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sud. Il est assez escarpé sur tous ses bords, ct, dans quelques endroits , il ne l'est pas moins que la descente du pain de sucre. Toute la compagnie descendit jusqu’au fond , où elle trouva, vers quarante sises de profondeur, des pierres si grosses, que plusieurs surpassaient la hauteur d’un home; la terre, dans l'intérieur de la chaudière, peut se pétrir comme une sorte de pâte; et si on l’allonge dans la forme d’une chandelle, on est surpris de la voir brûler comme du soufre. Au dedans et au
à dehors, on trouve quantité d’endroits brülans, et brsqu'on y lève une pierre, on y voit du soufre attaché. Au-dessus des trous d’où l’on voit sortir de h fumée , la chaleur est si ardente, qu'il est impossble d'y tenir long-temps la main. La grotte où
LÉdens trouva une chèvre morte est au nord-est, dans l'enceinte du sommet. Le guide l’assura qu'il sy distillait souvent du véritable esprit de soufre (acide sulfurique) ; mais ce phénomène ne parut point dans le peu de temps que les Anglais y passtrent.
Édens observe que c’est une erreur de s’imaginer, avec les auteurs de quelques relations, que la respration soit difficile au sommet du pic; il rend témoignage qu’il n’y respira pas moins qu'au pied ; il n'y mangea pas non plus avec moins d’appétit. Avant le lever du soleil, il trouva l’air aussi froid qu'il l'eut jamais ressenti en Angleterre dans les plus rudes hivers. À peine put-il demeurer sans ses gants. I ‘omba une rosée si abondante, que tout lemonde
182 HISTOIRE GÉNÉRALT
eut ses habits mouillés. Cependant le ciel ne cess point d’être fort serein. Un peu après que le soleil fat levé, ils virent sur la mer l'ombre du pic, qui s'étendait jusqu’à l'île de Goméra, et celle du som. met leur paraissait imprimée dans le ciel comme un autre pain de sucre. Mais les nuées étant asse épaisses autour d'eux, ils ne découvrirent pus d'autres îles que la grande Canarie et Goméra.
À six heures du matin , ils pensérent à partir pour
retourner sur leurs traces. A sept heures, ils arri. vérent prés d'une citerne d’eau , qu'ils n'avaient px remarquée en montant, et qui passe pour être sans fond. Leur guide les assura que c'était une erreur, et que sept à huit ans auparavant il l'avait vue à sec pendant les agitations d’un furieux volcan. Éden:
jugea que cette citerne peut avoir trente-cinq brasses |
de long sur douze de large, et que sa profonde ordinaire est d'environ quatorze brasses. Elle a sur ses bords une matiére blanche, que les Anglais, sur la foi de leur guide, prirent pour du salpètre. 1 s’y trouvait aussi, dans plusieurs endroits, de h glace et de la: neige, l’une et l'autre fort dure, quoique couverte d’eau. Édens fit prendre de cette eau dans une bouteille, et ne fit pas difficulté d'en boire avec un peu de sucre; mais il n’en avait jam bu de si froide. Du côté droit, 1l y avait un grand
amas de glaçons qui s’élevaient en pointe, et d'oil
les Anglais s'imaginérent que l'eau coulait dans k cilerne.
Trois ou quatre milles plus bas, ils découvriren:
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une autre grotte, qui était remplie de squelettes et d'os humains. Hs en virent quelques-uns d'une grandeur si extraordinaire, qu'ils les prirent pour des os de géans. Maïs ils ne purent apprendre d'où venaient tant de cadavres , ni quelle était l'étendue de la caverne.
Un Portugais, qui avait voyagé dans les Indes occidentales , répétait souvent qu'il ne doutait pas que l'île de Ténérifle n'eût d'aussi bonnes mines que celles du Mexique et du Pérou. Enfin un ami d'un voyageur avait tiré de quoi faire deux cuillers d'argent, de quelques charges de terre qu'il avait apportées du inême côté des montagnes. On y trouve encore des eaux mitreuses, et des pierres couvertes d'une rouille couleur de safran, qui a le goût du fer.
Ce voyageur raconte qué sa qualité de médecin hu ayant fait rendre dés services considérables aux insulaires , il obunt d'eux la liberté de visiter leurs cavernes Sépulcräles; spectacle qu'ils n'accordent à personne, et qu'on ne peut se prochrer malgré cux, sans exposer sa vie aû dernier danger. Ils ont une extrême vénération pour les corps de leurs ancêtres, et la curiogté des étrangers passe chez eux pour une profañnation. Dans leur petit nombre et leur pauvreté, #lssont si fiers et si jaloux de leursusagés; que le plus vil de leur nation dédaignerait de prendie une Espagnole en mariage; L'auteur, se trouvant donc à Guimar, ville peuplée presque uniquement par les descendans des änciens Guanches; eut le
crédit de se faire conduire à leurs grottes. Ce sont des lieux anciennement creusés dans les rochers, on formés par la nature, qui ont plus ou moins de grandeur, suivant la disposition du terrain. Les
corps y sont cousus dans des peaux de chèvre, avec |
des courroies de la même matière, et les coutures si égales et si unies, qu'on n’en peut trop admirer l'art. Chaque enveloppe est exactement proportion. née à la grandeur du corps ; mais ce qui cause beancoup d’admiration, c'est que tous les corps y sont presque entiers. On trouve également dans ceux
des deux sexes les yeux, mais fermés, les cheveux, |
les oreilles, le nez, les dents, les lèvres, la barbe, et jusqu'aux parties naturelles. L'auteur en compti trois ou quatre cents dans différentes grottes , les uns debout , d’autres couchés sur des hits de bois, que les Guanches ont l’art de rendre si dur, qu'il n'y a pas de fer qui puisse le percer.
Un jour que l’auteur était à prendre des lapins au furet, chasse fort usitée dans l’île de Ténérifle, ce petit animal, qui avait un grelot au cou, le perdit dans un terrier, et disparut lui-même sans qu'on püt reconnaître ses traces. Un des chasseurs, à qui il appartenait, s'étant mis à le chercher au milieu des rocs et des kroussailles, découvrit l'en. trée d’une grotte des Guanches. Il yÿ entra ; mais sa frayeur se fit conuaître aussitôt par ses cris. Il y avait aperçu un cadavre d’une grandeur extraordinaire, dont la tête reposait sur une pierre, les pieds sur une autre, et le corps sur un lit de bois.
Le ch idées coupa sur l’e moigr celle c sorte « ploya Ces ca teur, € teste € même comm Si l” Guancl particu et qui ne de | Cette prêtres par des la plu | leur se qu'un |
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Le chasseur, devenu plus hardi en se rappelant les idées qu'il avait sur la sépulture des Guanches, coupa une grande pièce de la peau que le mort avait sur l'estomac. L'auteur de cette relation 2nd témoignage qu’elle était plus douce et plus souple que
celle de nos meilleurs gants, et si éloignée de toute
sorte de corruption, que le même chasseur l’employa pendant plusieurs années à d’autres usages. Ces cadavres sont aussi légers que la paille. L’auteur, qui en avait vu quelques-uns de brisés , proteste qu'on y distingue les nerfs, les tendons, et même . les veines et les artères, qui paraissaient comme autant de petites cordes. |
Si l'on s’en rapporte aujourd’hui aux plus anciens Guanches, il y avait parmi leurs ancêtres une tribu particulière qui avait l’art d’embaumer les corps, et qui le conservait comme un mystère sacré, qui ne devait jamais être communiqué au vulgaire. Cette même tribu composait le sacerdoce, et les prêtres ne se mélaient point avec les autres tribus par des mariages; mais, après la conquête de l'île, h plupart furent détruits par les Espagnols, et leur secret périt avec eux. La tradition n’a conservé qu'un petit nombre d’ingrédiens qui entraient dans cette opération : c'était du beurre mêlé de graisse d'animal, qu'on gardait exprès dans des peaux de
chèvre. Ils faisaient bouillir cet onguent avec cer-
taines herbes, telles qu’une espèce de lavande qui croît en abondance entre les rocs, et une autre herbe nommée {are , d’une substance gommeuse et
glutineuse qui se trouve sur le sommet des montagnes; une autre plante, qui était une sorte de cyclamen ou pain de pourccau; la sauge sauvage, qui croît partont dans les montagnes; enfin plusieurs autres simples qui faisaient de ce mélange un des meilleurs baumes du monde. Après cette préparation , on commençait par vider le corps de ses intestins, et le laver avec une lessive faite d’écorce de pin, séchée au soleil pendant l'été, ou dans une étuve en hiver. Cette purification était répétée plusieurs fois. Ensuite on faisait l'onction au dedans et au dehors, avec grand soin de la laisser sécher
à chaque reprise. On la continuait jusqu'à ce que le baume eût entièrement pénétré le cadavre, « que, la chair se retirant, on vit paraître tous les muscles. On s'apercevait qu'il ne manquait rien à l'opération, lorsque le corps était devenu extrimement léger ; alors on le cousait dans des peaux de chèvre, corime on l’a déjà fait observer (r).1l est remarquable que, pour éviter la dépense, lorsqu'il était question des pauvres, on leur ôtait le crâne ; ils étaient cousus aussi dans des peaux, mai auxquelles on laissait le poil ; au lieu que celles des riches étaient si fines, et passées si proprement, qu'elles se conservent fort douces et fort souples Jusque aujourd'hui.
(1) Comme les anciens navigateurs connaissaient les Canaries, on peut conjecturer que cet art d’embaumwmer les corps à été enseigné aux Guanches par les Égyptiens , qui l'ont conservé chez eux jusqu’à nos jours.
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Les Guanches racontent qu'ils ont plis de vin + grottes de leurs rois et de leurs grands hommes inconnues, même parmi eux, excepté à quelques vieillards qui sont dépositaires de ce secret, et qui ne doivent jamais le révéler. Enfin l’anteur observe que la grande Çanarie a ses grottes comme Ténérifle, et que les morts y étaient ensevelis dans des sacs; mais que, loin de les conserver si bien , les corps y sont entiérement consumés.
Les Guanches ont dans ces lieux funébres des vases d’une terre si dure, qu’on ne peut venir à bout de les casser. Les Espagnols en ont trouvé dans plusieurs grottes, et s'en servent au feu pour les usages de la cuisine,
Scory nous apprend que les anciens Guanches avaient un officier public pour chaque exe, avec le titre d’embaumeur, dont le principal olice était de composer une certaine préparation de poudres différentes et de plusieurs herbes mêléesensemble, et liées avec du beurre de chèvre; qu'après avoir lavé soigneusement les corps morts, ils les frottient pendant quinze jours avec ce baume, en les exposant au soleil, et les tournant sans cesse jusqu'à ce qu'ils fussent entièrement secs et roïdes (le twmps, pour cette cérémonie , réglait pour les parens la durée du deuil ); qu'ensuite on enveloppait les corps dans des peaux de chèvre ; cousues ensemble avec une adresse et une propreté merveilleuse ; qu'on les portait dans des cavernes profondes, dont l'accès n’était permis qu'aux ministres des funé-
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ailles, ei qu'on les y plaçait couchés ou debout, Scory, étant à Ténérille, avait vu plusieurs de ces orps qui étaient ensevelis depuis plus de mille ans. Cependant il n'ajoute point à quelles marques on pouvait leur reconnaître tant d’antiquité. Purchass rend témoignage lui-même quil avait vu deux de ces momies à Londres. On en voit une au cabinet d'anatomie du Jardin du Roi, à Paris.
Quelques géographes mettent Madère au rang des Canaries. L'histoire de la découverte de cette Île offre beaucoup de circonstances qui tiennent du roman ; nous les rapporterons sans les garantir. Ces sortes de détails, que nous nous permettons quelquelois, sont du goût de la plupart des lecteurs, et varient l'uniformité des descriptions.
Sous le règne d'Édouard 1it, roi d'Angleterre, un homme d'esprit et de courage , nommé Robert Macham , ayant conçu une passion fort vive pour une jeune personne d’une naissance supérieure à la sienne, obtint la préférence sur tous ses rivaux. Mais les parens de sa maîtresse, qui se nommuait Anne Dorset , s'apercurent des sentimens de leur fille ; et dans la résolution de ne pas souffrir un mariage qui blessait leur fierté , ils se procurérent un ordre du roi pour faire arrêcher Macham, jusqu'à ce que le sort d'Anne fût fixé par une autre alliance. Ils lui firent épouser un homme de qualité. Anne fut aussi ôt corduite à Bristol dans les terres de son mari. L'amant prisonnier obtint immédiatement la liberté; maïs, animé par le ressentiment dr son
injure trouble prétère par des moyen linclin.
résolur de cher fut égal de voul bout d et, ser gagna 1 leur fui
L'anc vers les précipi de choi Le vent perdu 1] le lend l'Océan lesquels boussol
galion.
gens af rent pa du sole inconn
quantit
debout, s de ces le nulle marques iLé. Puravait vu tune au aris.
au rang de cette nent du ntir. Ces ns quelteurs, et
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nommail s de leur uffrir un >Jcurérent n, jusqu à alliance.
ité. Anne res de son tement la it dr son
injure autant que par sa passion, il entreprit de troubler le bonheur de son rival, Quelques amis lui prêtérent leur secours. Il se rendit à Bristol, où, par des artifices ordinaires à l'amour, il trouva le moyen de voir sa maîtresse, Elle n'avait pas perdu linclination qu'il lui avait inspirée pour lui. Ils résolurent ensemble de quitter l'Angleterre, et de chercher une retraite en France. Leur diligence ut égale à leur témérité. Un jour qu’Anne feignit de vouloir prendre l'air, elle se fit conduire au bout du canal par un domestique de confiance ; et, Se mettant dans un bateau qui l'attendait, elle sagna nn vaisseau que son amant tenait prêt pour leur fuite.
L'ancre fut levé aussitôt, et les voiles tournées vers les côtes de France. Mais l'inquiétude et la précipitation de Macham ne lui avaient pas permis de choisir les plus habiles matelots de l'Angleterre. Le vent d’ailleurs lui fut si peu favorable, qu'ayant perdu la terre de vue avant la nuit, il se trouva le lendemain comme perdu dans l’immensité de l'Océan. Cette situation dura treize jours , pendant lesquels il fut abandonné à la merci des flots. La boussole n’était point encore en usage dans la navigaion. Enfin, le quatorzième jour au matin, ses sens aperçurent fort près d'eux une terre qu'ils prirent pour une île. Leur doute fut écluirei au lever du soleil, qui leur fit découvrir des forêts d'arbres mconnus. Ils ne furent pas moins surpris de voir quantité d'oiseaux d’une forme nouvelle, qui vin-
190 HISTOIRE GÉNÉRALE rentse percher sur leurs mâts et leurs vergues, sans aucune marque de frayeur.
Ils mirent la chaloupe en mer. Plusieurs matelots y étant descendus pour gagner la terre, revinrent bientôt avec d'heureuses nouvelles et de grands témoignages de joie. L'île paraissait déserte ; mais elle leur offrait un asile après de si longues et si mortelles 'alarmes. Divers animaux s'étaient approchés d'eux sans les menacer d'aucune violence. Ils avaient vu des ruisseaux d’eau fraîche et des arbres chargés de fruits. Macham et sa maîtresse, avec leurs meilleursamis, n’eurent plus d'empressement que pour aller se rafraichir dans un si beau pays. ls s’y firent conduire aussitôt dans la chaloupe , en laissant le reste de leurs gens pour la garde du vaisseau. Le pays leur parut enchanté. La douceur des animaux ne les invitant pas moins que celle de Pair et que Ja variété des fleurs et des fruits, ils s’avancérent un peu plus loin dans les terres. Bientôt ils trouvèrent une belle prairie bordée de lauriers, et rafraîchie par un ruiseau qui descendait des montagnes dansunlit degravier. Un grand arbre qui leur offrait son ombre leur fit prendre la résolution de s'arrêter dans cette belle solitude. Ils y dressèrent des cabanes pour y prendre quelques jours de repos, et délibérer sur leur situation. Mais leurtranquillité dura peu. Trois Jours aprés, un orage arracha le vaisseau de dessus lesancres, et le jeta sur les côtes
nnnn à LA de Maroc, où, s'étant brisé contre les rochers, tout
l'équir une ét Mac trace d fond. ( nation sa COM Les pre avaient présage catastrc jusqu'à prés ; amant, que cin grace à < Ils avaic tel qu'i plhacère une cr jignir même , aventur silen v une 6) Apre pensa € furent souteni voile,
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» grands te ; mais ues et Si it approlence. Ils es arbres se, avec essement eau pays.
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chers, tout
DES VOYAGES. 191 l'équipage fut pris par les Maures et renfermé dans une étroite prison.
Macham n'ayant retrouvé le lendemain aucune trace de son bâtiment, conclut qu’il était coulé à fond. Cette nouvelle disgrâce répandit la consternation dans sa troupe, et fit tant d'impression sur si compagne, qu'elle n’y survécut pas long-temps. Les premiers malheurs qui avaient suivi son départ avaient abattu son courage; elle en avait tiré de noirs présages, qui lui faisaient attendre quelque funeste atastrophe. Mais ce dernier coup lui fit perdre usqu à l'usage de la voix ; elle expira deux jours iprés, Sans avoir pu prononcer une parole. Son aimant, pénétré d'un accident si tragique , ne vécut que cinq jours aprés elle et demanda pour unique srâce à ses amis de l’enterrer dans le même tombeau. Is avaient creusé sa fosse an pied d’une sorte d’auil qu'ils avaient élevé sous le grand arbre ; ils y pacérent aussi le malheureux Macham ; et mettant une croix de bois sur ce triste monument, ils y
jignirent une inscription qu'il avait composée Jui-
même , et qui contenait en peu de mots sa pitoyable wenture. Elle finissait par une prière aux chrétiens, silen venait après lui dans le même lieu, d’y bâtir une église sous le nom de Jésus Sauveur.
Aprés la mort du chef, le reste de la troupe ne pensa qu’à sortir d'un lieu si désert, Tous les soins furent employés à mettre la chaloupe en état de soutenir une longue navigauon , et l'on mit à fx voile, dans la vue, s’il était possible, de retourner
en Angleterre; mais la force du vent, ou l’ignorance des matelots, ayant fait prendre la même route que le vaisseau, on alla tomber sur la même côte , et l’on n’y essuya pas un meilleur sort.
Les prisons de Maroc étaient alors remplies d’es. claves chrétiens detoutes les nations, comme celles d’Alger le sont aujourd'hui. Il s’y trouvait un Espagnol de Séville, nommé Jean de Moralés, qui, ayant exercé long-temps la profession de pilote, prit beaucoup de plaisir au récit des prisonniers anglais. Il apprit d'eux la situation du nouveau pays qu'ils avaient découvert, et les marques de terre auxquelles il pouvait être reconnu.
Dès qu'il fut libre, il offrit ses services à Jean Gonzalés Zarco, gentilhomme portugais, chargé par le prince Henri de faire des découvertes dans la mer d'Afrique, et qui, deux ans auparavant, avait mouillé à Porto-Santo, dans le voisinage de Madère, et y avait laissé quelques Portugais. Ce fut là qu'il dirigea sa route avec Moralés. Les Portugais de Porto -Santo jui racontérent, comme une vérité constante, qu’au sud-ouest de l’île on voyait sans cesse des ténébres impenétrables qui s’élevaient de la mer jusqu’au ciel; que jamais on ne s’apercevait qu'elles diminuassent, et qu’elles paraissaient gardées par un bruit effrayant qui venait de quelque cause inconnue. Comme on n’osait encore s’éloigner de la terre, faute d'astrolabe et d’autres instrumens dont l'invention est postérieure, et qu'on s'imaginait qu'après avoir perdu la vue des côtes,
il ét mirac scurit une b Les Larco que ce d'épot de la quelqu Portoobserv lune c alérati tnriers auralen n'était toujour des Ang
être bie celle te l'épaissd
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Enfi à la voil sa resol
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lies d’esne celles it un Esès, qui, e pilote, isonniers veau pays
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es à Jean s, chargé tes dans la ant, avait eMadère, ut là qu'il rtugais de une vérité oyait sans evaient de ’apercevait saient gare quelque core s’éloitres instru»
, et qu'on des côtes;
il était impossible d'y retourner sans un secours miraculeux de la Providence, cette prétendue obsecurité passait pour un abime sans fond , ou pour une bouche de l’enter.
Les exhortations de Moralès firent mépriser à Larco ces fausses terreurs. Ils jugèrent tous deux que ces ténébres dont on voulait leur faire un sujet d'épouvante étaient au contraire la marque certaine de la terre qu'ils cherchaient. Cependant, aprés quelque délibération, ils convinrent de s'arrêter à Porto-Santo jusqu'au changement de la lune, pour observer quel effet il produirait sur l'ombre. La lune changea sans qu'on s'apercût de la moindre atération dans ce phénomène. Alors tous les avenuriers furent saisis d'une si vive terreur, qu’ils auraient abandonné leur entreprise, si Moralès n'était demeuré ferme dans ses idées, soutenant toujours, d'aprés les informations qu'il avait reçues des Anglais, que la terre qu’on cherchait ne pouvait être bien loin. 11 faisait comprendre à Zarco que, celle terre étant sans cesse à couvert du soleil par l'épaisseur de ses forêts, 1l en sortait une humidité continuelle qui produisait cette nuée épaisse, l’objet de tant de craintes et de fausses imaginations.
Enfin Zarco, ne consultant que son courage, mit il voile un jour au matin, sans avoir communiqué si résolution à d’autres qu’à Moralés ; et, pour ne lisser rien manquer à sa découverte, il tourna directement la proue de son vaisseau vers l'ombre k plus noire. Cette hardiesse ne fit qu'augmenter
194 HISTOIRE GÉNÉRALE les alarmes de son équipage. À mesure qu'on avançait, l'obscurité paraissait plus épaisse. Elle devint si terrible, qu'on osait à peine en soutenir la vue, Vers le milieu du jour, on entendit un bruit épon. vantable qui se répandait dans toute l'étendue de l'horizon. Ce nouveau danger redoubla si vivement la frayeur publique, que tous les matelots pous. érent de grands cris, en suppliant le capitaine de leur sauver la vie ct de changer de route. Il ls assembla d'un visage ferme, et, par un discours prononce avec le même courage, 1l leur inspira une partie de sa résolution. L'air étant calme et les cou. rans fort rapides, il fit conduire son vaisseau le Jons de la nuée par deux chaloupes. Le bruit servait de marque pour s'avancer ou se retircr, Suivant qu'il paraissait plus ou moins violent. Déjà la nude con. mençait à diminuer par degrés. Du côté de Fest, elle était sensiblement moins épaisse; mais les vagues ne cessaient point de faire entendre un brut effrayant. On crut bientôt découvrir au travers de l'obscurité quelque chose de plus noir encore, quoiqu'à la distance où l'on était, il fût impossible de le disunguer. Quelques matelotsassurèrent qu'ik avaient aperçu des géans d'une prodigieuse hauteur: ce n'étaient que les rochers, qu'on vit bientôt à de. couvert. La mer s’éclaircissant enfin, et les vagues commencant à diminuer, Zarco et Moralès ne dou: tèrent plus qu'on ne füt peu éloigné de la terre. 1h la virent presque aussitôt lorsqu'ils n’osaient encore s’v attendre. La joie des matciots se concoit plu
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ientôt à deet les vaguti ralès ne dot e la terre. I saient ENCOT
DES VOYAGES. 10) aisément qu'elle ne peut s'exprimer. Le premier objet qui frappa leurs yeux fut une petite pointe, que Zarco nomma la pointe de Saint-Laurent. Après lavoir doublée, on eut au sud la vue d’une terre qui s'étendait en montant; et l'ombre ayant toutà-fait disparu, la perspective devint charmante jusqu'aux montagnes.
Ruy Paes fut envoyé dans une chaloupe, avec Jean de Moralés, pour reconnaître la côte. Ils ex:trèrent dans une baie, qu'iis trouvèrent conforme à h description que Moralès avait reçue des Anglais. Étant descendus au rivage, ils découvrirent sans peine le monument de Macham, et les antres marques qu'ils s'attachérent à distinguer. Aprés avoir stisfait leur piété au tombeau des deux amans, ls portérent ces heureuses nouvelles au vaisseau. Larco prit possession du pays au nom du ro: Jean, et du prince don Henri, chevalier et grand-maître de l'ordre de Christ. Ensuite, rapportant ses premières vues à la religion, :1l fit élever un nonvei autel près du tombeau de Macham. La date de ce grand événement est le 8 de juillet, jour de sainte Élisabeth , l'an 1420.
Le premier soin des aventuriers portugais fut de chercher dans le pays des habitans et des bestiaux ; mais ils n'y trouvèrent que des aiseaux de diverses espèces, et si peu farouches, qu'ils se laissaient prendre à la main. On résolut de suivre les côtes dans la chalonpe. Aprés avoir doublé une point:
conçoit PS l'ouest, on trouva une plage où quatre belles
riviéres venaient se rendre danslamer. Zarco rem. pliture bouteille de la plus belle eau pour la porter au prince Henri. En avançant plus loin, on trouva une seconde vallée couverte d'arbres, dont quelques-uns étaient tombés. Zarco en fit une croix, qu'il éleva sur le rivage, et nomma ce lieu Santa. Cruz. Un peu au-delà, ils passèrent une pointe qui s'avançait loin dans la mer, et, la trouvant remplie d’un grand nombre de geais, ils lui donnèrent le
nom de Punta dos Gralhos, qu'elle conserve encore,
Cette pointe , avec une autre langue de terre qui en est à deux lieues, forme un golfe, alors bordé de beaux cédres, au-delà duquel Zarco découvrit encore une vallée , d'où sortait une eau blanchäâtre qui formait un grand bassin avant d'entrer dans la mer. Tant d’agrémens naturels engagèrent Zart à faire descendre encore une fois ses gens pour pénétrer plus loin dans les terres; mais quelques soldats chargés de cet ordre revinrent bientôt lu apprendre qu'ils avaient vu de tous côtés la mer autour d'eux, et par conséquent qu'ils étaient dans une île, contre l’opinion de ceux qui avaient pris cette terre pour une parue du continen d'Afrique.
Zarco ne pensa plus qu'à choisir dans l’intérieur du pays quelque lieu propre à s’y établir. Il arriu dans une campagne assez vaste, et moins couverte de bois que les autres cantons, mais si remplie 4 fenouil, que la ville qu'on y a bâtie depuis, et qui est devenue la capitale de l’île, en a tiré le non
de Æ vallé.
ment Zarcc il co:
point une ci eLsi un En pointe D mer, ft les trac curiosi| avait pe trompé bre de v caverne | agne, {de ces Les que, fa hauts
des vag résoluti, Pourvu le, P‘ remetta port de perdu u Les
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ns l'intérieur blir. I arriva oins couvert sl remplie €
depuis, el qu h tiré le non
DES VOYAGES. 197 de Funchal. Là, trois belles rivières sortant de la wllée, et s'unissant pour se jeter dans la mer, forment deux petites îles, dont la situation tenta Zarco d’en faire approcher son vaisseau. Ensuite il continua sa route par terre jusqu'à la même pointe qu'il avait vue au sud, où il avait planté une croix. Il découvrit au-delà un rivage si doux etsi uni, qu'il lui donna lenom de Plaga hermosa.
En continuant sa marche, Zarco s’approcha d’une pointe de rocher, qui, étant coupé par l'eau dé la
à mer, formait une sorte de port. Il crut y découvrir
les traces de quelques animaux, ce qui rendit sa curiosité d'autant plus vive, que jusqu'alors iln’en avait point encore apercu; mais il fut bientôt détrompé en voyant sauter dans l’eau un grand nombre de veaux marins ou phoques; ils sortaient d'une caverne que l’eau avait creusée au pied de la mon-
[ugne, et qui était devenue comme le rendez-vous [de ces animaux.
Les nuées devinrent si épaisses dans cetendroit, que, faisant paroître les rochers beaucoup plus hauts, et trouver beaucoup plus terrible le bruit des vagues qui venaient s’y briser, Zarco prit la résolution de retourner vers son vaisseau. Il se pourvut d’eau, de bois, d'oiseaux et de plantes de le, pour en faire présent an prince Henri; et, remettant à la voile pour l'Europe, il arriva au port de Lisbonne vers la fin d'août 1420 , sans avoir perdu un seul homme dans le voyage.
Le succès d’une si belle entreprise lui attira tant
de considération à la cour de Portugal, qu'on lui dére accorda publiquement un jour d'audience pour d'exc faire le récit de ses découvertes. Il présenta au roi extrêr plusieurs troncs d'arbres d’une grosseur extraoi li. prune nure, et sur l’idée qu'il donna de la prodigieuse orang quantité de forêts dont il avait trouvé l’île couverte, et des le prince la nomma tle Madère {1). Zarco recut Je san ordre d’y retourner au printemps avec la qualité ME tant d de capitaine ou de gouverneur de l'ile; titre au- D porten quel ses descendans joignent aujourd'hui celui de À d comte. on tro L'île de Madère est située à 32° 37° de latitude dont 1 nord, et à cent lieues au nord de l’île de Ténér'fle, de Ma Elle produit un revenu considérable au roi de RS an tra Portugal. Sa capitale, qui se nomme Funchal, est du sect
fortifiée par un château. Le port est commode et Æ Madère bien défendu. On admire dans la ville l'église ca- D Désert thédrale, où l’on n’a rien épargné pour la beauté WF produi de l'édifice et pour l'établissement du clergé. Le Enu gouvernement est formé sur celui de Portugal, où WE presqu
l'appel des causes se porte en dernière instance. Le Æ qu'on
circuit de l’île est d'environ trente lieues; sa terre WE hicue d est haute. Les beaux arbres qu'elle produit en fruit ;
abondance croissent sur des montagnes, au travers D nourri desquels on a trouvé l'art de conduire l'eau par quelqu diverses machines. Elle a une seconde ville, nonmée Machico, dont la rade est aussi fort avant-
e A (1) Or geuse aux vaisseaux. On compte dans l'île de Mi-
devenu *Æ d'Amér f1} Du mot portugais madera , qui signifie bois. culture
w'on lui
‘€ pour a au roi traoi.lidigieuse ouverte, co recut à qualité titre au- | celui de
e Jautude Ténér'fle, au roi de nchal , est mmode et l'église car Ja beaute
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bois.
DES VOYAGES. 199 dére six inganios où manufactures, où l'on fait d'excellent sucre (1). Elle produit une abondance extréme de toutes sortes de fruits : poires, pommes, prunes, dattes, pêches, abricots, melons, patates, oranges, limons grenades, citrons, figues, noix, et des légumes de toute espèce. L'arbre qui donne Je saug-dragon y croît auss! ; mais rien ne lui fait tant d'honneur que ses excellens vins, qui se transportent dans tous les autres pays du monde.
À douze lieues de distance , au nord de Madére, on trouve l'ile nommée Port-Saint ou Porto-Santo , dont les habitans vivent de leur agriculture. L'ile de Madère produisant peu de blé, ils se sont livrés au travail des champs, qui les rend indépendans du secours de leurs voisins. A six lieues à l'est de Madère, on trouve quelques îles, nommées les Désertes, qui, dans une for’ petite étendue, ne produisent que de l'orseille et des chèvres.
Entre Ténériffe et Madère, la nature a placé, presqu'à la même distance de ces deux îles, cclle quon nomme la Salvage. Elle n’a pas plus d’une licue de tour, et l’on n'y a jamais vu d'arbre nt de frait ; cependant les chèvres y trouvent de quoi se nourrir entre Îles rochers et les pierres. On voit à quelque distance, au sud, un grouppe d'écueils,
(1) On ne tire plus de sucre de Madère depuis qu’il est devenu l'un des principaux cbjets de culture dans les colonies d'Amérique. À Madère, comme aux Canaries , on préfère la culture des vignobles.
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