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354 HISTOIRE GÉNÉRALE propres mains; mais, comme elle était d’une f- ti mille distinguée, il avait pris le parti de porte ça ses plaintes au roi, qui, l'ayant jugée coupable, nm, l'avait condamnée à l'esclavage, et l'avait donnée À se à Brue. Les parens de cette malheureuse femme | ap. vinrent solliciter ies Français en sa faveur, et sup- D n°0 plièérent le général d'accepter en échange une es. à à clave beaucoup plus jeune , dont il aurait par con- à con séquent plus de profit à tirer. Il ÿ consentit, « À qu l'autre fut conduite aussitôt par sa famille hors des que états du damel. Cette rigueur dans la punition rend È cer les femmes des grands assez chastes. Comme Je par droit de les vendre appartient au roi, après leur RS don correction , elles sont sûres de ne jamaïs trouver en À sures lui qu'un juge inexorable, qui accorde toujours BB zaie ‘une prompte justice aux maris dont il recoit les D dame plaintes. « des Le port de Rufisque ne recevant guére que des Pc barques et des chaloupes, le damel, qui souha- prince tait beaucoup de voir un vaisseau, pria le généril partié d’en faire venir un prés de cette ville. Brue lui ré-Rsn 1 pondit qu’il était fâché de ne le pouvoir, parce qu'il cine n’y avait point assez d'eau pour un bâtiment tlfiché qu'il le désirait; mais qu'il en ferait venir un de d'fistaie pièces de canon, qui servirait à lui donner quelquéi'und idée de ceux qui en portent jusqu'à cent piéces. | rougd fit amener effectivement une corvette appareillé@hribe
dans toute sa pompe , avec les pavillons déployéres Le damel et tous ses courtisans se rendirent sur lunti rivage pour jouir de ce spectacle. On fit faire quiures
DES VOYAGES. 255 t d’une fa- uté de mouvemens à ce petit vaisseau, et les Frani de porter À cas s'étaient attendus que le roi monterait à bord ; > coupable, mais, Soit quil craignît la mer, ou qu'ayant à vait donnée s reprocher ses extorsions et ses violences, il euse femme | apprébendät qu'ils ne le retinssent prisonnier, il
veur, etsup- [M n'osa se procurer cette satisfaction. Lorsqu'il eut ange une €s- nssasié sa curiosité, il demanda au général de wait par con- combien les grands vaisseaux surpassaient celui consentit, et Î qu'il avait vu. Sans répondre directement à ceute nille hors des question , Brue lui conseilla d'envoyer de ses oflipunition rend M ciers pour être plus sûr de ce qu’il voulait savoir, s. Comme le D par le témoignage de ses propres gens. L'ordre fut oi, après leur donné à quelques Nègres d'aller prendre les meaais trouver eu D sures. Ils revinrent tout chargés des cordes qu'ils corde toujours aaient employées, et qu'ils étendirent devant le nt il recoit les damel. « Quel canot! s’écria-t-il, et que la science «des blancs est prodigieuse ! »
guère que des Pour donner de l’amusement au général, ce pince fit un jour en sa présence la revue d’une prtie de ses troupes, sous la conduite du condi, son lieutenant général. Ce corps d'armée montait ianq cents hommes armés de sabres, d’arcs et de flèches, et couverts de cottes de maille, qui consstaient en deux morceaux d'’étofle de la forme l'une dalmatique. Le fond était de coton blanc, rouge ou d’autres couleurs , parsemé de caractères rabes, que les marabouts croient également prores à jeter l’effroi parmi leurs ennemis, et à gaantir ceux qui les portent de toutes sortes de blestres, à la réserve néanmoins de celles des armes
1, qui souhaipria le général le. Brue lui rtvoir, parcequi
n bâtiment tel L venir un de di donner quelque à cent pièces. | vette appareillés villons déployés .
rendirent sur k On fit faire qui
à feu, parce que l'invention, leur a-t-on dit, es postérieure au temps de Mahomet. Sous ces cottes de maille, les Nègres ont une multitude d’amulet. tes, qu’ils appellent grisgris , et celui qui en est Je plus chargé doit être le plus brave, parce qu'il'a moins de périls à redouter.
Le condi s'étant mis à la tête de sa troupe, l disposa sur quatre rangs, et fit avertir le roi qu'il était prêt à le recevoir. Ce prince était dans le ma. gasin que la Compagnie avait fait bâtir à Rufisque. Quoiqu'il ne füt pas fort éloigné de cette petite armée, il monta à cheval, et prenant sa lance, il fit les mêmes mouvemens que s'il eüt été près de combattre. Brue fut obligé de prendre aussi un | cheval pour laccompagner. Ils s’avancérent ju. qu'au milieu de la ligne. Le condi, à la vue de son maître, Ôla son turban, et se jetant à genoux, se couvrit trois fois la tête de poussière; mais le roi, qui n’était plus qu’à dix pas, lui fit porter ses ordres par un de ses guiriots militaires. Le condi, apr les avoir reçus dans la même situation , se couvrit la tête, et fit commencer les exercices. Ensuite il reprit sa première posture, en attendant de nouveaux ordres qu'il reçut encore, et qui ne produisirent que des mouvemens fort irréguliers.
Les serpens sont fort communs dans tout le pays, depuis Rufisque jusqu'à Bieurt. Ils sont extrême ment gros, et leur morsure est fort dangereuse. Les grisgris passent dans l'esprit des Négres pour un charme tout-puissant contre ces terribles animaux
-on dit, est 1S Ces cotes le d’amuletqui en est le parce qu'il'a
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DES VOYAGES. 557 Les voyageurs remarquent qu'il y a une espèce de sympathie entre les serpens et les Nègres. On voit ces monstres se glisser librement dans les cabanes où 1ls dévorent les rats et quelquefois la volaille. S'il arrive qu'un Nègre soit mordu, il applique aussitôt le feu à la partie brûlée , ou la couvre de poudre à tirer, qu'il brûle dessus. Il s’y fait une cicaice qui fixe le venin, lorsque le remède est assez promptement employé; mais s’il vient trop tard, la mort estinfaillible. La nation des Sérères n’est pas familière avec les serpens que les autres Nègres, parce que n'ayant pas de marabouts ni de grisgris, elle ne se fie qu'à ses précautions pour s’en garantir. Elle leur déclare une guerre ouverte, avec des trap-
pes qu’elle tend avec beaucoup d'adresse, et qui en
prennent un grand nombre. Elle mange leur chair qu'elle trouve excellente.
Plusieurs de ces serpens ont jusqu’à vingt-cinq rieds de long, sur un pied et demi de diamètre ; mais les Nègres prétendent que les plus grands sont moins à craindre que ceux qui n’ont que deux pouces
| d'épaisseur, et quatre ou cinq pieds de longueur.
On a du moins plus de facilité à éviter les premiers, parce qu'ils peuvent être aperçus de plus loin, et qu'ils n’ont pas tant d’agilité que les petits. IE y en a de verts qu’on a peine à distinguer dans l'herbe. D'autres sont tachetés, ou semblent briller de difrentes couleurs. On prétend qu'il s'en trouve de rouges, dont les blessures sont incurables. Les plus grands ennemis des serpens sont les aigles, dont le
nombre est fort grand dans le pays. 1] ne s’en tronve pas de si gros dans aucune région du monde; mais il n’y a pas de lieu non plus où leur repos soit moins troublé ; car la pointe des flèches ne fait pas plus d'impression sur eux que la morsure des serpens, |] faut que leurs plumes soient extrêmement fermes et serrées. Ils portent un serpent entre leurs griffes, et le mettent en pièces pour servir de nourriture aux aiglons, sans en recevoir le moindre mal.
Les huttes des habitans sont de paille, mais plus ou moins commodes, suivant l’industrie du possesseur. La forme en est ronde. Elles n’ont pour porte qu'un trou fort bas, comme la gueule d’un four, de sorte qu'ils ne peuvent y entrer qu'en rampant, Comme elles n’ont pas d'autre ouverture pour rece.k voir la lumière, et que le feu qu’on y entretient continuellement répand une épaisse fumée, il n'ya an monde que des Négres qui puissent les habiter, surtout à cause de la chaleur, qui vient égalemen de la voûte, et d’un fond de sable brûlé qui en fa le plancher. Leurs lits sont composés de pet pieux placés à deux doigts l’un de l’autre, et joint ensemble per une corde ; aux quatre coins, d'autre pieux un peu plus gros servent à soutenir tout l'édi fice. Les Nègres de quelque distinction mettent un natte sur ces châlits.
Brue éprouva à son tour les perfidies du dame Ce prince, persuadé comme tous les rois négres besoin qu’avaient les Européens de commercer Afrique et d’y cherclier des esclaves, ne songeak
ne s’en trouve monde ; mais 4 pos soit moins
e fait pas plus des serpens. Il ment fermes et eurs griffes, et nourriture aux > mal.
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DÉS VOYAGES, 359 qu'à “ettre au plus haut prix possible la permission qu'il accordait à ses sujets de leur fournir des vivres et de faire des échanges avec eux. Il faisait sans cesse de nouvelles demandes à la Compagnie, qui étaient ou rejetées ou éludées. Des brouilleries passagères occasionnaient des réconciliations ou de nouveaux traités toujours accompagnés, suivant l'usage, de présens et de quelques barils d’eau-de-vie. La con= enrrence des marchands anglais que Brue voulait écarter rendit le damel encore plus fier et plus exigeant. Enfin il alla jusqu’à faire arrêter Brue en trahison. Il fallut payer une somme pour lui faire rendre la liberté, et peut-être pour lui sauver la vie, Car le damel menacçait de lui couper la tête. Brue s'en vengea en éloignant de la côte tous les vaisseaux qui voulaient en approcher pour faire le commerce; mais 1] fallut encore faire la paix, et Brue formait de nouveaux projets de vengeance , lorsqu'il fut rappelé dans sa patrie.
Dans un autre voyage sur le fleuve Sénégal, Brue visita le pays des Foulas et leur empereur, qui se nomme Siratik, nom que quelques voyageurs donnent aussi à ses états. Le fleuve Sénégal, en remontant depuis son embouchure jusqu'aux cataractes de Felou dans le royaume de Galam, audelà desquelles on n’a pas remonté, arrose dans son cours tortueux le pays des Foulas, celui des lolofs, des Mandingues et de Bambouk. Nous verrons le voyageur Brue pénétrer jusqu'à Galam, en suivant toujours la navigation du fleuve.
56o HISTOIRE GÉNÉRALE
Brue reçut dans son voyage un exprès du siratik pour lui apprendre l’impatience que ce prince avait de le voir, ou plutôt de recevoir le payement de ses droits. Il continua sa navigation jusqu’au village de Bourty, à l’extrémité orientale de l’île au Morfil , qui est séparée de l’île de Bilbas par un bras du Sénégal. L'île de Bilbas est longue d’environ trente cinq lieues sur deux et quatre de largeur. Le terroir ressemble beaucoup à celui de l’île au Morfil. Son | principal commerce consiste aussi dans la multi. À tude des dents d’éléphans, qui s’achetent sur le pied de six sous pour le poids de dix livres. Les cuirs se donnent à quarante sous pièce ; les moutons et les chèvres pour trois sous , et les autres alimens à pro. poruon ; mais si les Neègres font un présent, il s'apprêtent à recevoir le double. Par exemple, s'ils vous donnent un bœuf, ils s’attendent à recevoir cinq ou six aunes d’étoffe ; au lieu que si vous l'ache. tiez au marché, il ne vous coûterait que vingt ou trente sous.
En arrivant au port de Ghiorel, situé vis-à-vis l'ile de Bilbas , centre du commerce de ce canton, Brue fit tirer trois coups de canon pour annoncer son arrivée. À peine eut-il mouillé l’ancre, qu'il recut la visite du seigneur du village nommé Farba- Ghiorel (1). Ce Négre, qui était oncle du siratik, et qui avait toujours eu beaucoup d'affection pour
(a) Les Nègres, maîtres des villages, joignent le nom de leur seigneurie à celui de leur famille, ou à leur nom propre.
s du siratik prince avait ement de ses au Village de e au Morfil, un bras du viron trentear. Le terroir 1 Morfil. Son !
ans la mulu- À ntsur le pied . Les cuirs se ioutons et les alimens à pro- 1 présent, ils exemple, sil ent à recevoir si vous l'ache.
que vingt ou
Situé vis-à-vis de ce canton, our annoncer
l'ancre, quil nommé Farbacle du siratk, affection pour
ignent le nom de leur nom propre:
les Français, fut reçu d’eux avec beaucoup de civilité. Il promit au général de dépêcher sur-le-champ un exprès au roi son neveu. Dés le même soir, Boucar Siré, un des fils du siratik, qui avait ses terres entre Ghiorel et Goumel, résidence de son pére, se rendit à bord , et répondit au général de l'amitié que ce roi avait concue pour lui sur la seule réputation de son mérite. Ce compliment fut accompagné d'un présent de deux bœufs gras ct d’une petite boîte d’or du poids d’une once. Le général fit aussi ses présens au prince, et le salua de plusieurs coups de canon à son départ. Ensuite, ayant fait descendre ses facteurs pour commencer le commerce, il trouva dans le village tant d’avidité pour ses marchandises, que ses barques furent bientôt chargées des productions du pays.
Le siratik n'eut pas plus tôt appris l’arrivée des Français, qu’il fit complimenter Brue par son grand bouquenet, c'està-dire, par le grand-maître de sa maison. Cet officier était un vieillard vénérable, de fort belle taille, avec la barbe et les cheveux gris, ce qui marque, parmi les Nègres , une vieillesse fort avancée ; mais il n’en paraissait pas moins vigoureux ni moins vif, et moins poli : son nom était Baba Milé. Après les premiers complimens, 1l reçut le payement des droits et les présens annuels; c'étaient des étoffes noires et blanches de coton, quelques pièces de drap et de serge écarlate, du corail, de l’ambre jaune, du fer en barre, des chaudrons de cuivre, du sucre, de l'eau-de-vie, des
LS
épices, de la vaisselle, et quelques piécesde monnaie d'argent au coin de Hollande , avec un surtout de drap écarlate à la manière de Brandebourg , et deux boîtes pour renfermer la plus précieuse partie du présent. Le bouquenet reçut aussi les droits qui revenaient aux femmes du prince, et qui montaient à la moitié des premiers, sans oublier ce qui lui revenait à lui-même. Le kamalingo , ou le lieutenant général du roi, qui est ordinairement l'héritier présomptif de la couronne, vint recevoir à son tour le présent ou le droit annuel qui lui devait être payé. Tous ces présens pouvaient monter à la valeur de quinze ou dix-huit cents livres. Ensuite le bouquenet offrit au général, de la part du roi, trois grands bœufs ; et l'ayant invité à se rendre à la cour, il fit paraître les officiers qui étaient nommés pour le conduire. On avait déjà préparé un grand nombre de chevaux pour les gens de sa suite, et des chameaux pour transporter son bagage.
Le jour suivant, Brue prit terre au bruit de son canon, et se mit en marche pour la cour du siratik. Son cortége était composé de six de ses facteurs, deux interprètes, deux trompettes, deux haut-bois, et quelques domestiques, avec douze laptots, ou Nègres libres, bien armés. I] traversa un pays fort uni et bien cultivé, plein de villages et de petits bois. En approchant de Boucar, il découvrit de vastes prairies , dont les parties b'sses se sentaient déjà de l’inondation qui commencait à gagner dans le pays. Ce qui restait de terrain sec était si couvert
monnaie
rtout de
, et deux partie du jroits qui ontaient
e qui lui le lieuteent l’hérivoir à son lui devait onter à la s. Ensuite rt du roi, rendre à la nt nommés é un grand uite, et des
ruit de son r du siratk.
es facteurs, x haut-bois, laptots, ou an pays fort et de petits écouvrit de se sentaient gagner dans nt si couvert
de toutes sortes de bestiaux , que les guides du général avaient peine à lui faire trouver un passage : le convoi ne put arriver à Boucar qu’àl'entrée dela nuit.
Le prince Siré, à qui le village appartenait, vint au-devant des Français, à la tête de trente chevaux : aussitôt qu'il eut aperçu le général, ils'avança au grand galop, en secouant sa zagaïe , comme s’il eût voulu la lancer; Brue l'aborda de la même manière , c'est-à-dire avec le pistolet en joue. Mais lorsqu'ils furent près l’un de l’autre, ils mirent pied à terre et s’'embrassérent; ensuite , étant remontés à cheval, ils entrèrent dans le village , et le prince conduisit son hôte dans une maison qu'il avait fait préparer pour lui , dans le même enclos que celui de ses femmes. Après l'avoir introduit dans son appartement, il le laissa seul ; mais, au même moment, le général fut conduit à l'audience de Ja princesse : elle lui parut d’une taille médiocre, mais très-bien faite, jeune et fort agréable; ses traits étaient réguliers, ses yeux vifs et bien fendus, sa
bouche petite et ses dents extrêmement blanches;
son teint couleur d'olive aurait beaucoup diminué les agrémens de sa figure, si elle n’eût pris soin de la relever avec un peu de rouge.
Elle reçut Brue fort civilement, et le remercia de ses présens avec beaucoup de grâce. Il fit successivement sa visite à deux ou trois autres femmes du prince; après quoi, retournant auprés de lui, 1l y passa le temps jusqu’à l'heure du souper; il fut reconduit alors dans son appartement, où il trouva
plusieurs plats de couscous, du sanglet, des fruits et du lait en abondance, qui lui étaient envoyés par les femmes du prince. Quoiqu'il se fût fait préparer à souper par un cuisinier de sa nation, la civilité lui fit goûter de tous les mets africains, Aprés qu’il eut sonpé, le prince vint, s’assit sans cérémonie, mangea quelque chose du dessert, but plusieurs coups de vin et d'eau-de-vie, et se mit à fumer avec lui, jusqu’à ce qu’on füt venu l’avertir que tout était prêt pour le folgar ou le bal. L’assemblée était composée de toute la jeunesse du village, qui danse et chante, tanlis que les plus âgés sont assis sur des nattes autour de celle où se fait le folgar : ils s'y entretiennent agréablement; et cette conversation, dont ils font un de leurs plus grands plaisirs , s'appelle Kader : chacun parle librement. C'est dans ces cercles qu’on remarque, disent les voyageurs, l'étendue surprenante de leur mémoire, et combien ils feraient de progrès dans les sciences, si leurs talens naturels étaient cultivés par l'étude, Je croirais volontiers que cette admiration des voyageurs était un préjugé qui en remplaçait un autre, Ils s'imaginaient d’abord trouver dans les Nègres
des animaux stupides, et tout surpris de voir qu’on peut être noir et avoir de l'intelligence, ils finissaient par estimer trop ce qu’ils avaient trop méprisé : ces Nègres, sans doute, sont susceptibles de culture; mais l’infériorité naturelle de cette race d'hommes paraît démontrée par une longue expérience et par les plus sûrs témoignages.
des fruits envoyés t fait préauon, la africains.
'assit sans ssert, but t se mit à vertir que assemblée llage, qui ; sont ass1s le folgar :
cette conlus grands librement.
disent les mémoire, »s sCIenCes, par l'étude.
pn des voyait un autre, les Négres > voir qu'on , 1s finis-
op méprisé :
de culture; e d'hommes rence et par
Le village de Boucar est situé sur une petite éminence, au centre d’une grande plaine. L'air v est fort sain , les maisons ressemblent à toutes celles du pays ; elles sont rondes, et se terminent en pointe, comme nos glacières de France ; les fenêtres en sont fort petites, apparemment pour se garantir des moucherons, qui sont extrêmement incommodes dans tous les pays bas. Le folyar auquel Brue fat invité se ünt au milieu du village ; il dura deux heures, et ne fut interrompu que par une pluie violente, qui força tout le monde de se mettre à couvert.
Le lendemain, on vint, de la part du prince, s'informer de la santé du générai ; cette politesse fut suivie du déjeüner. Le prince ayant envoyé du couscous et du lait, parut aussitôt lui-même , et se mit à table avec Brue ; ensuite ils partirent ensemble, escortés d'environ quarante chevaux. La route se trouva remplie d’une foule de peuple, qui s'était rassembiée de tous les lieux voisins, pour voir ies Européens et pour entendre leur musique. En approchant de Goumel , Brue vit venir à sa rencontre le kamalingo, suivi de vingt cavaliers, qui le complimentérent au nom du siratik. Ce grand officier de la couronne portait des hauts-de-chausses fort larges , avec une chemise de coton, dont la forme ressemblait à celle de nos surplis. Autour de la ceinture , il avait un large ceinturon de drap écarlite, d’où pendait un cimeterre dont la poignée dait garnie d’or. Son chapeau et son habit étaient
revêtus de grisgris ; et dans sa main, il portait une longue zagaie. Le général le reçut avec une décharge de sa mousqueterie. Ils continuérent leur marche, et traversérent le village de Goumel pour se rendre au palais du roi , qui en est éloigné d’une demi-lieue.
La demeure de ce prince est composée d’un grand nombre de cabanes, qui sont environnées d'un enclos de roseaux verts entrelacés, défendu par une haie vive d’épines noires si serrée, que le passage en est impossible aux bêtes sauvages. Le roi, informé de l'approche du général, envoya les principaux seigneurs de sa cour au-devant de lui; de sorte qu’en arrivant au palais, son train était d'environ trois cents chevaux. Tout ce cortége descendit à la première porte, excepté le général, le prince Siré et le kamalingo, qui entrèrent à cheval, et qui ne mirent pied à terre qu’à deux pas de Ja salle d'audience.
Brue trouva le sirauk assis sur un lit, avec quelques-unes de ses femmes et de ses filles, qui étaient à terre sur des nattes. Ce prince se leva, fit quelques pas au-devant de lui, la tête découverte, lui donna plusieurs fois la main , et le fit asseoir à ses côtés. On appela un interprète ; alors Brue déclara qu'il était venu pour renouveler l'alliance qui sub-
sistait depuis un temps immémorial eñtre le siratik et la Compagnie française ; 1l protesta que, dans toutes sortes d'occasions, la Compagnie était prête à l'aider de toutes ses forces, Il insista sur les avan-
rtait une une déent leur mel pour né d'une
sée d’un vironnées . défendu 1e, que le vages. Le envoya les int de lui; train était priége desgénéral, le it à cheval,
Kk pas de Ja
avec quelqui étaient à , fit queluverte , lui sseoir à Ses rue déclara ce qui subre le siratik
que y dans e était prêté sur les avan-
DES VOYAGES. 367 tages que les sujets du prince üiraient de cet heureux commerce; et, pour conclusion , il l'assura de ses sentimens particuliers de respect et de zèle. Pendant que l'interprète expliquait ce discours, Brue observa que la satisfaction du sirauk s’exprimait sur son visage ; il prit plusieurs fois la main du général pour la presser contre sa poitrine. Ses femmes et ses courtisans répétaient avec la même joie : Les Français sont ur:< bonne nation : ils sont nos amis.
Le siratik répondit d’un ton fort civil, qu'il rendait grâces au général d’être venu de si loin pour le voir, qu'il avait une véritable affection pour la Compagnie et pour sa personneen particulier, qu’il voulait oublier quelques sujets de plainte qu'il avait recus des agens de la Compagnie; que, dans la confiance qu'il prenait à son caractère, il lui accordait la hiberté d'établir des comptoirs dans toute l'étendue de ses états, et de bâtir des forts pour leur sûreté. Enfin il conclut, en assurant les Français de sa faveur et de sa protection. Il combla le général de caresses ; il lui fit l'honneur de le faire fumer dans sa propre pipe; enfin il le reconduisit lui-même jusqu’à la porte de la salle.
Deux ofliciers, qui étaient à l’attendre, le menérent ensuite à l'audience des reines et des princesses, filles du roi. Il fit à toutes ces dames des présens moins considérables par le prix que par leur nouveauté. Une des reines ayant observé que pendant l'audience du sirauik 11 avait regardé
avec beaucoup d'attention une jeune princesse de dix-sept ans, qui était sa fille, s’imagina qu'il avait pris de l'amour pour elle, et proposa au roi de la lui donner en mariage. Ce prince y consentit aussitôt, et fit offrir au général les premiers postes de son royaume avec un grand nombie d'esclaves.
Brue s’excusa sur ce qu'étant marié, sa religion ne Jui permettait d’avoir qu’une femme : cette réponse fit naître quantité de réflexions et de discours entre les dames nègres sur le bonheur des femmes de l’Europe. Elles demandérent à Brue comment il pouvait vivre si long-temps sans la sienne, et ce qu'il pensait de sa fidélité dans uue si longue absence.
Le lendemain , ie siratik se rendit à la salle d'audience pour y administrer la justice à ses sujets. Brue, curieux d'assister à ce nouveau spectacle, obtint d’être placé dans un lieu où 1l pouvait tout voir sans être aperçu. Il trouva le siraük environné de dix vieillards, qui écoutaient les parties séparément et qui lui rapportaient ce qu'ils avaient entendu. Après quoi ce prince , sur l'avis des mêmes conseillers, prononçait la décision. Elle était exécutée sur-le-champ. Brue n'aperçut point d'avocat ni de procureur; chacun plaidait sa propre cause. Dans les causes civiles, 1l revient au roi un tiers des dommages. Il ÿ a peu de crimes capitaux parmi les Nègres. Le meurtre et la trahison sont les seuls qui soient punis de mort. La punition ordinaire est le bannissement, c'est-à-dire que le roi vend les
cesse de d'il avait oi de la Lit aussiostes de esclaves.
higion ne > réponse discours s femmes comment ienne, et si longue
à la salle ses sujets.
spectacle, puvait tout environné ies séparéivaient en des mêmes était exent d'avocat ppre cause.
oi un tiers itaux parmi nt les seuls rdinaire est i vend les
coupables à la Compagnie, et dispose de leurs effets à son gré. Un débiteur insolvable est vendu avec toute sa famille jusqu’à la pleine satisfiction du créancier, et le roi tire son ticrs dans cette vente.
Quoique ce canton ne füt pas le plus fertile du pays, la culinre y faisait régner l'abondance. Les habitans sont beaucoup plus industrieux que le commun des Nègres. Ils font un commerce consisidérable avec les Maures du désert.
L'or qui se trouve dans le pays des Foulas leur vient de Galam ; car il ne paraît pas qu'il y ait des mines dans les états du siratik : mais ils ont l'ivoire en abondance. Le pays au sud de la rivière est remph d'éléphans, comme le côté du nord l’est de panthères , de lions, et d’autres animaux féroces. Ces peuples ont aussi quantité d'esclaves , autant de leur propre contrée que des régions voisines, Quoiqu'ils les emploient à cultiver leurs terres, la néœessité les force quelquefois de les vendre.
Le pays des Foulas , depuis le lac de Cayor jusqu'au village de Dembakané, c’est-à-dire, de l'ouest il'est, a près de cent quatre-vingt-seize lieues. On imore étymologie de leur nom. La plupart sont d'une couleur fort basanée ; mais on n'en voit pas qui soient d'un beau noir, tel que celui des lolofs au sud de la rivière. On prétend que leurs alliances avec les Maures ont imbu leur esprit d’une tein= ture de mahométisme, et leur peau de cette couleur imparfaite. Ils ne sont pas non plus si hauts isi robustes que les Iolofs. Leur taille est médiocre,
Tres
quoique fort bien prise et fort aisée. Avec un air assez délicat, ils ne laissent pas d’être propres 4
travail.
Ils aiment la chasse , et l’exercent avec beaucoup
d’habileté. Leur pays est rempli de toutes sortes d'animaux, depuis l'éléphant jusqu’au lapin. Outre le sabre et la zagaie , ils se servent fort adroïtement de l’arc et des flèches. Ceux qui ont appris des Français l’usage des armes à feu, s’en servent aussi avec une adresse surprenante. Ils ont l'esprit plus vif que les folofs et les manières plus civiles. Ils sont passionnés pour les merceries de l'Europe, et cette raison les rend fort caressans à l'égard de tous les marchands.
Ils aiment la musique, et les personnes du premier rang se font lionneur de savoir toucher de quelque instrument , tandis que les princes et les seigneurs 10lofs regarüent cet exercice comme 1n opprobre. Ils en ont de plusieurs sortes, et leur | symphonie n’est pas sans agrément. Leur inclin:- | tion pour la danse leur est commune avec tous les Négres. Après des jours entiers d’un travail ou d'une chasse pénible, trois ou quatre heures de danse servent à les rafraîchir.
Leur habillement ressemble beaucoup à celui des | Lolofs ; mais 1ls sont plus curieux dans le choix de leurs étoffes. Leurs voisins donnent la préférence au rouge; le jaune est leur couleur favorite. Les femmes ne sont pas de haute taille, mais elles sont bien faites, belles, et d'une complexion délicate.
vec un air JrOpres at
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nnes du prer toucher de rinces et les e comme tn brtes, et leur Leur inclina- , avec tous les avail ou d'une res de danse
oup à celui des |
ns le choix de la préférence favorite. Les mais elles sont exion délicate.
Brue traversa une seconde fois les états du siratik pour aller jusqu'au royaume de Galam.
Il partit du fort Saint-Louis avec deux barques, une grande chaloupe et quelques canots chargés de marchandises les plus propres au commerce, et d’une provision de vivres pour trois mois. Les gens de son cortége étaient choisis. Quoiqu'il lui manquât quelques marchandises particulières, stipulées dans les articles du traité, pour le payement des droits, et que les princes nègres soient scrupuleuscment attachés à ces conventions, il se flatta que la réputation qu'il s'était établie par sa conduite leur ferait agréer tout ce qu'il voudrait offrir.
Sa petite flotte alla mouiller dans le du Rocher, où le général français avait établi un comptoir l'année d’auparavant. Mais, trouvant que les Maures y étaient venus, et qu'ils avaient emporté toute la charpente du magasin, il prit le parti d'abandonner un poste si dangereux pour transporter le comptoir à Oualaldei , situé quinze lieues plus bas.
Entre ces deux postes, le pays est coupé par de grands fonds, où les lions et les éléphans se rassenblent en grand nombre. Les éléphans sont si peu rouches, qu'ils ne s’effraient pas de la vue des horuines, et qu'ils ne leur font aucun mal, s'ils ne sont attaqués les premiers. Ces fonds, ou terres basses, produisent des épines d’une prodigieuse hauteur, qui portent des fleurs d’un beau jaune et d’une odeur fort agréable. Ce qu'il y a de surprenant, c'est que l'écorce de ces épines étant de différentes
couleurs, l’une rouge, l’autre blanche, noire ou verte, et la couleur du bois étant presque la même que celle de l'écorce, toutes les fleurs ne laissent pas d’avoir une parfaite ressemblance. Elles forme. raient le plus bel ombrage du monde, s’il était poss'ble d’en jouir sans être cruellement tourmenté par les chenilles rouges dont elles sont couvertes, et qui forment des pustules sur tous les endroits de la peau où elles tombent. Le seul remède est de laver les parties infectées avec de l’eau fraîche, qui dissipe tout à la fois l’enflure et la douleur. Le bois des épines est si dur et si serré, que l’auteur le prit pour une espèce d'ébène.
Brue arriva à Ghiorel. Le siratik le pria de lui prêter quelques laptots pour l'accompagner à l: chasse d’un lion, qui avait fait depuis peu de grands ravages dans le pays. Brue lui en accorda quatre. S’étant joint aux chasseurs du roi, ils trouvèrent ce furieux animal, qui se défendit avec tout le courage qu'il a reçu de la nature. Il tua deux Nègres, il en blessa dangereusement un troisième, qu'il aurait achevé, si, du coup le plus heureux, un des laptots du général ne l’eùt tué sur-le-champ. 11 fut porté au palais comme en triomphe, et le roi fit présent de sa peau au général. C'était un des plus grands lions qu’on eût jamais vus dans le pays. Ce combat en rappelle un autre rapporté par Jannequin, et qui prouve avec quelle intrépidité les Nègres attaquent ces animaux formidables si bien armés par la
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noire ou > la même ne luissent les forme- 1 était posrmenté par uvertes, et droits de la est de laver 1e, qui disur. Le bois uteur le prit
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«Le chef d'unedestribus du désert, voulant faire connaître son courage et son adresse aux Français, les fit monter sur quelques arbres, près d’un bo‘« fort fréquenté des bêtes farouches. 11 montait un excellent cheval, et ses armes n'étaient que trois javelines que les Nègres appellent zagaies , avec un coutelas à la mauresque. Il entra dans la forêt, où, rencontrant bientôt un lion, il lui fit une blessure. Le fier animal accourut vers son ennemi, qui feignit de fuir pour l’attirer dans l'endroit où il avait placé les Français. Alors le kamalingo tournant tout d'un coup, l’attendit d’un air ferme, et lui lança une seconde javeline qui lui percça le corps. Il descendit aussitôt; et, prenant un épieu, il alla audevant du lion, qui venait à lui la gueule onverte, avec un furieux rugissement; il lui enfonça son épieu dans la gueule même. Ensuite, sautant sur lui, le sabre à la main, 1l lui coupa la gorge. Après sa victoire, qui ne lui coûta qu'une légere blessure à la cuisse, il prit quelques poils du lion, et les attacha comme un trophée à son turban. » Jannequin confesse que ces Nègres du désert l’emportent tellement sur les Européens, pour la force et le courage, qu'un de ces barbares renversait aisément d'une seule main le plus robuste des Français; de sorte que, s’il était question d’en venir aux coups dans un combat d'homme à homme, il ne doute pas que l'avantage ne demeurûât toujours aux Négres. Le courage est d'habitude comme toutes les qualités de l'âme. Les Nègres sont familiarisés, en
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quelque sorte, avec ces animaux féroces dont leur pays est peuplé, et dont l'aspect épouvanterait peut. être nos plus braves guerriers, accoutumés à braver d’autres dangers. Les Nègres ont su dompter ces monstres terribles, et n’ont pas su échapper à leurs tyrans, qui ont subjugué leur imagination après les avoir enchaînés par la force d’un art meurtrier, Notre plus grand avantage sur eux, est l'idée qu'ils ont de notre supériorité , et l'habitude où ils sont de craindre et de servir les Européens.
Brue partit de Ghiorel, et continua de remonter le Sénégal jusqu’au village de Dembakané, près des frontières du royaume de Galam ; mais il eut, dans cet intervalle, un spectacle fort étrange. Tout d'un coup le soleil fut éclipsé par un nuage épais pendant l'espace d’un quart d'heure. Les Français reconnurent bientôt que c'était une légion de sauterelles, En passant au-dessus de la barque, elles la con-
4 ] 4 n vrirent d’excrémens. Quelques-uns de ces animaux
étant tombés dans le même temps, 1ls parurent entièrement verts, plus longs et plus épais que le petit doigt, avec deux dents effilées et trés-prapres à la destruction. Cette terrible armée fut plus de deux heures à traverser la rivière. Bruce n'apprit pas qu'elle eût causé beaucoup de mal dans le pays. Il supposa qu'un vent de sud-est, qui s'éleva aussitôt et qui devint fort violent, la poussa vers le d'sert, au nord du Sénégal, où elle périt apparemment faute de subsistance.
Les rives du Sénégal, depuis Dembakancé jusqu'à
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Tuabo, sont couvertes de ronces fort piquantes elles ont la forme de l’if, et le nombre en est : grand , qu'elles ne permettent pas de marcher le long de la rivière pour tirer les barques contre le courant. En arrivant à Tuabo, Brue trouva une nouvelle espèce de singes, d'un rouge si vif, qu’on l'aurait pris pour une peinture de l’art : ils sont fort gros et moins adroits que les autres singes. Les Nègres les nomment paias, et paraissent persuadés que c’est une sorte d'hommes sauvages qui refusent de parler, dans la crainte d’être forcés au travail et vendus pour l'esclavage. Rien n’est si divertissant. Il descendaient du haut des arbres jusqu’à l’extrémité des branches, pour admirer les barques à leur passage. Ils les considéraient quelque temps; et, paraissant s’entretenir de ce qu'ils avaient vu, ils abandonnaient la place à ceux qui arrivaient après eux. Quelques-uns devinrent familiers jusqu’à jeter des branches sèches aux Français, qui leur répondirent à coups de fusil. Il en tomba quelques-uns ; d’autres demeurerent blessés, et tout le reste tomba dans une étrange consternation. Une partie se mit à pousser des cris affreux ; une autre à ramasser des pierres pour les jeter à leurs ennemis; quelquesuns se vidérent le ventre dans leurs mains, et s'eflorcerent d'envoyer ce présent aux spectateurs ; mais s’apercevant à la fin que le combat était inégal, ils prirent le parti de se retirer.
Un marabout, que le général avait rencontré à Tuabo , et qui avaii consenti à l'accompagner, parce
376 HISTOIRE CÉNÉRALE
qu’il savait plusieurs langues de différentes nations du pays, lui apprit qu'il était arrivé depuis peu une grande révolution dans le royaume de Galaim, par la déposition de Tonka Mouka, dernier roi de cette contrée, et par l'élévation de Tonka Boukari sur le trône. Brue feignit de ne pas croire ce récit, et sa crut obligé, pour l'intérêt de la Compagnie, de payer les droits aux deux concurrens.
Cependart il trouva la confirmation de cette nou. velle en arrivant à Ghiam. Mais il fut beancoup plus frappé de la visite d'un homme qui se faisait nom. mer le roi des abeilles. En effet, elles le suivaient comme les moutons suivent leur berger. Il en avait le corps si couvert, surtout la tête, qu'on aurait cru qu'elles en sortaient. Elles ne lui faisaient aucun mal, ni à ceux qui se trouvaient avec lui. Lorsqu'il se sépara des Français, elles le suivirent comme leur général ; car, outre celles qui fourmillaient sur son corps, il en avait des millions à sa suite (1). Ghiam fut un lieu de merveille pour la caravane française, On leur fit voir sur les mêmes arbres que les patas fréquentaient, un grand nombre de serpens de l’espèce des vipéres. Le chirurgien du général en tua un ; et l'ayant mesuré, il lui trouva neuf pieds de long sur quatre pouces de diamètre. Les Nôgres s'imsginent que les serpens de la race de celui qu'on
(1) Nous avons vu, il y a quelques années, un homme qui avait le même secret, e:. qui en fit l'expérience devant l'Académie des Sciences de l’aris.
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a tué ne manquent pas de venger sa mort sur quelque parent du meurtrier. Mais ce qui est remarquable, c'est que les singes vivent en parfaite intelligence avec ces monstrueux reptiles. La riviére abonde, à Ghiam, en crocodiles beaucoup plus gros et plus dangereux que ceux qui se trouvent à l'embouchure. Les laptots du général en prirent un de vingt-cinq pieds de long, à la grande joie des habitans, qui se figurèrent que c'était le père de tous les autres, et que sa mort jetterait l’effroi parmi tous les monstres de sa race.
Brue visita Dramanet , ville fort peuplée, sur la rive sud du Sénégal ; elle n’a pas moins de quatre mille habitans, la plupart mahométans, les plus justes et les plus habiles négocians qu’on connaisse entre les Nègres. Leur commerce s'étend jusqu'à Tombouctou, qui, suivant leur calcul, est cinq cents lieues plus loin dans les terres. Ils en apportent de l'or et des esclaves Bambarras, qui tirent ce non du pays de Bambarra-kana, d’où ils sont amenés. C'est une grande région située entre Tombouctou ct Casson , fort peuplée, quoique stérile, et peu connue d’ailleurs des géographes. Les marchands de Dramanet font quelque trafic d’or avec les Français du Sénégal , mais ils en portent la plus grande partie aux Anglais de la rivière de Gambie.
Pendant que Brue envoyait reconnaître la riviére de F'alémé, qui se jette dans celle de Sénégal, 1l prit la résolution de visiter les cataractes de Felou. Ces cataractes sont formées par un rocher qui coupe
enticrement la rivière, et d’où elle tombe, avecun bruit épouvantable, de la hauteur d'environ quarante brasses. Les montagnes qui préparent cette chute d'eau commencent à une demi-lieue du village de Felou , et rendent le pays presque inacces. sible. Le courant même de la rivière au-dessus de la cataracte est interrompu par quantité de rocs qui le rendent dangereux pour les canots, surtout pour ceux des Nègres, qui ne sont pas partout aussi bons matelots que bons nageurs. Brue laissa ses barques deux lienes au-dessous du rocher de Felou, et fit le reste du chemin à pied jusqu'aux cataractes , où se termine le royaume de Galam.
Au nord et au nord-ouest, il est borné par le désert de Sahara, où les Maures habitent, et par quelques villages des Foulas de la dépendance du siratik ; à l’est et au nord-est, ses bornes sont le royaume de Casson.
Le ütre du roi de Galam est Tonka, qui signifie roi. Les principaux seigneurs du pays, qui sont autant de petits rois lorsqu'ils ont pu parvenir au gonvernement d'un village, se font nommer Siboyez, Le commun des habitans porte le nom de Saracolez, tiré sans doute du lieu même de leur habitation, parce qu’en langage du pays, colez signifie riviere. Ils sont inquiets et turbulens, capables de détrôner leurs rois sur les moindres prétextes ; paresseux d'ailleurs, et si peu portés à s'éloigner de leur pays, que leurs plus longues courses ne vont gutre au-delà de Djaga, cinq journées au-dessus du
Je, avec un viron quaarent cette eue du vilue inaccesdessus de la : rocs qui le artout pour t aussi bons ses barques ou , et fit le actes , Où se
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qui signifie qui sont auenir au gouer Siboyez.
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colez signifie
capables de rélextes ; pas'éloigner de Arses ne vont au-dessus du
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rocher de Felon, ou au-delà de Bambouk, grande contrée au sud, qui mérite des observations particulières dans un article séparé. Ils amènentdes esclaves de Djaga, et de Bambouk ils apportent de l'or.
La nation qu’on appelle les Mandingues est originaire de Djaga; mais elle s'est établie dans le pays de Galam , où elle est devenue fort nombreuse, avec assez d'union pour former une espèce de république, qui n’a pas plus de considération pour le roi qu’elle ne Juge à propos. Tout le commerce du pays est entre les mains des Mandingues : ils l’étendent dans les royaumes voisins ; et n'étant pas moins ardens pour la religion de Mahomet que pour les richesses, ils font gloire d'être tout à la fois marchands et missionnaires; 1ls se qualifient tous du nom de mor bouts, que les Français ont changé en celui de marabouts, c'est-à-dire religieux et prédicateurs. Si l'on excepte les vices propres aux Nègres , il y a peu de reproches à faire à leur nation : elle est douce, civile , amie des étrangers , fidèle à ses promesses, Jaborieuse , industrieuse, capable, dit-on, de tous les arts et de toutes les sciences; cependant tout leur savoir consiste à lire et à écrire l'arabe. On a peine à jnger si c'est par inclination qu'ils aiment les étrangers, ou pour les profits qu'ils tirent d'eux par le commerce.
Les hahitans naturels du pays de Bambouk, qui se nomment Malincops, ont recu aussi les Mandingues , et les ont même incorporés avec eux, Jusqu'à ne former qu'une même nation, où la religion,
les mœurs et les usages des Mandingues ont st abso. lument prévalu, qu'il n’y reste aucune trace des anciens Malinkops.
Mais outre le pays de Djaga , d'où sont venus les Mandingues du royaume de Galam, on trouve au sud de Bambouk une vaste contrée , ou un royaume qui porte leur nom. Cette région , nommée Man. dinga, estextrêémement peuplée , d'autant plus que les femmes y sont d'une rare fécondité, et qu’on n'en tire aucun esclave ; on n’y vend dun moins que les criminels. La quantité d'habitans s’est quelque. fois trouvée si excessive, qu'il s'en est formé des colonies dans diverses parties de l'Afrique, surtout dans le pays où le commerce est en honneur ; telle est l'origine des Mandingues de Galam, de Bambouk et de plusieurs autres lieux.
Des cataractes de Felou jusqu’à celles de Govina, la distance est d'environ quarante lieues. Au saut de Felou, la rivière se trouve comme pressée entre deux hautes montagnes, non que le canal n’ait assez de largeur; mais 1l est rempli de rocs au travers desquels il semble que l’eau se soit ouvert un passage par force en charriant toute la terre qui les environne : elle coule ainsi par cent boyaux fort rapides, dont aucun ne parait navigable. Au-delà de ces détroits, on trouve unc belle île sans nom, vis-à-vis le village de Lantou , qui est sur le côté droit de la rivière. La situation de cette ile serait fort commode pour un établissement et pour un magasin de marchandises , d’où le commerce pourrait s'étendre sur
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DES VOYAGES. 381 les deux bords de la rivière, et plus haut jusqu'audessous des cataractes de Govina.
Brue avait concu l’importance de cette découverte pour l'intérêt de la Compagnie , et s'était proposé de la faire lui-même avec celle de tout le pays qui est aux environs; mais d’autres affaires l'ayant rappelé , il engagea quelques-uns de ses plus courageux facteurs à tenter une si belle entreprise. Ilsse rendirent du fort Saint-Louis au fort de Dramanet , qui avait reçu le nom de Saint-Joseph , sous la conduite de quelques Nègres qui connaissaient le pays. Ensuite, s'étant avancés jusqu'au pied des cataractes de Felou, ils y quittérent leurs cha- Joupes. Les bords du Sénégal leur parurent d’une beauté admirable, mais mieux peuplés sur la droite, c'est-à-dire au sud, que du côté du nord. Ils furent bien recus dans tous les lieux du passage, en se faisant des amis par leurs présens. Après avoir suivi à pied le bas de la montagne, ils arrivèrent à Lantou ; ils visitérent l’île dont on a parlé, et s'étant procuré quelques mauvais canots par l'entremise de leurs guides, ils poussérent leur navigation jusqu'au pied du roc Govina , à quarante lieues de Lantou.
La cataracte de Govina leur parut plus haute que celle de Felou. Comme la rivière y est assez large, elle forme, en tombant avec un bruit horrible, une brume.épaisse , qui, des différens points d'où elle peut être observée, réfléchit différens arcs-enciel, Les aventuriers français, encouragés par le succès de leur route, cherchérent de quel côté de
Ja rivière ils pouvaient espérer de franchir plus facilement les montagnes qui font la cataracte; mais les Nègres qui leur servaient de guide refusèrent constamment de les accompagner plus loin, sous prétexte qu'ils étaient en guerre avec ces peuples du pays supérieur , et qu'ils n’entendaient pas leur langage. Les facteurs se virent dans la nécessité de relourner «a fort Saint-Louis szns avoir exécuté leur dessein.
Quoique ces cataractes rendent le passage de la rivière fortdifhaile, elles ne mettent point d'obstacle insurmontable au commerce. Les habitans ne manquent ni de bœufs, ni de chevaux pour le transport des marchandises : ils ont aussi des chameaux en abondance ; de sorte que si ces régions étaient une fois bien connues, et l'ouverture assurée par de bois établissemens, on pourrait entreprendre un riche commerce avec le royaume de Tombouctou et les pays du même côté.
A l’est et au nord-est de Galam, on trouve le royaume de Casson, qui commence à la moitié du chemin entre les rochers de Felou et de Govina. Le souverain s'appelle Segadoua. Il fait sa résidence ordinaire dans une grande île, ou plutôt une péninsule, formée par deux rivières au nord du Sénégal, qui, aprés un cours de plus de soixante lieues, vont se perdre dans un grand lac du même nom que ce royaume. La plus méridionale de ces deux rivières qui forment la presqu'île de Casson se nomme la rivière Notre, de la couleur sombre de
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ses eaux, etnec prend pas sa source à plus d’une demi-lieue de celle du Sénégal ; mais à moins d’uue lieue de son origine, elle devient si forte, qu'elle césse d’être guéable. L'autre, qui est au nord, norte le nom üe rivière Blanche, parce que la terre bianchâtre et glaiseuse où elle passe lui fait prendre cette couleur, fort différente de celle du Sénégal, d'où elle sort, à demi-lieue au plus de la source de la riviére Noire.
La péninsule de Casson, qui est longue d’environ soixante lieues, n’en a guëre que six dans sa plus grande largeur. Le terroir en est ferule et bien culuvé. Elle est si peuplée, et son commerce a tant d'étendue, qu’elle doit être fort riche. Son roi passe pour un prince puissant, qui n'est pas moins respecté de ses voisins que de ses sujets. Galam et la plupart des royaumes voisins sont ses tributaires. On prétend que les habitans de Casson étaient Foulas dans leur origine, et que leur roi possédait anciennement tout le royaume de Galam et la plupart des pays qui forment aujourd'hui les états du siratik. Peut-être faut-1l rapporter à cette cause le tribut que ces peuples lui payent encore. On assure qu'il a des mines d’or, d'argent et de cuivre en fort grand nombre, et si riches, que le métal paraît presque sur la surface; de sorte que si, ‘lélayant un peu de terre dans un vase, on le vide avec un peu de précaution, ce qui reste au fond est le métal pur. C’est ce qu’on appelle l'or de lavage.
Comme on n’a pas pénétré plus loin à l'est que
584 HISTNIRE GÉNÉRALE les cataractes de Govina, toutes les lumières qu'on a sur les richesses du royaume de Casson viennent des marchands nègres du pays, qui ont beaucoup de passion pour les voyages, et plus d’habileté dans les affaires que tous les autres peuples de leur couleur. Ils conviennent tous qu'il s'étend plusieurs Journées au-delà de Govina, et qu'il est borné à l'est par un autre royaume qui touche à celui de Tombouctou, pays qu'on cherche depuis si long-temps. Il est certain que le royaume de Tombouctou produit beaucoup d'or; mais on y en apporte aussi de Gago, de Zanfara, et de plusieurs autres régions ; ce qui ajoute aux avantages de la ville de Tombouctou, qui est déjà riche en elle-même, celui d'être le centre du commerce pour toutes les parties de l’Afrique. Son pays a d'ailleurs en abondance toutes les nécessités de la vie. Le maïs, le riz, et toutes sortes de grains y croissent en perfection. Les bestiaux y sont en grand nombre, et les fruits fort communs. Il s’y trouve des palmiers de toutes les espèces ; enfin, le seul bien qui leur manque est le sel. Comme la chaleur du climat le rend absolument nécessaire, 1l y est aussi cher que rare. On l'y reçoit des marchands mandingues, qui J'achétent des Européens et des Maures. L'a eur regrette qu’ur. si beau pays soit si peu connu. On poürrait, dit:1l, engager les marchands mandingues à prend'e avec eux quelque agent français; mais il faudrait choisir pour cette entreprise un homme de savoir et d'expérience , capable de dres-
ières qu'on nm viennent t beaucoup abileté dans de leur coud plusieurs borné à l'est ui de Tomlong-temps.
lombouctou pporte aussi rs autres rede la ville de elle-même, ur toutes les eurs en abon- Le mais, le ssent en perombre, et les s palmiers de qui leur manlimat le rend her que rare.
ingues ; qui res. L'a teur u connu. On nds mandinsent français ; ntreprise un
able de dres-
ser une carte du pays, et de lever sur son passage le plan des villes et des routes, Il serait même à souhaiter qu'il fût versé dans la physique, la botanique et la chirurgie; qu'il sût les langues arabe et mandingue, et qu'il fût excité à courir les dansers d'une si grancle entreprise par des espérances proportionnées aux difficultés du travail. On obtiendrait bientôt, par cette voie, une parfaite connaissance, non-seulement de Tombouctou, mais encore de toutes les régions intérieures de l’Afri-que, dont on n’a publié jusque aujourd’hui que des relations puériles et fabuleuses. Ces réflexions de Brue sont justes; mais quelle apparence que les Mandingues, qu'il représente comme des négocians habiles, consentent à se donner des concurrens ? Après avoir ainsi reconnu, du moins en partie, le cours du Sénégal, Brue, de retour dans ses comp tirs, tenta un voyage par terre à Cachao, pays situé sur la rivière de cenom, qu'on nomme autrement San-Domingo, au sud de la Gambie, au-delà du cap Roxo ou Rouge, par le 11° degré de latitude. Il traversa le pays des Feloups, qui habitent près de Bintam, celui de Djeredja, où les Portugais étaient établis, et dont la fertilité le surprit. Rien n’y paraissait en friche. Les cantons bas étaient divisés par des petits canaux et semés de riz. Au long de chaque canal , l’art des habitans avait élevé des bordures de terre pour arrêter l'eau. Les lieux élevés produisaient du millet, du maïs, et des pois de différentes espèces, particulitrement une PE 25
espèce noire, qui s'appelle pois nègre, et qui fait d'excellente soupe. Les melons d’eau de ce canton sont d’une beauté parfaite. Il s’en trouve qui pèsent jusqu’à soixante livres. Leur graine est couleur d’écarlate, et le jus en est extrêmement doux et rafraîchissant. Le bœuf du pays est excellent; mais le mouton est si gras, qu'il sent lesuif. La volailleet toutes les nécessités de la vie y sont en abondance.
Les chauves-souris du pays sont de la grosseur de nos pigeons , avec de longues ailes armées de poin. tes, qui leur servent à s'attacher aux arbres, où elles se tiennent suspendues, en formant ensemble des espèces de gros pelotons. Les Nègres en mangent la chair après les avoir écorchées , parce qu'ils croient que le petit duvet brun dont elles ont la peau couverte est un poison. C’est le seul de tous les volatiles connus à qui la nature ait donné du lait pour la nourriture de ses petits.
Brue, ayant remarqué en chemin des pyramides de terre dans plusieurs endroits, les avait prises d'abord pour des tombeaux ; mais l’alcade qui lui servait de guide l’assura que c'était la retraite des fourmis, et l’en convainquit aussitôt en ouvrantun de ces terriers, dont le dehors était uni et cimenté comme sl eût été l'ouvrage d’un macon. Ces fourmis sont blanches, de la grosseur d’un grain d'orge, et fort agiles. Leurs demeures n’ont qu'une seule ouverture, vers le tiers de leur hauteur, d’où elles descendent sous terre par une sorte d'escalier circulaire. Brue fit jeter près d’un de ces terricrs
et qui fait ce canton
qui pésent ouleur d’e- Joux et ralent; mais a volaille et ondance.
grosseur de ées de poinarbres, où nt ensemble res en man , parce qu ils elles ont la seul de tous it donné du
des pyramides ps avait prises lcade qui lui a retraite des en ouvrantun ni et cimenté con. Ces fourgrain d'orge, t qu'une seule eur, d'où elles rte d'escalier de ces terricrs
DES VOYAGES. 387 une poignée de riz, quoiqu'il ne parût aucune fourmi hors du trou; mais, dans l'instant, il en sorut une légion, qui transportèrent ce trésor dans ar magasin, sans en laisser le moindre reste , et qui rentrérent dans leur asute lorsqu'elles n’en trouvérent plus. Ces espèces de ruches sont si fortes, qu'il n’est pas facile de les ouvrir.
Sur la rivière de Paska, Brue admira l'adresse d'un Nègre, qui tenait son arc et ses flèches d’une main , tandis que de l’autre il conduisait un canot; sil apercevait un poisson, il était sûr de le percer, et sur-le-champ il retirait la flèche avec sa proie. Ent:e les arbres qui bordent les deux rives, Brue trouva des oiseaux dont le cri répète les deux syllabes ha, ha, aussi distinctement que la voix humaine.
En quittant cet agréable canton, Brue voyagea pendant deux jours dans un pays qui n’est habité que par des Feloups indépendans, qui se sont éablis entre la rivière de Gambie et celle de Cachao. Ceux qui ont été subjugués par le roi de Djeredja et les Portugais, sont assez civilisés ; mais les autres, qui habitent les bords de la rivière de Casamansa , forment une nation sauvage qui ne ménage pas les étrangers. Ils ont peu de commerce avec les blancs, et ne vivent pas mieux avec leurs voisins, contre lesquels ils ont perpétuellement la guerre. Les Nègres des autres nations n'auraient pas la hardiesse de traverser le pays des Feloups, s'ils ne trouvaient l’occasion des voyageurs européens, qui
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588 NISTOIRE GÉNÉRALE
n'y passent pas sans se mettre en état de ne crain. dre aucune insulte.
Caclio est une ville et une colonie portugaise, située sur la rive sud du Rio San-Domingo, à vingt lieues de son embouchure. C’est le principal établis. sement que les Portugais aient dans ce pays, quoi. que les habitans qui sont distingués par le nom de Nègres Papels, leur portent une haine mortelle; aussi n’ont-ils rien négligé pour se fortifier du côté de la terre. Ils y ont un rempart bien palissadé, avec une bonne artillerie.
Les maisons de la ville sont de terre glaise, blan. chies dedans et dehors. Elles sont fort grandes, mais Jeur hauteur n’est que d’un ‘tage. Pendant là saison des pluies, elles sont couvertes de feuilles de latanier; mais, dans les temps secs, on ne les couvre que d’une simple toile, qui suflit pour les garantir du soleil et de la rosée. Le clim: est sujet à des rosées fort abondantes, surtout près d’une si grande rivière et dans un canton si marécageux. I] ; a dans la ville une église paroissiale et un couvent de capucins. La paroisse est desservie par un curé et aeux prêtres d’une ignorance égale à leur pauvreté. En 1700, le couvent des capucins n’en contenait que deux, qui étaient entretenus par le roi de Portugal. Ils sont soumis à l'évêque de San-lago.
L'usage est de changer la garnison tous les trois ans, terme qu'elle attend toujours avec impatience; car elle est si mal payée, que la plupart des soldats ne se font pes scrupule de voler pendant la nuit.
le ne cruin-
portugaise,
1go ; à vingt
pal établis.
pays» quoiir le nom de 1e mortelle; ufier du côté n palissadé :
glaise, blanfort grandes, e. Pendant l:
es de feuilles cs, on ne les suffit pour les lime: est sujet t près d'une si récageux. ll} et un couvent ie par un curé le à leur paucins n’en connus par le roi 1e de San-Fago.
n tous Les trois ec impatience ; part des soldats dant la nuit.
La rivière à plus d’un quart de lieue de largeur devant la ville. Elle est assez profonde pour recevoir des bâtimens de la première grandeur, si les dangers de la barre ne les arrêtuent à l'embouchure. Les deux rives sont couvertes d'arbres; mais ceux de la rive du nord sont l' 5 plus beaux de toute l'Afrique, autant par l'excellence du bois que par leur hauteur et leur grosseur. On ferait de leur tronc un canot d’une seule pièce capable de recevoir le poids de dix tonneaux, et de porter vingtcinq ou trente hommes. La marée remonte trente lieues au-dessus de Cachao. Il y pleut avec tant d'abondance , qu'on l'appelle Ze pot-de-chambre de l'Afrique , comme Rouen, dit l’auteur, est celui de la Normandie.
On ne peut sortir de Cachao pendant la nuit sans courir quelque danger. L'auteur parle ici d'une espèce de gens qu'il appelle des aventuriers nocurnes , et qui est fort remarquable. Ils portent sur leurs habits un petit tablier de cuir, avec une bavette qui couvre une cuirasse ou une coûte de maille. Ce tablier, qui ne passe la ceinture que de quelques doigts, est plein de trous, auxquels sont attachés deux ou trois paires de pistolets de poche, et plusieurs poignards. Le bras gauche est chargé d'un petit bouclier. Au-dessous pend une longue épée dont le fourreau s'ouvre tout d'un coup par le moyen d'un ressort, pour épargner la peine et le temps de la tirer. Lorsqu'ils sortent sans dessein formé, et seulement pour se réjouir, 1ls sont cou-
verts, par-dessus toute cette parure, d'un mantenu noir qui pend jusqu'aux mollets. Mais s'ils se proposent quelque aventure, c’est-à-dire, un duel } la portugaise, ils ajoutent à leurs armes une courte carabine chargée de vingt ou treute petites balles et d’un quarteron de poudre, avec un bâton fourchu pour la poser dessus en tirant. Enfin, pour achever une si étrange parure, ils ont sur le nez une grande paire de lunettes qui est attachée des deux côtés à l'oreille. En arrivant au lieu de l’exccution, le brave commence par planter sa carabine, rejette son manteau sur le bras gauche, prend son épée de la main droite, et, dans cette posture, attend l'homme qu'il veut tuer et quine pense point à se défendre. Aussitôt qu'il le voit, il fait feu, en Jui disant de prendre garde à lui. Il Jui serait fort difficile de le manquer; car cette espèce d'arme à feu écarte tellement les balles , qu’elle en couvrirait la plus grande porte. Si l’infortuné qui recoit le coup n'est pas tout-à-fait mort, le meurtrier s'approche en l'exhortant de dire Jesus Maria, et l’achève à terre de quelques coups d'épée ou de poignard. Il arrive quelquefois que ces perfides assassins trouvent la partie égale, et qu'ils sont arrêtés par ceux dont ils menacent la vie; mais is se tirent d'embarras en protestant qu'ils se sont trompés, et qu'une autre fois ils sauront micux distinguer leur ennemi.
Dans les visites qu'on rend aux Portugais, on sc garde bien de demander à voir leurs femmes, ou
l'un manteru s s'ils se proe, un duel à es une courte petites balles n bâton four- Enfin, pour ont sur le nez st attachée des lieu de l’exéer sa carabine, he, prend son te posture, atne pense point il fait feu, en 1 Jui serait fort spèce d'arme à elle en couvrituné qui recoit , le meurtrier esus Maria, € s d'épée ou de we ces perfides et qu'ils sont la vie; mais ils qu'ils se sont sauront mIcUX
ortuigais ; ON SC 1rs femmes, Où
DES VOYAGES, 391 méme de s'informer de leur santé. Ce serait assez pour s’exposer à quelque duel de la nature de ceux qu'on vient d'expliquer, ou pour exposer une femme au poignard ou au poison.
À quelque distance de Cachao vers le sud, on trruve les îles de Bissao et celle des Bissagos , où les Portugais ont aussi un établissement. Brue visita ces îles. Elles sont soumises à un empereur. La principale, qui donne son nom à toutes les autres, a quarante lieues de circonférence.
Le terroir est si riche et si fécond, qu’à la grandeur du riz et du maïs, on les prendrait pour des arbustes. I11s’y trouve, avecle maïs des deux espèces, une autre sorte de grain qui lui ressemble. Il est blanc, et se réduit aisément en farine, que les habitans mêlent avec du beurre ou de Ja graisse, pour en faire une pâte qu'ils nomment fondé. Le maïs ne leur sert pas, comme au Sénégal, à faire du pain ou du couscous. Ils le mangent grillé. Cependant les plus curieux en forment quelquefois des gâteaux, nommés batangos, de l'épaisseur d’un doigt, et les font cuire dans des cercles de terre, comme la banane en Amérique.
Les habitans de Bissao sont nommés Papels. Cette nation occupe une partie des îles et des côtes voisines , surtout au sud de Cachao. Elle est mal disposée pour les Portugais , quoiqu'elle ait emprunté un grand nombre de leurs usages. Les femmes des Papels ne portent pour habillement qu'une pagne de coton avec des bracelets de verre ou de corail. Les
filles sont entièrement nues. Si leur naissance est distinguée, elles ont le corps régulièrement marqué de fleurs et d’autres figures : ce qui fait pa. raître leur peau comme une espèce de satin travaillé. Les princesses, filles de l’empereur de Bissa0, étaient couvertes de ces marques, sans autre parure que des bracelets de corail et un petit tablier de coton.
Les Nègres de Bissao sont excellens mariniers, et passent pour les plus habiles rameurs de toute la côte. Ils emploient au lieu de rames de petites pelles de bois qu’ils nomment pagaies, et le mouvement qu'ils font pour s’en servir est si régulier, qu'il produit une sorte d'harmonie. Ils ont un iangage qui est propre aux Papels, comme ils ont des usages qui leur sont particuliers. Le commerce n’a pas peu servi à les cultiver. Ils sont idolâtress mais leurs idées de religion sont si confuses, qu'il n'est pas aisé de les déméler. Leur principale idole est une petite figure qu'ils appellent China, dont ils ne peuvent expliquer la nature ni l’origine. Chacun d’ailleurs se fait une divinité suivant son caprice. Ils regardent certains arbres consacrés, sinon comme des dieux, du moins comme l'habitation de quelque dieu. Ils leur sacrifient des chiens, des coqs, et des bœuf: , qu'ils engraissent et qu'ils lavent avec beaucoup de soin, avant de les faire servir de victimes. Apres les avoir égorgés , ils arrosent de leur sang les branches et le pied de l’arbre. Ensuite ils les coupent en pièces, dont l’empereur, les grands
naissance ‘est rement marqui fait pade satin traeur de Bissao, autre parure tit tablier de
ns mariniers, rs de toute la - petites pelles e mouvement ier, qu'il pron iangage qui nt des usages ce n’a pas peu s; mais leurs qu'il n'est pas idole est une :, dont ils ne igine. Chacun son caprice. Ils sinon comme ation de quelns, des coqs, ls lavent avec servir de vicrosent de leur re. Ensuite ils ur, les grands
DES VOYAGES. 307 et le peuple ont chacun leur partie. 11 n’en reste à la divinité que les cornes.
Il ne parait pas que l’ilé de Bissao ait jamais été troublée par des guerres civiles, ce qu’on peut regarder comme une preuve de leur soumission à leur prince. Mais ils sont sans cesse en guerre avec leurs voisins, qu'ils troublent, comme ils en sont troublés par des incursions continuelles. Les Biafaras, les Bissagos , les Balantes et les Nalous qui les environnent de toutes parts, sont des nations fort braves qui se battent avec la dernière furie. Les traités de paix n'étant pas connus entre ces barbares, il n’y à jamais beancoup de correspondance entre eux dans les intervalles même du repos. Loin de leur offrir leur médiation, les Européens tronvent leur intérêt à les voir toujours aux mains, parce que la guerre augmente le nombre des esclaves. Mais ordinairement les incursions, de part ou d'autre, ne durent pas plus de cinq ou six jours.
L'empereur de Bissao jouit d’une utorité fort despotique. Il a trouvé une voie fort étrange pour s'enrichir aux dépens de ses sujets, sans qu'il lui en coûte jamais rien. C’est d'accepter la donation qu'un Nègre lui fait de la maison de son voisin. Il en prend aussitôt possession , et le propriétaire se trouve dans la nécessité de la racheter ou d’en bâtir une autre. À la vérité, le moyen de se venger est facile , en jouant le même tour à celui de qui on l'a recu; mais l'empereur n’y peut rien perdre, puisqu'il ne hasarde que de gagner deux maisons pour
une, Ce pouvoir arbitraire s'étend sur tous ceux qui habitent dans l'île. Un jour, l'empereur de Bissao avait confié à la garde des Portugais un esclave qui se pendit. C’étai lui naturellement qui devait supporter cette perte ; mais 1l ordonna que le cadavre füt laissé dans le même lieu jusqu’à ce que les Portugais lui fournissent un autre esclave. Le désagrément de voir pourrir un corps devant leurs yeux leur fit prendre le parti d’obéir. Dans une autre occasion , deux esclaves qu’il avait vendus s’échappérent de leurs chaînes, et furent repris par ses soldats. L’équité semblait demander qu'ils fussent restitués à leur maître; mais l'empereur déclara qu'ils étaient à lui, puisqu'ils étaient remis en hberté, et les revendit sans scrupule à d’autres marchands.
À la mort des empereurs de Bissao , les femmes qu'ils ont aimées le plus tendrement et leurs esclaves les plus familiers sont condamnés à perdre la vie, et reçoivent la sépulture prés de leur maître, pour le servir dans un autre monde. L'usage était même autrefois d’enterrer des esclaves vivans avec le monarque mort ; mais l’auteur prétend que cette coutume commençait à s'abolir. Le dernier roi n'avait eu qu’un esclave enterré avec lui, et celui qui régnait paraissait disposé à détruire une loi si barbare. .
Lorsqu'il est question de guerre, ils ont un tocsin qui sert à rassembler la milice des Négres. Il porte dans cette île le nom de Bonbalon. C’est une
AS CEUX qui r de Bissao esclave qui devait suple cadavre que les Por- Le désagréleurs yeux
une autre lus s'échappris par ses u'ils fussent eur déclara t remis en e à d’autres
les femmes leurs esclaà perdre la eur maître, usage était vivans avec nd que cette dernier roi ui, et celui e une loi si
ont un tocs Négres. Il n. C’est une
sorte de trompette marine, mais sans corde ) qui est beaucoup plus grosse et a le double de longueur. Elle est d'un bois léger. On frappe dessus avec un marteau de bois dur; et l’on prétend que le bruit se fait entendre de quatre lieues. L'empereur a plusieurs de ces instrumens au long des côtes rt dans l'intérieur de l’île, avec une garde pour chacun ; et lorsque le sien a donné le signal, les autres répêtent autant de fois les mêmes coups et sur les ruêmes tons; de sorte que ses volontés sont connues en un moment par la manière de les communiquer. Si quelqu'un refuse d'obéir, 1l est vendu pour l’esclavage. Ce châtiment politique üent torit le monde dans la soumission; et l'empereur, pour qui la désobéissance est utile, se plaint quelquefois de tro ver ses sujets trop ardens à le servir.
245 l'archipel des Bissagos, entre la rivière de Cachao et le cap Tumbaly, vis-à-vis la côte des Balantes, se trouvent les îles de Cazégut.
Les Nègres de ces îles sont grands et robustes, quoique leurs alimens ordinaires soient le poisson, les coquillages, l'huile et les noix de palmier, et qu'ils aiment mieux vendre leur riz et leur maïs aux Européens, que de les réserver pour leur usage. Ils sont idolâtres, et d’une cruauté extrême pour leurs ennemis. Ils coupent la tête à ceux qu'ils tuent dans leurs guerres ; ils emportent cette proie pour l’écorcher, et faisant sécher la peau du crâne avec la chevelure, ils en ornent leurs maisons comme d'un trophée. Au moindre sujet de cha-
596 HIShDIRE CÉNÉRALE grin, ils tournent aussi facilement leur furie contre eux-mêmes. Ils se pendent, ils se noïent, ils se jettent dans le premier précipice. Leurs héros prennent la voie du poignard. Ils sont passionnés pour l'eau-de-vie. S'ils croient qu'un vaisseau leur en apporte, ils se disputent l'honneur d'y arriver les premiers, et rien ne leur coûte pour se procurer cette chère liqueur. Alors le plus faible devient la proie du plus fort. Dans ces occasions, ils oublient les lois de la nature, le père vend ses enfans; et si ceux-ci peuvent l'emporter par la force ou par l'adressr , ils traitent de même leurs péres et ieurs méres, À Cazégut, Brue reçut un singulier hommage :
il traitait un seigneur nègre sur son bord, lorsqu'il vit paraître un canot chargé de cinq insulaires , dont l’un, étant monté à bord, s'arrêta sur le üllac, en tenant un coq d’une main, et de l’autre un couteau. Il se mit à genoux devant Brue, sans prononcer un seul mot: il y demeura une minute, et s'étant levé, il se tourna vers l’est et coupa la gorge du cog; ensuite, s'étant mis à genoux , il fit tomber quelques gouttes de sang sur les pieds du général. Il alla faire la même cérémonie au pied du mât et de la pompe ; après quoi, retournant vers le général , 1l lui présenta son coq. Brue lui fit donner un verre d'eau-de-vie, et lui demanda la raison de cette conduite. Il répondit que les habitans de son pays regardaient les blancs comme les dieux de la mer ; que le mât était une divinité qui faisait mou-
rie contre nt, ils se éros prennnés pour u leur en arriver les e procurer devient la Is oublient enfans ; et rce ou par es et leurs
hommage :
1, iorsqu'il insulaires , ur le üllac, tre un couns prononminute, et pa la gorge ] fit tomber lu général.
ed du mat ant vers le 1 fit donner a raison de ans de son lieux de la isait mou-
DES VOYAGES, 597 voir le vaisseau , et que la pompe était un miracle, puisqu'elle faisait monter l’eau, dont la propriété naturelle était de descendre.
Les habitans de Cazégut, surtout ceux qui sont distingués par le rang ou les richesses, se frottent les cheveux d'huile de palmier, ce qui les fait parattre tout-à-fait rouges. Les femmes et les filles n’ont autour de la ceinture qu’une espèce de frange épaisse composée de roseaux, qui leur tombe jusqu'aux genoux. Dans la saison du froid, elles en ont une autre qui leur couvre les épaules , et qui descend jusqu'à la ceinture. Quelques-unes en 2ioutent une troisième sur la tête, qui pend jusqu'aux épaules. Rien n'est si comique que cette parure. Elles y joignent des bracelets de cuivre et d’étain aux bras et aux jambes. En général, les deux sexes ont la taille beile, les traits du visage assez réguliers, et la couleur du jais Le plus brillant, sans avoir le nez plat ni les lévrestrop grosses. L'esprit et la vivacité ne leur manquent pas; mais 1ls souffrent l'esclavage avec tant d'impatience, surtout hors de leur patrie, qu'il est dangereux d'en avoir un grand nombre à bord. Un capitaine, après en avoir acheté plusieurs, avait pris toutes sortes de précautions pour les tenir sous le joug , en les enchaînant deux à deux par le pied, et mettant des menottes aux plus vigoureux. Ils n’en trouvèrent pas moins le moyen d'arracher l'étoupe du vaisseau, et l’eau pénétra si vite, qu'il aurait coulé à fond , si le capitaine n'eùt rencontré fort heureusement une vieille voile qui servit à boucher
le trou. Le naturel fier et indomptable de ces insu. laires est si connu en Amérique, qu'on ne les y achète qu'avec de grandes précautions. Ils ne travaillent qu'à force de coups. Ils se dérobent souvent par la fuite, et quelquefois ils se détruisent euxmêmes. Remarquons ici que l'historien anglais et son traducteur traitent de vice et d’indolence ob: suinée, ce courage qui préfére la mort à la servitude : tant l'habitude des préjugés renverse les idées naturelles !
Nous ne devons pas omettre un exemple singulier de ce que peut l’autorité d’un seul homme au milieu de l'ignorance et de la barbarie.
A cent cinquante lieues de son embouchure, la rivière de Casamansa forme, en tournant, un conde qui donne le nom de Cabo à un grand royaume voisin. Il était gouverné, au commencement de notre siècle, par un roi nègre, nommé Briam-Mansare, qui vivait avec plus de faste que tous les autres princes de la même côte. Sa cour était nombreuse. 1] se faisait servir dans de la vaisselle d’or, donit il avait jusqu’à quatre mille marces. Il entretenait con. stamment six ou sept mille hommes bien armés, avec lesquels il tenait ses voisins dans la soumission, et les forçait de lui payer un tribut. La police était si bien établie dans ses états, que les négocians auraient pu laisser sans crainte leurs marchandises sur le grand chemin. A force de lois et par la rigueur de l'exécution , il avait corrigé dans ses sujets le penchant au vol, qui est un vice naturel aux Nègres.
ces 1nsune les y s ne trasouvent ent euxinglais et lence obla servie les idées
le singu- Lomme au
achure, la , un coude aume VOInt de notre .Mansare, les autres ombreuse.
or, dont il btenait Cole Len armés, oumission, police étail bOCians au handises sur la rigueur s sujets le aux Negres.
DES VOYAGES. 599 Jamais les esclaves n'étaient enchaînés. Lorsqu'ils avaient reçu la n'arque du marchand, il ne fallait plus craindre de les perdre par la fuite, tant la garde était exacte su les frontières et la discipline rigoureuse dans le gouvernement, Ce prince faisait chaque année, avec les Portugais, un commerce de six cents esclaves, changés contre différentes espèces de marchandises, telles que des armes à feu, des sabres courbés avec de belles poignées, des selles de France, des fauteuils de velours, et d’autres meubles ; de la fenouillette de l’île de Rhé, de l’eau de cannelle, du rossolis, etc. Lorsqu'il recevait la visite de quelque blanc, il le faisait défrayer dès l'entrée de ses £tats , et ses sujets ne pouvaient rien exiger d’un étranger, sous peine d'être vendus pour l'esclavage. Il était toujours prêt à donner audience: à la vérité, on était obligé, pour l'obtenir, de lui faire un petit présent de la valeur de trois esciaves ; mais 1l rendait toujours plus qu'il n’avait reçu. Ces aivilités continuaient jusqu’à ce que l'étranger eût disposé de ses marchandises. Alors si, dans son audience de congé , il demandait au roi un présent pour sa femme, ce prince ne manquait jamais de donner un esclave ou deux marcs d’or. Il mourut en 1705, également regretté de ses peuples et des étrangers.
On remarque avec étonnement dans la rivière de San-Domingo que les caymans, ou les crocodiles , qui sont ordinairement des animaux si terribles, ne nuisent à personne. Il est certain, dit l'auteur, que
400 HISTO:RE GÉNÉRALE
les enfans en font leur jouet, jusqu’à leur monter sur le dos et les battre même, sans en recevoir aucune marque de ressentiment. Cette douceur leur vient peut-être du soin que les habitans prennent de les nourrir et de les bien traiter. Dans toutes les autres parties de l’Afrique, ils se jettent indifférem. ment sur les hommes et sur les animaux. Cependant il se trouve des Nègres assez hardis pour les attaquer à coups de poignard. Un laptot du fort Saint-Louis s'en faisait tous les jours un amusement qui lui avait long-temps réussi ; mais il reçut enfin tant de blessures dans ce combat, que sans le secours de ses compagnons, il aurait perdu la vie entre les dents du monstre.
Les hippopotames sont en nombre prodigieux dans toutes ces rivières, comme dans celles de Sénégal et de Gambie; mais ils ne causent nulle part tant de désordres qu'entre celles de Casamansa et de Sierra-Léone. Les plantations de riz et de maïs, que les Nègres ont dans leurs cantons marécageux, sont exposés à des ravages continuels , si la garde ne s'y fait nuit et jour. Cependant ils sont plus ümides et plus aisés à chasser que les éléphans. Au moindre bruit, 1ls regagnent la rivière, où ils plongent d’abord la tête, et se relevant ensuite sur la surface, ils secouent les oreilles, et poussent deux ou trois cris si fort, qu'ils peuvent être entendus d’une
;eue,
Les fiamans sont en grand nombre sur la riviere
de Gèves ou Geba, dans le pays des Biafaras, autre
ar monter CEVOir auuceur leur
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e sur la riviére Biafaras , autre
DES VOYAGES. 401 établissement des Portugais, près de Rio-Grandé.
‘Nous avons déjà parlé de ces oiseaux. Les haibitans de Gèves portent le respect si loin pour ces animaux, qu'ils ne souffrent pas au'on leur fasse le moindre mal. Ils les laissent tranquilles, au milieu de leur habitation , sans être incommodés de leurs cris, qui se font entendre néanmoins d’un quart de lieue. Les Français en ayant tué quelques-uns dans cet asile, furent forcés de les cacher sous l'herbe, de peur qu'il ne prit envie aux Neègres de venger sur eux la mort d’une bête si révérée.
Dans plusieurs endroits de la côte, surtout aux environs de Gèves, ont trouve une sorte d'oiseaux de rivage, que l'on nomme spatules, parce que leur bec a beaucoup de ressemblance avec cetinstrument de chirurgie. Ils ont la chair beaucoup meilleure que les flamans. Cet oiseau qui est de la grosseur de la cigogne ei qui a de même les jambes fort longues, se trouve aussi en Europe dans les pays marécageux , tels que la Hollande.
En remontant le Rio-Grandé, quatre-vingts lieues au-dessus de son embouchure, on arrive dans le pays des Analoux, Nègres qui ont beaucoup de passion pour le commerce. Leurs richesses sont
| l'ivoire, le riz, le maïs et les esclaves.
A seize lieues au-delà du Rio-Grande, vers le sud, en allant vers Sierra-Léone, on troute la riière de Nougnez sur les bords de laquelle on fait un grand commerce d'ivoire.
Le pays, aux environs de la rivière de Nougnez,
le 26
produit un sel que les Portugais estiment beaucou p, et qu'ils regardent comme un contre-poison. Ils ont l'obligation aux éléphans de leur en avoir découvert la vertu. Les Négres qui vont à la chasse de ces animaux leur urent des fléches empoisonnées, et lorsqu'ils les tuent , ils coupent l'endroit où la flèche à touché, et vident le corps de ses boyaux pour en manger le chair. Des chasseurs, qui avaient blessé un éléphant, furent surpris de le voir marcher et se nourrir sans aucun ressentiment de sa blessure. Ils cherchaient la cause de ce prodige, lorsqu'ils le virent s'approcher de la rivière et prendre dans sa trompe quelque chose qu'il mangeait avidement. Ils trouvèrent, aprés son départ, que c'était un sel blanc qui avait le goût de l'alun. Un autre éléphant, qu'ils blessérent encore, s'étant guéri de la même maniere, les Portugais, qui sont dans une défiance continuelle du poison, firent diverses expériences de ce sel, et le reconnurent pour un des plus puis: sans antidotes qui aient jamais été découverts. Que le poison soit intérieur ou extérieur, une dragme de sel de Nougnez délayée dans l’eau chaude, est un remède spécifique.
Brue, dans un voyage à Cayor, fit une découverte d’un autre genre, qui doit surtout intéresser les femmes, que dans tous les pays le soin de leur beauté occupe plus ou moins. Il vit une Négresse qui avait les dents d’une blancheur surprenante. Brue lui demanda quelle était sa méthode pour les conserver si belles. Elle lui dit qu'elle se les frottait avec un
eaucoup, »n. Hsont découvert de ces anis , et lorsa flèche a 1x pour en ent blessé archer et se lessure. Ils lorsqu'ils le dre dans sa , avidement.
c'était un sel tre éléphant, | de la même une défiance 5 expériences des plus puisouverts. Que , une draginé u chaude, est
ne découvert intéresser les \ de leur beauté ;resse qui avait Le. Brue lui de- L les conserver
frottait avec ll
DES VOYAGES. 403 certain bois dont elle lui donna quelques morceaux. Ce bois se nomme ghélèle. I} croît sur le bord de i'eau, et ressemble beaucoup à notre osier ; mais il est d’un goût fort amer.
Brue, en remontant toujours le canal qui joint le lac de Cayor à la rivière de Sénégal, débarqua dans un village des Foulas, nommé Kéda, où il fut témoin d'une cérémonie funèbre qui l’amusa beaucoup.
Un des principaux habitans du village mourut subitement, et sa femme n'eut pas plus tôt mis la tête à sa porte, pour donner avis de sa perte par un cri, qu'il s'éleva un tumulte surprenant dans toute l’habitation. On n’entendit de toutes parts que des gémissemens. Les femmes accoururent en foule, et, sans savoir de quoi il était question, commencèrent à s'arracher les cheveux, comme si chacune eût perdu sa famille. Ensuite, lorsqu'elles eurent appris le nom du mort, elles se précipitérent vers sa maison avec des hurlemens qui n'auraient pas permis d'entendre le tonnerre. Au bout de quelques heures, les marabouts arrivèrent, lavèrent le corps, le revêtirent de ses meilleurs habits, et le portèrent sur son lit avec ses armes à son côté. Alors ses parens entrérent l’un après l’autre, le prirent par la main, lui firent plusieurs questions ridicules, « lui offrirent leurs services; maïs, ne pouvant recevoir aucune réponse, ils se retiraient comme ils étaient entrés, en disant gravement : Il est mort. Pendant cette cérémonie, ses femmes et ses enfans
tuérent ses bœufs, et vendirent ses marchandises et ses esclaves pour de l’eau-de-vie, parce que l'usage, dans ces occasions, est de faire un folgar, c'est-à. dire, de donner une fête après l'enterrement.
Le convoi fut précédé des guiriots avec leurs tambours. Tous les habitans suivaient en silence, chargés de leurs armes. Ensuite venait le corps, environné de tous les marabouts qu'on avait pu rassembler, et porté par deux hommes. Les femmes fermaient la marche, en criant et se déchirant le visage comme des furieuses. Lorsque le mort est enterré dans sa propre maison, privilége qui n'appartient qu’au prince et aux seigneurs , la procession se fait autour du village. En arrivant au lieu destiné pour la sépulture, le principal marabout s'approche du corps, et lui dit quelques mots à l'oreille, tandis que quatre hommes soutiennent un drap de coton qui le cache à la vue des assistans.
Enfin, les porteurs le mettent dans la fosse, et le recouvrent aussitôt de terre et de pierres. Les marabouts attachent ses armes au sommet d’un pieu, qu'ils placent à la tête du tombeau avec deux pots, | l'un rempli de couscous, l’autre d’eau. Après ces f formalités, ceux qui soutiennent le drap de coton le laissent tomber ; signal auquel les femmes recommencent leurs lamentations, jusqu à ce que le principal marabout donne ordre aux guiriots de battre la marche du retour. Au même moment le deuil cesse, et l’on ne pense qu’à se réjouir, comme si personne n'avait fait aucune perte. Dans quel-
handises et ue l'usage, ar, C'est-à ement.
avec leurs en silence, ecorps, envait pu ras- Les femmes déchirant le e le mort est ége qui n'aps , la procesvant au lieu pal marabout iques mots à s soutiennetit des assistans.
. La fosse , et le res. Les mari Let d’un pie,
vec deux pots, !
au. Après cts À
drap de coton les femmes resqu à ce que le
Lux guiriots de !
ame moment le réjouir , comine te. Dans quel-
ques endroits, on creuse un fossé autour du tombeau, et l'on plante sur le bord une haie d'épines. Sans cette précaution, il arrive souvent que le corps est déterré par les bêtes farouches. Dans d'autres lieux, la cérémonie funébre dure sept ou huit jours. Si c'est un jeune homme qu'on ait perdu, tous les Négres du même âge courent le sabre à la main, comme s'ils cherchaient leur camarade, et font retentir le cliquetis de leurs armes lorsqu'ils se rencontrent.
Le voyage de Brue à Engherbel, sur la rive nord du Sénégal , dans le pays qu’on nomme les États du Brak, contient des détails curieux su: le co:umerce des gommes, qui se fait avec les Arabes du désert en payant des droits au brak.
Pendant que Brue entretenait ce prince, on vint lui annoncer l’arrivée de Schamchi, chefdes Maures. Le général lui fit quelques présens, et sachant qu'il “tait venu pour le commerce des gommes, il lui indiqua le jour où l’ouverture du marché devait se fuire au désert.
Le désert est une plaine vaste et stérile, au nord du Sénégal, bornée au loin par de petites collines le sable rouge, et couverte de ronces si n’ont pas beaucoup d'épaisseur. C’est dans ce lieu que se faisuit depuis long-temps le commerce des gommes. Le général, pour se garantir de lattaque des Maures vagabonds, fit entourer les magasins qu'il éleva au long de la rivière d’un fossé large de six pieds et d'autant de profondeur, défendu par une haie d'é-
pines. Il forufia soigneusement la porte, et mit pour la garder deux laptots bien armés, avec un interprète pour examiner et pour introduire ceux qui viendraient s’y présenter.
Le brak et le Schamchi, qui virent toutes ces préparations, et qui n’en ignoraient pas les motifs, approuvérent les précautions du général, comme la meilleure voie pour prévenir les désordres pendant la foire.
Le premier d'avril, Schamchi ayant reçu avis de l'approche des caravanes, vint avertir Brue qu'il était temps de régler le prix.
Les Européens sont obligés de pourvoir à l'entretien des Maures qui apportent des gommes. Cet engagement les expose à quantité de fausses dépenses, parce que, sous prétexte de commerce, il arrive une multitude de Maures qui ne cherchent que l’occasion de vivre quelques jours aux dépens d'autrui, ou de saisfaire leur inclination au larein. Mais Brue régla tellement cet article, qu'il n'était obligé de nourrir que ceux qui auraient apporte des marchandises, et dans la proportion même de ce qu'ils auraient apporté. Cette nourriture fut fixée à deux livres de bœuf et autant de couscous pour chaque portion, et tel nombre de portions pour chaque quintal. Les commis qui furent nomnés pour la distribution, reçurent l'ordre de la finir aussitôt que les marchandises seraient délivrées. On parvint ainsi à purger la foire des voleurs «: des gens oisifs.
orte, et mit és, avec un roduire ceux
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e, qu'il n'était raient apporté pportion méme , nourriture fut nt de couscous re de portions qui furent nom ordre de la finir aient délivrées.
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On commença, le 14 d'avril, à mesurer les gommes. Cette opération se fit sans désordre, parce qu'on ne reçut les marchands que l’un après l'autre. Le général y assista exactement, et fit veiller avec le même soin à tout ce qu'il ne pouvait éclairer par sa présence. Aussitôt que le commerce fut ouvert, On vit arriver chaque jour de nouvelles caravanes de dix, vingt et trente chameaux, ou de voitures traînées par des bœufs, et gardées par les propriétaires des gommes et par leurs domestiques. Ces Maures ont l'apparence d'autant de sauvages ; ils n’ont pour habits que des peaux de chèvres autour des reins, et des sandales de cuir de bœuf. Leurs armes sont de longues piques, des arcs et des flèches, avec un long couteau attaché à leur cuinture.
Il n’est pas besoin de sentinelles pour découvrir l'approche de ces caravanes : les chameaux poussent des cris hideux qui les trahissent bientôt. Leurs foulons, c’est-à-dire, les sacs dans lesquels ils apportent les gommes, sont des peaux de bœuf sans couture. Les Maures n’ont point d'autres commodités pour renfermer leurs marchandises, ni même pour le transport de leur eau. Comme on avait pris toutes sortes de soins pour empêcher qu'ils n'entrassent plusieurs à la fois dans l'enclos , c'était un spectacle amusant que de voir leurs efforts et leurs contorsions pour entrer l'un avant l'autre; car les Maures sont une nation fort bruyante.
Un Maure nommé Barikada fit présent au général
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408 HISTOIRE CÉNÉRALE
d'un aigle apprivoisé, de la grandeur d’un coqd'Inde. Il n'avait rien d'ailleurs qui le distinguët des aigles ordinaires. Sa familiarité avec les hommes allait jusqu’à se laisser prendre par le premier venu, et en peu de jours il prit l'habitude de suivre le général comme un chien; mais il fut tuë malheureusement par la chute d’un baril, qui l'écrasa sur le uillac. Apparemment la science d’apprivoiser les animaux est fort cultivée dans ce pays , car l’auteur parle de deux pintades, mâle et femelle, si privées, qu'elles mangeaient sur son assictte, et qu'avec la liberté de voler au rivage , elles revenaient sur la barque au son de la cloche, pour le diner et le souper. Pendant toute la foire , Brue ayant observé les jours de fête et les jeûnes de l'Église , et n'ayant pas manqué de faire réciter soir et matin les prières à bord, tous les Maures le prirent pour un marabout français.
Le désert est infecté par une sorte de milans que les Nègres appellent ekoufs. Ces animaux sont si voraces, qu'ils venaient prendre les alimens des matelots jusque dans les plats.
Brue, qui ne se ménageaii pas dans l'exercice de ses fonctions, gagna une colique violente pour avoir dormi à l'air après s'être extrêmement fatigué, Ses chirurgiens avaient employé vainement toute leur habileté à le soulager, lorsqu'un Maure, qui était venu Jui rendre visite , lui conseilla, comme un reméde ordinaire à sa nation , de faire dissondre de la gomme dans du lait, et d’avaler cette
d'un coqdistinguût es hommes mier venu, e suivre le é malheu- ’écrasa sur rivoiser les car l’auteur si privées, t qu'avec la aient sur la er et le sou- : observé les n'ayant pas les prières à n marabout
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tement toute Maure, qui illa, comme faire disson-
’avaler cette
DES VOYAGES. 409 pouon fort chaude : il suivit ce conseil , et fut guéri sur-le-champ.
La gomme s'appelle gomme du Sénégal, on gomme arabique, parce qu'avant que les Francais eussent des comptoirs au Sénégal, elle ne venait que de l'Arabie ; mais depuis que le commerce est ouvert par celte voie, le prix en est tellement diminué, qu'on n’en apporte plus d’Arabie : cependant il en vient encore du Levant ; on prétend même quelle est meilleure que celle du Sénégal , par la seule raison qu’elle est plus chère; car au fond elles sont toutes deux de la même bonté. Cette gomme est pectorale, anodine et rafraichissante ; elle est excellente pour le rhume , surtout lorsqu'elle est mêlée avec le sucre d'orge, suivant l'usage de Blois, où l'on en fabrique beaucoup ; c’est un spécifique contre la dyssenterie et les hémorrhagies les plus obstinées. On lui attribue quantité d’autres effets. Ce qui est certain , suivant le témoignage de Brue , c'est qu'un grand nombre de Négres qui la recuncillent , et les Maures qui l’apportent au marché, n’ont pas d'autre nourriture ; qu'ils n’y sont pas réduits par nécessité , faute d’autres alimens, mais que leur goût les y porte, et qu'ils la trouvent délicieuse. Is n'y emploient pas d’autre art que de l’adoncir par le mé lange d'un peu d’eau. Elle leur donne de la force et de la santé. Enfin, par sa simplicité et ses antres vertus, ils la regardent comme une diète excellente, Si elle a quelque chose d'insipide, on peut lui donner, avec une teinture, l'odeur et le goût qu'en
désire. Il paraît étrange, ajoute Brue, que ceux qui l’apportent, de plus de trois cents milles dans l'intérieur des terres, n’aient aucune provision de reste lorsqu'ils arrivent au marché ; mais il est bien plus surprenant qu'ils n’en aient pas eu d’autre que leur gomme , et qu’elle ait été leur unique subsistance dans 1ne si longue route. Cependant c'est un fait qui ne jeut être contesté, et sur lequel on a le témoignz.e de tous ceux qui ont passé quelque temps au Sénégal. Brue , qui avait goûté souvent de Ja gomme, la trouvait agréable. Les pièces les plus fraîches , c’est-à-dire celles qui ont été recueillies nouvellement, s’ouvrenten deux comme un abricot mûr. Le dedans en est tendre, et ressemble assez à l'abricot par le goût.
On fait un grand usage de la gomme du Sénégal dans plusieurs manufactures, particulièrement dans celles de laine et de soie. Les teinturiers s’en servent beaucoup aussi. Toute l’habileté dans le choix de celte gomme consiste à choisir la plus sèche, la plus nette et la plus transparente, car la grosseur et la forme des pains n’y mettent aucune différence.
L'arbre qui la porte, en Afrique commie en Arabie, est une sorte d’acacia assez petit et toujours vert, chargé de branches et de pointes, avec de longues feuilles, mais étroites et rudes. 1l porte une petite fleur en forme de vase, dans laquelle il y a des filets de la inême couleur, qui environnent un pistil où la sernence est renfermée; le fruit est d'abord vert, mais, en mürissant, il prend une couleur de
que ceux nilles dans ovision de 1l est bien l'autre que que subsisint c'est un quel on a le sé quelque souvent de ces les plus recueillies e un abricot nble assez à
du Sénégal ement dans s'en servent le choix de èche, la plus osseur et la érence.
\wmne en Âraet toujours es, avec de 11 porte une elle il y a des ent un pisul est d'abord
Le couleur de
DES VOYAGES. 4vi feruille morte. La semence ou la petite graine dont il est rempli est dure et blanchâtre. On trouve entre le Sénégal et le fort d’Arguin trois forêts qui portent quantité de ces arbres ; la première se nomme Sahel ; la seconde et la plus grande , El-Hiebar, et la troisième , Alfatak ; elles sont à peu près à la même distance, c'est-à-dire, à trente lieues du désert, qui est aussi à trente lieues du fort Saint-Louis ; et toutes trois elles sont entre elles à dix lieues l’une de l’autre. De Sahel au comptoir de Portendic on compte soixante lieues, et quatre-vingts jusqu’à la baie d'Arguin.
La récolte de la gomme se fait deux fois chaque année ; mais la plus considérable est celle du inois de décembre, où l'on prétend qu’elle est plus nette et plus sèche : celle du mois de mars est plus gluante, avec moins de transparence. La raison en est sensible ; c'est qu’au mois de décembre, elle se recueille après les pluies, lorsque l'arbre est rempli d’une séve que la chaleur du soleil vient épaissir et perfectionner, sans lui donner trop de dureté. Depuis celte saison jusqu'au mois de mars, la chaleur, devenant excessive, et séchant l'écorce de l'arbre, oblige d'y faire des incisions pour en ürer cette séve; car, la gomme n'étant qu’un suc propre qui transsude par les pores de l'écorce, on est forcé, lorsqu'elle ne sort pas d'elle-même, de blesser l'arbre pour l'en urer.
Ce commerce des gommes était du temps de Brune entre les mains de trois tribus, ou hordes indépen-
4a HISTOIRE GÉNÉRALE
dantes des Maures du désert. Les chefs de ces tribus étaient marabouts, nom générique des prêtres mahométans, qui prêchaient la religion du prophète dans toute la zone torride, qui ont partout un grand crédit, et sont partout de grands hypocrites. Ces Maures du désert méritent d’être considérés avec quelque attention. Ils ont bexcoup de rapport avec celle fameuse nation des Arabes tu a joué si long-temps un si grand rûle dans le monde, et qui, sous Ja domination des Turcs, n’est plus aujourd'hui qu'un pays d'esclaves ou un ramas fe brigands.
Ces Maures des environs d’Arguin et du Séégal conservent inviolablement les usages de leurs ancètres, Si Fon excepte un petit nombre, qui ont leurs cabanes sous les murs du fort de Portendic et vers le Sénégal, ils campent tous en pleine campagne, prés ou loin de ja mer ou de la rivière, suivant les saisons et les besoins du commerce. Leurs tentes et leurs cabanes ont toutes la forme d’un cône. Les premières sont composées d’une toile grossière , de poil de chèvre et de chameau si bien uissu, que, malgré la violence et la longueur des pluies, 1l est fort rare que l'eau les pénètre. Ces toiles ou ces
étoffes sont l'ouvrage de leurs femmes, qui filene le poil et la laine, et qui apprennent de bonne heure à les mettre en œuvre; elles n’en sont pas
moins chargées de tous les travaux domestiques , jusqu'à cel de panser les chevaux, de faire la provision d'eau et de bois, de faire le pain et de
le ces tries prêtres du pr9it partout ds hypotre COnNS1ticoup de abes qui a le monde, n'est plus
ramas de
lu Séaégal leurs an- , qui ont Portendic leine camviére, Suirce. Leurs d’un cône.
grossiére , issu, que, uies , il est iles ou ces qui filent de bonne n sont pas
mestiques , e faire la pain et de
DES VOYAGES. 413 préparer les alimens. Malgré ces assujettissemens où leurs maris les réduisent, ils les aiment et ne les maltraitent presque jamais. Si elles manquent à quelque devoir essentiel, ils les chassent de leur maison, et les pères, les frères ou les autres parens d'une femme coupable la punissent bientôt de l'opprobre qu’elle jette sur la famille ; d’ailleurs les maris se font un honneur d'entretenir leurs femmes bien vêtues, et ne leur refuser. rien pour leur pa-
æure. Tout ce qu'ils gagnent par le commerce ou
par le travail estemployé à cet usage ; aussi ne fautil guére espérer d'obtenir d'eux l'or qu'ils apportent de leurs voyages; ils le gardent pour en faire des bracelets et des pendans d'oreilles à leurs femmes, ou pour garnir la poignée de leurs couteaux et de leurs sabres. On voit que l'esprit de galanterie et de m° snificence, anciennement renommé chez les Arabes, se retrouve jusque dans les bordes vaga— bondes des déserts d'Afrique.
Les femmes des Maures ne paraissent jamais sans un long voile qui leur couvre le visage et les mains. Les Européens ne sont pas encore assez familiers avec leur nation pour obtenir la liberté de les voir à découvert ; maïs les hommes et les enfans ont généralement la taille et la physionomie fort belles. Quoiqu'ils ne soient pas fort hauts, 1is ont les traits réguliers : leur couleur foncée vient de la chaleur du soleil, à laquelle ils sont continuellement exposés. Si la beauté du teint manque aussi à leurs femmes, elle est fort avantageusement compensée par la pru-
414 HISTOIRE GÉNÉRALE dence, la modestie et la fidélité dans les engage mens du mariage; elles ne connaissent pas la galanterie, apparemment, dit Brue, parce qu'elles n’en trouvent pas l’occasion. Non-seulement elles ne sortent jamais seules , mais l’usage des hommes est de détourner le visage lorsqu'ils rencontrent une femme. Ils se rendent même le bon office de veiller mutuellement sur les femmes et les filles l’un de l'autre , et nul autre que le mari n’a la liberté d'entrer dans la tente des femmes. Un Maure qui serait assez pauvre pour n'avoir qu'une seule tente recevrait ses visites, et ferait toujours ses affaires à la porte, plutôt que d'y laisser entrer ses plus proches parens. Ce privilége n'est accordé qu’à leurs chevaux, ou plutôt à leurs jumens, qu'ils préférent beaucoup aux mâles de cette espèce, parce que, outre l'avantage d’en tirer des poulains qui leur apportent beaucoup de profit, ils les trouvent plus douces, plus vives et de plus longue durée que les mâles ; elles couchent dans leurs tentes pêle-mêle avec leurs femmes et leurs enfans. Ils les laissent courir librement avec leurs voulains, ou du moins ils ne les attachent jamais par le cou, et leur seul lien est aux pieds; elles s'étendent par terre, où elles servent d'oreiller aux enfans, sans leur faire le moindre mal; elles prennent plaisir à se voir baiser, caresser ; elles distinguent ceux qui les traitent le mieux ; et lorsqu'elles sont en liberté, elles s'en approchent et les suivent. Leurs maîtres gardent fort soigneusement leur généalogie, et ne les ven-
ngage à galanles n’en Jles ne mes est ent une e veiller l'un de té d’'enui serait te receires à la lus pron'à leurs référent rce que, qui leur ent plus e que les êle-mêle laissent u moins leur seul où elles faire le ir baiser, aitent le les s'en gardent les ven-
dent passans faire valoir les bonnes qualités de leurs pères , dont ils produisent un état exact qui en rehausse beaucoup le prix. Elles ne sont pas remarquables par leur grandeur ni par leur embonpoint, mais, dans une taille médiocre, elles sont bien proportionnées. L'usage des Maures n’est pas de les ferrer. Ils les nourrissent pendant la nuit avec du grand millet et de l'herbe un peu séchée. Au printemps, ils les mettent au vert, et les laissent un inois sans les monter.
Un adouard est un nombre de tentes et de cabanes où les Maures habitent quelquefois par tribus, quelquefois par familles. Hs les rangent ordinairement en cercle, l’une fort prés de l’autre, en laissant dans le centre une place où leurs bestiaux et leurs animaux domestiques passent la nuit. Il y a toujours une sentinelle établie pour garantir l’habitation des surprises de l'ennemi, ou des voleurs, ou des bêtes farouches. Au moindre danger, la sentinelle donne l'alarme, qui est augmentée par l'aboiement des chiens, et tout le village pense aussitôt à se défendre. Ces adouards sont mobiles et se transportent d'autant plus aisément, que Îles Maures, ayant peu de meubles et d'ustensiles domestiques, chargent en un instant tout leur équipage sur leurs bœufs et leurs chameaux. Ils placent leurs femmes dans des paniers, sur le dos de ces animaux. Cette vie errante n’est pas sans agrémens : ils se procurent ainsi de nouveaux voisins, de nouvelles commodités, et de nouvelles perspectives.
Ne in PASS
Leurs tentes sont de poil de chameau ; elles sont soutenues par des pieux, auxquels ils ne les attachent qu'avec des courroies de cuir. Dans le temps de la sécheresse, ils approchent leurs camps des bords du Sénégal, pour y trouver de l'herbe et la fraicheur de l'eau. Dans la saison des plmes, ils se reurent vers les côtes de la mer, où le vent les délivre de l’importunité des moucherons. C’est à la fin de cette dernière saison qu'ils font leurs plantauons de millet et de maïs.
Ils n'ont pas d'autre liqueur que l'eau et le lait. Leur pain est de farine de millet, non que la nature leur refuse d’autres grains, puisque le froment et l'orge peuvent croître dans le pays; mais les changemens continuels de leur demeure leur ôtent le goût de l’agriculture. Ils se servent quelquefois de riz. Lorsqu'ils recueillent de l'orge on du froment, ils l'enferment, après lavoir fait sécher, dans des puits fort profonds, qu'ils creusent dans le roc ou dans la terre. L'ouverture de ces trous n’a pas plus de largeur qu'ilne faut pour le passage d’un homme; mais ils s'élargissent par degrés, à proportion de leur profondeur , qui est souvent de trente pieds : on les nomme matamors. Le fond et les côtés sont garnis de paille. Les Maures y mettent leur blé jusqu à l'ouverture, qu'ils couvrent de bois, de planches et de paille; et par-dessus, ils forment une couche de terre, sur laquelle ils sément ou plantent quelque autre grain. Le blé se conserve
long-temps dans ces greniers souterrains,
Îles sont les atta- ; le temps amps des erbe et la es , 1ls se it les déliest à la fin Jantations
et le lait.
1e Ja nature froment et is les chan- ‘ur Ôtent le lquefois de u froment, r, dans des s le roc ou n'a pas plus un homme; o portion de ente pieds :
s cÔtés sont nt leur blé e bois, de ils forment sèment où Se conserve
ns.
Les Maures nettoient fort soigneusement leur grain avant de le broyer entre deux pierres pour le réduire en farine. Leur pain se cuit sous la cendre, et leur usage est de le manger chaud. Ils font bouillir doucement leur riz dans un peu d’eau ; et, lorsqu'il est à demi cuit, ils le tirent du feu et le laissent ainsi comme en digestion. Dans cet état, il s’enfle sans se coaguler. N'ayant pas l'usage des cuillers, ils se servent de leurs doigts pour en prendre de petites parties qu'ils jettent fort adroitement dans leur bouche ; ils ne mangent que de la main droite, parce que l’autre est réservée pour des exercices qui ont moins de propreté : aussi ne se lavent-ils jamais la main gauche. Leurs viandes sont coupées en petits morceaux, avant qu'elles soient cuites, pour éviter la peine de servir de couteaux à table. Si l’on prépare des poules ou quelque autre pièce de volaille au riz, on les coupe en quartiers, après quoi il n’est plus besoin de couteau pour les dépecer autrement, parce que l’un en prend un quartier qu'il présente à son voisin ; et celui-ci, tirant de son côté, tandis que l’autre tire du sien, le partage est fait en un moment. Ils mangent, comme au Levant, assis à terre et les jambes croisées, autour d'un cercle de cuir rouge ou d’une natte de yalmier, sur laquelle on sert les alimens dans des plats de bois ou dans des bassins de cuivre : ils mangent successivement leur pain et leur viande, et jamais ils ne boivent qu’à la fin du repas, lorsqu'ils quittent la table pour se laver. Les femmes ne mangent point
avec les hommes. L'usage ordinaire est de manger deux fois par jour, le matin et ver: l'entrée de la nuit, Les repas sont courts et se font avec un grand silence; mais la conversation vient ensuite, du moins entre les personnes de distinction, lorsqu'on commence à fumer, à boire du café on du vin et de l'eau-de-vie, pour se procurer les amusemens que chacun peut tirer de sun rang et de ses richesses, Les marabouts même ne se refusent pas ces plaisirs, lorsqu'ils peuvent les prendre secrètement et sans
scandale.
Les Maures de ces contrées n’ont pas de méde-
cins : la santé, qui est un bien commun dans leur nation , les délivre de cette servitude. S'ils sont sujets à quelques maladies, c’est à la dyssenterie et à
la pleurésie ; mais ils s'en guérissent eux-mêmes avec le secours des simples. Barbot assure nettement qu'ils ne sont sujets à aucune maladie, et que l'air du Sahara est si bon, qu'on y porte les malades comme à la source de la santé et de’la vie. se
Les marabouts sont presque les seuls qui sachent lire l'arabe ; en général, toute la natign est ensevelie dans l'ignorance. Cependant il se trouve un grand nombre de particuliers qui connaissent fort bien le cours des étoiles, et qui parlent raisonnablement sur cette matière. L'habitude qu'ils ont de vivre en pleine campagne leur donne beaucoup de facilit: pour les observations. Ils ont presque tous l'imagination fort vive et la mémoire excellente; mais leur histoire est mêlée de tant de fables, qu'il est
L de manger
ntrée de la
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s ces plaisirs, ement et sans
pas de médejun dans leur , S'ils sont suyssenterie et à nt eux-meémus sure nettement ie, et que l'ait te les malades la vie.
uls qui sachent on est ensevelie ouve un grand sent fort bien le aisonnablement ls ont de vivre coup de facilite sque 1ous limaxcellente ; mais
fables , qu'il est
DES VOYAGES. 419 difficile d'y rien comprendre. Leur habileté principale est pour le commerce. Ils n'ignorent rien de ce qui appartient à leurs intérêts : ils sont adroits eLtrompeurs ; sans goût pour les arts, ils ne laissent pas d'aimer la musique et la poésie, L'instrument qui les anime le plus ressemble à nos guitares. Ils composent des vers qui ne paraissent pas méprisables à ceux qui connaissent le génie des langues orientales , dont la leur est descendue.
Cette partie de l'Afrique produit des chameaux d'une grosseur et d’une force extraordinaires ; ils ne sont pas incommodés d'un poids de douze cents livres. On les accoutume à se mettre à genoux pout recevoir leurs charges ; mais, lorsqu'ils se trouvent assez chargés, ils se lévent d'eux-mêmes, et ne souffrent pas volontiers qu'on augmente leur fardeau. Il y a peu d'animaux aussi faciles à nourrir. Le chameau se contente de branches d’arbres , de ronces et de joncs qu'il rumine : il est capable de demeurer chargé pendant trente ou quarante jours, et d'en passer huit ou dix sans boire et sans manger. Sa nourriture commu neest le maïs et l’avoine. Lorsqu'ilest revenu de quelque long voyage, ses maîtres lui donnent la liberté de chercher à vivre dans les plaines , où il trouve toujours de quoi se nourrir. Si l'herbe est fraîche, on ne luidonne de l'eauqu'une fois en trois jours. Il boit beaucoup lorsqu'il en trouve l'occasion ; et, loin d’aimer l’eau bien claire, il la trouble avec le pied pour la rendre bourbeuse. Le chameau a le cou fort long, à proportion de
sa tête qui est fort petite. IL a sur le dos une bosse assez épaisse , et.sous le ventre une substance calleuse, sur laquelle il se soutient lorsqu'il plie les jambes. Ses cuisses et sa queue sont petites ; mais il a les jambes longues et fermes, et le pied fourchu comme le bœuf. La nature l’a rendu traitable et docile , fort utile aux besoins des hommes, et peu incommode pour la dépense. IL vit long-temps. Son naturel le porte à la vengeance; et s’il est maltraité sans raison par ses guides , il saisit la première occasion de leur marquer son ressentiment par quelques coups de pieds, qui sont heureusement peu dange. reux. Il aime la musique et le chant. La maniere de lui faire hâter sa marche, est de siffler ou de jouer de quelque instrument. On assure que les femelles portent une année presque entière, et qu'elles ne s'accouplent qu’une fois en trois ans. Aussitôt qu’un jeune chameau vient au monde, les Maures lui lient les quatre pieds sous le ventre, et le couvrent d'un drap, sur les coins duquel ils mettent des pierres fort pesantes; ils l’accoutument ainsi à recevoir les plus gros fardeaux. Le lait des chameaux est un des principaux alimens des Maures. On mange leur chair lorsqu'ils deviennent vieux où peu propres au service ; et l’on assure que, malgré sa dureté, elle est saine et ne «rrissante. Les Maures donnent à cette espèce de chameau le nom de djimels.
Ils en ont une autre espèce qu'ils nomment hé. chets, mais qui est rare en Afrique, et qui ne se trouve guère hors de l'Asie. Elle est plus faible que
s une bosse bstance calqu'il plie les ites ; mais il ed fourchu table et dos, et peu intemps. Son est maltraité remière OCCapar quelques 1t peu dangea maniére de r ou de jouer e les femelles et qu'elles ne AussitÔt qu'un aures lui lient couvrent d'un nt des pierres si à recevoir hameaux est ut n mange leur à peu propres oré sa dureté, ures donnent le djimels.
nomment be , et qui ne $e
plus faible que
DES VOYAGES. 421 la premiére, quoiqu'elle ait deux bosses sur le dos. La troisième espèce se nomme dromadaire.
Elle est plus faible encoré que la seconde, et ne sert ordinairement que de monture. Mais, en récompense, elle est extrêmement légère à la course, sans compter qu'elle résiste fort long-temps à la soif. Aussi les Maures en font-ils beaucoup d'estime. Le mouvement de cet animal est si rapide, qu'il faut se ceindre la tête et les reins pour le supporter. Les chimistes attribuent. beaucoup d'effets aux diverses parties du corps des chameaux. Mais sa principale vertu est dans son urine, qui, étant séchée et sublimée au soleil, produit le vrai sel ammoniac, drogue fort connue, et souvent contrefaite par les Hollandais et les Vénitiens.
L’autruche est le principal oiseau du même pays. Il est si commun , qu’on en voit souvent de grandes troupes dans les déserts qui sont à l'est du cap Blanc, du golfe d’Arguin, de celui de Portendic, et sur les bords de la rivière de Saint-Jean. Ces oiseaux ont ordinairement six ou huit pieds de hauteur, en les prenant de la tête aux pieds; mais leur corps a peu de proportion avec leur grandeur, quoiqu'il soit assez gros, et qu'ils aient le derrière large et plat. Il semble qu'ils ne soient composés que de pieds et de col. Le plus grand avantage qu'ils reçoivent de leur taille est de voir de fort loin. Ils ont la tête fort pelite et couverte d’une sorte de duvet jaune. Rien n'approche de leur stupidité. Les yeux de l'autruche sont fort grands, avec de longs sourcils.
ST Ar ES -
Les paupières supérieures sont aussi mobiles que celles de l'homme. Elle a la vue ferme. Son bec est court, dur et pointu ; sa langue est pelite et fort rude. Son col est couvert de petites plumes, ou plutôt d’un poil fort doux et comme argenté. Ses ailes sont trop petites et trop faibles pour soutenir dans l'air un corps si pesant ; mais elles l’aident à courir avec une vitesse surprenante, surtout avec la faveur du vent; elles lui servent de voiles, et rien n’égale alors sa légèreté ; au lieu que, si le vent est contraire, les ailes et le corps demeurent immobiles.
Les autruches multiplient prodigieusement. Elles couvent leurs œufs plusieurs fois l’année, et jamais elles n'en pondent moins de quinze ou seize à la fois. Ce n'est point en reposant dessus qu’elles leur rendent l'office de mères : elles les placent au soleil, où la chaleur les fait éclore , et les petits n’ont pas plus tôt vu le jour, qu'ils cherchent leur nou:riture. Les œufs sont fort gros ; 1l s'en trouve qui pésent jusqu à quinze livres et qui suffisent pour rassasier sept personnes. On assure qu'ils sont de bon goût et fort nourrissans. L'écaille en est blanche, unie et fort dure, quoique d’une épaisseur médiocre. On 'en fait des tasses et des ornemens pour le cabinet des curieux. Les Tures et les Persans les suspendent à la voûte de leurs mosquées.
Les Arabes n'estiment pas seulement lautruche pour ses plumes , qui sont une marchandise recherchée, maïs encore pour sa chair, qui, toute rude
qu'elle est, passe chez eux pour un mets délicat.
mobiles que Son bec est et fortrude, s, où plutôt Ses ailes sont nir dans l'air à courir avec la faveur du n’égale alors st contraire, biles.
sement. Elles ide, et jamais ou seize à la s qu’elles leur placent au s0es petits n'ont nt leur nou:ren trouve qui suffisent pour qu'ils sont de e en est blanune épaisseur des ornemens tres et les Perrs mosquées.
ent l'autruche andise recherui, toute rude \ mets délicat.
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DES VOYAGES. 429 Comme ils ont peu d'adresse à ürer, qu'ils sont mal pourvus d'armes à feu, et qu'ils n’ont pas de chiens formés à la course, ils chassent les autruches à che. val, en prenant soin de les pousser toujours à contre vent. Lorsqu'ils s'aperçoivent qu’elles commencent à se fatiguer, ils fondent dessus au grand galop, et les achèvent à coups de flèches et de zagaies.
L’autruche est d’une voracité singulière. Elle dévore tout ce qu’ellerencontre; herbe, blé, ossemens d'animaux, jusqu'aux pierres et au fer. Maisles corps durs passent au travers de son corps avec peu d’altérauon. D'une infinité de vertus que les chimistes attribuent à cet oiseau, on n'en connaît pas une assez avérée pour mériter un éloge sérieux. Son principal mérite consiste dans ses plumes : elles sont en usage dans tous les pays de l'Europe pour les chapeaux , les dais, les cérémonies funébres, et surtout ponr les habillemens de théâtre. En Turquie, les janissaires s’en servent pour orner leurs bonnets, On n’estime que celles qui sont arrachées à l'oiseau tandis qu'il est vivant. Mais les Arabes en font des amas. dans lesquels ils font entrer indifféremment les bonnes et les mauvaises, Dans la difhculié de les distinguer, les facteurs n’ont qu’une règle, c'est de presser le tuyau , qui doit rendre une liqueur rouge semblable à du sang, lorsque les plumes sont d'une autruche vive. Autrement elles sont légères, séches, et fort sujettes anx vers.
Ce fut sous les auspices de Brue qu'un de ses facteurs, nommé Compagnon, pénétra jusque dans le
des nie TS
royaume de Bambhouk, célèbre par ses mines, d’où les Mandingues du royaume de Galam et les Saracolez tiraient l'or qu'ils apportaient au Séné,al et sur les bords de la Gambie.
Il fit par terre son premier voyage du fort Saint- Joseph, en droite ligne, jusqu’à celui de Saint- Pierre sur la rivière de Falémé. Il en fit un second, en suivant le bord oriental de cette rivière depuis Onnéca jusqu’à Nayé. Dans le troisième, 1l traversa le pays, depuis Babaiocolam sur le Sénégal, jusqu'à Neuéko et Tombaaoura, lieux qui sont au centre de Bambouk et voisins des mines les plus riches. Ainsi, dans l’espace d’un an et demi qu'il mit à voyager dans ce royaume, il le visita de tant de côtés différens, qu'il paraît n'avoir iaissé aucun endroit à parcourir. Il porta ses onservalions sur tous les chjets qui se présentérent ans sa route, avec l'exactitude dont son génie le :endaït capable, autant pour satisfaire sa curiosité que pour répondre aux espérances de la Compagnie qui l’employait.
La sagesse de sa conduite et ses présens lui gagnérent aisément l'estime du farim ou chef de Caïnoura, voisin du fort Saint-Pierre, qui le prit moins
pour un agent de la Compagnie, que pour un artiste curieux dont le but était de s'instruire. 1] le fit con-
duire par son propre fils jusqu'à Sambanoura, dans le royaume de Couton. On y fut extrêmement surpris de voir un blanc; maison ne le fut pas moins de la hardiesse de cet étranger, et les Nôgres l'auratent fort mal reçu sil n'avait en pour guide le tils du
mes, d'où t les Sarasénéal et
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DES VOYAGES. 425 farim de Caïnoura. Tout était à craindre de la part d'un peuple si jaloux de son or. Les plus passionnés proposérent de lui ôter la vie. D'antres, plus modérés , voulureni qu'il fût renvoyé , sans li laisser le temps d'observer le pays.
Cependant le farim de la ville, sollicité par le fils de son am! , et peut-être gagné par les présens de Compagnon , trouva le moyen de persuader à ses sujets que leurs alarmes étaient mal fondées. H les assura que ce blane était un honnête homme, qui venait leur proposer un commerce avantageux , et qui pouvait leur fournir d’excellentes marchandises à meilleur marc :* que les négocians maures ou nègres auxquels 1}5 permettrient l'entrée de leur pays. Ces raisons , soutenues de quelques présens qui furent répandus à propos entre les principaux halntans et leurs femmes, produisirent un changement merveilleux. La défiance parut se changer en affection, Le peuple accourut en foule pour admirer les armes et l'habillement de l'étranger. On li trouva du sens et de bonnes qualités. Comme ii s accommodait à leurs maximes , 1l s'insinua si heureusement dans leur estime, qu'il se vit bientôt autant d'amis qu'il avait eu d'abord d’ennemis et de perséeuteurs. On Jui ré pétait detoutes parts : « Nous « remercions le ciel de vous avoir conduit ici. Nous « souhaitons qu'il ne vous arrive aucun mal. »
Compagnon aurait remercié la fortune, s'il n'avait pas eu d’autres obstacles à surmonter ; mais 1] devait
s’'auendre aux mêmes difficultés dans chaque ville
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qu'il avait à traverser. À la vérité, il n’oublia pas de se faire accompagner , dans toute la suite de ses voyages, par quelques habitans du pays qui lui avaient paru fort attachés à ses intérêts. Cependant les jalousies et les dangers renaissaient à chaque pas. Il fut obligé de répondre à mille quesuons ennuyeuses, d'essuyer des observations fort génantes ; et, sans l’amorce de ses présens, il aurait désespéré plus d’une fois de pouvoir pénétrer plus loin. Dans ce pays, comme dans le reste du monde, c’est le plus sûr moyen de donner de la force et du poids aux argumens. Il trouva néanmoins plusieurs villes où les présens joints aux raisons furent trop faibles pour dissiper la crainte et la défiance. Si les habitans paraissaient disposés à ménager sa vie, ils n’en refusaient pas moins de le laisser toucher à la terre de leurs nunes. En vain leur offrit-1l de l'acheter au prix qu'ils y voudraient mettre , en les assurant par lui-même et par des guides, qu'il n'avait pas d'autre mouf que sa curiosité, et que son dessein était d’en faire des cassots ou des têtes de pipes. Apres avoir écouté ses raisons, ils lui déclarérent que jamais 1l ne leur ferait croire qu'un homme püt voyager si loin pour un mouf si léger. Ils lui soutenaient qu'il était venu dans quelque mauvaise intenuon , celle peut-être de voler leur or ou de conquérir leur pays aprés l'avoir reconnu; et la conclusion ordinaire était de le renvoyer sur-lechamp , ou de le ter, pour ôter aux blanes la pensée de suivre son exemple.
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La fermeté de Compagnon servait souvent à le tirer des plus dangereux embarras, Étant à Tarako, il envoya un de ses guides à Silabali, pour lui apporter du ghingan ou de la terre dorée, et pour inviter le peuple à lui vendre ses cassois, qu'il promettait de payer libéralement. Son messager fut mal reçu. Non-seulement on rejeta ses demandes, mais 1l fut chassé brutalement, avec ordre de dire au farim de Tarako, qu'il fallait être fou pour ouvrir l'entrée de ses terres à un blanc, dont l'unique intention était de voler le pays après y avoir fait ses observations. Cette réponse fut rendue à Conpagnon en présence du furim ; mais sans se déconcerter, il répliqua que le farim de Silabah devait être lui-même un fou , pour s’effrayer de l’arrivée d'un blanc dans son pays , et pour refuser quelques morceaux d'une terre dont il avait beaucoup plus qu'il n'en pouvait jamais employer. Aprés ce discours , 11 paya le Nègre avec autant de hbéralité que s'il eût réussi dans sa commission.
Cette humeur généreuse fit tant d'impression sur les habitans du pays, qu'elle devint le sujet de tous les entretiens. Un autre Nègre offrit à Compagnon de lui aller chercher de la terre pendant la nuit ; mais comme la politique du facteur français le por tait toujours à cacher ses vues, il reçut cette offre avec beaucoup d’indiflérence , en se contentant de répondre que, lorsqu'il serait mieux connu, on ne ferait pas difficulté de mi vendre de la terre et des CassOts
428 HISTOIRE CÉNÉRALF
I parvint enfin à s’en voir apporter plus qu'il n'en désirait. Les farims, etle peuple n:me, prirent par degrés tant de considération pour lui, qu’ils lui rendirent des présens pour les siens, et qu'à la fin ils lui accordèrent la liberté de choisir lui-même la terre qui lui plaisait le plus, et d'en faire autant de cassots qu'il désirait. Brue, qui continuait de commander au fort Saint-Louis, envoya plusieurs de ces cassots à la Compagnie , avec des essais de toutes les mines, par le vaisseau la Victoire, qui partit du Sénégal le 28 juillet 1716.
La plupart des mines produisent de l'or en si grande abondance, qu'il n’est pas besoin de creuser. On gratte la superficie du terrain. On met la terre dans un vase pour en faire sortir les parties terrestres, qui laissent au fond de l'or en poudre, et
quelquefois en assez gros grains. Compagnon fit lui-même l'expérience de cette méthode; mais il remarqua que les Négres , s’arrétant ainsi à l'extrcmité des rameaux d’une mine, ne parviennent jamais aux principales veines. A la vérité, ces rameaux même sont fort riches; et l'or en est si pur, qu'on n'y trouve aucun mélange de marcassite ni
d'autres substances minérales ; 1l n’a pas besoin d'être fondu, et tel qu'il sort de la mine il peut être mis en œuvre. La terre qui le produit ne demande pas non plus beaucoup de travail. C’est ordinairement une sorte d'argile de différentes couleurs, mêlée de veines de sable ou de gravier ; de so:te que dix hommes feraient plus dans ce pays
plus qu'il me, pri- Jour lui, siens, €t de choisir s, et d'en », qui conis, envoya , avec des au da Vict1716.
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que cent dans les plus riches mines du Pérou et du Brésil.
Les Nègres de Bambouk n’ont aucune notion des différences de la terre, ni la moindre règle pour distinguer celle qui produit l'or de celle qui n’en produit pas. Ils savent en général que leur pays en contient beaucoup, et qu’à proportion que le sol est plus sec et plus stérile, il produit plus d’or. Ils grattent la terre indifféremment dans toutes sortes de lieux ; et quand le hasard leur fait rencontrer une certaine quantité de métal, ils continuent de travailler dans le même endroit jusqu’à ce qu'ils le voient diminuer ou disparaître entièrement. Alors ils tournent leur travail d’un autre côté. Ils sont persuadés que l'or est un être malin qui se plaît à tourmenter ceux qui l’aiment (ce qui est trèsvrai dans un sens moral) ; et que, par cette raison, il change souvent de domicile. Aussi, quand aprés avoir remué quelques poignées de terre ilsne trouvent rien qui répondent à leurs espérances, ils se disent l’un à l’autre sans aucune plainte, ilest part : ensuite ils vont chercher plus de bonheur dans un autre lieu.
Si la mine est fort riche, et que, sans beaucoup de travail, ils soient satisfaits du produit, ils s’y arrêtent, et creusent quelquefois jusqu à six, sept ou huit pieds de profondeur. Mais ils ne vont pas plus loin ; non qu'ils craignent que le métal vienne à manquer, car ils déclarent au contraire que plus ils pénètrent, plus ils le uouvent en abondance ; mais
450 MISTOIRE GÉNÉRALE
parce qu'ils ignorent la manière de faire des échelles, et qu'ils n'ont point assez d'industrie pour soutenir la terre et pour empêcher qu'elle ne s'écroule. 11, ont seulement l'usage de tailler des degrés pour y descendre, ce qui prend beaucoup d'espace, et n'empêche pas la terre de tomber, surtout dans la saison des pluies, qui est ordinairement celle de leur travail, parce qu'ils ont besoin d'eau pour séparer l'or. Lorsqu'ils s'apercoivent que la terre menace rnine, ils quittent le tron qu'ils ont ouvert, pour en commencer un autre qu'ils abandonnent de même après l'avoir conduit à la même profondeur. On conçoit qu'avec si peu d'industrie, nonseulement ils ne tirent qu’une petite partie de l'or
qui est dans la mine, mais qu'ils ne recueillent
même qu'imparfaitement celui qu'ils ont tiré; car ils ne s'arrêtent qu'aux parties visibles qui demeurent au fond du vase, tandis qu'il en sort avec Veau et la terre une infinité de particules qui feraient bientôt la fortune d’un Européen.
Cependant les habitans de cette riche contrée n'ont pas la liberté d'ouvrir en tout temps la terre, ui de chercher des mines quand il leur plaît. Ce choix dépend de l'autorité de leurs farims ou des chefs de leurs villages. Ces seigneurs font publier dans certaines occasions, soit en faveur du public, soit pour leur intérêt particulier, que la mine sera ouverte un certain jour. Ceux qui ont besoin d'or se rendent au lieu marqué, et commencent le travail. Les uns crensent la terre, d'autres la transpor-
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DES VOYAGES. 451 tent , d’autres apportent de l’eau, et d’autres lavent le minerai. Le farim et les principaux Nègres gardent l'or qui est nettoyé , et prennent garde que les ouvriers n’en détournent quelque partie. Après le travail, il est partagé, c’est-à-dire que le farim commence par se mettre en possession de son lot, qui est ordinairement la moitié, à laquelle il joint, par un ancien droit, tous les grains qui surpassent une certaine grosseur. L'ouvrage dure aussi long-temps qu'il le juge à propos; et lor | est fini, personme n'a la hardiesse de touche mes. Ces interruptions sont la seule ce: l'or n’est point apporté régulièrement dans les mèmes saisons; car siles Nègres avaient toujours la liberté de travailler, leur paresse céderait au besoin qu'ils ont des marchandises de l'Europe, et le travail serait aussi continuel que la nécessité du commerce. Leur pays est si sec, qu'il ne produit aucune des nécessités de la vie. Les Mandingues, les Négres de la Guinée, et d’autres marchands, urent avantage de leurs besoins pour leur faire attendre les moindres secours, dans la vue deiles leur faire payer plus cher. Mais si les Européens s'établissaient une fois parmi eux, on les délivrerait de la tyrannie de ces étrangers, et la connaissance qu'on leur donnerait des marchandises de l’Europe, servirait également à leur en faire consommer davantage, et à nous procurer de l'or avec plus d'abondance.
Dans cette vue , il faudrait commencer par leur fournir sur leurs frontières toutes les commodités
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