‹ Abrégé de l'Histoire romaineChapitre 9 sur 30 · CHAPITRE V II L · texte numérisé non relu

CHAPITRE V II L

^Depuis la mort de Serpius^Tullius Jusqu^à V expulsion de Tarquin -le- Superbe ^ septième et dernier roi de Rome.

Maître da trône par cetteBorrible action , An aa«. Lucios-Tarquin , surnommé dana la suite Tarquin-le-Superbe , résolut d'employer , au soutien de son autorité, la même .iriolepcequi lui avait assuré la couronne. Dédaignant Tapprobationdu peuple et du sénat>, il semblait avoir hérité du sceptre. Il refusa la sépulture au roi mort, sous le prétexte qu'il n'était qu'un usurpateur. Cet acte cruel aug<« m^ita la haine qu'il avait inspirée, et l'on ne vit , en général', son élévation qu'avec horreur. Comme il ne l'ignorait point, il fit mettre à mort tous ceux qu'il soupçonnait attachés à Servius , et , craignant que sa tyrannie n'eût des suites funestes, i) augmenta le nombre de ses gardes^

Tenir sans cesse le peuple occupé soit À la guerre , soit à des travaux publics, le dis*^ traire a£n de faire oublier lamauière illégala

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dont il était parvenu au trône , tel est le but qu'il semble s'être proposé. LesSabins ayant refusé de le reconnaître , il marcha contre eux, et les fit bientôt rentrer dans le devoir. Il engagea son fils Sextus à feindre de déser* ter, et à se réfugier daps la ville ennemie , sous prétexte qu'il avait reçu de son père un traitement barbare. Sextus , par des plaintes simulées, sut si bien gagner la pitié du peuple , qu'il en fut d'abord choisi gouverneur, etbieptôt après on lui donna le commandeipent de l'armée. Il parut l^eureux dans les premières rencopt^res; mais lorsqu'il eut la confiance de l'état , il envoya demander à i^on père (3^ nouvelles instruction^. Tarquin 71e fit aucune réponse j mais se promenant . dans un jardin avec l'envoyé , il coupa de vaut lui les têtes des pavots les plus élevés. Sextus comprit le sens de cette réponse , et parvint IL sQ dé&ire des principaux de la ville , dont il<K>nfisqua les biens qu'il donna au peuple. Le plai^r que causa pette conduite à la por pulace , qui ne réfléchit jamais, eut une suite funeste. Dépourvue bientôt de chefs et dp conseil , ^Ue tqmb^ , scgos cûup-férir , au pouvoir de Tarquin, Fendant les guerres étrangères il eut l'at*

DE LA RÉPUB. ROMAINE. Sg tenlîon de ne pas laisser le peuple dans l'oisiveté. Il entreprit de bâtir le capitole dont les fondemens avaient été jetés sous Tun des règnes précédens. Un événement extraordinaire contribua a hâter l'exécution de son dessein. Il parut à Rome une femme dans un costume étrange : elle vint trouver le roi , à qui elle offrit de vendre neuf volumes qu'elle prétendait avoir composés. Tarquin refusa de les acheter, ignorant la science de cette femme , et ne sachant point qu'elle était l'une des fameuses Sibylles, dont les oracles sont toujours accomplis. Elle sortit; et apçès avoir brûlé trois volumes elle rentra , demandant toujours le même prix des six au« très. Etant encore accusée d'imposture , elle sortit de nouveau , brûla trois volumes , et rentra, demandant la même somme pour les trois qui restaient Surpris de la singularité de cette conduite, Tarquin consulta les Augures pour savoir ce qu'il fallait faire. Ils le blâmèrent pour son refus, et lui ordonnèrent de prendre , à quelque prix que ce fût, les trois volumes. Au rapport des historiens, la femme disparut après avoir vendu ses livres prophétiques , et avoir conseillé à Tarquin de faire une attention psMrticulière à ce qu'ils

contenaient Ce fut probablement Tarquîrf lui-même qui imagina ce tour pour en imposer au peuple , et consulter les feuilles do ]a Sibylle pour les actes du Gouvernement Quoi qu'il en soit^le roi choisit d^abord deux personnes pour conserver ces livres. Le nombre de ces gardiens s'accrut dans la'suite jusqu'à quinze, qu'on nomma Quindecem-virs. On déposa les volumes dans un coffre de pierre, qui fut placé sous une voûte dans le bâtiment qu'on avait dessein de construire. On pensait que c'était l'endroit où ils pour* raient être le plus en sûreté. Après avoir passé quatre ans à achever le capitole, le peuple témoigna le désir d'être occupé de nouveau. Tarquin s^empressa donc de déclarer la guerre aux Rutules , sous le prétexte frivole qu'ils avaient donné asyle aux malfaiteurs bannis de Rome. Il investit Ardée leur capitale, située à seize milles en* viron de Rome. Pendant que l'armée était campée devant cette place, Sextus-Tarquin, fils du roi , CoUatin , noble Romain , et quelques autres buvant ensemble dans une tente, 8^entretenaient des femmes ; chacun préférait la beauté et la vertu de la sienne. Collatin Qffritde terminer la dispute pair une épreuve^

DE LA RÉPUB. ROMAINE. 4l Ce fat d'aller surprendre leurs femmes , et de convenir que celle qu'ils trouveraient occupée de la manière la plus convenable à son sexe , l'emporterait sur les autres. Cette proposition fat unanimement acceptée. Les têtes étaient échauffées par le vin. On monte à cheval sans délai , et l'on se met en route pour Rome quoique la nuit fût déjà fort avancée. Us trouvèrent Lucrèce , épouse de CoUatin , travaillant au milieu de ses filles et leur distribuant de l'ouvrage , au lieu d'être, comme les autres femmes, en société, et se livrant aux plaisirs du monde. Sa beau té modeste, l'accueil gracieux qu'elle fit à son mari ainsi qu'à ses amis , les enchantèrent tous , et d'un commun accord elle remporta la victoire. Mais cette vue alluma dans le cœur de Sextus-Tarquin une violente pas-/ fiion , que la possession de l'objet qui l'inspirait pouvait seule satisfaire. Pour y parvenir il partit du camp quelques jours après pour lui faire une visite particulière. Il ireçut le même accueil. Ne pouvant soupçonner ses intentions , Lucrèce se mit à table avec lui , et lui fit préparer une chambre. Minuit était l'heure que le coupable Sextus gvait choisie comme la plus propre à l'exé-

cation deson dessein. Ayant trouvé le moyen de s'introduire dans sa chambre, il approche de son lit l'épée à la main , et la menace de la mettre à mort si elle résiste à sa passion. Ji^eflFroi qu'éprouva Lucrèce à son réveil, et la vue de la mort ne Tébranlèrent point* Se::s:tt^s l'assure que si elle ne veut point céder k ses désirs , il la tuera ainsi que son esr cUve qu'il mettra à côté d'elle dans son lit, ft qu'il publiera par -tout qu'il les a poignardée tous les deux au moment où se con^Qmmait l'adultère. La crainte de l'infamie fit ce que celle de la mort n'avait pu obtenir : elle céda. Le lendemain matin il retourna au camp , se vantant du triomphe brutal qu'il venait d'obtenir. Lucrèce, à qui la lumière était odieuse , et résolue de ne point se pardonner à ellè-ipême le crime d'un autre. , mande auprès d'elle son époux Col- Jatin, (et Spurius son père, et leur annonce que leur famille était couverte d'un opprobre étemel. Us çbéissent à l'instant : ils arri4 vent avec "Valerius , parent du père de Lucrèce, et JuniuS'-BruUis qui passait pour imbécille^ et dont le pè]re avait été njassacré par Tarquin. Ayant rencontré par hasard le messager de Lucrèce y il entra chez elle avec

les autres. Leur arrivée ne fit qu'accroître le désespoir de Tépouse de Collatin. Il était à son comble : on entreprit vainement de la ealmer. a Non , disait-elle , la vie n'a plus de » charmes pour moi puisque j'ai perdu ma » vertu. Vous voyez devant vous une femme 7> souillée ; une femme devenue la possession T> d'un autre, quoique vous eussiez toujours j> son cœur. Sous le voile de l'amitié Sextus* » Tarquin a, la nuit dernière, violé votre ]» honneur. La mort seule peut réparer cet V outrage. Mais si vous êtes des hommes y y> s'il vous reste quelque courage, souvenez^ y> vous de venger ma cause , et que la posté* s> rite sache que la mort est l'unique res- I» source de celle qui a perdu sa vertu ». Eil prononçant ces mots , elle tire un poignard qu'elle avait caché sous sa robe, et se le plongeant dans le sein , elle expire en jetant un erLLe chagrin, l'indignation etlapitié acca^ blent Spurius et Collatin, qui se livrent à leur douleur. Mais Brutus tirant du sein de Lucrèce le poignard fumant encore, et le tenant élevé , s'écrie : te Dieux ! je vous s> prends à témoin de mon serment. Je jure D de venger la cause de la chaste Lucrèces» :p Dès ce moment je me déclare l'ennemi do

» Tarquin et de sa famille infâme ; et je no » vivrai que pour m'opposer à la tyrannie, » et pour rendre à ma patrie le bonheur et » la liberté )). Une surprise nouvelle s'empara des spectateurs en voyant cet homme , qu'ils n'avaient considéré jusqu'à présent que comme un imbécille, reprendre son premier caractère, et devenir l'ami de Rome et de la justice. Il leur dit que les cris et lea larmes n'étaient que l'expression de la lâ-^ cheté quand la vengeance se faisait entendre; et leur faisant passer le poignard , il força chacun d'eux de répéter le serment qu'il avait fait.

Junius-Brutus était fils de M arcus- Junius j égorgé par Tarquin-le-Superbe. Il avait reça de son père une éducation soignée, et de la nature un caractère ferme et un amour extrême pour la vertu. Mais sachant que Tarquin avait fait massacrer son père et son frère aîné , il contrefit l'insensé afin d'échapper au même danger. Ce fut la cause du surnom de Brutus qu'on lui donna. Tarquin le croyant réellement insensé le méprisa, et s'étant emparé de ses biens, le gaxda chez lui pour l'amusement de ses enfans.

Bjcutu3 n'attendait que cette occasion pour

DE LA REPUB* ROMAINE. 45 venger la cause de sa famille. Ayant fait exposer sur la place publique le corps de Lucrèce y il excita la fureur des Romains par le récit de cet horrible attentat Un décret du sénat, rendu sur sa demande, bannit Tarquin à perpétuité ; et l'on déclara que ce serait un crime capital que de plaider sa clause ou de faire quelque entreprise pour son retour. Ce monarque, chassé de son trône après un règne de vingt-cinq ans , se réfugia arec sa famille dans la petite ville de Céré , située dans TËtrurie. L'armée romaine fit^ dans le même temps , une trère avec l'ennemi , et Brutus fut proclamé le libérateur du peuple.

Ainsi finit avec Tarquin la monarchie de Rome , dont la durée fut de 245 ans.

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