires établis autour de nous s'étaient éloignés; qu'ils avaient emporté un corps exposé sur un toupapaou qui se trouvait en face des vaisseaux , et que Maheiné lui-même s'était retiré à l’autre extrémité de l’île. Il paraissait clair que les insulaires avaient résolu de voler ce que je n'avais pas voulu leur donner ; que s'ils avaient rendu une des chèvres, ils étaient décidés à garder la seconde, qui était une femelle pleine : je résolus, de mon côté, de ne pas la laisser entre leurs mains. Je m’adressai donc aux deux vieillards qui m’avaient procuré la resutution de la première ; ils me dirent que la chèvre avait été conduite à Ouatéa, canton de la partie méridionale de l’île , par Hamoa, chef de ce canton ; qu'on me la rendrait si je voulais y envoyer du monde. Ilsme proposérent de nouveau de servir de guides dans l’intérieur du pays à ceux de mes gens que je chargerais de la commission ; maïs apprenant qu'on pouvait faire en nn jour ce voyage par mer, Je détachai M. Roberts et M. Shuttleworth

sur le canot; j’ordonnai que l’un d’eux se tint à bord , tandis que l’autre ferait le reste du chemin par terre avec les guides et deux ou trois de nos soldats de marine, si l’embarcation ne pouvait arriver jusqu’à la résidence de Hamoa.

« Mon détachement revint fort tard dans la soirée ; il s'était approché de la côte autant que les rochers et les bas-fonds le permirent. M. Shutileworth , suivi de deux soldats de marine et de l’un des guides , débarqua et se rendit par terre à Ouatea ; il atteignit la maison de Hamoa , où les habitans du canton l’amusérent quelque temps, en lui disant qu’on avait envoyé du monde aprés la chévre, et qu'on la raménerait bientôt; mais on ne la ramena point, et la nuit l’obligea à regagner le canot.

« J'avais beaucoup de regret alors de m'être trop avancé; je ne pouvais reculer sans me compromettre et sans donner aux habitans des îles où je voulais encore aborder, sujet de croire qu’on nous volait impunément. Je consultai O-maï et les deux vieillards sur ce que je devais faire ; ils me conseil- Ièrent tout de suite de pénétrer avec mon détachement dans l’intérieur du pays, et de tuer tous les insulaires que je rencontrerais. Je me gardai bien d'adopter ce conseil sanguinaire ; mais je résolus de traverser Eiméo à l2 tête d’une troupe assez nombreuse pour exercer une sorte de vengeance; en conséquence , le lendemain, à la pointe du jour,

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je partis avec trente-cinq de mes gens, l’un des vieillards, O-maï, et trois ou quatre personnes de sa suite, J'ordonnai en même temps au lieutenant Williamson d’ariner trois canots, et de venir me trouver à la partie occidentale de l'île.

« Dés l’instant où je débarquai avec mon détachement, le petit nombre d’insulaires qui se trouvaient encore dans notre voisinage s'enfuit devant nous. Le premier homme que nous rencontrâmes fut en danger de perdre la vie; car O-maï l'eut à peine aperçu, qu'il me demanda sil lui tirerait un coup de fusil, tant il était persuadé que je descendais dans l’île pour faire ce qu'il m'avait conseillé. J'ordonnai bien vite à O-maï-et à notre guide de déclarer aux insulaires que mon intention n’était pas de blesser, et beaucoup moins de tuer un seul d’entre eux. Cette heureuse nouvelle se répandit avec la rapidité de l'éclair ; elle arrêta la fuite des naturels, et aucun d’eux ne quitta plus sa maison Où n'interrompit son travail.

« Lorsque nous commençâmes à monter la chaîne de montagnes, nous sûmes que la chèvre avait pris celte route, et nous comprimes qu'elle n'était pas encore de l’autre côté; nous marchämes dans un profond silence, afin de surprendre les insulaires qui l’emimenaient; mais quand nous eùmes atteint la dernière des plantations qui se trouve dans la partie supérieure des montagnes, les habitans du canton nous dirent qu’en effet la chèvre y avait été

la première nuit, et que Hamoa l'avait conduite le lendemain à Ouatea. Nous traversimes donc les montagnes, sans faire aucune recherche qu'au moment où nous découvrimes Ouatea. Quelques personnes nous montrérent la maison de Hamoa, en nous assurant que la chèvre y était : je me crus assuré de la ravoir immédiatement après mon arrivée; mais quand j'y fus, quelques insulaires, que nous rencontrâmes auprés, nous dirent, à ma grande surprise, qu’ils ne l'avaient jamais vue, et qu’ils n’en avaient pas entendu parler. Hamoa , qui sortit, nous tint le même langage.

« En approchant de la bourgade, j'avais vu plusieurs hommes qui entraient dans les bois, ou qui en sortaient avec des massues et des faisceaux de dards ; O-maï ayant voulu les suivre, on lui jeta des pierres. Je jugeai qu’ils avaient songé d’abord à m’arrêter de force, raais qu’ils avaient renoncé à leur projet après avoir reconnu que mon détachement était trop nombreux : je le crus surtout quand je m’aperçus que les maisons étaient désertes. Alors je rassemblai un petit nombre d’insulaires, et je chargeai O-maï de leur exposer l'absurdité de leurs démarches ; de leur dire qu’un témoin sur lequel je pouvais compter m'avait instruit de tout; qu'ils avaient la chèvre ; que je la redemandais, et que sion ne me la rendait pas, Je brülerais leurs maisons et leurs pirogues : malgré l'éloquence d’O-maï et la mienne, ils continuèrent

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à soutenir que je me trompais. Je fis mettre le feu à six ou hnit maisons, qui furent consumées par les flammes, ainsi que deux ou trois pirogues de guerre amarrées prés de là : j'allai ensuite joindreles canots éloignés de nous d'environ sept ou huit milles : chemin faisant, nous brûlâmes six autres pirogues de guerre sans que personne s’y opposât; au contraire, plusieurs gens du pays nous aidérent, vraisemblablement par crainte plutôt que de bonne volonté. O-maï, qui marchait un peu en avant, vint me dire que les naturels se rassemblaient en grand nombre afin de nous attaquer. Nous étions prêts à les recevoir; mais au lieu de rencontrer des ennemis rangés en bataille, je ne vis que des supplians ; ils déposérent des bananiers à mes pieds, et ils me conjurèrent d’épargner une pirogue qui était prés de là : je leur accordai de bon cœur ce qu'ils demandaient.

« Enfin, à quatre heures de l’aprés-midi, nous atteignimes les canots qui nous attendaient à Ouharraradé, district appartenant à Tiaratabounaoué. Ce chef, ainsi que les principaux du canton, s'étaient réfugiés sur les montagnes ; mais ils étaicr!! les amis d'O-tou, et je ne touchai pas à leurs propriétés. Après nous y être reposés environ une heure, nous partimes pour nous rendre aux vaisseaux, où nous arrivâmes à huit heures du soir. A cette époque, nous n'avions reçu aucune nouvelle de la chèvre; ainsi les opérations de cette journée

40 HISTOIRE GÉNÉRALE ne produisirent pas l'effet que j'en avais espéré. « L 10, dés le grand matin, j'envoyai à Maheiné l’un des serviteurs d'O-maï ; je fis dire à ce chef, d'une manière positive, que, s’il persistait à ne vouloir point me rendre la chèvre, je ne laisserais pas une seule pirogue dans l’île, et qu'il pouvait s'attendre à me voir continuer les hostilités tant que je ne l’aurais pas reçue : afin que le messager sentit lui-même combien mes menaces étaient sérieuses , le charpentier détruisit, en sa présence, trois ou quatre pirogues amarrées sur la grève, au fond du havre. On amena les planches à bord ; J'avais dessein de m’en servir lorsque je construirais une maison pour O-maï dans l'île où il établirait sa résidence. Je pris ensuite une escorte, et je me rendis au havre voisin du nôtre : nous y détruisimes trois ou quatre pirogues, nous en brülimes autant , et nous fümes de retour aux vaisseaux à sept heures du soir. J'appris à mon arrivée qu'on avait ramené la chèvre environ une demiheure auparavant, ct je découvris qu’elle était venue d'une bourgade où les habitans m'avaient assuré la veille qu'ils n’en avaient pas entendu parler. Maheiné, frappé de mes dernières menaces, ne crut pas devoir se joucr plus Jlong-temps de moi. « Ainsi se termina cette pénible et malheureuse affaire ; les suites qu’elle entraîna ne me causérent pas moins de regrets qu'aux insulaires. Ne nr'étant point rendu aux sollicitations de nos amis de T'aiti,

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DES VOYAGES. 97 qui me pressaient de favoriser leur invasion d’Eiméo , 3l fut bien douloureux pour moi d’être ré duit sitôt à la nécessité de faire aux habitans de cette île une sorte de guerre, qui peut-être leur nuisit plus que l'expédition de Toaouha.

« Nos correspondances avec les naturels se rétablirent le 11, et plusieurs pirogues apportérent aux vaisseaux du fruit à pain et des cocos : j’en conclus , et ce me semble avec raison, que les insu- Jaires sentaient que c'était leur faute si je les avais traités avec rigueur. La cause de mon déplaisir ne subsistant plus, ils paraissaient persuadés que je ne leur ferais plus de mal.

Nos deux vaisseaux embarquérent à Eiméo du bois à brûler ; Taïti ne nous avait été d'aucune ressource pour cet objet; car tous les arbres de Matavai sont utiles aux habitans. Nous primes de plus , à Eiméo , une quantité assez considérable de cochons , de fruits à pain et de cocos ; peu d’autres végétaux se trouvaient alors de saison. Les producuons d'Eiméo et de Taïti me paraissent les mêmes ; mais on aperçoit entre les femmes de ces îles une différence remarquable que je ne puis expliquer : celles d'Eiméo sont de petite taille ; elles ont le teint fort brun et des traits repoussans ; quand nous en apercevions une jolie, nous ne tardions pas à apprendre qu’elle était d’une île voisine.

« L’ aspect général d'Eiméo ne ressemble point

du tout à celui de Taïti : celle-ci, formant une seule.

08 HISTOIRE CGÉNÉRALP

masse de montagnes escarpées, n’a guère de ter- ‘ains bas que quelques vallées profondes , et la bordure plate qui environne la plupart de ses cantons situés au bord de la mer : Eiméo, au contraire, a des montagnes qui se prolongent en différentes directions ; leur cscarpement est très-inégal ; elles offrent, à leur pied, de trés-grandes vallées, et sur leurs flancs des terrains qui s'élévent en pente douce. Quoiqne remplies de rochers, ciles sont , en général, couvertes d'arbres presque jusqu’au sommet; mais souvent on ne voit que de la fou= gêre sur les parties inférieures de Ja croupe.

« Nous partîimes d'Eiméo le 11 avec un beau teinps et un joh vent, Le 12, à la pointe du jour, nous découvrimes Houaheiné. À midi, nous mouillâmes à l'entrée septentrionale du havre d’Ouharré, situé à la côte ouest de l’île. L’aprés-dinée se passa à remorqner les vaisseanx dans un lieu convenable, et à les y amarrer. O-maï entra un instant avant nous sur sa pirogue dans le havre d'Ouharré ; mais il ne débarqua point: ses compatriotes se rassemblérent en foule pour le voir, et il ne fit pas beaucoup d'attention à eux. Une foule encore plus grande d'insulaires vint à bord de Za Résolution et de la Découverte, et ils nous incommodérent tellement, qu'elle gêna le service. Les passigers que nous avions à bord les avertirent de ce que nous avions fait à Eiméo ; ils exagérérent le nombre des maisons et des pirogucs que nous y

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DES VOYAGES. 09 avions saccagées ; ils en comptérent au moins six fois plus que nous n'en détruisimes réellement, Je ne fus pas fâché de cette exagération, car je n'apereus qu'elle produisait beaucoup d’eflet : je pensai qu'elle déterminerait les insulaires à se mieux conduire envers nous que lors des premières relâches.

«J'avais appris à Tuïili que mon vieilamiOri n'était

plus le chef suprême de Houaheiné, et qu'il résidait à Oulictéa. I n'avait jamais été que régent duant Ja minorité de Taïritaria, l'éri-vahié actuel ; mais il ne quitta la régence que lorsqu'il s'y vit forcé. Opouny et Toaouha , ses deux fils, furent les premiers qui me rendirent visite ; ils arrivèrent sur mon bord avant que les vaisseaux fussent amarrés, etils m'apportèrent un présent.

« Le lendemain 15, tous les principaux insulaires arrivérent aux vaisseaux; c'était ce que je désirais; car je voulais m'occuper tout de suite de l'établissement d'O-mai, et je crus que l'occasion était favorable. H paraissait désirer alors de s'établir à Ouliétéa, et si nous avions pu nous accorder sur les moyens d'exécuter ce projet, je l'aurais adopté. Les naturels de Bolabola , conquérans de l’île, y avaient dépouillé son père de quelques terres. J'étais persuadé que je viendrais à bout d’en obtenir la restitution sans employer la violence : il fallait pour cela qu'il vécût en bonne intelligence avec ceux qui se trouvaient les mäîtres de l'île; mais célait un patriote trop zélé pour s'imposer de la

100 HISTOIRE CÉNÉRALE

modération , et trop confiant pour imaginer que je ne le rétablirais pas de force dans ses biens. Je sentis qu'il était impossible de l’établir à Ouliétéa, et que Houaheiné lui convenait mieux. Je me décidai, en conséquence, à tirer parti de la présence des chefs , et à solliciter en sa faveur la permission dont il avait besoin.

« Les insulaires nous avaient occupés toute la matinée ; au premier moment de loisir , je me disposai à faire une visite en forme à Taïritaria, à qui je voulais parler de cette affaire. O-maï s’habilla très-proprement, et il prépara un magnifique présent qu'il destinait au chef, et un second qu'il voulait offrir à l’éatoua. Depuis que nous l’avions séparé de la troupe de fripons qui l’entourérent à Taïu, il s'était conduit avec prudence, et de manière à mériter l'estime et l'amitié de tous ceux qui le virent. Notre débarquement rappela à terre la plupart des naturels qui s'étaient rendus aux vaisseaux ; et après s'être réunis à ceux qui se trouvaient sur la côte, ils se rassemblèrent dans une grande maison. Le concours du peuple fut trèsnombreux : nous n’avions jamais vu sur aucune de ces îles tant de personnages importans des deux sexes. Le gros du peuple, en général , paraissait plus robuste et d'un teint plus blanc que les T'aïtiens ; et, proportionnellement à l'étendue de l’île, il y avait plus d'hommes qui semblaient riches et revêtus d’une sorte d'autorité. La plupart de ceux-

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