‹ Abrégé de l'Histoire romaineChapitre 11 sur 30 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

JDepuis la création d^un Dictateur jusqu^à P élection des Tribuns.

A PEINE créé dictateur, Lartius entra en An a55. exercice , environné de licteurs , décoré des omemens de Tancienne royauté , et assis sur un trône au milieu du peuple. Il ordonna qu'on procéderait à la leyée des impôts comme on avait fait sous les rois de Rome. Le peuple vit avec terreur un ma- |B;istrat qu'il avait investi d'une puissance aussi absolue. Chacun se plaça paisiblement dansldi rangs qu'on lui avait assignés. Après s'être opposé à l'ennemi j il ramena son ar« mée, se démit, dans les six mois, de la dictature , passant pour l'avoir exercée avee douceur et sans reproche.

Quoique le peuple se fût laissé conduire pendant quelque temps, il n'en résolut pas moins de secouer le)oug ; et voyant que ses réclamations restaient sans effet, il sedéter* mina à abandonner ceux dont il ne pouvait

se faire écouter. Les abus continuant, il entreprit de sorf;ir d'une ville dans laquelle il ne trouvait aucune protection^ et d'aller former au-delà de ses limites un nouvel établissement Sous la conduite d'un plébéien £çpelé Sicinius-Bellijitus, il se retira sur le mont Sacré, situé à trois lieues de Rome.

A la nouvelle de cette désertion , la ville fut remplie de trouble et d'alarme. Ceux qui voulaient du bien au peuple , entreprirent d'escalader les murs pour aller le re^ joindre. L'agitation des sénateurs ne le cédait point à celle des autres; quelques-uns étaient d'avis d'employer des mesures violentes , et de repousser Ia,forcô par la force j d'autres voulaient user de ménagement , pensant qu'une victoire sur de tels ennemis était pire qu'une dé&ite. Enfin on prit le parti de dépuler quelqu'un vers le peuple, pour le prier de rentrer dans la ville , et de déclarer les réclamations qu'il avait à faire. On promit en mêime temps l'oubli de tout le passé.

Comme ce message n'eut point un heureux , succès ) Menenius- Agrippa, l'un des plus sages et des plus humains d'entre les sénateurs , fut d'avis qu'on accordât au peuple

ses demandes. On résolut donc d'entrer en négociation , et d'offrir tout ce qui pouvait engager le peuple à rentrer dans la ville. On députa dix envoyés. La dignité et la popula* rité des ambassadeurs leur valurent , de la part des soldats y un accueil respectueux,. Ha mirent en usage tpus leurs talens oratoires. Ldcinius et Lucias-lunius, défenseurs des soldats, firent le tableau de leur détrëdse av^ .cette mâle éloquence inspirée par la natixre. Fendant la conférence , Menepius^ Agrippa y d'une.origine plébéienne ^ homme rusé , sentant que\ genre d'éloquence pouvait 4 tire le plus agréable au peuple , se servit fie cette fable rapportée par Tite-Live. a II arriva jadis que les membres du corps )) ne pensant qu'à eux -niêmes, résolurent, » d'un commup accQrd , de se ré vol ter contre y) Testomt^, Ils. lïe savaient pas y disaient-ils , » pOQ^quoi ils • étaient obligés d'employer V tous leurs soins , du matin au soir , pour y> l'estomac qui , tranquille au milieu d'eux , }i s'engraissait de leurs travaux. Us se déci- » dèrent donc à lui refuser leurs services. » Les pieds ne voulurent plus porter aucun ^> poids y les mains s'engagèrent à ne donner )j aucune nourriture y les dents refusèrent

j> de remplir leurs fonctions. Chaque memj> bre tint y pendant quelque temps , la » promesse qu'il avait faite : mais tous s'ap- D perçurent bientôt qu'au lieu de nuire à l'es- D tomac par cette conduite , ils se détruis )) saient eux-mêmes , et reconnurent , mais y> trop tard , qu'ils lui devaient leur force et i) leur vigueur».

Cette fable, dont l'application est facile , produisit à l'instant l'effet qu'on en s^tten-^ dait Ils s'écrièrent unanimement qu'A* grippa pouvait les ramener à Rome^ et se préparaient à le suivre , lorsque Lucius- Jujiius les retint, alléguant que, quoiqu'ils reconnussent les offres amicales du sénat , ils n'avaient cependant aucune garantie contre son ressentiment : qu'il était donc essentiel pour le peuple de créer un certain nombre d'officiers qu'on choisirait, tous les ans, parmi les plébéiens, auxquels on donnerait le pouvoir de défendre la cause du peuple, et de le garantir de l'oppression.

Le peuple, toujours de l'avis du dernier orateur , applaudit hautement à cette proposition. Les ambassadeurs n'étaient point autorisés à l'accorder. On envoya donc à Rome prendre les instructions du sénat Divisés

DE LA RÉFUB. ROMAINE. 5g entre eux, fatigués des plaintes, voulant ayoir la paix à quelque prix que ce fut, les sénateurs consentirent unanimement à la création de ces nouveaux officiers, que Ton appela tribuns du peuple.

Bs furent d'abord au nombre de cinq ; on les augmenta dans la suite de cinq autres» lie peuple les choisissait tous les ans, près* que toujours parmi les plébéiens.* Leurs sièges étaient devant les portes du palais séna* toriaL Quand ils y entraient, c'était pour examiner la loi qu'on venait de rendre. Us l'annuUaient par le mot veto, ou la confirmaient par la lettre T , qui donnait force aux loix. La création de cette nouvelle charge i^paisa toutesles querelles, et lepeuple, après avoir sacrifié aux dieux sur le mont sacré, xetoama en triomphe à Rome.

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