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ce voyage, alla jusqu'à Jérusalem ; mais , ne sachant pas l'arabe , il désespéra du succés, et revint en Portugal. 11 fut remplacé par un gentilhomme nommé Covilham , qui eut ordre aussi de découvrir les états du Prête-Jean , et de prendre des informations sur le commerce de l'Inde et sur les pays d’où venaient les drogues et les épices qui avaient fait la fortune des Vénitiens. Covilham se rendit à Alexandrie, et de là au Caire. Une caravane de Maures de Fez le conduisit à Tor, sur la mer Rouge , au pied du mont Sinaï, où il acquit quelques lumières sur le commerce de Calicut. I fit voile à Aden, à Cananor, à Goa. La mer des Indes vit, pour la première fois, un Portugais. Il reprit sa route par Sofala , sur la côte orientale d'Afrique, pour y visiter les mines d’or. Il revint à Aden, remonta jusqu'à l'entrée du golfe Persique, s'arrêta quelque temps à Ormuz, et, retournant par la mer Rouge , arriva dans les états du Prête-Jean. Il fut retenu dans cette cour jusqu’à l'arrivée d’un am-
bassadeur de Portugal. Le roi d’Abyssinie, de son
côté, en fit partir un pour Lisbonne. Mai: cette correspondanse n'eut point de suites. La découverte du cap de Bonne-Espérance avait fait naître d’autres idées. On avait déjà un commerce d'or, d'ivoire et d'esclaves avec les peuples du Sénégal, de Tocrour e: de Tombouctou; un comptoir à Ouadem à l’est d’Arguin, et des liaisons établies sur toute Ja côte de Guinée. Maîtres de la côte, les Portugais n'avaient plus qu'à franchir ce cap des
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DES VOYAGES. 9 Tempêtes, cette barrière qui épouvantait les plus intrépides. Emmanuel , successeur de Jean 11, suivit avec ardeur les projets de son pére. Jean avait eu la précaution de faire assurer au Portugal, par une donation du Saint-Siége , toutes les terres nouvelles qui seraient découvertes par les Portugais, où même par les autres nations , en allant du couchant à l’est. Les termes de cette donation n'étaient pas trop bien conçus. On ne songeait pas qu'on pouvait faire des découvertes du levant à l'occident, comme de l'occident au levant , et se rencontrer
au même lieu par des chemins trés-différens. (1)
Ce temps était celui des grandes entreprises. Colomb venait de découvrir l'Amérique, que l'on nommait alors les Indes occidentales. Il était venu même, au retour de cette expédition fameuse, à la cour du roi Jean, qui le traita avec toute sorte de distinction, quoique peut-être ileût pu le voir avec quelque peine, ayant refusé autrefois les offres de service de ce célébre Génois , qui s'était tourné depuis du côté des Espagnols. Quelques courtisans lui proposcrent de le faire périr, comme si le prince n'avait pas eu assez de reproches à se faire d’avoir méconnu un grand homme et perdu un monde, sans qu'il fallüt y joindre encore le remords d’un crime !
(1) C’est précisément ce qui arriva quand les Espagnols vinrent du continent de l'Amérique dans l'Archipel indien, comme nous le verrons dans la suite,
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Emmanuel, résolu de faire un dermier effort pour s'ouvrir la route des Indes, jeta les yeux sur Vasco de Gama, gentilhomme de sa maison. I] fit présent au nouvel amiral du pavillon qu'il devait arborer, sur lequel ‘ait la croix de l'ordre militaire du Christ, et c’est sur cette croix que Gama fit serment de fidélité. 11 recut du roi des lettres pour divers princes de l'Orient , entre autres pour le samorin de Calicut ; et, partant de Bélem , il mit à la voile, le 8 juillet 1497, avec trois vaisseaux et cent soixante hommes, Les moindres détails acquièrent un degré d'intérêt dans un voyage devenu si célèbre, et l’uræ des grandes époques de la navigation. Les trois vaisseaux se nomimaient le Saint- Gabriel, le Saint- Raphaël et le Berrio. Les deux capitaines qui accompagnaient l'amiral étaient Paul de Gama, son frere, ct Nicolas Nugnez. Son pilote, Pedro de Alinguez, avait {ait la route avec Diaz, Ils étaient suivis d’une grande barque chargée de provisions , commandée par Gonzale Nugnez, et d’une caravelle qui allait à la Mina, sous le commandement de Barthélemy Diaz. Unc tempête les sépara de l'amiral à la vue des Cañaries. Is se rejoignirent huit jours après au Cap Verd. Le lendemain ils jetérent l'ancre à San-Tago, l'une des îles du cap, et prirent quelques jours pour radouber leurs vaisseaux. Diaz reprit la route du Portugal , et la floue reprit la sienne. On souffrit beaucoup de mauvais temps, jusqu'à perdre souvent toute espérance. Le {4 novembre, Gama découvrit une terre basse qu'il côtoya pendant trois
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(r) C'est en cet endroit que l'auteur de l'Histoire des Voyages dit qu’on trouva une grande quantité de loups marins, animaux si furieux qu’ils se défendent contre ceux qui les attaquent. Cette phrase est bien extraordinaire.
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1 HISTOIRE GÉNÉRALE sique à de pouvoir pour unir les hommes ! De San Blas, on arriva jusqu'à l'embouchure d'une rivière qui fut nommée de los Reyès, parce qu'on était au jour de l'Épiphanie. En général, presque tous les noms européens donnés à ces nouveaux pays étaient ceux des saints que l’on fétait le jour où l'on prenait terre.
On serrait le rivage d'assez près pour s’apercevoir que plus on avançait le long de la côte, plus les arbres étaient grands et touffus, plus le pays s'embellissait dans la perspective. On descendait de temps en temps à terre, mais avec précaution. Un roi du pays vint visiter Gama su: son bord. On relächa quelque temps dans une contrée fort peuplée, que les Portugais nommèrent la terre du Bon Peuple, tant ils furent satisfaits des traitemens qu'ils y recurent, Ils avaient avec enx un interprète nommé Martin Alonzo, qui savait plusieurs langues nègres, et qui leur servait à lier commerce avec les naturels du pays. Ils passérent le cap de Corientes , où des Courans, cinquante lieues audelà de Sofala , sans avoir apercu ceue ville. Le 24 janvier , ils remontérent la rivière, qu’on nomma Fio de Buenos Sinays, ou rivière des Bons Signes. Les bords en sont charmans , les habitans doux et civilisés, et assez instruits dans la navigation pour conduire leurs barques avec des voiles faites de feuilles de palmier. Les Portugais ne furent pas si bien reçus à Mozambique , ville riche et commerçante, située au 15° degré de latitude méridionale,
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DES VOYAGES. i et l'un des meilleurs ports qui soient dans ces mers. Cette ville est remplie de marchands maures qui vont à Sofala , dans la mer Rouge et dans l'Inde, faire le commerce d'épices, de pierres précieuses et d'autres richesses, Ils ont de grands vaisseaux qui n'ont pas de pont, et qu sont bâtis sans clous. Le bois dont ils sont composés n'est lié qu'avec des cayro, C'està-dire, avec des cordes faites d'écorce d'arbre, et leurs voiles sont d’un tissu de femilles de palmier. Ils connaissaient la boussole et les cartes de mer. Les Maures de Mozambique crurent d'abord que les Portugais étaient des Turcs, ou d’autres Maures d'Afrique, et s'empressérent d'aller les visiter à la rade, Mais, dès qu'ils les eurent reconnus pour des chrétiens, ils conspirérent leur perte, et employérent tour à tour les mauvais traitemens et les emñches. La flotte manquait d'eau. Des chaloupes entrèrent dans le port et en firent leur provision, tandis que l'artillerie tenait les Maures en respect. On fut même obligé de ürer sur la ville. Deux pilotes maures, que Gama avait demandés et obtenus dans les premiers pourparlers, firent tous leurs efloris pour engager la floue dans des lieux fort dangereux, dont heureusement elle fut repoussée par l'impétuosité des courans, On ne s'apercut
de leur perfidie qu'à l'ile de Monbassa, habitée
aussi par les Maures, dont le terroir est agréable et fcrule, et Le port très commercant. Le roi de l'ile ftofirir à Gama de faire charger ses vaisseanix de marchandises du pays, d'or, d'argens, d'épices
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1} HISTOIRE CÉNINALE
et d'ambre. Gama, quoique déjà instruit à se défier des Maures , était cependant prêt à entrer dans le port , lorsqu'on vit tout à coup les deux pilotes s'{lancer dans l'eau et nager de toute leur force vers la ville, où les Maures les attendaient, Gama ne put obtenir qu'on les lui rendit, 1 fit meure à la torture deux Maures qui étaient venus de Monbassa sur la floue, et ils avoucrent que les pilotes n'avaient pris la fuite que dans la crainte d'être découverts ; qu'ils étaient de complot avec le roi de Monbassa , pour faire périr les vaisseaux portugais, et qu'on avait appris dans l’île les violences commises à Mozambique, dont le schah de Monbassa cherchait à tirer vengeance. On arréta même, la nuit suivante, plusieurs Maures qui étaient à la nage autour du vaisseau, et qui s'eflorçaient d'en couper les câbles, afin qu'il pût être poussé sur le rivage. D'autres avaient eu la hardiesse de s’introduire dans un bâtiment où ils s'étaient cachés entre les agrès du grand mât. Ils se précipitérent dans l'eau dès qu'on les aperçut, et rejoignirent des barques qui n'étaient pas loin.
Gama mit à la voile le 15, et rencontra, sur route de Mélinde, deux sambucques, ou bâtimens légers, qui croisent ordinairement sur les côtes. Il en pritune qui portait dix- sept Maures, et une assc: grande quantité d’or et d'argent. Ce fut le premier butin que l’Europe ait fait dans la mer de l'Inde, On arriva le même jour devant Mélinde, à dix-huit lieucs au nord de Monbassa. Les Portugais admirérent h
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DES VOYAGES. 19 beauté des rues et la régularité des maisons bâties de pierre, à plusieurs étages, avec des plates-formes et des terrasses. On crut voir une ville d'Europe, La beauté des femmes de Mélinde était passée en proverbe dans le pays. La ville est peuplée de Maures d'Arabie, et des marchands de Cambaye et de Guzarate y apportent des épices, du cuivre, du vifargent et des calicots, qu'ils échangent pour de l'or, de l'ambre, de l'ivoire , de la poix et de la cire. Le mi hométisme est la religion dominante. Le millet, le riz, la volaille, les bestiaux et les fruits sont en abondance et à vil prix. On vante surtout les oranges de Mélinde pour la grosseur et le goût. La flotte fut visitée par des chrétiens de l'Inde, venus de Cranganor. Le roi de Mélinde vint lui-même dans une grande barque, avec sa cour magnifiquement vêtue, el ses musiciens qui jouaient de leurs instrumens. L'amiral portugais alla au- devant de lui, dans sa chaloupe , avec douze de ses principaux ofliciers. Ii passa dans la barque royale, sur l'invitation du prinee, qui le reçut avec de grands honneurs, et luifitbeauconpde questionssur le pays d’où il venait, sur le roi qui l'avait envoyé, et sur le motif qui l'amenait dans ces mers. Gama le satisfit sur tous ces objets , et le roi lui promit un pilote pour le mener à Calicut. Il parut très-content de lui et des Portugais, et prit un grand plaisir à se promener sur sa barque, entre leurs vaisseaux, dont il adnirait la forme , et surtont l'artillerie, On en fit plusieurs décharges, qui redoublèrent son étonnement. H
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