‹ Abrégé de l'Histoire romaineChapitre 10 sur 30 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Depuis Vexil de Tarquin jusqu'à V établis^ sèment de la Dictature.

Ji. V pouvoir royal qu'on veuait de détrui re De uî« îa ®^c^* 1® Gouvernement répufonaationde blicaûi. Cependant les sénateurs Rome, Tan gardèrent pour eux-mêmes la ?^*' plus grande partie de l'autorité ,

et se revêtirent des ornemens de la dignité qu'on venait d'abolir« Le peuple assemblé par centuries élut , à la place du roi, sous le titre de consuls , deux magistrats auxquels ils confièrent l'autorité royale, en leur donnant les mên[ies privilèges et les marques extérieures de la royauté.

Brutus, le libérateur de sa patrie , et Col* latin, le mari de Lucrèce, furent les premiers consuls de Rome.

Mais quelqu'agréable que fût au peuple cette nouvelle république , elle toucha, dès sa naissance , au moment de sa ruine. Un parti se forma en faveur de Tarquin. Quel*

DE LA RÉPUB. ROMAINE. ij ques jeunes gens des premières familles de r£tat , élevés près du roi et dans les plaisirs d'une cour dissolue, entreprirent de rétablir la monarchie. Le nombre ^tugmentait chaque jour ; et ce qui causa le plus grand étonnexnent , ce fut de voir, parmi ces jeunes gens, les deux fils de Brutus et les neveux de Collatin. Instruit des intrigues qui se formaient en sa faveur, Tarquin envoya , de TEtruric à Rome , dea ambassadeurs , sous le prétexte de redemander leur couronne, mais dont le but véritable était d'encourager cette faction. Un esclave , caché par ha$ard dans la 3alle où les conjurés avaient coutume de s'assembler, découvrit la conspiration. Il est peu de situations aussi terribles que celle où se trouva Brutus. C'était un père devenu le juge de ses propres enfans. La justice ré« clamait sa sévérité , la nature son indulgence. Les jeunes gens ne défendirent point leur cause ; mais reconnaissant leur crime , ils attendirent leur sentence dans le silence et la terreur. Les autres juges n'étaient point sourds au cri de la nature. Leurs entrailles furent émues : CoUatin pleurait, et Valérius ne put étouffer tods les senUmens de la pitié. Prutus seul 9 inébranlable, semblait avoif

perdu toute humanité. Sa contenance était sévère j son air Nombre. D'un ton de voix qui annonça le parti rigoureux qu'il avait pria , il demanda à ses enfans s'ils avaient à répondre au crime dont on les chargeait. Ayant répété trois fois la question sans recevoir aucune réponse , il se tourna vers les licteurs : «C'est actuellement à vous, leur dit-il , de faire exécuter la loi ». Après ces mots il s'assit dans un calme majestueux. Ni la tendresse paternelle , ni les regards sup« plians du peuple, ni les larmes demies enfans, qui se préparaient pour l'exécution , ne purent le lui faire changer de résolution» Inaccessible à toute autre considération qu'à celle du bien public , Brutus prononça luimême la sentence de mort^ et, obligé par les devoirs de sa charge , il assista lui-même à l'exécution. Les prisonniers eurent la tête tranchée sous ses yeux; mais en dépit de sa fermeté stoïque , Brutus ne put étouffer les sentimens de la nature , dont les fonctions de sa place venaient d'exiger le sacrifice.

Se Voyant ainsi privé' de l'espoir d'une insurrection en sa faveur, et voulant reconquérir le trône , Tarquin implora des secours étrangers. Il sutpersuader aux Yeïcns

DE LA RÉPUB. ROMAINE. 49 de le secourir dans son entreprise , et s'avança vers Rome avec une armée considérable. Les consuls étaient près de s'opposer à ses Ana46. desseins. Valérius commandait l'in- £ftn terie; et Br utus, à la tête de la cavalerie, ren* contra l'armée de Tarquin sur les confins de l'Etat romain. Aruns , fils de Tarquin, commandant la cavalerie à la place de son père ^ appeïcevant Brutus à quelque distance de lui , conçut le grand dessein de terminer le destin de la journée , avant que les deux armées en vinssent aux mains. Pressant son cheval , il s'élance sur lui avec fureur. Brutus, le voyant approcher, sorti des rangs. Ils se heurtent avec tant de rage, que, négligeant de se défendre , et ne songeant qu'à s'attaquer, ils tombent morts tous les deux ensemble. H y eut un combat sanglant , et le carnage fut égal des deux cotés. Mais les Romains étant maîtres du champ de • bataille, proclamèrent la victoire ; et Valérius , à son retour à Rome, reçut en conséquence les honneurs du triomphe.

Tarquin , que ses malheurs ne décourageaient point , engagea Porsenna , roi des ïltrusques , à épouser sa cause ^ et à combattre pour lui. Egalement recommandable /'» Partie. 4

par sa conduite et son courage, ce prince s'avança vei^ Rome, dont il fit le siège avec une armée nombreuse. La terreur de son nom et de ses armes remplit le peuple de frayeur. Porsenna poussa le siège avec vigueur, et fit une attaque formidable, La résistance des consuls fut inutile , et on les rapporta chez eux couverts de blessures • Les Romains fuyaient épouvantés : l'ennemi les poursuivit jusqu'au pont , par lequel les vainqueur^ allaient entrer dans la ville con* fondus avec les vaincus. C'en était fait de ^ Rome, lorsqu'Horatius-Coclès se plaça luiinême en sentinelle sur le pont, et , secouru seulement de deux personnes, il s'opposa à l'ennemi , soutint le choc des assaillans jusqu'à ce que le pont fût rompu derrière lui Quand la conmiunication fut interceptée^ il se jeta dans le Tibre avec son armurew iVictorieux , il arriva à la nage au milieu des applaudissemens de ses compagnons d'armes.

Cependant Porsenna était résolu de prendre la ville ; et quoique cinq cents des siens eussent été tués dans ime sortie, il réduisit les Romains à la plus grande détresse ; et , changeant le siège en blocus, il se détermina

DE LA RÉPUB. ROUAINE. 5li à prendre Rome par famine. La misère des assiégés commençait à être insupportable^ et tout présageait une prompte reddition de la place , lorsqu'un autre acte de courage et de fierté y supérieur encore à tous ceux qui avaient sauvé la patrie auparavant, lui rendit sa liberté.

Mutius , jeune homme d'un couriage in« 'dompté , voulut délivrer son pays de Tennemi qui l'opprimait. Pour y parvenir, il se déguise en paysan d'Etrurie, entre dans le camp de l'ennemi, résolu de mourir oa de tuer le roi. Il s'introduit dans l'endroit où Forsenna payait ses troupes , ayant à ses côtés un secrétaire ; mais prenant ce dernier pour le roi , il lui enfonce un poignard dans le cœur. On le prend : on le mène à Forsenna. Le prince lui demande qui il est, et la cause d'une action aussi odieuse. Mutius , sans lui rien cacher, l'insti^uit de son pays, de son dessein. Etendant au même instant son bras dans un brasier allumé devant lui sur un autel : « Vous voyez, » s'écria-t-il , combien je méprise les puni- » tions rigoureuses que votre cruauté m'iufli- D géra. Non-seulement un Romain sait agir, ^ mais il sait encore souj&ir. Je ne suis point

Ss H I S T O I R E

» le seul que vous ayez à craindre : trois y> ceiits jeunes gens ont, comme moi, juré » voire pertijB : mettez-Vous donc en garde » contre leurs entreprises i>. Etonné d'une telle intrépidité, Porsenna avait trop de grandeur d'ame pour ne pas reconnoître le mérite même dans un ennemi. Il le fit donc reconduire à Rome sain et sauf, et offrit aux assiégés des conditions de paix. Comme elles n'étaient ni flétrissantes ni rigoui'euses , elles furent acceptées. On leur demandait cependant en otage dix jeunes gens et autarlt de filles des meilleures familles de Rome. Mais comme si le sexe le plus doux voulût aussi dans ces temps nvaliser en courage avec l'autre, Clélie, l'une des otages, s'échappant de ses gardes , et montrant le chemin à ses autres compagnes , traversa le Tibre à cheval à travers une grêle de dards , et $o présenta au consul. Craignait les suites qui pourraient résulter de cette t^tion, ce magistrat la renvoya. Pour ne pas se laisser vaincre en générosité , non-seulement Porsenna lui donna sa liberté ; mais il lui per« mit encore de choisir dans l'autre sexe ceux dont elle désirerait être accompagnée. Elle s'avance avec modestie , et Choisit ceux qui

• DE LA RÉPUB. ROMAINE- 55 n'avaient pas quatorze ans , donnant pour prétexte que leur jeunesse les rendait in-? capables de supporter les rigueurs de Tesclavage.

Far le secours de son gendre Manilius y Tarquin parvint encore à faire épouser aux Liatins ses intérêts, et profita de l'occasion où les plébéiens n'étaient point d'accord avec les sénateurs sur le payement de leurs dettes, lies premiers refusaient d'aller à ]a guerre , à moins qu'à leur retour le payement de leurs dettes ne leur fut remis. Les consuls voyant que leur autorité ne suffisait pas, proposèrent au peuple d'élire un magistrat temporaire , dont le pouvoir absolu s'étendrait non-seulement sur toutes les classes de la société , mais encore sur les loix. Les plébéiens acceptèrent cette offre avec empressement y consentant à céder de leur propre autorité pour affaiblir celle de leurs supérieurs. En eonséquence , Lartiua fut créé premier dictateur de Rome : car c'est ainsi que l'on nomma cette place éminente à laquelle il fut élevé par les consuls ses collègues. Ainsi ce peuple , à qui le nom de roi était odieux , se soumit sans peine à un magistrat dont le pouvoir était plus considé-

rable. Tant il est vrai que les mots nous séduisent y et qu'aucune forme de gouvernement n'est pénible au peuple quand elle ne heurte point ses préjugés.

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