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son pays ne le füt pas. Les Portugais eurent permission de charger leurs vaisseaux de marchandises du pays, et n'éprouvérent aucune difficulté. L’allance fut jurée entre le roi de Cochin et les Portugais. Cabral , en s’éloignant de cette ville , rencontra la flotte du samorin, composée de vingt-cinq vaisseaux. Il était résolu d'en venir aux mains; mais le vent les éloigna, et la flotte portugaise fit voile vers Cranganor. C'est une grande ville, à trente-deux lieues de Cochin. Le pays est fertile en plantes médicinales, telles que le tamarin, la casse, le mirobolan ; le cardamome, le gingembre y croissent en abondance; mais il y a peu de poivre. Du reste, les vaisseaux portugais n’avaient point encore trouvé une baie si agréable et si commode. Ils remirent à la voile pour traverser la mer qui est entre l'Inde et l'Afrique, et dans leur route ils découvrirent, pour la première fois, Sofala; ils essuyérent plusieurs orages vers le cap de Bonne-Espérance. Enfin Cabral arriva au port de Lisbonne le 51 juillet 1501. De douze vaisseaux qui étaient partis avec lui, il n’en ramenait que six.
Avant le retour de Cabral, quatre caravelles étaient déjà parties du port de Lisbonne, commandées par un Galcien, nommé Jean de Nuëéva. Il devait gagner Sofala pour y établir un comptoir, et se réunir avec Cabral, dont il ignorait les désastres, pour affermir, sur des fondemens solides, le commerce que l’on supposait établi à Calicut. 11 découvrit entre Mozambique et Quiloa une île à laquelle
46 HISTOIRE GÉNÉRALE il donna son nom. D'ailleurs sa navigation fut heureuse ; mais il apprit bientôt qu'il n’y avait rien à faire à Calicut sans des forces supérieures. Il prit deux vaisseaux maures qu'il brüla. Il visita Cochin et Cananor. Le commerce languissait à Cochin, parce que les négocians du pays avaient peu de goût pour les marchandises portugaises, et ne voulaient donner leurs épices que pour de l'argent. Le roi de Cananor eut la générosité de se rendre caution pour les Portugais, et répondit pour mille quintaux de poivre, cinquante de gingembre, et quatre cent cinquante de cannelle. La cargaison s’achevait tranquillement , lorsqu'on avertit l'amiral qu’on voyait paraître plus de quatre-vingts pares ou barques indiennes, chargées de Maures, qui venaient de Calicut pour attaquer les Portugais. Le lendemain, dés la pointe du jour, elles entrérent dans la baie de Cananor; Nuéva se retira au fond de la baie, et donna ordre à son arüllerie de faire un feu conunuel. Les Maures n'avaient point encore de canon, ou s'en servaient mal; ils préféraient l'usage des flèches; mais obligés de se tenir à une grande distance, leurs flèches ne pouvaient atteindre l’ennemi. Les foudres de l'Europe donnérent aux Portugais l'avantage sur la multitude. Plusieurs vaisseaux indiens furent coulés à fond, et il y eut beaucoup de Maures tués, sans que les Portugais perdissent un seul homme. La flotte battue fut obligée de retourner à Calicut, et Jean de Nuéva , content d'avoir montré au roi de Cananor la supériorité
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des forces curopéennes , revint triomphant à Lisbonne, sans avoir rien souffert de la guerre ni des flots.
Les relations de Cabral firent comprendre qu'il n’y avait d'établissement à espérer dans les Indes que par la force des armes. Le roi de Portugal se crut intéressé à soutenir son entreprise pour l'honneur de sa nation, pour l'intérêt de sa religion, et plus encore sans doute pour l'accroissement de ses richesses et de sa puissance. Malgré les pertes que l'on avait essuyées, le profit l'avait emporté sur le dommage. Que ne pouvait-on pas espérer, si l'on prenait mieux ses mesures ! Cette raison était décisive. Onrésolut de faire partir, au mois de mars1502, trois escadres ensemble : la première, de dix vaisseaux commandée par Vasco de Gama, car 1l semblait que la gloire de conquérir les Indes, comme celle de les découvrir, füt attachée à ce nom ; la seconde, de cinq vaisseaux sous Vincent Sodre, pour nettoyer les côtes de Cochin et de Cananor, et veiller à l'entrée de la mer Rouge, de maniere à empêcher les Turcs et les Maures de rorter leur commerce aux Indes ; la troisième, de cinq vaisseaux encore sous Etienne de Gama ; ce qui composait une flotte de vingt voiles qri devait reconnaître Vasco de Gama pour amiral.
Après avoir recu l'étendard de la foi dans l'église cathédrale de Lisbonne, avec le titre d’amiral des mers d'Orient, Gama partit le deuxième jour de mars , à la tête des deux premiéres escadres, parce
HISTOIRE GÉNÉLALE
“que la troisième ne put mettre à la voile que le 1° de mai. Il avait à bord les ambassadeur, de Cochin et de Cananor, que le roi de Portugal renvoyait comblés d'honneurs et de présens. Près du cap Verd, il rencontra une caravelle portugaise qu revenait de la Mina, chargée d’or. C'était une preuve des progrès du commerce de cette nation sur les côtes d'Afrique. Les ambassadeurs indiens en témoignerent leur surprise. L’ambassadeur de Venise en Portugal leur avait assuré que, sans le secours des Vénitiens, le Portugal était à peine en état de mettre quelques vaisseaux en mer. Ce langage était un effet de leur jalousie, depuis qu'ils voyaient le commerce des Indes, par la voie du Caire, prés d’être perdu pour Venise.
La flotte ayant doublé le cap de Bonne-Espérance, Gama prit la route de Sofala 1vec quatre de ses moindres vaisseaux, tandis que le reste allait directement à Mozambique. Il devait, suivant les ordres du roi, observer la situation de Sofala , reconnaître le pays et les mines, et choisir un lieu commode pour y élever un fort. Le roi de Sofala ne Jui fit point acheter trop cher son amitié , et la liberté d'établir un comptoir dans sa capitale. On trouva les mêmes facilités à Mozambique, malgré l'aversion que le prince avait marquée pour les Portugais dans leur premier voyage. On y établit aussi un comptoir dont la destination était de fournir aux flottes portugaises des provisions à leur passage. L'amiral se rendit ensuite à Quiloa , dans le dessein
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DES VOYAGES. 49 de punir Ibrahim , roi de cette contrée , de la mauvaise récepuon qu'il avait faite à Cabral, et de le rendre tributaire des Portugais. Ibrahim , pressé par
la crainte d'une puissance supérieure, se rendit à
bord du vaisseau amiral. Là, on lui déclara qu'il
« allait perdre sa liberté, s'il ne s'engageait à payer
« tous les ans deux mille méticaux (1) d’or. Le roi | capüfle promitetdunna pour otage un riche Maure. | Dés qu'il fut rentré dans sa capitale, 1l refusa de
payer, persuadé que le Maure payerait , plutôt que
| de rester prisonnier, ce qui arriva en effet. Éuenne | de Gama joignat la tte avec la troisième escadre , : et Vasco partit pour Mélinde à la tête de toutes ses ! forces. Il se saisit sur la route de piusieurs vaisseaux | maures. Mais une prise plus considérable l'atiendait
sur la côte de l'Inde prés du mont Déli, au nord de Cananor. IT rencontra un gros bâtiment, nommé ; ur Ê d s at « S € 1 A 1" 4 le Méri, qui appartenait au soudan d'Egypte, chargé de marchandises précieuses et d’un grand nombre
de Maures de la première distinction qui allaient en pélerinage à la Mecque. Il s'en rendit maître aprés
une vigoureuse résistance , et s'empara des trésors destinés au tombeau du prophete. Le reste du buun fut abandonné aux matelots. Ensuite Etienne de
Gama fit mettre le feu au bâument, et par une
résolution désespérée, les Maures, au nombre de trois cents, aimérent mieux sy laisser brüler ,
> en continuant de se défendre contre le fer et la
LS
(1) Deux mille ducats.
bo HISTOIRE GÉNÉRALE
flumme, que de passer sur les vaisseaux du vainqueur.
Aprés cette sanglante expédition , l'amiral étant arrivé à Cananor, fit dire au roi qu'il désirait hui parler. Cette prière, précédée du bruit de sa victoire, et soutenue d'une flotte puissante, pouvait passer pour un ordre, et c'estalors quelesmonarques de l'Inde dürent s’apercevoir que les Maures ne les avaient guére trompés , en leur faisant envisager les Portugais comme des hôtes dangereux, qui ne venaient reconnaître le pays qne pour s’en rendre les maîtres. Le roi de Cananor, plutôt que de se rendre sur la flotte de Gama, aima mieux faire construire un pont qui s’étendit fort loin sur l'eau. A l'extrémité était une salle magnifiquement ornée. C'était le lieu de l’entrevue. Le prince y arriva escorté de mille naïres, au son des trompettes et des instrumens, comme si l'appareil de sa vaine grandeur n'eùt pas dû faire mieux voir la faiblesse de sa démarche, au lieu de la déguiser. L’amiral descendit sur le-pont au bruit de son arullerie, qui annoncait
TEEN men
unc puissance plus réelle. Le prince indien s'avanca |
au-devant de lui jusqu'à la porte de la salle, et |
l'embrassa. Tous deux s’assirent , et le résultat de cette conférence fut un traité d'amitié et de com-
merce, et i établissement d'un comptoir à Cananor. |
Les Portugais se dciirent, dans le pays, d’une parue de leurs marchandises, et partirent pour Calicut.
La renommée les 1 avait devancés. Elle avait ap-
pris au samorin l'arrivée et les forces de ces mar-
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