ATP ARÉS DÉS RER
HISTOIRE CÉNERALE
et que, n’eyant pu supporter plus long-temps la privation du sel , qui est leurunique remède, 1lsavaient été forcés de recommencer leur commerce. La nt. cessité du sel en était établie mieux que jamais dans l'opinion des Nègres de Melli. Ces faits, attestés avec les mêmes circonstances, par beaucoup de voyageurs, ne sont pas iaciles à vérifier : s'ils sont vrais, cette bonne foi récinroque et si constante dans le commerce des natons nègres, prouve qu'il n’y à point de meilleur lien que l'intérêt. Les uns avaient besoin de sel, et les autres voulaient de l'or.
L'or qu'on apporte à Melli se divise en trois parts : une qu'on envoie par la caravane de Melli à Kokhia, sur la route du grand Caire ct de la Syrie, les deux autres à Tombouctou, d’où elles partent séparément, l’une pour Tret, et de là pour Tunis en Barbaric; l’autre pour Ouaden, d’où elle se répand jusqu'aux villes d'Oran et d’One, le long du détroit de Gibraltar, et jusqu'à Fez, Maroc, Arzila, Azafi et Messa, dans l’intérieur des terres. C'est dans ces dernières places que les Italiens et les autres nations chrétiennes viennent recevoir cet or pour leurs marchandises. Enfin, le plus grand avantage que les Portugais aient tiré du pays des Azanaghis , c’est qu'ils trouvérent le moyen d’attirer sur les côtes du golfe d’Arguin quelque partie de l'or qu’on envoie chaque année à Ouaden , et de se les procurer par leurs échanges avec les Nègres.
Dans les régions des Maures basanés, il ne se fabrique point de monnaie. On n’y en connait pas
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DES VOYAGE 53; 517 même l'usage, non plus que parmi les Nègres. Mais tout le commerce se fait par des échanges d’une chose pour une autre, quelquefois de deux pour une. Cependant les Azanaghis et les Arabes ont, dans quelques-unes de leurs villes antérieures, de petites coquilles qui leur tiennent lieu de monnaie courante. Les Vénitiens en apportaient du Levant, et recevaient de l'or pour une matiére si vile. Les Nègres ont pour l'or un poids qu'ils appellent mérical; et qui revient à Ja valeur d’un ducat. Les femmes des déserts de Sahara portent des robes de coton, qui leur viennent d' pays des Nègres, et quelques-unes des espèces de frocs qu’on appelle alkhazeii, mais elles n’ont pas l’usage des chemises. Les plus riches se parent de petites plaques d’or. Elles font consister leur beauté dans la grosseur et la longueur de leurs mamelles. Dans cette idée, à peine ont-elles atteint l’âge de seize ou dix-sept ans, qu’elles se les serrent avec des cordes, pour les faire descendre quelquelis jusqu'à leurs genoux. Opposez à cette coutume celle des femmes d'Europe, qui mettent des corps de baleine pour faire remonter leur gorge, et ces contrariétés derangeront un peu les idées du beau ibsolu. Les hommes montent à cheval , et font leur yloire de cet exercice. Cependant l’aridité de leur pays ne leur permet pas de nourrir un grand nombre de ces animaux , ni de les conserver longtemps. La chaleur est excessive dans cette immense étendue de sables, et l’on y trouve fort peu d'eau. Il n'y pleut que dans trois mois de l’année, ceux d'août,
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de septembre et d'octobre. Cadamosto fut informé qu'il y paraît quelquefois de grandes troupes de sauterelles jaunes et rouges, de la longueur du doigt. Elles vont en sigrand nombre, qu’elles forment dans l'air une nuée capable d’obscurcir le soleil, et de douze ou quinze milles d'étendue. Ces incommodes visites n'arrivent que tous les trois ou quatre #5; mais 1l ne faut pas espérer de vivre dans les lieux où l’armée des sauterelles s'arrête, tant elle canse de désordre et d'infection. L'auteur en vit une rmulutude innombrable en passant sur les côtes.
Après avoir doublé le cap Blanc, la caravelle portugaise qui portait Cadamosto, continua sa course jusqu'a la rivière de Zanagha ou de Sénégal. Cinq ans avant le voyage de Cadamosto, cette grande rivière avait été découverte par trois caravelles du prince Heuri, comme on l’a vu dans le récit des premiers établissemens; et depuis ce temps-là 1! ne s'était point passé d'année où le Portugal n’y eût envoyé quelques vaisseaux.
La rivière de Sénégal a plus d’un mille de largeur à son embouchure , et l’entrée en est fort profonde ; cependant des sables amoncelés par l’action du cours des eaux, opposée à celle de la mer lorsqu'elle monte, obligent les vaisseaux d'observer le cours de la marée pour entrer dans le fleuve; on y remonte l'espace de soixante-dix milles, suivant le témoignage que l’auteuren recut d’un grand nombre
de Portugais, qui y étaient entrés dans leurs caravelles. Depuis le cap Blanc, qui en est à trois cent
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quatre-vingts milles, la côte se nomme Æntérota, et borde le pays des Azanaghis ou des Maures basanés. Cette côte est continuellement sablonneuse jusqu'à vingt nulles de la rivière.
Cadamosto fut extrêmement surpris de trouver la différence des habitans si grande dans un si petit espace. Au sud de la rivière, ils sont extrêmement voirs, grands, bien faits et robustes. Le pays est couvert de verdure, et rempli d'arbres fruitiers. De l'autre cfté, les hommes sont basanés , maigres, de peute taille, et le pays sec et stérile.
Les peuples d’Antérota sont ésalement pauvres et féroces. Ils n'ont pas de villes fermées, ni d’autres habitations que de misérables villages, dont les maisons sont couvertes de chaume. La pierre etle ciment ne leur manqueraient pas, mais ils n’en connaissent pas l’usage. Le chef n’a pas de revenu certain : mais les seigneurs du pays, pour gagner sa faveur, lui font présent de chevaux et d’autres bêtes, telles que des vaches et des chèvres. Ils y joignent différentes sortes de légumes et de racines , surtout du millet. Il ne subsiste d’ailleurs que de vols et de brigandages. Il enlève, pour l'esclavage, les peuples des pays voisins. Il ne fait pas pias de grâce à ses propres sujets. Une partic de ces esclaves est employée à la culture des terres qui lui appartiennent : le reste est vendu , soit aux Azanaghis et aux marchands arabes, qui les prennent en échange pour des che-
aux, soit aux vaisseaux chrétiens, depuis que le commerce est ouvert avec eux. Chaque Nègre peut
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520 WISTOIRE GÉNÉRALE
prendre autant de femmes qu'il est capable d’en nourrir. Le chef n’en a jamais moins de trente ou quarante, qu'il distingue entre elles suivant leur naissance et le rang de leurs pères. Il les entretient dans certaines habitations huit ou dix ensemble, avec des femmes pour les servir, et des esclaves pour cultiver les terres qui leur sont assignées. Elles ont aussi des vaches et des chèvres, avec des esclaves pour les garder. Lorsqu'il les visite, il ne porte avec lui avcune provision, et c’est d’elles qu'il tire sa subsistance pour lui-même et pour tout son cortége. Tous les jours, au lever du soleil, chaque femme de l'habitation où il arrive prépare trois ou quatre couverts de différentes viandes, telles que du chevreau , du poisson , et d’autres alimens clu goût des Nègres, qu’elle fait porter par ses esclaves au logement du chef; de sorte qu’en s’éveillant il trouve quarante ou cinquante mets qu'il se fait servir, suivant son appétit. Le reste est distribué entre ses gens. Mais, comme ils sont toujours en fort grand nombre, la plupart sont toujours affamés. Il se promène ainsi d'une habitation à l'autre, pour visiter successivement toutes ses femmes : ce qui lui procure ordinairement une nombreuse postérité. Mais lorsqu'une femme devient grosse, il n’approche plus d'elle. Tous les seigneurs suivent le même usage. Ces Nègres font profession de la religion mahométane, mais avec moins de lumières et de soumis: sion que les Maures blancs. Cependant les seigneurs ont toujours près d'eux quelques Azanaghis, ou
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DES VOYAGES. 21 quelques Arabes pour les exercices de leur culte; et c'est une maxime établie parmi les grands de la nation, qu'ils doivent paraître plus soumis aux lois divines que le peuple. Cette opinion, qui est assez généralement celle des grands de toutes les nations, est-elle fondée sur la reconnaissance ou sur la poli-
tique ?
Les Nègres du Sénégal sont toujours nus, excepté vers le milieu du corps, qu'ils se couvrent de peaux de chèvres , à peu prés dans la forme de nos hautsde-cnausses. Mais les grands et les riches portent des chemises de coton que les femmes filent dansle pays. Le üssu de chaque pièce n’a pas plus de six pouces de largeur ; car ils n’ont pu trouver l’art de faire leurs pièces plus larges. Ils sont obligés d'en coudre anq ou six ensemble, pour les ouvrages qui demandent plus d'étendue. Leurs chemises toment jusqu'au milieu de la cuisse. Les manches en sont
À fort amples ; mais elles ne leur viennent qu'au mi-
lieu du bras. Les femmes sont absolument nues de- . A Q LA) ©
puis la tête jusqu à la ceinture; le bas est couvert
d'une jupe de coton, qui leur descend jusqu'au mi-
lieu des jambes. Les deux sexes ont ia tête et les
pieds nus ; mais 1ls ont les cheveux fort bien tressés, ou noués avec assez d'art, quoiqu'ils les aient fort œurts. Les hommes s'emploient, comme les femmes, à filer et à laver les habits.
Le climat est si chaud , qu'au mois de janvier la chaleur surpasse celle de l'Italie au mois d'avril; et plus on avance, plus on la trouve insupportable,
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C'est l'usage pour laver quatre ou cinq fois le jour.
preté extrême pour leurs personnes; au contraire , 6SL excessive dans leurs
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étonnante sur 10 l'habitude, l'artet l'habileté même ne l pas dans les affaires aux quelles ils son 1ls sont si grands parleurs, que leur
jamais oisive. Ils sont menteurs et tou] nt la charité est entire eux une
tromper. Cependa
vertu si commune, que les plus pauvres donnent
dîner, à souper, et le logement aux étrangers,
sans exiger aucune marque de reconnaissance.
ouerre dans le sein de leur na-
JIs ont souvent la 8 ton ou contre leurs voisins. Leurs arimes SOn! une au d'une
espècede bouclier qui est composé de la pe bête qu'ils nonrment danta(1), et qui est fort diiicile à percer ; la zagaie, sorte de dard qu'ils lancent avec une dextérité admirable, armée de fer dentelé, ce qui rend les blessures extrèmement dangereusts;
une espèce de cimeterre courbé en arc; qui leur vient de la Gambie, car sils ont du fer dans leur pays » ils lignorent, et Jeurs lumières ne vont pi
jusqu'à le pouvoir mettre en usage: Jls ont ausil te de javeline qui Avec si peu d'armes; ment sanglantes, parce
une s0r lances.
extrème
(1) C'est l'hippopotame:
ressemble à nos denileurs guerres Son
qu'ils portent peu de
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mais tent | ont d alma dont homi le tra Ils sc le soi À most
mes de se d’une pro:
leur saleté, ens. Quoigrossièreté ls n’ont pas r manquent coutumes, langue n'est jours prêts à tre eux une yres donnent 1x étrangers, naissance.
n de leur narmes sont une ; la peau d'une 5 est fort dill- 4 qu'ils lancent de fer denteli, t dangereusts;
arc, qui leur a fer dans leut res ne vont pi e. Ils ont aus le à nos denirs guerres SON ls portent peu de
DES VOYACES. 323
coups inutiles. Ils sont fiers, emportés, pleins de mépris pour la mort, qu'ils préfèrent à la fuite, Ils n'ont point de cavalerie, parce qu'ils ont peu de chevaux. Ils connaissent encore moins la navigation, et jusqu'à l'arrivée des Portugais , ils n'avaient ja= mais vu de vaisseaux sur leurs côtes. Ceux qui habitent les bords de la rivière ou le rivage de la mer, ont de petites barques qu'ils nomment zapolies et almadies , composées d’une pièce de bois creux, dont la plus grande peut contenir trois ou quatre hommes. Elles leur servent pour la pêche , ou pour le transport de leurs ustensiles au long de la rivière. js sont les plus grands nageurs du monde, comme lesont en général tous les peuples sauvages. Après avoir passé la rivière de Sénégal, Cadamosto continua de faire voile le long de la côte, jusqu’au pays de Boudomel, qui est plus loin d’envron huit cents milles. Toute cette étendue est une terre basse sans aucune montagne. Boudomel est le nom du prince nègre qui régnait sur cette côte. L'auteur remarque qu'en ce pays les deux sexes sont également portés au libertinage. Boudomel pressa beaucoup Cadamosto de lui apprendre quelque secret pour satisfaire plusieurs femmes. Il était persuadé que les chrétiens avaient là-dessus plus de lumières que les Nègres. Un petit-maître franais lui aurait répondu que le vrai moyen était de n'en aimer aucune.
Boudomel était toujours accompagné d'environ deux cents Nègres ; mais ce cortége n'étant retenu
324 HISTOIRE GÉNÉRALF
prés de lui par aucune loi, les uns se relirent, d'autres viennent; et par la correspondance qui régne entre eux , les places sont toujours rer: plies, D'ailleurs il se rend sans cesse à l'habitation du prince quantité de personnes des habitations voisines. À l'entrée de sa maison, on rencontre une grande cour qui conduit successivement dans six autres cours, avant d'arriver à son appartement, Au milieu de chacune est un grand arbre, pour la com. modité de ceux que leurs affaires obligent d'attendre, Tout le cortége du prince est distribué dans ces cours, suivant les emplois et les rangs. Mais, quoique les cours intérieures soient pour les plus disüngués, il y a peu de Nègres qui approchent fr. milièrement de la personne du prince. Les Azanaghis et les chrétiens sont presque les seuls qui aient l'entrée libre dans son appartement, et qui aient la liberté de lui parler. 1] affecte beaucoup jde grandeur et de majesté. On ne le voit chaque our, au matin, que l'espace d'une heure, Le soir, il paraît pendant quelques momens dans la derniére cour, sans s'éloigner beaucoup de la porte de son appartement; et les portes ne s'ouvrent alors qu'aux grands du premier ordre. Il donne néanmoins des audiences à ses sujets : mais c'est dans ces occasions qu'on reconnaît l’orgueil des princes d'Afrique. De quelque condition que soient ceux qui viennent solliciter des grâces, ils sont obligés de se dépouiller de leurs habits, à l'exception de
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corps: Ensuite, ;
lorsqu'ils entrent dans la dernière cour, ils se jettent à genoux, en baïssant le front jusqu'à terre; et des deux mains ils se couvrent la tête et les épaules de sable. Personne, jusqu'aux parens du prince, n’est exempt d'une si humiliante cérémonie. Les supplians demeurent assez long-temps dans cette posture, continuant de s’arroser de sable. Enfin, lors-que le prince commence à paraître, ils s’avancent vers lui sans quitter le sable et sans lever la tête. Ils lui expliquent leur demande, tandis que, feignant de ne les pas voir, ou du moins affectant de ne les pas regarder, il ne cesse pas de s'entretenir avec d'autres personnes. A la fin de leurs discours, il tourne la tête vers eux, et les honorant d'un . smple coup d'œil, il leur fait sa réponse en deux mots. Cadamosto, qui fut témoin plusieurs fois de œtte scène, s'imagine que Dieu n'aurait pas plus de respects à prétendre, s’il daignait se montrer à h race humaine. Quand on voit le chef de quelques peuplades nègres écraser ainsi de sa morgue ndicule ses sujets aussi misérables que lui, ceux qui, chez les nations policées , sont élevés par leur rang au-dessus des autres hommes, doivent sentir asément que l'orgueil n'est pas la mesure de la vale grandeur.
La complaisance de Boudomel alla si loin pour Cadamosto, qu'il le conduisit dans sa mosquée à l'heure de la prière. Les Azanaghis ou les Arabes, qui étaient ses prêtres, avaient recu ordre de s'y assembler. En entrant dans le temple, avec quel-
ques-uns de ses principaux Nègres, Boudomel s'arrêta d'abord, et unt quelque temps les yeux levés au ciel. Ensuite, ayant fait quelques pas, il prononca doucement quelques paroles, après quoi, il s'étendit tout de son long sur la terre, qu'il baisa respectucusement. Les Azanaghis et son cortége se prosternérent et baïsèrent la terre à son exemple,
Il se leva, mais ce fut pour recommencer dix on douze fois les mêmes actes de religion ; ce qui prit plus d'une demi-heure.
Aussitôt qu'il eut fini, il se tourna vers Cadamosto , en lui demandant ce qu'il pensait de ce culte, | et le priant de lui donner quelaue idée de la religion à des chrétiens. Cadamosto eat la hardiesse de lui 6 répondre, en présence de ses prêtres , que la rel. à gion de Mahomet était fausse, et que celle de Rome Æ était la seule véritable. Ce discours fit rire les Arabes P et Boudomel. Cependant, après un moment de Æ x réflexion, ce prince dit à Cadamosto qu'il croyait à : la region des Européens fort bonne , parce quil n’y avait que Die qui püt leur avoir donné tant de richesses et d'esprit. 11 ajouta que celle de Mhomet lui paraissait bonne aussi, et qu'il état même persuadé que les Nègres étaient plus sûrs de leur salut que les chrétiens, paree que Dieu était un maître juste; que donnant aux chrétiens lcur paradis dans ce monde, il fallait que dans l'autre il réservât de grandes récompenses an Nègres qui manquaient de tout dans celui-ci. 1 y avait dans ce discours plus de sens qu'on ne
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DES VOYAGES. 327 devait attendre d'un despote nègre, tel qu'on vient de le peindre.
La chaleur est si excessive dans les régions des Nègres, qu'il n’y croît ni froment, ni riz, ni aucune sorte de grain qui puisse servir à leur nourriture. Les vignes n’y viennent pas plus heurensement. Ils ont mis leurs terres à l'épreuve en y jetant diverses semences qu'ils reçoivent des vaisseaux portugais. Le froment demande un climat tempéré et de fréquentes pluies qu'ils n'ont presque jamais, car ils passent neuf mois sans voir tomber une goutte d’eau du ciel, c'est-à-dire, depuis le mois d'octobre jusqu'au mois de juin. Cependant ils ont du millet, des féves et des noisettes de diverses couleurs. Leur féve est large, plate, et d'un rouge assez vif. Ilsen ont aussi de blanches. Ils plantent au mois de juillet pour recueillir au mois de septembre. Comme c’est le temps des pluies, les rivières s’enflent, et donnent à la terre une certaine fécondité. Tout l'ouvrage de l'agriculture et de la moisson ne prend ainsi que trois mois; mais les Nègres entendent peu l’économie, et sont d’ailleurs trop paresseux pour tirer beaucoup de fruit de leur travail. Ils ne plantent que ce qu'ils jugent nécessaire pour le cours de l’année, sans penser jamais à faire des provisions qu'ils puissent vendre. Leur méthode pour cultiver la terre, est de se mettre cinq ou six dans un champ, et de la remuer avec leurs épées, qui leur tiennent lieu de hoyaux et de bêches. Ils ne l'ouvrent pas à plus de quatre pouces de profondeur ; mais les pluies lui
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