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158 HISTOIRE GÉNÉRALE vin, et plus abondamment que dans l’île même de Candie : le transportet la navigation ne font qu'auy. menter sa bonté. Dampier parle aussi du Verdona, ou du vin vert. Il est plus fort et plus rude que le Canarie; mais 1l s'adoucit aux Indes occidentales, où il est fort estimé.
Ilne manque rien aux richesses de Ténérifle, s'il est vrai, comme le capitaine Roberts nous l’assure, qu'il y ait une mine d'or à la pointe de Négos.
Les vignes qui produisent l’excellent vin de Tcnérifle croissent toutes sur la côte, à la distance d’un mille de la mer. Celles qui sont plus loin dans les terres sont beaucoup moins estimées, et ne réussissent pas mieux quand on les transplante dans les autres îles.
Dans quelques endroits de l'île de Ténérifle , 1l croit une sorte d'arbrisseau nommé legnan, que les Anglais achètent comme un hois aromatique. On y trouve des abricotiers, des pêchers et des poiricrs qui portent deux fois l'an, et des citrons qui en contiennent un petit dans leur centre, ce qui leur a fait donner le nom de pregnada. Ténériffe produit du coton et des coloqnintes. Les rosiers y fleurissent à Noël, Il n’y manque rien aux roses, pour la vivacité du coloris, ni pour la grandeur; mais les tulipes n’y croissent point. Les rochers y sont couverts de crête marine. Il croît sur les bords de la mer une autre herbe à feuilles larges, si forte, et même si venimeuse, qu’elle fait mourir les chevaux. Cependant elle n’est pas si pernicieuse anx autres atil-
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DES VOYAGES. 199 maux. On a vu jusqu'à quatre-vingts épis de froment sortir d'une seule tige; il est anssi jaune et presque aussi transparent que Pambre. Dans les bonnes années, un boïsseau de semence en a rendu jusqu'à cent.
Les serins des Canaries qu’on apporte en Europe sont nés dans les barancos, ou les sillons que l'eau forme en descendant des montagnes. L'île T'énérifle est aussi fort abondante en caïlles eten perdrix, qui sont d’une grande beauté, et beauconp plus grosses qu'en Europe. Les pigeons ramiers, lestourterelles, les corheaunx et les faucons y viennent des côtes de Barbarie. Il y a peu de montagnes où l'on ne découvre des essaims d'abeilles. Les chèvres sauvages grimpent quelquefois jusqu'au sommet du pic. Les pores et les lapins ne sont pas moins communs dans l'ile. A l'égard du poisson , il y est généralement de meilleur goût qu'en Angleterre. Les homards n'y ont pas les pates si grandes. Le clacas, qui est sans contredit le meilleur coquillage de l'univers, croît dans les rocs, où il s’en trouve souvent cinq ou six sous une grande écaille. On estime aussi une sorte d'animal qui a six ou sept queues, longues d’une aune, Jontes à un corps et à une tête de même longueur. Les tortues y sont excellentes ; les cabridos sont une espèce de poisson qui l'emporte sur nos truitcs.
Les principaux vignobles sont ceux de Buena- Vista, Dante, Orotava, Figueste, et surtout celui de Ramble, qui produit le meilleur vin de l'île.
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Pour les fruits, il n’y a pas de pays qui fournisse de meilleures espèces de melons, de grenades, de citrons, de figues, d'oranges, d'amandes et de dattes. La soie, le miel, et par conséquent la cire, y sont de la même excellence ; et si ces trois sources de richesses y étaient cultivées avec plus de soin, elles surpasseraient celles de Florence et de Naples.
Le côté du nord est rempli de bois et d'excellente eau. On y voit croître le cèdre, le cyprès, l'olivier sauvage, le mastix, le savinier, avec des palmiers et des pins d'une hauteur admirable. Entre Orotava et Garachico, on trouve une forêt entière de pins, qui parfume l'air des plus délicieuses odeurs. L'île n'a pas de canton qui n’en produise; c’est le bois dont se font les tonneaux et tous les autres ustensiles. Outre le pin droit, on en voit un autre qui croît en s’élargissant comme le chêne. Les habitans le nomment l'arbre immortel, parce qu'il ne se corrompt jamais, ni dans l’eau n1 sous terre. Il est presque aussi rouge que le bois du Brésil , auquel il ne le cède pas non plus en dureté ; mais il n’est pas si onctueux que le pin droit. Il s’en trouve de si gros, que les Espagnols ne font pas difficulté d'assurer fort sérieusement que toute la charpente de l’église de los Romedios à Laguna est composée d’un seul de ces arbres.
Mais l'arbre qu’on appelle dragonnier surpasse tous les autres par ses propriétés. Il a le tronc fort gros; 1l s'élève fort haut; son écorce ressemble aux
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DES VOYAGES. 161 écailles d'un dragon ou d'un serpent, et c'est de là sans doute qu’il tire son nom. Ses branches, qui sortent toutes du somme, sont jointes deux à deux comme les mandragores. Elles sont rondes, douces etunies comme le bras d’un homme, et les feuilles sortent comme entre les doigts. La substance du tronc sous l'écorg n’est pas un véritable bois; c'est une matière spongieuse, qui sert fort bien, quand elle est sèche, à faire des ruches d’abeilles. Vers la pleine lune, il en sort une gomme claire et ver-
| meille, qui s'appelle sangrè de draco, ou sang de
dragon. Elle est beaucoup meilleure et plus astringente que celle de Goa et des Indes orientales, que les Juifs altérent ordinairement de quatre à un.
Tout ce que nous avons dit de Ténérifle ne doit sentendre que de la partie de l’île qui est habitée ; ar le reste n’est composé que de rochers et de bois impraticables. Nous parlerons séparément du pic qui rend cette île si fameuse.
Goméra est située à l'ouest de Ténérifle, à six lieues de distance: elle n’en a pas plus de six de longueur. On lui donne le titre de comté; mais dans les différends civils, les vassaux du comte de Goméra ont le droit d'appel aux juges royaux, qui font leur résidence dans l’île de Canarie. La capitale de l'île porte le même nom. C’est une fort bonne ville avec un excellent port, où les flottes des Indes arrêtent volontiers pour y prendre des rafraîchissemens. L'ile fournit à ses habitans leur provision le grains et de fruits. Elle n’a qu'un inganio,