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À l'ile. Le vice-roi fit jeter les fondemens d’un fort qu’il 4 appela Manuel; il reçut des ambassadeurs de tous 4 les princesalliés du Portugal, et fit battre de la mon-
naie de cuivre et d'argent. Quatre cents Portugais demeurérent attachés à la défense du fort, avec
| cinq mille Indiens commandés par Timoia, qui
avait contribué à la prise de la ville.
Une conquête non moins importante fut celle de Malacca, dans l’ancienne Chersonèse d’or, vis-à-vis ‘ile de Sumatra, à 2 degrés de latitude nord; c'était le plus grand marché de l'Inde ; son port était toujours rempli d’une mulutude de vaisseaux. La ville bâtie par des pêcheurs, et d’abord tributaire de Siam , avait été depuis habitée par les Malais. Mo-
{ hammed, prince maure, y régnait, et le roi de
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Pahang lui avait fourni de puissans secours. Les Portugais n’avaient point encore rencontré de résistance plus opiniâtre, ni fait de conquête qui leur eût coûté davantage. Jamais aussi ils ne versérent plus de sang. Le massacre dura neuf jours, jusqu’à ce qu’il ne restât pas un seul Maure dans la ville : il fallut la repeupler d'étrangers et de Malais. On y bâtit une église, et un fort nommé Hermosa. Le roi s'était retiré, avec sa famille , dans des bois impénétrables , dont le pays est couvert.
Albuquerque fut alors au faîte de la grandeur. Les rois de Siam et de Pégou, dans la presqu'ile au-delà du Gange, de Naisinga, prés de la côte de Coromandel et de Visapour, recherchérent son alliance ; le samorin consentit à laisser bâtir un fort
qui devait dominer Calicut. Les lieutenans du vice. Æ grand roi découvraient dans le même temps les Moluques. M légal Lui-même conduisit dans la mer Rouge la première Æ Le flotte portugaise qui eût encore passé le détroit de Æ que o Babelmandel : il échoua , il est vrai, devant Aden; # combl mais s'étant présenté devant Ormuz, il trouva que : Il n'ét la terreur de son nom lui avait tout soumis par | masse avance, Le roi d'Ormuz renouvela le traité qui met- #4 produ tait son pays sous la protection du Portugal; on | ces et rendit aux Portugais le fort qu’ils avaient commencé |: 4 soldat et qu'ils achevérent ; pour comble d’insulte, Albu- 4
querque força le roi d'Ormuz de lui donner l'arul- &
lerie de sa capitale pour défendre le fort. Il reçut GI avec toute la pomped’un souverainlesambassadeurs | 4 pres d'Ismaël, roi de Perse, qui lui envoyait des présens. | À goût es Mais au milicu de tant de gloire et de prospérité, À milieu € sa santé, altérée par les fatigues, s’affaiblissait de PM «Si l'o jour en jour. Des ordres de sa cour qui, pour PM «qui a toute récompense de ses services, le rappelaient L4 “trouv à Lisbonne, et lui donnaient un successeur, lui à 4 ad: portèrent une atteinte plus dangereuse que ses 4 Fe maladies. 11 reçut ces ordres comme il retournait EM ,£ls, 0
dans l’Inde pour y rétablir sa santé : 1l se permit À « Albu à peine quelques plaintes; mais étouffant la dou- p# «en le
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leur qui les lui arrachait, il tomba dans une pro- «et un
fonde mélancolie, dont il ne sortit que pour rendre le dernier soupir, en arrivant à Goa le 16 décembre 1515; il était dans la soixante-troisième année de son âge. Les Portugais n'avaient point eu dans l'Inde de commandant qui eût fait de si
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grandes choses, et depuis ils n’en eurent point qui l'égalât. (1)
Le gouvernement d’Albuquerque avait été l’époque où la puissance portugaise était montée à son comble. Après sa mort, la décadence se fit sentir. 11 n'était pas possible que tant de richesses n’allumassent la cupidité, et que tant d'élévation ne produisit l'orgueil et la tyrannie. Les cruautés atroces et l’insolent brigandage des commandans et des soldats rendirent le nom portugais exécrable sur
(1) Le traducteur de la compilation anglaise donne ici un échantillon du style des écrivains portugais, qui est assez curieux. Le morceau est de Faria. Il est absolument dans le goût espagnol , qui dominait alors dans toute l'Europe. Au milieu de l'abus des figures , on y remarque de la noblesse.
! «Si l'on veut porter un jugement désintéressé des exploits
«qui acquirent aux Portugais la couronne de l'Asie, on
| « trouvera qu'il n’y avait que Pachéco qui füt propre à la
« forger avec cette fière chaleur qui fondit les armes et tout « l'or de l’opiniâtre samorin ; qu'Almeyda seul pouvait lui
LA « donner sa forme, et la polir avec son épée et celle de son
«fils, qui humilièrent l’orgueil du Turc, et que le grand « Albuquerque était seul capable d'y mettre la dernière main, «en l’ornant de ses plus beaux joyaux, Goa, Malacca et « Ormuz. Étant entrés tous trois, avec peu de vaisseaux «et un petit nombre d'hommes, dans des mers éloignées,
4 «où ils trouvèrent des ennemis nombreux, et quantité de À « places fortes , sans un ami pour les soutenir , et presque è «sans un arbre pour se mettre à l'abri, ils percérent des | « nuées de balles et de flèches empoisonnées pour retourner
« dans leur patrie , etc. »
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80 HISTOIRE GÉNÉRALE toutes ces côtes. Les révoltes furent fréquentes, et les Indiens furent quelquefois vengés. Les Portugais furent battus dans l'ile de Java. Ils manquérent encore Aden et Djeddah dans la mer Rouge. Ils échouèrent plusieurs fois devant Diu, Ils se virent assiégés dans Goa et dans Malacca, par les habitans, que leur tyrannie avait soulevés. Cependant ils n'avaient rien perdu de leur activité entreprenante. Edouard Coëllo et Perès d’Andrada pénétrérent
dans les mers de l'Asie, l’un jusqu’à Siam, et l'autre |
jusqu’à Canton, port de la Chine. Mais ayant osé braver à Canton les ordres de l'empereur avec une imprudence inexcusable, ayant même poussé l'ar-
rogance jusqu’à faire élever une potence dans l'île
de Ta-mou, vis-à-vis Canton, les Portugais furent tous massacrés. Ils furent chassés de Calicut par le samorin, et obligés de démolir eux-mêmes leur fort et de l’abandonner. Attaqués à la fois dans toutes leurs possessions, ils étaient souvent réduits aux plus déplorables extrémités; mais ils soutenaient et réparaient même avec une intrépidité admirable les disgrâces que leur attiraient leur orgueil et leur avarice. L'esprit de découverte et de conquête subsistait encore, et mélant l'héroïsme au brigandage, il s’étendait du fond de la mer Rouge, où l'on soumettait les îles de Maçoua et Dalakh, jusqu’au détroit de la Sonde, à l'extrémité de l’océan Indien , où l’on subjuguai! java; il apercevait la grande île de Bornéo; de là, passant audelà de l’île Célébés, il conduisait les Portugais
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jusqu'au vaste Archipel des Philippines, où il leur montrait Mindanao. Il n'y avait plus qu'un pas à faire jusqu'aux îles du Japon , pour avoir embrassé touie l'Asie et parcouru les mers qui baignent cette vaste partie du monde à l'ouest, au sud et à l’est, Antoine de Mota, François Zeimoto et Antoine de Peixoto, faisant voile vers la Chine en 1542, furent jetés par la tempête dans l'île de Niphon , nommée par les Chinois Jepucen, d'où les Européens ont formé le nom de Japon. Ce fut là le terme des 1 découvertes des Européens, du côté de l’orient. À Vers cette époque de 1540, les Portugais domi-
naient par le commerce et par les armes sur quatre LÀ mille lieues de côtes, depuis le cap de Bonne- Ÿ Espérance, au sud de l'Afrique, jusqu'au cap de “Lingpô, à l'extrémité orientale de VAsie, sans y comprendre la mer Rouge et le golfe Persique, où ils avaient le fort de Mékran et Ormuz. Leurs DA principaux établissemens étaient la Mina, Sofala, Monbassa et Mozambique, sur la côte d'Afrique; | Baçaïm et Diu, dans le royaume de Cambaye, et de là jusqu'au cap Comorin, Goa, Cochin, Cana- | nor, Coulan ; depuis ce cap, en remontant la côte de Coromandel, ils avaient Négapatan, Méliapour let Masulipatan ; de là, en descendant au-delà de l'entrée du golfe du Bengale , ils avaient Malacca ; {plus loin , au-delà du détroit de la Sonde, Timor; lenfin Macao, qu’ils bâtirent dans une petite île de ; À la baie de Canton, à l'entrée de la Chine. Ils iraient D la cannelle de Ceylan, où ils avaient bâti un fort à