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CHAPITRE XI

Depuis la création des Tribuns jusqu'à ^ celle des Décemvirs.

Pe n d a NT tes demiejfs troublés , l'agricul^- An 260. turë at^àit été négligée, et l'on était iDonséquemmént menacé dé famine pour la saison prochaine. Le sénatfittcbiit ce qui était en son pouvoir pour soulager la misère: Mais le peuple , aigri par lé besoin ^ et roulant jeter la ftote sur d'auttes que sur lui i attribuait touâ èés maux à l'ararice des patriciens. Vouliant s'indemniser de l'abolition des dettes, ceux -ci avaient acheté tous les grains , pour les revendre à plus haut prix. L'abondance iit bientôt rendtre lapais. Une flotte chargée de bleds arrivée de Sicile, ranima tous les courages.

Mais Coriolan s'exposa au ressentiment

du peuple, en exigeant qu'on suspendit la

distribution du bled, jusqu'à ce qu'on eût sa-

. tisfait aux plaintes du sénat. Les tribuns le

sommèrent de comparaître devant le peu-

DE LA RÉPUB. ROMAINE. ' 6x plo. Au jour désigné y Ton attendait avec beaucoup d'impatience , et la place publique était remplie de personnes venues des pays voisins. C!oriolan se présenta avec une in* trépidité digne d'un succès plus heureux. Ses grâces , son éloquence persuasive , et les cris de ceux qu'il avait offensés , appaisèrent les spectateurs. Mais ne pouvant se justifier et contenter le peuple , accusé de nouveau d'avoir dissipé le butin d'Antium, il fut condamné à un exil perpétuel après que les tribuns eurent été aux voix^

Cette sentence prononcée contre leur plus brave soutien , consterna les sénateurs. Seul au milieu de la multitude y G>rioian semblait un spectateur indifférent. Suivi des citoyens et des sénateurs les plus respectables ^ qui lui témoignèrent leurs regrets, il rentra chez lui pour dire un dernier adieu à sa femme , à ses enfans y à Véturie sa mère. Les recommandant aux dieux , il abandonna la ville y sans être suivi de personne y et se réfugia rbez Tullua-Âttius , homme trèsconsidén chez les Yolsques, qui prirent Coriolan sous leur protection y et épousèrent sa querelle.

Ce qu'il y avait d'abord à faire, était de

Vif*, c '

persuader aux Volsques de rompre le traité qu'ils avaient conclu avec Rome. Tullus, à ceteflFet, envoya quelques citoyens dans cette ville , sous le prétexte d'assister à des jeux qu'on y célébrait Mais il fit avertir en secret le sénat , que les étrangers avaient le dessein de brûler la ville. Cet avis eut l'effet qu'on desirait Tje sénat ordonna à tous les étrangers , sans exception y de sortir de la ville avant le coucher du soleil. TuUus représenta cette mesure à ses compatriotes, comme une infraction faite aux traités. On envoya à Rome des ambassadeurs transmettre les plaintes, et réclamer tout le territoire appartenant aux Volsques, qui en avaient été dépouillés injustement Ils devaient déclarer la guerre en cas de refus. Le sénat traita ce message avec mépris.

La guerre étant ainsi déclarée des deux côtés, Coriolan et Tullus furent élus pour commander ensemble les Volsques. Ils firent une invasion sur le territoire de Rome, dévastant tous les biens des plébéiens , laissant intacts ceux des sénateurs. A cette même époque , le recouvrement des impôts se fai« sait à Rome avec beaucoup de lenteur. L'art de la guerre semblait presqu'étranger aux

DE LA RÉPUB. ROMAINE. 63 deux consuls réélus par le peuple. Ils craignaient même de rencontrer un général qu'ils savaient leur être supérieur. Les alliés témoignèrent des craintes de leur côté; ils fournissaient lentement les secours. Tellement que Coriolan prit leurs villes l'une après l'autre. La fortune le favorisa; et ses victoires lui acquirent une telle célébrité^ que les Yolsques laissaient leurs places sans défense, pour le suivre sur le champ de bataille. Les soldats^ sous les ordres de son collègue, se rangeaient sous ses drapeaux, ne voulant point reconnaître d'autre général. Ne trouvant aucun obstacle^ se voyant à la têted'unearmée nombreuse, il investit enfin Rome qu'il était résolu d'assiéger. Ce fut alors que le sénat et le peuple s'accordèrent unanimement à lui envoyer offrir par des ambassadeurs , de rentrer dans sa patrie^ dans le cas où il consentirait à éloigner son armée. Coriolan reçut leurs propositions , et il les refusa à la tête de ses principaux officiers , et avec la sévérité d'un général qui devait faire la loi.

D'autres ambassadeurs vinrent de nou«* veau le conjurer de ne fsure à sa ville natala «ucuuG demande qui pût compromettre la

dignité romaine. Coriolan, naturellement sévère, persista dans ses premières deman— des , et ne leur accorda que trois jours pour délibérer. Dans cet embarras, tout ce qui restait à faire était d'envoyer une ambassade plus solennelle que la première , composée de pontifes et d'augures. Revêtus de leurs habits de cérémonie , ils sortirent de la ville , et marchant tristement et d'un pas grave y ils entrèrent dans le camp du vainqueur y qu'ils trouvèrent inflexible.

Le peuple , voyant encore cette démarche inutile , commençait à désespérer de la république. On vit les temples remplis de vieillards , de femmes et d'enfans prosternés aux pieds des autels , priant les dieux avec ferveur, pour le salut de la patrie. On n'entendait que des cris de douleur. De tous côtés s'offraient des scènes déchirantes. A la fin on fit entrevoir au peuple que les larmes d'une femme et les ordres d'une mère auraient peut-être plus de pouvoir que les prières du sénat ou celles des pontifes. Cette idée plut à tout le monde, et l'ambassade de la famille de Coriolan eut la sanction des sénateurs. Véturie , mère de Coriolan , hésita d'abord de faire une oeuvre aussi pieuse.

DE LA RÉPUB. ROMAINE. 65 Connaissant le caractère inflexible de son fils , elle craignit que le refus qu'il ferait d'obéir à ses ordres, ne montrât encore plus son opiniâtreté. Elle se rendit enfin; et suivie des premières dames de Rome , elle sortit de la ville avec les enfans de Coriolan , et Volumnie son épouse. Voyant de loin co cortège de dames en deuil , ce fier Romain résolut d'être inflexible , et fit venir autour de lui ses officiers , qu'il voulut rendre témoins de la réception qu'il leur ferait. Mais apprenant que sa mère et sa femme arrivaient , il descend de son tribunal y court à leur rencontre, et les embrasse. Les pleura et les prières de ces femmes lui ôtèrent d'à* bord l'usage de la parole , et le soldat même , tout grossier qu'il était, partagea leur douleur. Coriolan semblait en proie à des passions opposées^ Sa mère , voyant son émotion y joignit à ses paroles l'éloquence touchante des larmes. Rangés autour de lui, sa femme et ses enfans imploraient sa pitié, pendant que leurs compagnes pleuraient sur le malheur de leur patrie. Après un instant de silence, violemment combattu par l'honneur et la tendresse , Coriolan , qu'on aurait cru le jouet d'un songe , relèvp tout-à-coup i'» Partie. 6

sa mère, qui s'était jetée à ses pieds, et s'écrie : (cO ma mère ! tu sauves Rome, mais y> tu perds ton fils ». Il fit retirer son armée , disant à ses officiers , que la ville était trop forte pour être prise. Tullus, qui, depuis long-temps , portait envie à Coriolan , ne fut point des derniers à aggraver la faute que lui avait fait commettre sa douceur envers ses compatriotes On dit quo Coriolan fut tué au retour dans une insurrection du peuple, qui, après un tardif et inutile repentir, lui fit des obsèques honorables.

La retraite de Tarméo des Volaques occasionna à Rome des réjouissances publiques j mais la joie ne fut pas de longue durée* Ga découvrit les intrigues de Spurius-Cassius, qui, se servant du peuple pour s'emparer d'un pouvoir despotique, s'était rendu coupable de plusieurs crimes tendant ix altérer la constitution. Ceux-là même dont il avait pris les intérêts, le précipitèrent de la rochç Tarpeïenne.

L'année sui vat) le , Manlius et Fabius , dont Je consulat venait d'expirer, furent cités par Jes tribuns pour comparaître devant le peuple. On s'occupait tpujour;* de la loi agraire.

DE LA ILÉPUB. ROMAINE. 67 proposée quelque temps auparayant, et dont le but était de partager également entre le peuple tous les biens de la république. Les deux consuls étaient accusés d'aroiç différé de la proposer.

Le sénat ne pouvait sérieusement penser à accorder cette Ipi au pi&uple. Les consuls firent naître des délais et des prétextes. Ils furent à la fin obligés d'avoir recours à un dictateur. Leur clioix i»e fixa sur Quintus- Cipcinnatus, homme sans ambition, retiré daps un petit bien de campagne, où les dé« pûtes du sénat le trouvèrent conduisit luir ipéme sa chs^ruB , vétfz çopime un laboureur. XI parut peusenaible à ce choijç, ainsi QfL'aux habits pompeux qu'on lui ^por^ t^it. Qiiaiid oq lui fit part de la volpnté du s(§Dat, il semblait dçuter qu'il pût i^endre ^eryic^ k sa piettri^. Préférant à l'éclajt far lig^nt des honneurs, les çhiirmes de la campagne, il dit fn pi^Ftant k m femmp - ^ Jp » crains» ma chère Àttili»» que nos champs D pe «pient point labourés œtlé anné^ i>. Aprèo un tendre adieu , il partit pour la vill^, GÙ il trQi^va ies deux putis aigris l'un coniDè rantve. Résolu die n'enirer daas ^ucun des deuXf pmiaiit k <^iir h^ iuiéfM^ de m

68 HïsToiafi

patrie y i( tâcha d'acquérir l'estime générale, au lieu de gagner la confiance d'un parti. Tantôt par des menaces , tantôt par une douceur employée à propos , il parvint à engager les tribuns à abandonner^pour quelque temps leur loi , et fut la terreur de ceux qui refusaient de s'enrôler, encourageant , au. contraire , ceux qui ne s'y refusaient pas. Après avoir de cette manière rétabli la tran« quiUité, objet de ses vœux, il se dépouilla des marques de sa dignité , et retourna dans sa campagne jouir du repos après lequel il soupirait A peine y était-il, quel'Ëtat eut An 395. de nouveau besoin de son secours. Quoique vaincus , les Eques et les Volsquea voulurent recommencer la guerre. Ils firent de nouvelles incursions sur le territoire de Rome. On envoya à^leur rencontre Minu-tius, l'un des consuls, successeur de Gincinnatus. Naturellement timide , il craignait bien plus d'être vaincu, qu'il ne desirait la victoire. Son armée fut resserrée entre deux montagnes dans un défilé, d'où l'on ne pouvait sortir que du côté de l'ennemi Les Ëquea ayant eu la précaution de le fortifier, l'armée romaine se trouvait tellement investie de tous les côtés y qu'elle n'avait d'autre parti à

DE liA RÉPUP. B.QMAINE. 69 prendre que celui de se rendre à l'ennemi, ou de mourir de faim , ou de se faire égorger sur.le champ de bataille. La nouvelle de eette clétresse fut portée à Rome par quelques soldats, qui avaient trouvé le moyen de tra*verser le camp ennemi Bien n'égalait la .consternation des Romains. Les sénateurs pensaient d'ahord à l'autre consul; mais nd connaissant point assez son habileté, ils je* tèrent tous les yeux sur Gincinnatus , et voulurentlefaire dictateur; c'étaitleseul homme sur lequel Rome pouvait compter. Les envoyés du sénat le trouvèrent, comme la première fois, labourant son champ. Les. marques du pouvoir illimité dont on le revêtait l'étonnèrent d'abord; mais ce qui le surprit davantage , ce fut l'arrivée des principaux sénateurs chargés de l'accompagner. Une élévation aussi peu ambitionnée n'altéra en rien la simplicité de ses mœurs. Possesseur d'un pouvoir absolu, maître de désigner 1» commandant de la cavalerie, il choisit un homme pauvre, nommé TarquitiuSj qui méprisait, comme lui, les richesses acquises aux dépens de l'honneur. Ainsi le salut d'un grand peuple fut entre les mains de deux hommes , dont l'un avait été tiré de la char-^

rj6 i^tâTOlUfi

rue y et l'autre dloisi parmi les solclais Je l'armée les plus obscurs. Le dictateur parcourut la Tille d'uu regard tranquille ; il fit ^rieir tous ceux en état de porter les armes^ de se rendre^ avant le coucher du soleil, au champ de Mars , avec leurs armes et des prodisions pour cinq jour s« Il se mit à leur téte^ et y hâtant sa marche pendant la nuit, il arriva au point du jour à la vue de l'ennemi j il son approche , il ordonna à ses soldats de jeter un grand cri , pour informer Tarmée du consul de l'arrivée des secours nécessai* Tes. La surprise des Éques fut extrême quand ils se virent entre deux armées ennemies ^ et lorsqu'ils apperçurent Gincinnatus faifiant derrière eux des retranchemens pour les empêcher de se sauver, et les renfermant comme ils avaient eux-mêmes tenfermé le consul. Il y eut un combat sanglant; mais le^ Eques se voyant attaqués des deux côtés , ne pouvant ni fuir, ni résister aux Romains, demandèrent à rendre les armes. Ils acceptèrent les conditions du dictateur, qui leur accorda la vie; mais , en signe d'esclavage, ii les fit passer sous le joug : c'étaient deux javelines plantées ejçj t^f^® ^t croisées, soua lesquelles les vaincus étaient obligés de pas*

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3er. n fit prisonniers les capitaines et les généraux,les réservant pour son triomphe. II abandonna à ses soldats le butin ennemi, dont il ne voulut aucune part, et en priva ceux de l'armée du consul. Après avoir' exercé les fonctions de dictateur pendant quatorze ÎQurs, il abdiqua cette dignité. Dans( ce court espace de temps, il sauva Tarmée romaine, défit celle de Tennemi, s^emparâ de leurs villes qu'il fit fortifier, et refusa de partager les dépouilles. H ne voulut point accepter les offres du sénat qui voulait Tenriohir, et préféra U retraite et le bonheur à la fortune, jouissant assez de sa gloire.

Rome , garantie d'une invasion étrangère, n'en fut pas moins troublée au-^dedans : on renouvela à grands cris la demande delà loi agraire. Siccius-Dentatus, plébéien âgé, moi» dans toutesaforce,etd'unetaille avantageuse, s'avança pour détailler ses hauts faits et son mérite. Ce- vieux soldat parla des actions de sa jeunesse. Il avait servi son pays dans trois guerres différentes ; il avait été trente ans officier ; d'abord centurion , ensuite tribun. H s'était trouvé à 120 batailles, dans lesquelles il avait sauvé un grand nombre de citoyens : il avait gagné 1 4 couronnes civi-

queS) 5 murales, 80 couronnes d'or, 85 chaî^ nés, 60 bracelets, 18 piques, 23 harnois^ dont 9 pour ^voir vaincu autant d'ennemis. Il avaitreçu 45 blessures, toutes par-devant. C'étaientrlà tous ses honneurs : mais on ne lui avait jamais offert aucune part du butin ennemi ; il continuait de mener une vie obscure et pauvre, pendant que d'autres possédaient les biens que sa valeur avait conquis , sans aucun titre et sans avoir contribué à la victoire. Ce discours hardi eut un prompt effet sur la multitude. On demanda à l'unanimité que la loi passât, et que le mérite de Dentatus ne restât point sans récompense. En vain quelques sénateurs se levèrent pour parler à leur tour; leurs voix furent étouffées par le peuple. Quand on fut sourd à la voix de la raison , celle des passions se fit entendre , comme il arrive toujours ; les jeunes patriciens, aggravant leurs torts, brisèrent Fume des suffrages et dis-^ persèrent la multitude. Quelque temps après ils furent, pour cette action , mis à l'amende par les tribuns; cependant la loi agraire fut encore ainsi mise de côté.

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