‹ Abrégé de l'histoire générale des voyages [microforme]Chapitre 45 sur 79 · ol · texte numérisé non relu

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à Greenwill, qui s'obstinait à mourir. Le maître

canonnier, plus opiniâtre encore, voulut se tuer d'un coup d'épée, et ce ne fut pas sans peine qu'on

» le détourna de cette résolution furieuse. Les exem- L ples de ce courage désespéré sont fréquens sur mer. | j1semble que cet élément, qui familiarise l'homme avec les dangers extrêmes et avec le mépris de la buie, et qui le remet souvent dans l’état d'égalité et

| de liberté primitive, ajuute à son caractère et à ses passions un degré d'énergie qu'il n’a pas ailleurs.

Les Anglais se hâtérent de passer sur les vaisseaux 8 I

Lespagnols, dans la crainte que, la fureur de Green-

will se réveillant tout d’un coup, il ne se trouvât

quelqu'un qui le servit trop bien en mettant le feu aux poudres. Enfin Bacan chargea quelques-uns

| de ces officiers d'aller prendre le capitaine anglais,

Qqui n’était plus en état de se transporter sans

secours. Les respects avec lesquels cet ordre fut exécuté semblérent faire quelque impression sur son cœur, Cependant, en acceptant les services de ceux

118 HISTOIRE GÉNÉRALE qui s'offrirent à le soutenir, 1l leur dit amérement qu'ils pouvaient emporter son corps, dont il ne faisait aucun cas. Les Espagnols eurent soin de nettoyer le vaisseau, qui était souillé de sang et couvert de cadavres. Cette vue fit pousser un soupir à Green. will, comme s'il eût envié le sort de ceux qui n'avaient point à supporter la fierté des vainqueurs, En sortant du vaisseau, il s’'évanouit un moment, et revenant à lui, il implora la protection du ciel, Il paraissait se défier toujours des Espagnols; mais l'accueil qu'il en recut le rassura. 1ls le comblèrent d’éloges, et tous les soins lui furent prodigués. Cependant Linschoten prétend que Bacan ne voulut jamais le voir. Croyait-il faire trop d’honneur à un prisonnier anglais ? ou bien avait-il honte d’avoir eu tant de peine à Le vaincre ?

Greenwill mourut de ses blessures. Son vaisseau, qui se nommait la Vengeance, fut radoubé par les Espagnols; mais 1l était destiné à périr. La flotte d'Espagne était demeurée sur ses ancres à Corvo, pour donner le temps à quantité d’autres vaisseau espagnols et portugais de se rassembler autour d'elle. En y comprenant les vaisseaux de l'Inde, elle se trouva à la fin composée de cent quarante bâtimens. Mais lorsqu'elle se disposait à mettre à la voile, 1 <'éleva une tempête si furieuse, que les habitans

s îles ne se souvenaient point d’en avoir vu jamais de semblable. Quoique leurs montagnes soient d'une étonnante hauteur, la mer lança ses flois jusqu'au sommet, et quantité de poissons y de

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meurérent, Ce terrible orage dura sept ou huit jours, Sans un moment d'interruption. Sur les seules côtes de Tercère, il périt douze vaisseaux. Linschoten, témoin oculaire, raconte que l'on fut occupé pendant trois semaines à pêcher les cadavres que les flots portaient continuellement vers le rivage. La Vengeance, ce glorieux vaisseau de Greenwill, fut un de ceux qui se brisèrent en mille pièces contre les rochers. 11 avait à bord soixante Espagnols et quelques prisonniers anglais

qui périrent tous. Un vieux pilote d’un bâtiment

hollandais, qui avait été arrêté dans les ports d'Espaygne pour Île service de cette cour, et qui était

à commandé par un Espagnol, après avoir opposé * tout son art à la tempête, avait été porté à la vue | de Tercère. Le capitaine espagnol , croyant äue sa | sûreté consistait à gagner la rade, le pressa d'y entrer malgré toutes ses résistances. En vain le : pilote lui représenta que c'était se perdre sans res- 1 source; On lui répondit par des menaces injurieuses. Cebon vieillard appela son fils, qui était un jeune | Lomme de vingtans : « Sauve-101, lui dit-il en l’em- | «brassant , et ne songe point à moi, dont la vie nc | mérite plus d'être conservée. » Ensuite, obéissant Lan capitaine, 1l tourna vers la rade, tandis qu'un | grand nombre d'habitans , qui borduient les côtes, | préparaient des cordes soutenues avec du liéye, | pour les présenter aux malheureux qu’ils s’'atten-

daient à voir bientôt lutter contre les flots. En

effet, le vaisseau fut lancé si rapidement sur les

rocs, quil se brisa d’un seul coup. De cent qua rante hommes, il ne s’en sauva que quatorze, entre lesquels était le fils du pilote hollandais.

Cette effroyable tourmente menaça toutes les îles Açores de leur ruine. Elle avait commencé par un tremblement de terre, dont les secousses ébranlé. rent quatre fois Tercére et Fayal avec tant de violence, qu’eiles paraissaient emportées par un tourbillon. Le tremblement se fit senur à Saint. Michel pendant quinze jours. Les insulaires , ayant abandonné leurs maisons qui tombaient à leurs -yeux, passérent tout ce temps exposés aux injures de l'air. Une ville entière, nommée Villa-Franca, fut renversée jusqu'aux fondemens, et la plupar de ses habitans furent écrasés sous ses ruines. Dans plusieurs endroits, les plaines s'élevérent en collines, et dans d’autres, quelques montagnes s’aplanirent ou changèrent de situauon. Il sortit de la terre une source d’eau vive qui coula pendan: quatre jours, et qui parut ensuite sécher ton d’un coup. L'air et la mer, également agités, retentissaient d'un bruit continuel, qu'on aurai pris pour le mugissement d’une infinité de bête: féroces. Plusieurs personnes moururent d’effroi; il n’y eut point de vaisseau dans les ports même qui ne souffrit des atteintes dangereuses, et ceux qui étaient à l'ancre ou à la voile, à vingt lieues an environs des îles, furent encore plus maltraités; il en périt deux à Saint-Georges, trois à Pico, trois à Graciosa ; les flots apportérent les débris de quantité

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d’autres bâtimens qui avaient fait naufrage en pleine mer, soit en se brisant l’un contre l'autre, soit en s'ouv'ant d'eux-mêmes, aprés avoir été fatigués long-temps par la violence des vagues. Il en périt trois de cette manière à la vue de Saint-Michel, d'où l’on entendit les cris lamentables des matelots, sans pouvoir en sauver un seul. La plupart des autres errérent long-temps sans mâts, avec des peines inexprimables; et d'une si grande flotte, il n'en arriva que trente-deux ou trente-trois dans les ports d'Espagne.

Les pertes de cette couronne, dans l'espace de ces trois années, 1589, 1590, 1591, furent innombrables. Les flottes qui faisaient voile vers les Indes et vers l'Amérique essuyèrent aussi des naufrages, et furent presque détruites. L'Espagne perdit à ceue époque fatale plus de deux cents vaisseaux, ou par la tempête, ou par le fer des ennemis.

Linschoten , dont nous avons emprunté ces détails , raconte aussi un trait remarquable de l’antipathie qui animait les Espagnols contre les Anglais. Un petit bâtiment de ces derniers avait été pr's à la vue de Tercere, et mené en triomphe dans le port de cette île; huit prisonniers anglais, gardés sur leur bord, attendaient la loi du vainqueur ; un Espagnol monte au vaisseau, et en poignarde six avec un mouvement si prompt et si furieux, qu'ils n'ont pas le temps de se reconnaître; les deux autres sont si cffrayés, qu'ils se jettent dans la mer.

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