CHAPITRE XII
Depuis la création des Décempirs jusqu^à la fin de leur règne.
XiA république romaine venait d'être agitée Ad 5o2. pendant près de soixante ans ; ses intérêts avaient été balancés par les différens ordres qui la composaient Chaque parti, comme s'il eût été fatigué, semblait vouloir respirer un peu, et oublier, pendant quelque temps , ses prétentions res* pectives. Les citoyens de toutes les classes de la société commençaient à se plaindre des décisions arbitraires de leurs magistrats; chacun desirait d'être gouverné par un corps de loix écrites , dont la connaissance préviendrait les abus ou les punirait Le sénat et le peuple s'accordèrent sur ce point; tous espéraient que de telles lois: mettraient un terme aux troubles qui, depuis si long-temps, avaient agité l'Etat. On convint donc d'envoyer , soit à Athènes , soit dans les villes grecques de l'Italie, recueillir des
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loix, dont l'expérience aurait consacré la*, justice et rutilité. On choisit à cet effet trois^ sénateurs. CefurentPosthumius, Sulpicius et Manlius : on désigna des vaisseaux pour leur transport, et Ton n'oublia rien de ce que pouvait prescrire la majesté romaine. Pen-* dant leur mission , une horribl^ peste se fit cruellement sentir; cette maladie terrible dépeupla la ville , et inspira aux habitans d'autres craintes que celles que leur eausaient les accidens qui pouvaient accompa* gncr leui^ retour. Ce fléau ^ qui avait fait négliger la culture des terres, fut suivi de ]a famine. Au bout d'une année , le mal ayant cessé ses ravage$ , les ambassadeurs arrivèrent , rapportant avec eux un corps de loix j^cueillies chez les peuples de la Grèce et de l'Italie, les plus civilises.
A peine les ambassadeurs furent-ils de retour, que les tribuns demandèrent qoe Von choisît des hommes à qui Ton donnerait l'autorité nécessaire pour faire exécuter les loix^ et leur donner la forme qu'elles devaient avoir. Après quelques débats pour savoir si le choix tomberait sur le peuple ou sur les patriciens, on convint d'élire dix des principaux sénateurs , dont le pouvoir égal à
DE LA aéPT3B. ROMAINE. 75 : celui des rois et des consuls^ serait sans ap^ pel, et aurait un an de durée. Ainsi la cons« titution de l'Ëtat prit une nouvelle forme, et Von devait Étire une chielle expérience en adoptant, pour gouverner une nation , les loix qui résultaient des mœurs et des coutumes d'une autre.
Ces décemvirs étant donc investis d'un pouvoir absolu^ convinrent de prendre, chacun à leur tour, les rênes du gouvernement Chaque jour Tun d'entre eux devait admi* ^istrer la justice. Ils travaillèrent, la première année, avec une extrême application à la compilation des loix : quand leur ouvrage fut achevé , ils en proposèrent dix tablés. Quelque^ personnes prétendirent qu'il manquait encore quelques loix, dont on pourrait faire deux tables, et prièrent le sénat d'élire de nouveau , l'année étant expirée, des déceînvirs encore pour une année. Le corps y consentit avec le peuple. Appius, qui avait d'abord dû être un des premiers décemvirs , feignit, k la seconde élection, de n'y point prétendre, et pour inspirer à ses collègues le dessein d'y renoncer, il déclara publiquement qu'ayant rempli tous les devoirs de bons citoyens par le travail assidu
d'une année entière , il était juste de leur accorder du repos et des successeurs. Mais ayant été nommé pour présider à rélection , il n'eut pas honte de se proposer lui-même pour le premier décemvir ; et le peuple , toujours la dupe de ceux qui le savent tromper, lui déféra cette grande dignité. Il fit nommer y pour ses collègues, neuf personnages qui lui étaient dévoués, dont six pa- .triciens et trois plébéiens. Appius assembla ses nouveaux collègues , et leur représenta que rien n'était plus aisé que de retenir toute la vie le souverain pouvoir. En conséquence ils levèrent le masque, et ne se souciant plus de l'approbation du sénat' ou du peuple, ils résolurent , contre les réglemens, de continuer d'exercer le décem virât Cette con-duite tyrannique fit des mécontens qui prévoyaient de nouveaux actes d'une autorité absolue. La ville était presque déserte; toua ceux qui avaient quelque chose à perdre l'abandonnaient, et la rapacité des décemvirs n'avait d'autre terme que l'impossibilité de faire. de nouvelles vexations. Dans cet état de servitude, de proscription et de défiance mutuelle, il ne se présenta aucun citoyen qui tentât de rendre la liberté à 3a
ï)ï LA. RÉPUB. ROMAINE. 77 patrie. Les tyrans continuèrent de régner sans obstacle, environnés d'une garde nom* breuse, composée non-seulement de licteurs, mais d'esclaves serviles , et même de patriciens sans mœurs. Ces nouveaux magistrats ajoutèrent deux tables de loix aux dix autres qu'on avait promulguées Tannée précédente, et on appela ces douze tables de loix, loix des douze Tables.
Dans cette position critique , les Eques et les Volsques, ennemis constans des Rom ains^ renouvelèrent leurs incursions , et, voulant profiter des divisions intestines du peuple, s'avancèrent à dix milles de Rome.
Mais les décemvirs, à qui l'autorité civile et militaire était confiée, partagèrent l'arméç en trois parties. L'une , commandée par Âp-* pius , resta dans la ville pour tenir les habitans en respect Ses collègues se mirent à la tête des deux autres, La première marchs^ contre les Eques; la seconde contre les Volsques. La coutume des soldats romains était de punir , en se laissant vaincre, les génë-^ raux qu'ils méprisaient. Ils la mirent en pratique dans cette occasion, >et abandonnézent honteusement le champ de bataille à l'approche de l'ennemi. Jamais nouvelle ne
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causa plus de joie à Rome que celle de cette défaite. Les généraux, comme il arrive toujours dans ces circonstances y furent blâmés pour la perfidie de leurs soldats; quelques-uns voulaient qu'on les déposât; d'autres demandaient à grands cris un dictateur pour conduire les troupes à la victoire. Siccius- Dentatus, entr'autres, manifesta ses senti*^ mens avec sa franchise ordinaire , et, iraitan t les généraux avec m^ris , fit voir toutes les fautes qu'ils avaient faites contre la dis^ cipline, ainai que leur conduite entière. Appîus avait en même temps soin d'étudier les dispositions du peuple ; il dirigea contre Doi* tatus une vengeance particulière , et, souale prétexte de le c)iargçr d'une mission hono-* rable , il lui confia la conduit^ des uonvellm 4roupes qui devaient partir de Rome pour augmenter les force» de l'armée. L'office éo légat était sacré pour les Romains , qui le regardaient comme réunissant l'autorité d'un général à celle d'un pontife. Dentatua se ren« dit avec joie et sans méfiance dans k caqip, où il fut reçu avec toutes ks marques exié-^ rieures du respecft Mais les généraux troa^ vèrent bientôt les moyens de satisfaire Ifiur vengeance. Il fut désigné pour aller à la tel&
BE LA RÉPUB. ROMAINE. fjc) ûe cent hommes examiner un lieu plus commode pour camper , ayant lui-même assuré que celui où l'on se trouvait était dangereux. Les soldats qu'on lui avait donnés pour l'accompagner étaient des assassins. Ces ministres coupables de la vengeance des déœmvirs , devaient massacrer Dentatus , que sa bravoure avait fait surnommer V Achille Romain. Ils le conduisirent dans un détroit resserré , où ils commencèrent à l'assaillir par derrière. Dentatus s'apperçut , mais trop tard , de la perfidie des décemvirs. Résolu de vendre sa vie aussi cher qu'il le pourrait, il s'adossa contre un rocher, et, rappelant son ancienne valeur , il se défendit contre ceux qui l'approchaient de plus prèd. Quoiqu'âgé , il conservait encore des restes de sa première vigueur , et de sa propre main i\ en tua quinze et en blessa trente. Etonnés de sa bravoure^ les assassins lui lancent leurs javelots. Il les reçut sur son bouclier avec un tangrfroid inébranlable. Le combat y quoiqu'inégal , fut douteux /jusqu'à ce que les asaaiilans, imaginant de monter sur le looher contre, lequel il s'appuyoit , lui lan« cèrent des pierres. Ce moyen eut la succès qu'ils attendaient ; le vieux^soldatsuccomba
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8oas leurs efforts réunis. Sa mort fit voir que s'il était sorti tant de fois victorieux da combat, c'était moins à sa fortune qu'à son courage qu'il le devait. Les décemvirs voulurent prendre part à la douleur que causa dans l'armée la mort de Dentatus. Ils ordonnèrent qu'on lui ferait des obsèques avec les honneurs militaires. Mais leurs regrets simulés qui contrastaient avec leur haine connue, ne servit qu'aies rendre plus odieux au peuple.
Un trait plus atroce que le premier inspira à tous les citoyens la résolution de se révolter pour recouvrer leur liberté.
Appius, en se rendant, un jour, au tribu-* nal pour administrer la j ustice, apperçut une jeune fille d'une beauté rare, âgée d'environ 16 ans, qui se rendait aux écoles publiques ^ accompagnée de sa nourrice. Ses charmes embellis encore par l'innocence et la modestie, attirent l'attention d' Appius, qui conçut pour elle une passion violente. Le four suivant , il la vit passer de nouveau. Elle lui parut plus belle, et sa passion s'accrut encore. Il résolut de la satisfaire , quelles qu'en fussent les suites , et trouva les moyens de savoir le nom et la demeure dp la jeune per-*
D£ LA REPUB. ROMAINE. 8i
sonne. Elle s'appelait Virginie, Fille de Virginius, centurion , alors à l'armée , elle avait été promise à Icilius, d'abord tribun du peu^^ pie , qui s'était engagé de l'épouser à la fin de la campagne. Appius eiitreprit de rompre ce mariage , et de l'épouser lui-même. Mais les loix des douze Tables défendaient l'union entre les familles des plébéiens et celles des patriciens ; ' et comme Appius avait établi ces loix, il ne pouvait les en* fireindre. Il n'avait donc d'autre espérance de la posséder que par des moyens criminels. Accoutumé à satisfaire ses passions, il résolut d'obtenir ce qu'il desirait Ayant inutilement tenté de séduire la nourrice , il eut recours à un expédient plus infâme. Il choisit Claudius , depuis long-temps ministre de ses plaisirs, le chargea de prétendre que cette fille était son esclave , et d'appeler à son tribunal pour la décision de cette cause. Fidèle a ses instructions , Claudius agit en conséquence. Se faisant accompagner de scélérats comme lui , il entra dans l'école publique, où il trouva Virginie aa milieu de ses compagnes^ Se saisissant d'elle , sous le prétexte qu'elle était fille d'un de ses esclaves , il l'entraînait, quand le peu- J" Partie. 6
Sa HISTOIRE
pie , attiré parles cris de Virginie , s'oppose à cet enlèvement Dès que ce premier mouvement fut appaisé y il conduisit au tribunal I d'Appius la jeune fille qui pleurait, et entra
I dans le détail des prétentions qu'il avait sur
elle. Il -assura qu'elle était née dans sa mai-* f gon d'une esclave , que cette femme l'avait
vendue à l'épouse de Virginius qui n'avait ^ point d'enfans : disant avoir des témoins ir-
I réprochables qui prouveraient la véritéd#
{ ce qu'il avait avancé , et prétendanf qu'x>a
I devait commencer par lui remettre l'es-
I clave comme à son propre maître. Appius,
ieignant d'être frappé de la justice de ses prétentions, répondit que si le prétendu père de Virginie était présent, il pourrait différer de rendre à Claudius sou esclave; mais que cela ne lui semblait pas juste dans les circonstances où l'on se trouvait. Cet arjrêt excita les clameurs et les reproches de la multitude, particulièrement des femmei; qui entourèrent l'innocente Virginie, vou-r lant la défendre contre la fureur du juge. Icilius , son amant , s'opposa 'hardiment à Inexécution du jugement , et força Claudiu3 d'avoir recours au tribunal des décemvirs ; tout annonçait une Insurrection prochaine.
Dans la crainte de l'événement, Appius crut qu'il é*lit à propos de suspendre Texécution de son jugement jusqu'à l'arrivée de Virginius, qui était à l'armée à environ douze milles de Rome. On lui ordonna de comparaître le jour suivant. Mais Appius écrivit en secret au général , pour le prier de retenir Virginius, sous le prétexte que son arrivée ne ferait que rallumer la sédition. Les amis du centurion , ayant intercepté les lettres, l'instruisirent des entreprises qu'on avait faites contre l'honneur et la liberté de sa fille. Virginius, prétextant lamort d'un proche parent, obtint un coûgé, et arriva promptement à Rome, animé du désir de la vengeance. Le jour suivant, au grand étonnement d' Appius, il comparut devant le tribunal , conduisant par la maii^ sa fille qui pleurait Tous les deux étaient en habitude deuil. Claudius, l'accusateur, commença par expliquer sa demande. Virginius parla à son tour : il représenta que son épouse s'était mariée jeune ; qu'elle avait eu un enfant de bonne heure, et qu'on l'avait vue publiquement enceinte de plusieurs autres; que s'il avait eu l'intention d'adopter un enfant , son choix se serait plu-
tôt fixé sur un garçon que sur une fille ; qu'il était notoire que sa femme ayailmlaité Virginie, et qu'enfin il était surprenant de n'entendre parler d'une pareille réclamation , qu'après un silence de seize ans ^ qui n'est rompu qu'au moment où Virginie est sur le point d'être mariée , et admirée pour sa rare beauté. Fendant que le père prononçait son discours d'un air séyère, Virginie était l'objet de tous les regards. Sa contenance était tremblante; on lisait dans ses yeux l'expression du chagrin : tout en elle excitait la pitié, et donnait un nouveau poids au plaidoyer de son père. Le peuple , qui prenait part à cette situation cruelle , jeta un cri d'indignation. Craignant que ce discours ne fît sur la multitude un cfiet dangereux, et se prétendant assez au fait de cette cause^ Appius interrompit avec colère Virginius. <( Ma conscience m'oblige ^ A s'éeria-t-il , de déclarer que je suis aussi » un témoin de la vérité des réclama* » tiens de Claudius. Plusieurs personnes de î) cette assemblée savent que je fus son tu- » teur. J'appris de bonne heure qu'il avait » des droits sur cette jeune esclave; mais lesi j> affaires publiques et les dissensions du peu--
DE LA RÉPUB. ROMAINE. 85 » pie m'ont empêché de lui rendre justice. » Cependant il n'est pas encore trop tard j et n» d'après le pouvoir dont je suis reyêtupour » le bien général, je juge que Virginie doit )) être la propriété de Glaudius qui la récla- » me ». Pour obéir k cet ordre, les licteurs écartèrent la fbule qui se pressait autour du tribunal. Ils s'emparèrent de Virginie , et la remirent entre les mains de Glaudius. La multitude épouTantée , se retira; et Virgimxxs 9 se voyant abandonné , sembla acquiescer à la sentence. Il supplia néanmoins Appius avec douceur, et le conjura de lui permettre de dire un dernier adieu à cet enfant, qu'il avait toujours regardé comme le sien , assurant qu'après cela , il se rangerait, «vec plaisir, à son devoir. Appius y consen* tit, à condition qu'il le ferait en sa présence. Mais Virginius ihéditait un projet terrible. La troupe s'écarta pour Étire passage ; Virginius , le désespoir dans le cœur, preiyl dans se^ bras sa fille presqu'expirante , soutient un instant sa tête sur son cœtir, essuyant les larmes qui coulaient sur ses joues. Il l'embrasse tendrement; et l'entraînant insensiblement vers quelques boutiques qui étaient sur le côté de la place publique y il
se HISTOIRE
se saisit du couteau d'un boucher : (( Ma » chère fille , s'écria-t-il j tu es perdue ! moi » seul je puis te conserver Thonneur et la li- » berté ». En achevant ces mots, il lui plonge l'arme dans le cœur. La retirant ensuite , il la lève en Fair, et la montre à Appius. m Tyran, s*écria-t-il , par ce sang pur, je » voue ta têle aux furies de l'enfer». Couvert du sang de sa fille , tenant toujours le couteau dans ses mains , et menaiçant de tuer quiconque s'opposerait à. son passage, il parcourt la ville comme un furieux , et en ex-^ citant le peuple à reconquérir sa liberté. Protégé par la multitude, il monte à che* ,val, et retourne au camp.
A peine arrivé , suivi de ses amis , il informe l'armée de Tévénement qui vient d^a- Toir lieu, et montre aux soldats l'arme ensanglantée qu'il teûait dans ses mains. Il invoque leur pardon et celui des dieux, pour avoir commis une aussi coupable action y qu'il attribue à l'impérieuse et cruelle nécessité. Uarmée ^ déjà indisposée, jette des cris d'approbation^ et laissant leurs généraux derrière eux, les soldats allèrent camper aumont Aventin ,où ils avaient été quaire ans auparavant, Pes dét«chemens nom-
Mort de Virq^inie.
J*^mrà^ Fm^r ^^■
DE LA RlèPUB. ROMAINE. 87 l>reux de l'autre armée opposée aux Sabins, également mécontens, se joignirent à eux.
Appius fit tout ce qui ét^it en son pouvoir pour rétablir la tranquillité dans la ville; mais voyant qu'on ne, pouvait appaiser le tumulte, et appercevant Horace et Valérius, ses ennemis déclarés y à la tête des. séditieux ^il entreprit d'abord de chercher soa salut dans la fuite. Oppius , un de ses collègues, tâchant de ranimer son courage , il hasarda d'assembler les sénateurs,, et de demander le châtiment de tous les déserteurs.. Le sénat fut loin de lua donner les secours qu'il attendait. Prévoyant les dangers et les maux dont l'état était menacé , il députa vera l'armée , à qui il offrit de rétablir la première forme de gouvernement. Cette proposition fut accueillie avec joie parle peuple, et l'armée obéissant, retourna dansla ville,.sinon avec les marques du triomphe, du mokis avec la joie qu'il inspire. Appius et son collègue Oppius se tuèrent en prison. Denys d'Halicamasse prétend qu^ les tribuns les , firent étrangler. Les huit autres décemVirs s'exilèrent volontairement ; et Claudius , le prétendu mêître de Virginie , fut banni d^ Home..
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Ces troubles intérieurs affaiblirent Tétat , et donnèrent plus de confiance à rennemi* On continua la guerre avec les Eques et le» .Vobques ; et comme ces peuples remportèrent souvent quelques légers avantages sur les Romains , ils s^avancèrent au point de faire des incursions )usques sous les murs de Rome. Non-seulement les contmtations des Romains semblaient avoir diminué leur An5o^. courage; mais elles avaient encore altéré leurs vertus, et particulièrement leur
justice.
Les tribuns du peuple étaient devenu»
plus entreprenans : ils proposèrent deux loix : l'une permettait l'alliance entre les familles plébéiennes et celles des patriciens; par l'autre, un tribun pouvait être élu consul. Les sénateurs s'indignèrent de ces propositions , et résolurent de tout souffrir plu« tôt que de les admettre. Trouvant cependant que leur résistance augmentait les troubles de l'état , ils consentirent à la fin que la loi relative aux mariages passât , espérant qu'en accordant cet article au peuple , il serait sa* tisfait Mais le calme fut de courte durée : le peuple, ayant recours aux moyens qu'il «voit jadis employés, refusa de s'enrôler à
DE LA RÉtUB. ROMAINE. 89 rapproche de rennemi Les consuls furent obligés d'avoir avec les principaux sénateurs un entretien secret. Après quelques débats y Claudius proposa un expédient , comme le plas propre à satisfaire le peuple dans la con* )oncture présente. Ce fut de créer six tribuns militaires à la place des consuls , dont la moitié y au moins , serait prise dans les patriciens. Ce projet qui , dans le fait , s'accordait avec la demande du peuple, plut à toute l'assemblée, et l'on convint que les consuls , contre la coutume , commence^ raient par demander l'opinion du sénateui" le plus jeune. Va des tribuns , voyant les assemblées du sénat, accusa ses membres d'avoir des conférences secrètes , et de tra*' mer des complots contre le peuple. Les consuls, d'un autre côté, protestaient de leur innocence; et pour preuve de leur sincérité , permirent à quelques-uns des moins âgés de proposer leurs opinions. Ceux-ci , gardant le silence , les plus vieux sénateurs , connus par leur popularité , observèrent que le peuple devait être écouté dans ses demandes , et que personne ne méritait afissibien le pouvoir que ceux dont on se «ervait pour l'acquérir ; ajoutant que Komè
go HISTOIRE»
ne jouirait d'aucune liberté, jusqu'à ce qu'on eût établi entre tous les citoyens une égalité parfaite. Claudius parla ensuite , et se déchaîna , contre le peuple, en invectivesamères , assurant que son opinion était que la loi ne devait point avoir lieu. Ce discour» produisit quelques troubles parmi les plébéiens. A la fin Génutius proposa, comme on en était convenu , qu'on choisirait, tous les ans y six tribuns militaires, dont trois seraient pris dans le sénat, et trois autres dans ie peuple j qu'ils seraient revêtus de l'autorité consulaire; et à l'expiration de, leur magistrature, ou verrait si l'on rétablirait le consulat sur le même pied qu'il était auparavant, ou s'il serait continué sous cette nouvelle forme. Le peuple adopta ce projet avec ardeur. La multitude était si légère dans ses desseins , que , quoiqu'il y eut dans le nombre des candidats plusieurs pVébéïens, le choix tomba entièrement sur les patriciens qui s'étaient offerts eux-mêmes. On An 3io. appela ces nouveaux magistrats, tribuns militaires. Il n'y en eut d'abord que trois , ensuite on en vit quatre , et bientôt après le nombre de six fut complet ïls avaient le pouvoir et le costume des coiv-
sols. Les premiers n'exercèrent que pendant trois mois, les augures ayant trouvé qu'il manquait quelque chose dans les cérémonies de leur élection.
lies tribuns militaires étant déposés, les consuls reprirent leurs fonctions; et afin qu'on connût les affaires dont ils étaient chargés , on créa une nouvelle magistrature. Ce fut celle des censeurs renouvelés tous léd cinq ans. Ils devaient faire le dénombremlent du peuple , et le distribuer en classes. La vie et les mœurs de leurs concitoyens étaient soumises à leur inspection. Ils pouvaient destituer les sénateurs pour leur mauvaise conduite, dégrader les chevaliers, faire des* cendre les plébéiens d'une tribu ^dans une classe inférieure. Tels étaient leurs droits. Les deux premiers furent Papirius et Sempronius , tous deux patriciens. On choisit les censeurs dans cet ordre pendant ^rès do cent ans encore.
Cette nouvqlle dignité rétablit , pendant quelque temps , le calme entre les ordres , et le contentement du peuple fut augmenté par une victoire que remporta le consul Géganius sur les Volsques.
Les Ardéates , qui s'étaient réconciliéfl|
l'ailnée précédente , avec le peuple romain , vinrent implorer son secours dans un besoin pressant H s'était élevé dans leur ville une violente sédition entre la noblesse et le peuple. Les dioâes en vinrent au point , que la populace a*avagea les terrés des nobles, puis rentra dans Ardée, qu^elle traita coinmeune ville ennemie. Les< deux partis , trop faibles pdr eux-mêmes, eurent recours An 3isr. aux étrangers ; le peuple Va* dressa anx Volsques, qui vinrent à leur secours; Les députés de la noblesse arrivèrent à Rome. Le consul Géganius eut ordre de partir sur-le-champ. Il surprit les Volsqùes , les battit , et les fit passer sous le
)OUg.
Cette tranquillité ne fut cependant que An 3 1-3. de courte durée ; car une famine, dont les pauvres éprouvèrent les premières rigueurs , renouvela les plaintes contre les riches. Leur inefficacité fit naître de nouvelles séditions. On accusa les consuls de négligence , pour n'avoir point fait des provisions de blé suffisantes» Ceux-ci dédaignèrent les murmures de la populace,, et continuèrent de donner tous leurs soins jpour soulager la misère publique» Quoi-
DE LA RÉPUB, ROMAINE. qj quUls firent tout ce qu'on pouvait attendre de leur activité , en distribuant les {provisions aux pauvres, cependant Spurius-Mélius, homme riche, qui avait enlevé tous les grains de la Toscane, le^ surpassa en libéralité. Ce démagogue, brûlant du désir de profiter des troubles de l'état pour devenir puissant , distribuait chaque jour aux pauvres^ et en grande quantité, des blés ou d'autres grains. Sa maison devint l'asyle de tous ceux qui préféraient au travail une vie oisive et dépendante. Quand il se fut fait un certain nombre de partisans , il fit transporter chez lui , pendant la nuit, une grande quan** tité d'armes^ et conspira pour obtenir le commandement, pendant que quelques tribuns^ qu'il avait corrompus , agissaient sous ses ordres pour s'emparer de la liberté du peuple. Minutius découvrit bientôt le complot, en instruisit le sénat, qui prit aussi-tôt la résolution de créer un dictateur capable d'appaiser la révolte, sans en appeler au peuple. Quintius-Cincinnatus , âgé de 80 ans, fut encore choisi pour garantir sa patrie du danger qui la menaçait, li commença par citer à son tribunal Mélius , qui refusa d'obéir. Il envoya à sa poursuite
Ahala, commandant de la cavalerie. Ahala le rencontra sur la place publique , et le tua sur son refus. Le dictateur applaudit à cet acte y et fit Tendre les biens du conspirateur , xaser sa maison y et distribuer au peuple les provisions qu'on y trouva.
Furieux de la mort de Mélius, et voulant punir le sénat a l'élection prochaine ^ les tribuns du peuple insistèrent pour faire élire y au lieu de consuls, les tribuns mili* taires. Les sénateurs furent obligés d'y consentir. Cependant l'année suivante , le gouvernement fut rétabli , et les consuls furent choisis de nouveau.
La ville des Fidénates, qui était une co- An. R. 317. lonie romaine, se rangea cette année du côté des Yeïens , qui avaient alors pour roi Tolumnius. Elle ajouta à la révolte un crime bien plus noir , en tuant pair l'ordre de Tolumnius , les ambassadeurs romains qui venaient se plaindre et demander raison du nouveau parti qu'elle avait pris. Pour tirer vengeance d'uno^ violation si horrible du droit des gens , on nomma des consuls. Sergius marcha contre le roi des Veïens ^ et remporta sur lui une victoire assez considérable^ mais qui lui
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coAta cher. Pour terminer heureusement cette guerre, lé sénat crut devoir nommer un dictateur. Le choix tomba sur Marner*- -cos-iSmilius , qui fit des levées, ifaarcha contre l'ennemi , qu'il rencontra près de Fi« dènes. Les Yéîens furent complètement débits par les Romains. Cornélius-Cossus y d'une illustre naissance, d'une taille avantageuse,, et encore plus recommandable par sa bravoure, tua Tolumnius, et jui ayant coupé la tête , il la montra au bout de sa lance à toute l'armée ennemie , et répandit {>ar-toutlaterreui^. Ce fier Romain, portant les dépouilles opimes du roi qu'il avait tné^ eut tout l'honneur du triomphe, et attira ■sur lui tous les yeux par li nouveauté de ce spectacle. C'étaient les secondes dépouilles opimes qu'on eût emportées depuis la fondation de Rome.
La peste qui s'était fait sentir l'année
Aii.R.3ao. précédente, fit encore plus de ravage pendant celle-ci. Elle donna aux Fidénates et aux Yéîens la hardiesse de s'avancer presque jusqu'aux portes de Rome.
Servilius créé dictateur, termina la guerre {>ar la prise de Fidènes ; et quelque temps iiprès , Cornélius , revêtu du même pouvoir ,
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délit entièrement les Volsques , pilla leur territoire , et fit un grand nombre de prisonniers. *
Depuis long-temps , rivaux de Rome , les Véïens avaient profité de ses troubles inté»rieurs pour ravager le territoire de la république. Après avoir menacé les ambassadeurs romains, ils les renvoyèrent avec outrage , et les chargèrent de se plaindre nies injures qu'ils leur avaient faites. La ruine de Véïes An 347. semblait résolue. Les Romains établirent leur camp sous ses murs. On peut calculer la force de cette place d'après la durée du siège , qui fut dç dix années. Dans cet espace de temps , l'armée campa. au<^ tour de la ville, couchée, en hiver, sous des tentes de peaux de bétes fauves, et oc^ cupée , pendant la bel|e saison, des moyens d'attaque. Les succès furent douteux , et il y eut plusieurs commandans chargés de di« riger le siège. Tantôt ils voyaient leurs ouvrages détruits , et beaucoup des leurs tués dans les sorties des assiégés. Tantôt ils étaient harcelés par une autre armée de Véïens , qui tâchaient de porter du secours à leurs compatriotes. Un siège aussi sanglant semblait menacer de dépeupler Rome môme, dont il
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épuisait les forces. On fit une loi pour forcer tous les jeunes gens d'épouser les veuves des soldats tués. Furius Camille, nouveau, dictateur , fut le maître de diriger la guerre. Elevé au premier poste de l'Etat, sans intri* gue et sans sollicitation, après avoir été censeur quelque temps auparavant, ensuite tribun militaire, Camille s'était toujours fait considérer dans Texercice de ces différentes fonctions. Le courage et Thabileté qu'il avait montrés l'avaient fait juger digne da choix de ses concitoyens. Quand il fat nommé dictateur , le peuple courut se xanger en foule sons ses étendards, comptant sar les succès d'un chef aussi expérimenté. Sentant qu'il ne pouvait prendre la ville d'assaut, il fit^ à force de travail , pratiquer sous terre un passage qui menait au milieu de la citadelle. Certain du succès , et voyant la ville sans ressource, il envoya au sénat, et fit dire à tous ceux qui devaient partager le butin des Véïens , de se rendre immédiatement à l'armée. Alors ce général donnant ses ordres pour monter à l'assaut, Ja ville fut bientôt remplie de ses légions, au grand étonnement des assiégés, qui, un instant aupagravant, étaient dans une sécurité par£siite, J** Partie. 7
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Ainsi îut prise, comme une seconde Troie, la ville de Véïes, après un siège de dix ans. Ses dépouilles enrichirent le vainqueur. On décerna les honneurs du triomphe à Camille, qui se couvrit de gloire, par la destruc* tion de la rivale de Rome. Il fut , comme les anciens rois de Rome , traîné dans un char nttelé de quatre chevaux blancs : distinction qui ne pouvait manquer de déplaire à la plus grande partie des spectateurs, qui, considérant ces chevaux cpmme sacrés, les croyaient plus propres à honorer tes dieux que leurs généraux.
La fortune n'abandonna point Camille dans son expédition contre les Falisques. Il mit leur armée en déroute , assiégea leuv capitale , qui menaça de faire une longue et vigoureuse résistance^ On n'aurait point fait mention^ dans cet abrégé, de la réduction de cette petite place , sans un trait da général romain, plus glorieux pour lui que tous ses triomphes ensemble. Un iiiaîtrc d'école, chargé des enfans appartenant aux premières familles de la ville , ayant trouvé le moyen de les attirer dans le camp des Ro-» mains , offrit de les livrer à Camille, comme la manière ia plus suce de forcer les habi^
BE LA B.épUB« ROMAINE. 99 tans à se rendre promptement. Camille , frappé de la perfidie d'an homme dont le devoir était de protéger Finnocence, au lien de la trahir , le considéra d'un oeil sé^ yère pendant quelques instans. A la fin il s'écria : €c Homme abominable ! oS're à des 7> gens qui te ressemblent y et non pas à moi Dtes viles propositions. Quoique nous D soyons ennemis de ta ville , n'e:£iste-t*il » pas des liens naturels qui unissent les D hommes entre eux , et qu'çn ne devrait D jamais rompre ? Il y a des devoirs dans la » guerre comme dans la paix. Nous combat* D tons contre des hommes y et non contre » des enfans. Ces hommes ont, il est vrai, » mal agi avec nous. Mais leurs crimes y en D comparaison des tiens, sont des vertus. ]» Contre des artifices aussi vils , mon devoir » est d'user de ceux dont se servent les » Romains : la valeur et les armes ». En achevant ces mots , il fit dépouiller le mai-* tre d'école, et le livra, les mains liées derrière le dos , à ses écoliers , qui le rame^ nèrent dans la ville de cette manière ignominieuse. Cette conduite généreuse de Ca« mille produisit plus d'efiet que ses armes n'auraient pu faire« Les magistrats de la
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ville se soumirent au' sénat, laissant Ca« mille maître des conditions. Pour satisfaire son armée y il les fit contribuer d'une somme d'argent, et leur accorda la protection et l'alliance de Rome.
Malgré la vénération qu'avaient les étrangers pour les vertus de Camille , lestribuns^ ces éternels artisans de trouble et de sédition , le tourmentaient de nouveau chaque jour. Ds l'accusèrent de ^'opposer à ce qu'une partie des Romains allât habiter Véïes, d'avoir caché une portion du butin , particulièrement deux portes de bronze^ qu'il avait réservées pour son usage. Ils le citèrent à comparaître devant le peuple* Voyant la multitude aigrie contre lui, Camille, à qui cette ingratitude était odieuse, résolut de ne point supporter la honte de cet appel. Après avoir embrassé sa femme et ses ehfans , il se prépara à sortir de Rome* n avait déjà passé l'une des portes de la ville sans être accompagné ni regretté de person-> ne. La, ne pouvant résister à son indigna* lion , il se retourna vers le Capitole; et le* Vant ses mains au ciel, il pria les dieux de rendre sensible a sa patrie l'injustice qu'elle lui faisait , et de lui inspirer des regrets. H
DB LA., RÉ PUB. nolMiJ^fOé^ifi^^^^^ se réfugia à Asâée , ville à quelque distance de Rome, où il apprit que les tribuns l'avaient condamné à payer une amende.
Les tribuns n'éprouvèrent pas un léger plaisir d'avoir abaissé ce grand homme,; mais bientôt ils ^e repentirent de leur in^ justice , et souhaitèrent le retour de celui qui pouvait /seul garantir sa patrie d'une ruine certaine. Il se présentait un emiemi plus terrible et plus redoutable que tous ceux que les Romains avaient rencontrés jusqu'alors. Les Qaulois, pation barbare ^ avaient, environ deux siècles avant cette époque, fait une irruption au-delà des Alpes , et s'étaient établis dans le nord de r|« talie, attirés par la douceur de son climat et ses vins délicieux. Leur courage supérieur, leur haute stature, leur férocité , leurs mœurs grossières , effrayèrent les habitans , qu'ils subjuguèrent Brçnnus , leur roi, assiégeait avec une de leurs armées, Clusium, ville d'Ëtrurie. Les habitans, épouvantés du nombre des Gaulois , et plus encore de leur air sauvage , implorèrent le secours , ou du moins la médiation dea< Romains. Le sénat, dont la maxime était , depuis long -temps, d'assister les malheu«
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xeux , commençai par envoyer des ambassadeurs aux Gaulois, pour les détourner de leur entreprise , en leur faisant voir l'injustice de leur invasion. Trois sénateurs do la famille de Fabius furent choisis pour cette affaire. Ils étaient plutôt guerriers que négo-^ dateurs. Brennus les reçut avec plus de politesse qu'on n'en attendait d^un barbare j et desirantV savoir le sujet de leur mission , il apprit d'eux qu'on avait coutume , en Italie , de ne faire la guerre , que d'après des justes sujets de plaintes, et que les Romains demandaient à connaître quelle offense le Toi des Gaules avait reçue des citoyens de Clusium. Breunus répliqua que le droit des hommes vaillans était dans leurs épées ; que les Romains eux-mêmes n'en avaient au* ^un sur les villes qu'ils avaient conqufses^ qu'enfin ils avaient un ressentiment particulier contf ele peuple de Clusium , qui avait refusé de partager avec les Gauliois des terres inhabitées y pour la culture desquelles il n'avait point de bras* N'étant pas accontumés à souffrir le langage d'un conquérant , les Romains dissimulèrent , pendant quelque temps ^ le mécontentement que leur causait la hauteur de'cette réponse : mais
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entrant dans U ville assiégée , au lieu d'agir en ambassadeurs ,. ils oublièrent leur caractère sacré, et se mirent à la tête des Clusiens , dans unesortie qu'ils firent contre les assiégeans. Fabius, ambassadeur, tua, de sa propre main , un Gaulois. On le vit le dépouiller de son armure. L'injustice, de cette conduite peu décente excita le ressentiment de Brennus , qui , en ayant fait ses plaintes au sénat par un héraut d'armes , sans recevoir aucune réparation, leva le siège, et marcha sur Rome ayec son armée victorieuse.
Tous les peuples des pays que les Gaulois, parcoururent dans leur marche rapide ^ avaient,dès leur approche,perda tout espoir de salut, épouvantés de leur nombre, de leur férocité et de leurs préparatifs de guerre.. Mais toute la fureur de ce peuple barbare se tourna contre Rome. Ne respirant que la vengeance, les Gaulois continuèrent leur marche sans faire aucune injure aux habitans des autres contrées. Il se livra près de la rivière d' Allia un combat terrible, dana lequel les Romains furent battus, et perdirent 4o mille hommes.
Privée de secouj:» , Rome «^attendait
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aax dernières extrémités. Quelques -nns des habitans tâchaient de se cacher dans les Tilles voisines ; d^autres , bravant la fareor de l'ennemi , voulaient s'ensevelir sous les raines de leur patria On vit, dans cette occasion , les prêtres et les sénateurs les plus âgés , pleins d^un enthousiasme religieux, se dévouer pour expier les faute» du peuple ; et revêtus de leur longue robe y se placer dans le forum sur leurs sièges d'ivoire. Les Gaulois , s'abandonnant à leur triomphe , s'occupaient de partager le butin du camp ennemi. S'ils avaient, immédiatement après la victoire, marché vers Rome , ils s'emparaient du Capitol e. Mais ils conti-^ nuèrent , pendant deux jours , à se livrer à la joie sur le champ de bataille, au milieu de leurs ennemis morts. Le troisième jour , Brennus parut devant la ville avec toutes ses forces. D'abord il fut surpris de trouver les portes ouvertes pour le recevoir , et de voir les murs sans défense. H commençait à croire que cette situation de la ville était l'effet de quelque stratagème des Romains. S'avançant avec précaution , il entra , et trouva dans la place publique les anciens sénateurs fiers , immobiles ^ et rangés en
DE LA Rl^PUB. ROMAINE. lo5 ordre sur leurs chaires eurules. L'éclat de leurs vêtemens, k majestueuse gravité, l'air vénérable de' ces vie^lards nés dans les hautes digpités de l'Ëtat, inspirèrent un profond respect à leur ennemi barbare : ils les prirent pour les dieux tutélaires de la ville y et commençaient déjà à les adorer aveuglément, lorsqu'un Gaulois , plus hardi que les autres , toucha de sa main la barbo de Papyrius ; injure flétrissante pour un noble Romain. Papyrius lève son sceptre d'ivoire , frappe le Gaulois , et l'étend à terre» Ce fat le signal du massacre. Papyrius tomba le premier , et tous ses collègues, sans au* cune distinction , subirent le m^e sort Pendant trois jours , les féroces vainqueurs continuèrent le carnage , sans égard pour le sexe ni l'âge : ils mirent ensuite le feu à la ville, et la brûlèrent entièrement.
LeGapitole étaitleseulespoir desRomains.
An 264. Cette forteresse offrait une scène de déscdation. Brennns la somma d'abord et avec menaces de se rendre ; mais ce fut en vain. Résolu d'en former le siège , il l'environna de i»on armée. Les Romains r^ous-sèrent l'attaque avec beaucoup de courage. lie désespoir semblait leur donner cette vi-
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gueur et cette persévérance dont ils manquaient dans la prospérité. Brennus pour* 6uivit ardehiment le siège. U espérait réduire par famine les assiégés ; mais ceux-ci ^ devinant son intention, quoique réellement dans le besoin y firent jeter des pains dans son camp , pour lui prouver combien soa attente était mal fondée. Mais il conçut bientôt de nouvelles espérances , en apprenant de sesi soldats qu'ils avaient découvert un sentier dans le roc , par où Ton pouvait surprendre le Capitole^ Un détachement de soldats chargé de tenter , pendant la nuit, cette dangereuse entreprise, fut en .effet sur le point de l'exécuter. H était déjà parvenu sur le rempart : la sentinelle romaine était endormie ,. les chiens se tai* /raient, et tout promettait un succès assuré y quand la garnison fut éveillée par le cri de qudques oies sacrées , que l'on conservait dans le temple de Junon. Les assiégé^ virent le^danger qui les menaçait ,. et chacun couxant aux armes , ils marchèrent tous contre les assaillans. Manlius, patricien, d'une bravoure reconnue, fit, le premier, usage de sa force, et ranima par son exemple 1^ courage des Romains. 11 monte hardiment sur
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le rempart , et d'tin seul coap jette deux Gaulois dans le précipice. D'autres vinrent à son secours, et renneini abandonna leâ murs aTee promptitude.
Depuis cette époque les Barbares com* mencèrent à perdre tout espoir , et Brennus n'attendait que le moment de lever le siège sans compromettre son honneur. Ses soldata s'entretenaient souvent avec les assiégés ; et avant que les chefs pensassent à une conférence, ils desiraient que l'on fit des propositions d'accommodement A la fin on convint des deux côtés /que les Gaulois sorti-* raient immédiatement de la ville et du ter^ ritoire de Rome, à condition qu'on leur payerait mille livres pesant d'or. Le serment •ayant cimenté ce traité, l'or fut livré. Mais les Gaulois se servirent de faux poidsf pour le peser. Sur les plaintes qu'en firent les Romains, Brennus augmenta encore le poids en jetant son épée dans le plateau qui contrebalançait l'or, et dit que les vaincus étaient faits pour souffrir. Par cette réponse les Romains virent qu'ils étaient au pouvoir du vainqueur , et que toutes réclamations étaient vaines. Pendant qu'ils disputaient sur le payement, ils apprennent que Can^lle,
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leur ancien général y qu'ils venaient de créer dictateur , qui s'était hâté de venir à leur secours avec une armée considérable y cn^ trait dans Rome. Il parut en effet, et demanda, d'un ton impérieux, le sujet de la contestation. Dès qu'il le sut, il fit reporter l'or au Gapitole. a C'est par le fer, dit-il , et D non par For, que Bome doit étxe rachetée, 2> Moi seul , comme dictateur , dois faire la D paix , et je l'achèterai avec mon épée j>. U livre ensuite le combat. Les Gaulois furent entièrementdéfiEdts : le massacrefutsi grand, que le territoire romain fut délivré de ses ennemis. Ainsi fut sauvée Rome par le courage de Camille.
A l'exception du Capitple , la ville n'était qu'un monceau de ruines. Le plus grand nombre de ses habitans s'étant réfugié à Véïes, les tribuns pressèrent pour trans« porter les restes de Rome dans cette ville, où l'on trouveraitdes maisons pour se mettre à l'afari , et des murs pour se défendre. Camille employa toute son éloquence pour les appaiseri leur observant qu'il était indigne d'eux d'abandonner l'asyle respectable de leurs ancêtres , où les dieux avaient plus d'une fois approuvé leurs actions, pour aller
DE la' hépub. romaine, log habiter une ville qu'ils avaient conquise, et .qui n'avait pas su se défendre elle-même. Ses remontrances engagèrent le peuple à se mettre avec joieàFouvrage, et bientôt Rome commença à renaître de ses cendres.
Nous avons vu le courage de Manlius défendant le Capitole et sauvant les restes de Rome. Le peuple ne fut point ingrat. On lui bâtit une inaison près^du lieu qui fut le théâtre de sa valeur , et on désigna sur les fonds publics de quoi fournir à son entretien. Mais il eut l'ambition de vouloir être souverain de Rome , et de se mettre au-dessus de Camille. H flatta la populace, P^y^ ses dettes , injuria les patriciens , qu'il appe^ lait les oppresseurs du peuple. Le sénat.Cnstruit de ses projets et de ses propos, fit Cornélius-Cossus dictateur , dans l'intentiolfi de réprimer l'ambition de Manlius. Le dictateur demanda compte à Manlius de sa condù{t(^ Celui-ci jouissait trop de la faveur poj^ttlaire pour craindre la puissance de Cossus ^^ qui fut obligé de se démettre de sa dignitii, et Manlius fut porté en triomphe dans la Tille. Ce succès ne fit qu'accroître son ambition. Il parla de partager les terres au peuple ; prétendit qu^il ne devait y avoir aiusuiiei
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distinction dans l'Etat; et pour donnelrplaji de poids à ses discours , il paraissait toujours environné d'hommes de la lie du peuple , dont ses largesses lui avaient fait des partisans. La ville étant ainsi troublée , le sénat eut recours à un autre moyen : ce fut d'op* poser à ce démagogue le pouvoir de Camille* Celui-ci créé tribun militaire^ cita Man« lins pour rendre compte de sa vie. Le lieu où il devait comparaître était près du Capi« tôle. On Taccuaa de séditieux , de prétendra à la souveraineté. Sans répondre, Manlius tourne les yeux vers leCapitole^et rappelle ^ en le montrant , ce qu'il avait fait pour son pays. La multitude y dont la compassion ou la justice n'a souvent aucun motif raison-nable , refusa de le condamner tant qu'il plaiderait devant le Capitole; Mais quand il fut conduit dans un lieu d'où l'on ne voyait pas cette forteresse, il fut condamné à être précipité du haut de la roche Tarpéïenne. Ainsi le théâtre de sa gloire devint celui de sa honte et de son supplice. On rasa sa mai^ 3on jusqu'aux fondemens , et l'on défendit à sa famille de porter le nom de Manlius.
La hardiesse des Romains s'accrut par degrés. L'intérieur de la ville présentait un
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mélange de trouble et de superstition. Ils formèrent au -dehors des entreprises qui eurent un succ^ heureux.
Leur aveugle soumission à leurs pontifes, An 392. le mépris qu'ils avaient pour la mort, parurent à cette époque par la conduite de Curtius. Les Augures ayant assuré qu*un gouffre qui s'était formé au milieu du Forum, ne se fermerait que lorsqu'on y aurait jeté ce que Rome avait de plus précieux , Cartiiîs s'y précipita avec son cheval et sgn armure, prétendant que rien n'était audessus du patriotisme et du courage militaire. Les historiens rapportent que le gouffre se referma ; et que Curtius ne reparut plus.
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