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sur laquelle il était appuyé. Son fils Roumi-Khan, digne de succéder à son père et de le venger, poursuivit le siége avec opiniâtreté. Les assiégés furent réduits aux dernières horreurs de la disette. On se disputait les corbeaux qui venaient dévorer les cadavres. Enfin les Portugais, n'ayant plus que le désespoir pour défense, se portérent en foule sur la brèche, hommes et femmes mélés ensemble, et armés de même, résolus de mourir en combattant. Un prêtre était au milieu d'eux le crucifix à la main. La nuit mit fin à cet effroyable assaut; et peu de temps aprés le gouverneur don Juan de Castro arriva de Lisbonne à la tête d’une flotte de quatrevingt-dix voiles, qui, portant sur sa route la terreur et le ravage, avait pillé Surate et Azoto. A peine débarqué , il attaqua les Indiens dans leurs retranchemens, et remporta une victoire complète. Roumi- Khan, qui s'était défendu jusqu’au dernier soupir, fut trouvé parmi les morts. La ville de Diu fut reprise, et le château rebâui. Tous les Portugais de l'Inde célébrèrent avec transport la délivrance de Diu, où ils croyaient voir leur sort attaché, et la gloire de son libérateur. On lui prépara dans Goa, résidence ordinaire des gouverneurs de l'Inde, une entrée triomphante, à peu près semblable à celle que faisaient autrefois dans Rome les généraux viciorieux. Les rues étaient tendues de riches tapisseries. Le bruit des instrumens de musique se mélait à celui des foudres guerrières. La ville, le port et les vaisseaux étincelaient d'illuminations.
go HISTOIRE GÉNÉRALE
Le vainqueur entra sous un dais magnifique, À la porte, on lui ôta son chapeau pour lui mettre une couronne de lauriers sur la tête et une palme dans Ja main. Devant lui marchait le prêtre Del Cazal, portant le même crucifix qu'il avait eu au combat, ct l'étendard royal à son côté. A sa suite venait Djezzar - Khan, l’un des chefs ennemis. Six cents prisonniers, couverts de chaînes et les yeux baissés, fermaient le cortége. Une multitude de chariots portaient le canon et les armes enlevés à l'ennemi. Toutes les femmes de la ville, à leurs fenétres, jetaient des fleurs et des parfums sur le vainqueur. La reine de Portugal, Catherine, disait que Castro avait vaincu comme un chrétien, et twriomphc comme un païen. Des récompenses extraordinaires l'attendaient encore à Lisbonne. Le roi lui continuait son gouvernement sous le ütre de viceroyauté. Son fils était nommé amiral des mers de l'Orient. Mais cette singulière destinée , qui ne voulait pas que les héros de l’Inde jouissent de leur bonheur et de leur gloire, atteignit Castro au milien de ces honneurs. Il succomba , à l’âge de quarantehuit ans, à une maladie de langueur produite par le chagrin que lui causait depuis long-temps la mauvaise administration des affaires dans les établissemens portugais, et l’inévitable décadence qu'il prévoyait au milieu de tant de corruption. Ses exploits l'avaient mis au rang des héros, et le genre seul de sa mort prouverait à quel point il était citoyen, quand toute sa conduite n’en aurait pas
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été un continuel témoignage, C'était vraiment un de ces hommes extraordinaires, dont la vie est un modèle ou un reproche pour ceux qui occupent les grandes places. Il avait, dans sa première jennesse, suivi Charles-Quint dans l'expédition de Tunis; mais il refusa les récompenses que lui offrit ce prince, ne voulant en recevoir que de son roi. Ensuite, cominandant un vaisseau dans la flotte de Norongna qui devait secourir Diu, lorsque les Turcs l'assiégérent, et qui pourtant ne le secourut pas, il avait vu, dans les lenteurs préméditées de l'amiral qui faillirent perdre Diu, ce que peut faire la basse
jalousie et l'intérêt personnel, et il avait présagé
dés lors tout les malheurs qui arrivérent bientôt aux Portugais. Nommé commandant d'Ormuzavecmille ducats d'appointemens, il accepta la pension, parce qu'ilétait pauvre, etrefusa le commandement, parce qu'il ne s'en croyait pas digne. Pour le devenir, il se livra tout entier à l'étude, et tâcha d'acquérir les connaissances mathématiques et géographiques nécessaires dans les voyages de long cours et dans les commandemens maritimes, En 1540, 1l suivit Étienne de Gama, frère du fameux Vasco, qui, voulant venger le Portugal de l'invasion des Turcs dans l'île de Diu, entra dans la mer Rouge avec le dessein d'aller brüler leur flotte à Suez. Gama fut repoussé à Suez; mais il enrichit tous ses soldats du pillage de Suiquem , l’une des places les plus importantes de la côte. Castro , qui cherchait une autre espèce de buun, fit un journal exact de la navigation de
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02 WISTOIRFE GÉNÉRALE Gama depuis Goa jusqu'à Suez; et sa relation (1), pleine d'observations nautiques sur les distances et les latitudes des ports, des caps et des îles de la mer Rouge, sur les marées, les courans, les écueils et les bancs de sable, est le monument le plus utile et le plus curieux qui ait aidé les géographes à tracer la carte de cette mer, qui depuis a été d’autant plus difficilement connue, queles vaisseaux d'Europe qui viennent par l'Océan ne vont guère plus loin que Moka.
Castro , vice-roi des Indes, demanda en mourant qu'on l’assistât de quelque partie des deniers royaux, afin qu'on ne pût pas dire qu’il était mort de faim. En effet, on trouva dans ses coffres trois réaux pour toutes richesses ; il jura, au lit de la mort, qu’il n'avait jamais touché ni aux revenus du roi, ni à l'argent d'autrui ; serment qu'après lui aucun gouverneur ne fut tenté de faire. Son corps fut porté à Lisbonne; mais ses exemple: st sa renommée n’y arrivérent que pour être un dernier monument des vertus qu'on ne devait plus revoir.
Ce fut sous le règne de Sébastien que l'Inde fit un effort général pour chasser les tyrans étrangers qui l'opprimaient. Le samorin et le roi de Cam baye attaquérent toutes les possessions du Malabar. Le
(1) Elle ne fut jamais publiée en portugais. Le manuscrit fut trouvé dans un vaisseau de cette nation pris par les Anglais. Le célèbre Walter Raleigh l’acheta six livres sterling, le fit traduire, et y mit des notes marginales. Purchass l'inséra depuis dans son recueil.
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roi d'Achem mit le siége devant Malacca. Goa soutint un siége de six mois contre Idal-Khan, celui-là même sur qui Îles Portugais l'avaient pris. L'intérêt et la vengeance l’excitaient également à se ressaisir de son bien; mais la belle défense d’Ataïde le força de lever le siège. Ce vice-roi, le dernier des héros du Portugal, ne vit pas plus tôt l'ennemi retiré, qu'il courut à Chaül combattre une armée de cent mille hommes , commandée par le roi de Cambaye. Ce prince et le samorin de Calicut furent vaincus tous les deux, et l’Inde fut pacifiée. Mais ce triomphe fut le dernier éclat d’une gloire expirante. Des ennemis plus habiles et plus opiniâtres que les Indiens, dépouillérentles déprédateurs de cesbelles contrées, et s'emparérent de leurs établissemens et de leur commerce. Les Anglais, réunis avec le grand Schah- Abas, roi de Perse, assiégèrent Ormuz en 1622, et dans lassuite le ruinèrent de fond en comble. Les Hollandais s'emparérent des Moluques et de Ceylan; ils prirent Malacca ; ils fondèrent Batavia dans l’île de Java, que les Portugais furent forcés d’abandonner ; ils s'emparèrent de Cochin, de Cananor, de Cranganor , de Coulan , sur la côte de Malabar, et de Négapatan sur celle de Coromandel. Enfin, vers le milieu du dix-septième siècle, c'est-à-dire, environ cent vingt ans aprèsles premières conquêtes des Portugais, il ne leur restait dans les Indes que Goa, et Méliapour , nommée par les Européens Saint-Thomé; et le comptoir de Macao, sur la rivière de Canton.