‹ Abrégé de l'histoire générale des voyages [microforme]Chapitre 46 sur 79 · PP STE SEE DRE TT ER · texte numérisé non relu

PP STE SEE DRE TT ER

122 HISTOIRE GENERALE On saisit le meuririer, on le charge de chaînes ; son crime paraît si extraordinaire, qu'on l'envoic au roi d'Espagne, afin que ce prince juge seul du supplice qu'il mérite. Philippe second l'interrogea , mais l'Espagnol s'obstina à garder le silence; le roi voulait l'envoyer à Élisabeth, et s'en remettre à elle du châtiment d'un crime dont il ignorait la cause ; mais on l'en détourna, et quelque temps aprés, des prêtres obtinrent la grâce du criminel, En 1608, les capitaines Sharpey et Rowles parurent de Woolwich, l'un sur le vaisseau l'Æscension, l'autre sur l'Union, chargés par la cour de découvrir, dans les mers d'Afrique et dans les Indes, les lieux les plus propres à un établissement. La tempête, qui les sépara au cap de Bonne-Espcrance, ne Jeur permit pas d'achever ce projet. Sharpey alla relâcher aux îles de Comore, situées an 11° degré sud, entre Madagascar et la côte orientale d'Afrique. Il y fut trés-bien reçu des insulaires et du roi de l’île ; car les voyageurs donnent toujours le nom de rois à ces chefs de peup'ades nègres. Des couteaux, des peignes, des miroirs, des mouchoirs, tous ces petits ouvrages d'une industrie vulgaire parmi nous, et inconnue chez eux, étaient des présens agréables et magnifiques pour cessauvages ignorans. Dans toute l’Afrique, on a long-temps échangé et l'on échange même encore toutes ces bagatelles d'Europe contre la poudre d'or de la zone torride; ce qui peut servir à prouver, en passant, la supériorité de l'homme

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formé par les arts sur l'homme de la nature. Les vegres de Comore s'empressaient de donner toutes leurs provisions, tous les fruits de leur pays, pour ces menues clincailleries, dont ces peuples sont partout extraordinairement avides. Les îles de Comore sont fertiles ; les noix de cocos y sont fort belles ; 11 y en a d'aussi grosses que la tête d'un Lomme, ct l'eau qu’elles contiennent est proporionnée à leur grosseur ; une seule suflirait pour le diner du matelot le plus affamé. Les Anglais trouvérent d'ailleurs toutes sortes d’alimens en abondance ; des volailles, du poisson , des bestiaux, du riz, du lait, des limons; il n'y manque que de l'eau fraîche; elle y est si rare, que l'usage des habitans est de faire des trous dans la terre, d'où ils ürent une eau bourbeuse à laquelle les Anglais ne purent s’accoulumer ; aussi partirent-ils sans avoir renouvelé leur provision. Le besoin d’eau les engagea à débarquer, dix ou douze jours après, dans l'île de Pemba , qui appartenait aux Portugais. Les naturels du pays, portant leur main à leur gorge, leur indiquaient par ces signes que ce séjour était dangereux ; mais ils ne les entendirent pas; ils ne s'en souvinrent qu'après avoir échappé très-heureusement aux embüches des Portugais, qui forcaient les habitans de l'île à partager les trahisons que l'on préparait à tous les étrangers abordés sur Ja côte. Comme les Anglais observerent quelques precautions , 1ls ne furent pas absolument surpris; 1} ne leur en coûta que quelques hommes, Entre cette

124 HISTOIRE GÉNÉRALE rade et Mélinde, Sharpey prit trois barques ou petits bâtimens maures, qui avaient à bord environ quarante hommes; il crut en reconnaître auelquesuns pour des Portugais, à leur couleur pius pâle que celle des autres Maures. 1] leur parla de la perfidie qu'il venait d'essuyer à Pemba ; ils niérent qu'ils fussent Portugais; mais on les entendit délibérer dans leur langue; et l’on commença à concevoir quelques soupçons. Il paraît que la crainte de quelque vengeance de la part des Anglais, ou le désespoir que leur inspirait la capuiviié, les porta tous, en un moment, au complot hardi et terrible qu'ils formérent. Toutes les épées de l'équipage étaient rangées nues, dans un endroit qui ne pouvait échapper à Jeurs yeux. Le pilote anglais, ayant fait descendre dans sa chambre un des pilotes maures, pour l'entendre raisonner sur ses instrumens asuwronomiques, s’apercut de l'attention avec laquelle il observait 10"! ce qui était autour de lui, et crut reconnaître, en le quittant, qu'il avertissait ses compagnons du signal auquel ils devaient commencer leur révolte. Sur ce premier indice, Sharpey donna ordre à ses gens de veiller sur la salle d'armes ; ensuite, jugeant queles Maures pouvaient avoir des couteaux cachés, 1l voulut qu'ils fussent fouillés avec rigueur. On s’adressa d’abord au pilote, qui portait effectivement un couteau; il le prit d’une main avec une adresse qui trompa celui qui visitait ses habits; et lorsque 1 Anglais, s'en étant apercu, voulut lui saisir le bras, il passa aussi légèrement

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DES VOYAGES. 125 celte arme dans son autre main, et en perça le ventre à l'Anglais, en jetant un grand cri, qui servit de signal à tous les autres. Le combat devint alors général; mais Sharpey et plusieurs officiers, qui se trouvaient sur le pont, eurent bientôt abattu les plus furieux : les autres furent tués dans la salle d'armes où ils s'étaient précipités en foule; il en périt trente-deux ; le reste, au nombre de douze, se jeta dans les flots où quatre se noyèrent; mais les huit autres profitérent avec tant de promptitude et d'adresse du trouble qui régnait sur le vaisseau, qu'étant rentrés dans une de leurs pangayes, ils gagncrent le rivage ; enfin de cette troupe de furieux ilne resta que deux prisonniers, si terribles encore dans l'agitation de leurs esprits, qu’on fut obligé de les charger de chaînes : 1l y eut quelques Anglais de blessés.

Sharpey, ayant rencontré prés de Socotora un vaisseau guzarale qui faisait voile vers Aden , et qui

} lui vanta le commerce de cette ville, prit le parti ! de la visiter, et s'avanca vers le golfe Arabique. Les L Guzarates le trompaient. Aden n’était qu'une forte-

resse turque, défendue par -une forte garmson,

! comme étant la clef du golfe, et dont ils fermaïent L l'accès à tous les Européens. Le capitaine anglais | vit, en approchant, lechâteau qui est à l'entrée du | port, séparé de la terre, et bordé de trente pièces | de canon. Il soupconnait si peu les Guzarates, qu'il

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le port, et qu'il attendrait leurs informations. Hs

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126 HISTOIRE GÉNÉRALE averurent le gouverneur turc qu'ils étaient suivis d'un vaisseau anglais, qui avait jeté l'ancre à deux milles du port. Un oflicier de la ville fut envoyé aussitôt dans une barque, pour engager les Anglais à s'approcher sans défiance. I paraît que l'aventure de Pemba ne les avait pas rendus plus soupçonneux. Sharpey descendit au rivage avec quelques-uns de ‘ses gens, et se laissa conduire devant le gouverneur, qui, après quelques questions, l’envoya, sous la garde d’un chiaoux et de quelques janissaires, dans une maison voisine , où il fut retenu avec les siens durant plus de six semaines. Au bout de ce temps, un officier vint le prier civilement, de la part du gouverneur, d'envoyer des ordres à son vaisseau pour faire débarquer du fer, de l’étain et du drap, jusqu'à la valeur de deux cent cinquante piastres, en promettant de payer ces marchandises. Elles furent amenées au rivage; mais en y arrivant elles furent saisies par les oflicicrs de la douane, qui prétendirent qu'elles leur appartenaient pour leurs droits, 11 porta ses plaintes au gouverneur, qui l'exhorta fort doucement à ne point s'offenser des usages du port, et lui dit que, s’il n’était pas content, 1l était le maître de retourner sur son vaisseau,

Le capitaine ne demandait pas mieux; mis, comme :l se disposait à partir, on arrêta encore deux de ses gens, en lui disant que l'usage était de payer deux mille piastres pour le droit d'ancrage, et que les deux Anglais seraient gardés en toute streté, jusqu'à ce qu'on cût payé cette somme. Shar-

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