‹ Abrégé de l'histoire générale des voyages [microforme]Chapitre 55 sur 79 · RE = + · texte numérisé non relu

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102 HISTOIRE CÉNÉRALE

c'est-à-dire, une manufacture de sucre ; mais elle

produit des vignes en abondance. A Palma est à plus de douze lieues de Goméra , an bouts nord-ouest. Sa forme est ronde. Elle n’a pas moins eee de neuf lieues de longueur et vingt-cinq lieues de hs circuit. On vante beaucoup l'abondance de ses vins Ps A et dé son sucre. Sa capitale, qui se nomme Palna, es fait un grand commerce de vin aux Indes occiden- nférie tales et dans les autres pays. Elle est ornée d’une te très-belle église. L'administration des affaires ct arr 5 de la justice est entre les mains d’un gouverneur die et d’un conseil d'échevins. L'île n’a qu’une autre ee. ville, nommé Saint-André, assez jolie, maïs fort pour sul petite. Elle a quatre inganios, où l’on fait d’ex. Mid cellent sucre. Le terroir produit peu de blé ; dans hé leurs besoins, les habitans ont recours à l’île de lyaus d Ténériffe. ea réservoi

île d’Hierro ou Hero, que nous appelons l'ile de Fer, est à seize lieues au sud de Palma. Son circuit est d'environ six lieues. Elle appartient :ù comte de Goméra. On y recueille peu de grains. Ses principales productions sont l'orseille, le figues et l’eau-de-vie. Les bestiaux y sont abondans, leur chair est du meilleur goût. Les forts renferment des cerfs et des chevreuils. Quelques voyigeurs ont raconté qu'elle n’a pas d'autre eau douce que celle qu’on y recueille à Ja faveur d’un gran arbre qui se trouve au milieu de l’île, et qui et sans cesse couvert de nuécs. L'eau, qui distille sur les feuilles, tombe continuellement dans deu

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ses VIS D ou sept aunes de hauteur; les feuilles rudes, de la > Palma, D buleur des feuilles de saule, mais blanches au côté occiden- D ;:férieur; qu'il ne porte ni fleurs ni fruits ; qu’il est ée d'une D tué sur le revers d’une colline; que, pendant le ffaires et jour, il paraît flétri, et qu'il ne rend de l'eau que uverneut D pendant la nuit, lorsque la nue qui le couvre une autt D commence à s’épaissir ; enfin, qu'il en donne assez mais fort pour suflire à toute l’île, c’est-à-dire , suivant le fait d'ex D icit de Jackson , à huit mille âmes et à cent mille blé ; dans D hestiaux. 11 ajoute que l’eau est conduite par des s à l'île dE yaux de plomb du pied de l'arbre dans un grand réservoir, qui ne contient pas moins de vingt mille pelons ile Eonneaux , environné d’un mur de brique , et pavé alma. S01 EE pierre; que de là on la transporte dans des barils ppartient D divers endroits de l'île où l’on a pratiqué d’autres de gra Etrnes, et que le grand bassin est rempli toutes rseille, 16 nuits.

tabondans D Divers écrivains ont traité de fable ridicule l’hisprêts renfer- Boire de cet arbre .merveilleux. Ce Jugement sera elui de tout homme sensé, en lisant le récit de onteurs tels que Jackson ; mais cherchons à décourir la vérité sur l'arbre miraculeux.

Le Maire prétend que cet arbre n’est point si erveillenx ; qu'il y en a plusieurs qui donnent t dans dei de l'eau, mais en moindre quantité.

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164 HISTOIRE GÉNÉRALE niers de Bethencour

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Bontier et Le Verrier ; aumôÔ qui fit la conquête des Canaries ; O de la découverte de ces îles. Ces auteurs, qui sent en général dignes de foi, parlent de plusieurs arbres situés dans la partie la plus élevée du paÿs; et desquels dégoutte une eau claire qui tombe dans des fosses creusées exprès: Ils ajoutent qu'elle est

excellente à boire. Dans un autre endroit , ils citent Je milieu de l’île, qui est très-haut , comme couvert d’une immense forêt de pins. L'état de chose a pu changer depuis le temps de ces deux écrivains mais ce qu'ils racontent explique parfaitement k

merveilleux. | «Un autre témoignage Va fixer le degré de croyance que l’on doit accorder à Yhistoire du singulier arbre de V'ile de Fer. Abreu Galindo, dans son rit des Canaries, conservé dans les dit qu'il voulut voir par lui-même ji s'embarqua donctt e à un lieu nommé 7 igulahe, qui à l'extrémité rocher , Se trouvait l'arbri Garoë. Il ajout

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des petites amandes que contiennent les pommes de ‘:n. Il ne perd jamais sa feuille, c'est-à-dire qu :a vieille ne tombe que quand la jeune est formée , et cette feuille est comme celle du laurier, dure et luisante, mais plus grande, courbée, et assez large. Il y a tout autour de l’arbre une grande ronce qui entoure aussi plusieurs de ses rameaux , et aux environs sont quelques hêtres , des broussailles et des buissons.

« Du côté du nord sont deux grands piliers de vingt pieds carrés, et creusés de vingt palmes de profondeur, faits de pierre, et divisés pour que l’eau

tombe dans l’un et se conserve dans l’autre, etc.

1 arrive généralement tous les jours, surtout le matin, qu'il s'élève de la mer, non loin de la vallée, des vapeurs et des nuages; ils sont portés par le

| vent d'est, qui est le plus fréquent dans cetendroit,

contre les rochers qui les retiennent. Ces vapeurs samoncélent sur l'arbre qui les absorbe, et coulent en eau goutte à goutte sur ses feuilles polies. La grande ronce, les arbustes et les buissons qui sont autour , distillent de la même manière. Plusle vent dest règne, plus la récolte d'eau est abondante. On ramasse alors plus de vingt flacons d’eau. Un homme qui garde l'arbre, et qui pour cela est salarié, la distribue aux voisins, etc.

« Il en est donc de l’arbre de l'île de Fer comme de beauconp d'autres phénomènes physiques qui, exagérés et revêtus de circonstances invraisemblables, ont dû passer pour des contes, mais qui,

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réduits à leur juste valeur, deviennent des choses toutes simples. Le Garoë a pu exister. Nous voyons tous les jours dans nos jardins , après un brouillard épais, les arbres qui ont les feuilles dures et polies, tels que les orangers, les lauriers-roses, les lauriers-cerises, tout couverts d’eau. Supposons dans un pays chaud un lieu où les brouillards s'amoncelent sans cesse, les végétaux qui y croîtront en feront autant que nos lauriers-cérises. Sans leurs secours, l’eau des nuages, absorbée par la terre, ne sera d'aucune utilité pour le pays, et retournera à l'océan par des issues cachées. On pouvait donc renouveler l'arbre saint qui était très-vieux, lorsqu’un ouragan le déracina en 1625. Il fut dress un procès-verbal de ce malheur ; et les notables du pays s'étant assemblés, firent jeter les femulles du Garoë au lieu où tombait auparavant son eau.

« La descripuon de l'arbre saint, donnée par Galindo , convient parfaitement au laurus indica , bel arbre qui croît naturellement sur le sommet des montagnes de toutes les Canaries. » (1)

Lancerolta est à quarante-huit lieues de la grande Canarie, vers le nord-est ; sa longueur est de done lieues: Ses seules richesses sont Ja chair de chèvre et l'orseille. Elle a le titre de comté. Elle envoie chaque semaine à Canarie, à Ténériffe et à Palma, des barques chargées de chair de chèvre séchée,

(1) Essai sur les iles Fortunées , par M. Bory Saint-Vincent, P. 220, etc.

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DES VOYAGES. 107 qui s'appelle tussinetta, et dont on se sert dans ces îles au lieu de lard.

Une chaîne de mortagnes, qui la divise, sert d'asile à quelques bêtes sauvages, qui n’empêchent pas les chèvres et les moutons d'y paître tranquillement; mais 1l y a peu de bêtes à cornes, et moins encore de chevaux. Les vallées sont sèches et sablonneuses ; elles ne laissent pas de produire de l'orge et du froment médiocre. Du côté du nord, à k distance d’une lieue, elle a une autre petite île qui se nomme Gratiosa. Les plus grands vaisseaux passent sans danger dans l'intervalle.

On ne croit Fuerte-Ventura éloignée que de cinquante lieues du promontoire de Guer en Afrique, et de dix-huit à l’est de la grande Cansrie. On lui donne vingt-trois lieues de long sur six de iarge; elle appartient au seigneur de Lancerotta. Ses producuions sont, le froment, l'orge, les chèvres et l'orseille ; elle ne produit pas plus de vin que Lancerotta.

Dapper dit que Fuerte-Ventura a trois villes sur les côtes : Lanagla, Tarafalo et Pozzo-Negro. Du côté du nord, elle a le port de Chabras et un autre à l'ouest, dont on vante la bonté, Entre cette île et celle de Lancerotta, les plus nombreuses flottes peuvent trouver une retraite sûre et commode ; mais là côte est dangereuse au nord-est, et la mer y bat continuellement contre une multitude de rocs.

Il manque tant de circonstances aux anciennes descriptions du pic de Ténérifle, qu'il doit être

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agréable au lecteur de les trouver ici rassemblées dans un nouvel article, d'aprés les relations des voyageurs modernes. (1)

La fameuse montagne de Teyde, qu'on nomme communément le pic de Ténériffe , cause une égale admiration de près ou dans l'éloignement. Elle étend sa base jusqu'à Garachico, d’où l’on compte deux journées et demie de chemin jusqu'au sommet, Quoiqu’elle paraisse se terminer en pointe fort aiguë , comme un pain de sucre, avec lequel elle a d’ailleurs beaucoup de ressemblance , elle est plate néanmoins à l'extrémité, dans l'étendue de plus d’un arpent. Le centre de cet espace est un gouffre. On y peut monter pendant un mille sur des mules ou sur des ânes ; mais il faut continuer le voyage à pied avec de grandes difficultés. Chacun est obligé de porter ses provisions de vivres.

Toute la partie d’en haut est ouverte et stérile, sans aucune apparence d'arbre et de buisson. Il en sort du côté du sud plusieurs ruisseaux de soufre qui descendent dans la région de la neige : aus paraît-elle entremélée, dans plusieurs endroits, de veines de soufre. Si l’on jette une pierre dans le gouffre, elle y retentit comme un vaisseau creux de cuivre contre lequel on frapperait avec un marteau d’une prodigieuse grosseur ; aussi les Espagnols ln ont-ils donné le nom de chaudron du diable, Mas les naturels de l’île étaient persuadés sérieusement

(1) Ceci est écrit en 1780,

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DES VOYAGES. 169 que c'est l'enfer, et que les âmes des méchans y faisaient leur séjour, pour être tourmentées sans cesse ; tandis que celles des bons habitaient l’agréable vallée où l’on a bâu la ville de Laguna : en effet, le monde entier n’a pas de canton où la température de l'air soit plus donce, ni de perspective plus riante que celle qu'on a du centre de cette plaine.

En 1652, des marchands anglais vonlurent visiter le pic; ils partirent d'Orotava, ville située à une demi-lieue de la côte septentrionale de l’île de Ténériffe. Leur marche ayant commencé à minuit, ils arrivèrent à huit heures du matin au pied de la montagne, où ils s'arrétérent sous un grand pin, pour s’y rafraîchir jusqu’à deux heures après midi ; ensuite continuant Jeur chemin au travers de plusieurs montagnes sablonneuses et stériles, sans y trouver un seul arbre, ils eurent beaucoup à souffrir de la chaleur jusqu’au pied du pic, où ils ne trouvèrent pour abri que de gros rochers, qui semblaient y être tombés de quelque partie de la montagne.

À six heures du soir , 1ls commencérent à monter le pic; mais, après avoir marché l’espace d'un mille, ils trouvérent le chemin si difficile pour les chevaux, qu'ils prire::t le parti de les laisser derricre eux avec leurs domestiques. Pendant ce premier mille, quelques-uns des voyageurs ressentirent des faiblesses et des maux de cœur. D'autres furent tourmentés par des vomissemens et des tranchées ; mais ce qui parut encore plus surprenant, le crin

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des chevaux se dressa. Ayant demandé du vin, qu'on portait dans de petits barils, ils le trouvèrent si froid, qu'ils n’en purent boire sans l'avoir fait chauffer : cependant l'air était calme et modéré ; mais, vers le coucher du soleil, le vent devint si violent et si froid, qu’étant forcés de s'arrêter sous les rocs, ils y allumérent de grands feux pendant toute Ja nuit.

Ils recommencérent à monter vers quatre heures du matin, Aprés avoir fait l'espace d’un mille, un des voyageurs se trouva si mal, qu'il fut obligé de retourner sur ses pas. Là commencent les rochers noirs. Le reste de la compagnie continua sa marche Jusqu'au pain de sucre, c’est-à-dire à l'endroit où Je pic commence à prendre cette forme. La plus grande difficulté qu'ils y eurent à combattre, fut le sable blanc, contre lequel néanmoinsils s'étaient munis, en prenant avec eux des souliers dont la semelle était plus large d’un doigt que le cuir supéricur : ils gagnèrent avec beaucoup de peine le dessus des rochers noirs, qui est plat comme un pavé. Comme il ne leur restait plus qu'un mille jusqu'au sommet, ils sentirent redoubler leur courage ; et, sans être tentés de se reposer, ils gagnérent enfin la cime. Leur crainte avait été d'y trouver Ja fumée aussi épaisse qu’elle leur avait paru d’enbas ; mais ils n’y sentirent que des exhalaisons assez chaudes, dont l'odeur était celle du soufre.

Dans la de: nière partie de leur marche, ils ne s'élaient aperçus d'aucune altération dans l’air, etle

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DES VOYAGES. 171 vent n'avait pas été fort impétueux ; mais ils le trouvèrent si violent au sommet, qu'ayant voulu commencer par boire à la santé du roi, et faire une décharge de leurs fusils, à peine pouvaient-ils se soutenir. Ils avaient besoin de réparer leurs forces, que la fatigue avait épuisées. Leur surprise augmenta beaucoup, lorsque ayant voulu goûter de l'eau-de-vie, ils la trouvèrent sans force ; le vin, au contraire, leur parut plus vif et plus spiritueux qu'auparavant.

Le sommet du pic sur lequel ils étaient sert comme de bord au fameux gouflre que les Espagnols appellent Caldera. Ils jugérent que l'ouverture peul avoir une portée de mousquet de diametre, et qu'elle s'étend vers le fond l’espace d'environ deux cent quarante pieds. Sa forme est celle d'un entonnoir ; ses bords sont couverts de petites ricrres tendres, mélées de soufre et de sable, qui sont si dangereuses, que l'un des voyageurs, ayant tenté de remuer une pierre assez grosse, faillit d’être sufloqué. Les pierres même sont si chaudes, qu'on ne peut y toucher sans précaution. Personne n’osa descendre plus de douze ou quinze pieds, parce que, le terrain s’enfonçant sous les pieds, on fat arrêté par la crainte de ne pouvoir remonter facilement; mais on prétend que des voyageurs plus hardis en ont couru les risques, et qu'étant parvenus jusqu'au fond, ils n’y ont rien trouvé de plus remarquable qu'une espèce de soufre clair, qui paraît comme du sel sur les pierres.

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Du baut de cette célèbre montagne, les marchands anglais découvrirent la grande Canarie, qui est à douze lieues; l'île de Palme, éloignée de vingt; celle de Goméra, qui n’en est qu'à six lieues, et celle de Fer, à plus de vingt-cinq; mais leur vue s'étendait à l'infini sur la surface de l'Océan , et l’on en doit juger par une simple remarque : c'est que Ja distance de Ténériffe à Goméra ne paraissait pas plus grande que la largeur de la Tamise à Londres,

Aussitôt que le soleil parut à l'horizon, l'ombre du pic parut couvrir non-seulement l'îledeTénérifle et celle de Gounéra , mais toute la mer, aussi loin que les yéux pouvaient s'étendre; et la pointe du mont semblait tourner distinctement, et se peindre en noir dans les airs. Lorsque le soleil eut acquis un peu d'élévation , les nuées se farmérent si vite, qu'elles firent perdre tout d’un coup aux marchands la vue de la mer, et celle même de l'île de Ténérifle, a la réserve de quelques pointes de montagnes voisines qui semblaient percer au travers. Nos observateurs ne purent savoir si ces nuées s'élèvent quelquefois au-dessus du pic même; mais, quand on est au-dessous, on s'imaginerait qu'elles sont suspendues sur la pointe, ou plutôt qu'elles l'enve- Joppent ; et cette apparence est constante pendant les vents de nord-ouest : c'est ce que les habitans appellent le Cap. Ils le regardent comme le pronostic certain de quelque tempête.

Un des mêmes marchands, qui recommenc: le voyage deux ans après, arriva au sommet du pic

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DES VOYAGES. 175 avant le jour. S’étant mis à couvert sous un roc, pour se garantir de la fraîcheur de l'air, il s’aperçut bientôt que ses habits étaient fort humides; il jeta les yeux antour de lui, et sa surprise fut extrême de voir quantité de gouttes d’eau couler le long des rocs. Il remarqua aussi que du sommet des autres montagnes il s'écoule continuellement de petites veines d’eau qui se rassemblent, ou qui se dispersent, suivant la facilité qu'elles trouvent à leur passage.

Après avoir passé quelque temps au sommet du pic, les Anglais descendiréht par une route sablonneuse jusqu’au bas de ce qu’on appelle le pain de sucre ; et comme elle est si roide , qu'on la croirait perpendiculaire , ils en furent bientôt dégagés. En jetant les yeux dans cet endroit, ils découvrirent une grotte qui leur causa de l'admiration; sa forme est celle d’un four dont l'ouverture serait au sommet. Ils eurent la curiosité d'y descendre avec des cordes, dont ils firent tenir le bout par leurs domestiques. La profondeur de cette grotte est de trente pieds, et sa largeur de quarante-cinq. En descendant, ils furent obligés de s'arrêter sur un tas de neige fort dure, pour éviter un trou rempli d’eau, qui a l'apparence d'un puits, et qui est directement au - dessous de l'ouverture la grotte. 11 à six brasses de profondeur, sans que les Anglais pussent juger si c'est une source d’eau vive, ou l’assemblage de la neige fondue, ou la distillation des rochers. De tous les côtés de la grotte, on voit

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17, HISTOIRE GENÉRALE

des glaçons suspendus, qui descendent jusqu'au tas de neige dont le fond est rempli ; mais nos voyageurs , bientôt incommodés de l'excès du froid, quittèrent ce lieu pour continuer de descendre. Ils arrivérent à Orotava vers cinq heures du soir, le visage si rouge ct si cuisant, que, pour se rafraîchir, ils furent obligés de se faire laver long-temps la tête avec des blancs d'œufs.

Joignons à cette relation celle d’un Anglais fort instruit, nommé M. Edens, plus curieuse et plus détaillée que la première.

Le mardi 13 août 1715, à dix heures et demie du soir, Edens, accompagné de quatre Anglais et d'un Hollandais , avec des domestiques et des chevaux pour le transport de leurs provisions, partit du port d'Orotava : leur guide était le même qui avait servi depuis plusieurs années à tous les étrangers qui avaient fait ce voyage.

Is arrivèrent avant minuit à la ville d'Orotava:; et, suivant les instructions du guide, ils y prirent des bâtons d’une forme commode pour faciliter leur marche,

Le jour suivant, à une heure du matin, ils s'avancérent jusqu'au pied d’une montagne fort roide, à un mille et demi de la ville; et, commençant à voir autour d'eux, à la faveur de la lune qui était fort claire, 1is découvrirent le pic, environné d'une nuée blanche qui le couvrait comme un chapean. De là, suivant le pied de la montagne, us gagnérent une plaine que les Espagnols ont

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nommée Dornajito en el monte Verte; c'est-à-dire petit trou dans la montagne Verte : ce nom lui vient, comme l’auteur le suppose , d'un trou trèsprofond qu'on trouve un peu plus loin sur la droite, dans lequel tombe une ean pure et fraîche qui descend des montagnes. Après avoir marché par des chemins tantôt rudes, tantôt fort aisés, ils arrive rent à trois heures près d’une petite croix de bois, que les Espagnols appellent la Cruz de la Solera , d'où ils aperçurent le pic devant eux ; mais, quoique depuis la ville ils eussent monté presque continuellement par divers détours, il ne leur parut pas moins élevé, et les nuées blanches en couvraient encore la pointe.

Un demi-mille plus loin , ils se trouvérent sur le dos de la montagne, fort rude et fort escarpée, qui se nomme Caravalla, nom qui lui vient d’un grand pin que leur guide les pria d'observer : cet arbre jette en eflet une grande branche, qui, par la mamère dont elle s’avance au-delà des autres, a l'air d'un mât, tandis que les autres forment une toufie qui ressemble à la partie d'avant d’une caravelle ; on trouve d’ailleurs, des deux côtés, un grand nombre d'autres pins. Entre ces arbres, ils virent plusieurs ruisseaux de soufre enflammé qui descendaient de la montagne en serpentant , et de petits tourbillons de fumée qui s’élevaient des lieux où le soufre avait commencé à s'enflammer. Ils eurent le même spectacle la nuit suivante, lorsqu'ils se retirérent sons les rocs pour s’ÿ reposer ; mais ils ne purent décon-

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vrir d’où venait l'inflammation, nice que devenaient ensuite les ruisseaux ardens.

Vers cinq heures du soir, ils arrivèrent au sommet de la montagne, où ils u'ouvérent un fort gros arbre, que les Espagnols appellent el Pino de la Merienda , c’est-à-dire l'arbre de la Collation. Le feu que différens voyageurs ont fait au pied en à découvert le tronc, et fait couler beaucoup de térébenthine. Nos Anglais en allumeérent un grand à peu de distance, et s’arrêtèrent pour se rafraîchir. Ils aperçurent quantité de lapins, qui ont peuplé ces lieux déserts et sablonneux. Depuis cetendroit, quoique assez près du pain de sucre, on est fort incommodé par l'abondance du sable.

Ils se remirent en marche vers six heures, et trois quarts d'heure après, ils arrivèrent à Portillo, c'est-à-dire à l'ouverture de plusieurs grands rocs, d’où ils recommencérent à découvrir le pic, qui ne leur paraissait plus qu’à deux milles et demi d'eux. Leur guide les assura qu’ils étaient à la même distance du port. Mais le pic ne cessait pas de leur paraître enveloppé de nuées blanches. À sept heures et demie, ils arrivèrent à Las Faldas, c'est-àdire aux avenues du pic, d’où jusqu'à la Stancha, qui n'est qu'à an quart de mille du pain de sucre, ils eurent à marcher sur de petites pierres si mobiles, que les chevaux y enfoncaient jusqu’au-dessus du pied. La couche en devait être fort épaisse, puisque Edens y fit un grand trou sans en pouvoir trouver le fond.

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À mesure qu'on s'approche du pain de sucre , on soit quantité de grands rocs dispersés, qui, Va le récit du guide, ont été précipités du sommet par d'anciens volcans. Il s'en trouve aussi des tas qui a plus de soixante toises de longueur, et Edens observe que plus ils sont loin du pied du pic, plus ils ressemblent à la pierre commune des . s MAIS ceux qui sont moins éloignés paraissent is noirs el plus solides. Il y en a même qui ont la couleur démon > avec une sorte de brillant, qui fait juger qu'ils n’ont point été altérés par le feu, au lieu ae la plu part des autres ürent beaucoup sur le charbon de forge j ce qui ne laisse pas douter que, de quelque leu qu’ils viennent, ils n'aient souffert les impressons d’une ardente chaleur. ,

À neuf heures, les voyageurs arrivèrent à la Sncha, un quart de mille au-dessus du pied du pie, au côté de l’est. Ils y trouvèrent trois ou quatre

ands rocs durs 1 1 S’ Le et noirs, qui s’avancent assez pour

mettre plusieurs personnes à couvert. Ils placèrent leurs chevaux dans ce lieu, et cherchant pour euxmêmes une retraite commode, 1ls commencèrent par se livrer tranquillement au sommeil. Ensuite leurs gens préparaient diverses sortes de viandes qu'ils avaient apportées. Comme leur dessein était e se reposer pendant tout le jour, Edens profita du temps pour observer mille objets qui le frap-

buent d'admiration. A l’est du pic, on voit, à , » ©

qatre ou cinq milles de distance, plusieurs moner agnes qui s'appellent Malpesses ; et plus loin, au ?

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178 HISTOIRE GÉNÉRALE sud , celle qui porte le nom de montagne de Rijada, Tous ces monts. étaient autrefois des volcans, comme Edens ne croit pas qu'on en puisse douter à la vue des rocs noirs et des pierres brülées qui s'y trouvent, et qui ressemblent à tout ce qu'on rencontre aux environs du pic. Si l’on s'en rapporte aux réflexions d'Edens, rien n'est comparable à cet amas confus de débris entasés les uns sur les autres, qui peuvent passer pour une des plus gran. des merveilles de l'univers. Après avoir dîné avec beaucoup d'appéut, les voyageurs voulurent recommencer à dormir ; mais étant reposés de la faugue qui les avait forcés d'abord an sommeil, ik

ne purent fermer les yeux dans un endroit si peu

commode; et leur unique ressource fut de jouer aux cartes pendant le reste de l'après-midi. Vers les six heures du soir, ils découvrirent la. grande Canarie, qu'ils avaient à l’est un quart sud,

La faim redevint si pressante, qu'on fit un second repas avant neuf heures. Chacun se promit ensuite de pouvoir dormir sous le rocher. On se fit des lits avec les habits, et l’on choisit des pierres pour oreil. lers, Mais il fut impossible de goûter un momentde repos. Le froid tourmentait ceux qui s'étaient éloignés du feu. La fumée n'était pas moins incommode à ceux qui s'en approchaient, D’autres étaient perstcutés par les mouches, avec un extrême étonnement d’en trouver un si grand nombre dans un lieu où l'ar est si rude et si percant pendant la nuit. Edens s'imagine qu'elles y sont aitirées par les chèvres, qui grim-

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DES VOYAGES. 179 pent quelquefois sur ces rocs ; d'autant plus que, dans une caverne fort proche du sommet de la montagne, il tronva une chèvre morte. Elle n'avait pu monter si haut sans beaucoup dé peine; et s'étant sans doute échauffée dans sa marche, le froid l'avait saisie jusqu’à lui causer la mort, à moins qu’on ne veuille supposer qu’elle était morte de faim, ou peut-être de quelque vapeur sulfureuse qui l'avait ouffée; ce qui paraît le plus probable, parce qu'Edens ajoute qu'elle s'était séchée jusqu'à tomber presque en poudre. Enfin, le guide ayant averti qu'il était temps de partir, on se remit en marche \ une heure après minuit. Comme le chemin ne permettait pas de mener les chevaux , on laissa dans lemême lieu quelques hommes pour les garder.

Entre la Stancha et le sommei du pic, on rencontre deux montagnes fort hautes, chacune d’un demi-mille de marche. La première ést parsémée de

Lpeuts cailloux, sur lesquels il est aisé de glisser ;

l'autre n’est qu'un amas monstrueux de grosses pierres, qui ne tiennent à la terre que par leur poids, ct qui sont mêlées avec beaucoup de confusion. Après sèrereposés plusieurs fois, lesvoyageurs arrivèrent au sommet de la première montagne, où ils prirent quelques rafraîchissemens; ensuite ils commencèrent à monter la seconde, qui est plus haute que la première, mais plus sûre pour la marche, parce que la grosseur des pierres les rend plus fermes. ils n'en essuyérent pas moins de fatigne pendant

une grosse demi-heure, après laquelle ils décou-

vrirent le pain de sucre, qui leur avait eté caché par l’interposition des deux montagnes.

Au sommet de la seconde, ils trouvérent le che. min assez uni, dans l’espace d’un quart de mille, jusqu'au pied du pain de sucre, où, regardant leurs montres, ils furentsurpris qu’il füt déjà trois heures, La nuit était fort claire, et la lune se faisait voir avec beaucoup d'éclat; mais ils voyaient sur la mer des tas de nuées, qui paraissaient au-dessous d’eux comme une vallée extrêmement profonde. Il avaient le vent assez frais au sud-est quart sud, où il demeura continuellement pendant tout le voyage. Pendant une demi-heure qu'ils furent assis au pied

du pain de sucre, ils virent sortir en plusieurs en- |

droits une vapeur semblable à la fumée, qui, s’éle. vant en petits nuages, disparaissait bientôt, et faisait place à d'autres petits tourbillons qui suivaient les premiers. À trois heures et demie, ils se remirent à monter dans la plus pénible partie du voyage. Édens et quelques autres, ne ménageant pas leur marche, parvinrent au sommet dans l’espace d’un quart d'heure, tandis que le guide et le reste deh compagnie n’y arrivérent qu'à quatre heures.

Le sommet du pic estun ovale, dont le plus long diamètre s'étend du nord-nord-ouest au sud-est: autant qu'Édens en put juger, il n’a pas moins de cent quarante toises de longueur sur environ cent dix de largeur. Il renferme dans ce circuit un grand gouflre, qu'on a nommé Caldera, c'est-à-dire là chaudière, dont la partie la plus profonde est au

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