‹ Abrégé de l'Histoire romaineChapitre 14 sur 30 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Depuis l^s guerres apec les Samnites, celles

avec Pyrrhus, jusqu^au commencement

de la première guerre punique , lorsque

les Momains sortirent de V Italie pour la

. première fois.

jL^nÈs les triomplies qu'ils avaient remportés sur les Sabins y les Etrusques ^ les Latins , les Eques, les Yolsques et les Gaulois, qui avaient marché de nouveau sur Rome pour venger leur défaite, les Romains songèrent à de plus grandes conquêtes. Ils tournèrent leurs armes contre les Samnites* Ce peuple descendant des Sabins, habi-^ tait une vaste étendue de pays situé dans la partie méridionale de l'Italie, et qui £sdt aujourd'hui laplus grande partie du royaume de Naples. Ce furent les deux consuls Cornélius et Valérius-Corvus à qui Ton confia le soin de conduire cette guerre entre les deux Etats rivaux.

Yalérius était un des plus grands capi-

Dig^zed by VjOOQ iC

DE LA RÉPUB. ROMAINE. Il5

taines de sou siècle. Le surnom de Corvua lui fut donné dans une circonstance assez étrange, dans un combat particulier contre un Gaulois d'une taille gigantesque, qu'iltua. On prétend qu'un corbeau s'étant pet^ ché sur son casque , contribua à la victoire qu'il remporta. Son collègue eut le comtnan^ dament de l'armée dirigée contre Samnium, capitale des ennemis , et Corvus fut envoyé au secoursdeCapoue, capitale des Capouans. Aucun général n'était plus propre à commander : au courage et à la vigueur , il joignait de l'affabilité j c'était l'homme le plus brave et le plus doux de l'armée. £n même temps qu'il faisait rigoureusement observer la discipline au moindre soldat, il avait pitié de son sort Pour achever son portrait, nous dirons qu'il employa, pour conserver la dignité dont il était revêtu , les même^ moyens dont il avait fait usage pour y parvenir. Les Romains , endurcis par leur^ derniers malheurs , et conduits par un tel général , étaient invincibles. Les Samnites étaient les plus braves de tou^ ceux contre lesquels ils avaient combattu ; et la querelle entre les deux nations fut soutenue de part et d'autre avec la même ardeur ; mais le P* Partie. 8

Iti HISTOIRE

bonheur dea Aomains l'emporta. Les Samnites furent mis en déroute, avouant qu'Us be pouvoient soutenir les Kgards et la fière contenance de leurs ennemis. Cornélius ne fut pas d'abord aussi heureux : ayant imprudemment engagé les troupes dans un défilé , elles allaient être taillées en pièces, si Décius , campé sur- une colline qui commandait l'çnnemi, n'eût attaqué les Samnites, qui furent défaits. Le carnage fut considérable , et trente mille Samnites res* térent sur le champ de bataille.

Quelque temps après cette victoire , les soldats stationnés àCapoue se révoltèrent, et forcèrent Quintius , vieux militaire , de se mettre à leur tête. Guidés plutôt par leur fureur que par leur chef, ils s'avancèrent à huit milles de Rome. Le voisinage d'un ennemi aussi terrible alarma les sénateurs, qui créèrent sur-le-champ Valérius dictateur, et l'envoyèrent contre les révoltés avec une armée considérable. Les ^os armées étaient rangées en bataille Tune contre l'autre. Les pères et les enfans se voyaient au moment d'en venir aux mains. Aucun autre que Valérius ne pouvait peutêtre terminer cette guerre civile..Connais-

DR LA RÉPUB. ROMAINE. Il5

sant l'inflaence qu'il avait sur les soldats , aa lieu de se présenter comme ennemi, il s'avança vers eux avec des manières àfifables , les embrassa y et renouvela d'anciennes connaissances. Sa conduite eut le succès qu'il en attendait. Quintius y leur orateur , demanda qu'on oubliât leurs &utes. N'ayant point participé à leur sédition, il n'avait, rien à demander pour lui. Ainsi cette révolte q ui menaçait Rome , fut appaisée par la prudence et la modération d'un général , dont la seule ambition était d'être doux envers ses amis et redoutable à ses ennemis.

Bientôt la guerre se déclara entre les Romains et les Latins. Comme ces deux peuples avaient les mêmes armes , le même langage , le même costume , il était nécessaire d'établir la discipline la plus sévère pour éviter la confusion dans les différéns combats qui se livreraient On fit défense au soldat de quitter ses rangs sous peine de mort. Les deux armées étaient en présence Fune de l'autre , quand Métius , commandant la cavalerie ennemie, sort de «es rangs pour proposer à un cavalier romain un.

défi particulier. La crainte de désobéir aux ordres , fit accaeiUir d'abord cette proposi-

Il6 H I s T O I R E ' ' '

tion par un sUe«^^énéra3t!^âkiis-M anltas ^ £ls du consul Maiïlius, rpiiigissant de voir ses compatriotes intimidés^ s'avance avec hardiesse contre son adversaire. On différa l'engagement pour être témoin de ce combat Les deux champions s'élancent l'un contre l'autre avec une égale violence. Métius blessa le cheval de son ennemi : mais Man~ lius, plus heureux y tua celui de Métius. Le commandant des Latins, renversé par terre^ voulut se soutenir sur sou bouclier; maifi^ Manlius redoubla ses coups , et le tua au moment où il cherchait à se relever. Le dépouillant ensuite de son armure, il retourne en triomphe dans la tente de son père^ qui se préparait à donner des ordres pour une affaire générale. Quoiqu'il fût applaudi par ses compagnons d'arme, il n'était cependant pas tranquille sur la réception que lui ferait son père. Il déposa à ses pieds les dépouilles de l'ennemi , disant avec adresse , et d'un air modeste , que ce qu'il avait fait Zi'était dû qu'à la valeur dont il avait hérité de ses ancêtres. Il fut bientôt tiré de son erreur. Le père ordonna qu'il fût conduit en présence de l'armée. Les larmes aux yeux, mais avec une contensmce sévère ^le

DE LÀ RÉPtJB, ROMAINE. ilf

coïisol parla de cette manière : a Titus- » Manlius, sans égard pour la dignité con- )> salaire , pour les ordres de votre père y » vous avez violé la discipline militaire j » vous avez montré , par votre exemple , y> la désobéissance , et vous m'avez réduit à » la déplorable nécessité de sacrifier ma pa- 9> trie ou mon fils. Mais je n'hésite point » dans cette cruelle alternative r on sacrii> fierait mille vies pour une cause pareille; » et puisque votre mort est utile à votre » patrie, )e ne crois pas que vous refusiez » de la recevoir. Licteurs ! liez-le , et vous , » soldats , que sa punition vous serve » d'exemple». Cet ordre cruel frappa d'horreur l'armée entière. La crainte tint d'abord les soldats en suspens : mais quand ils virent tomber la tête du jeune Manlius, et la terre couverte de son sang, ils ne puisent retenir leurs gémissemens , et poussèrent des cris d'indignation. On porta le corps hors du camp ; et après l'avoir couvert deà dépouilles de l'ennemi vaincu ^ on l'ensevelit avec les honneurs militaires.

On se battit aussi-tôt avec une égale f«^ reur ;et comme les deux armées avaient été commandées par les mêmes chefs , on vit

Il8 HISTOIRE

dans cette affaire tout l'acharnement dés guerres civiles. Les Latins comptaient sur ]eur force j les Romains se fiaient à leur invincible courage. Il semblait que le secours des dieux pouvait seul décider de la victoire ; et les augures avaient annoncé que là où une aile de l'armée romaine céderait , le chef de cette partie devait se dévouer pour son pays, et s'offrir en sacrifice aux dieux immortels. Manlius commandait l'aile droite; la gauche était aux ordres deDécius. Comme le courage des deux ailes était égal , le suc* ces était douteux. Après quelques instans ^ l'aile gauche de l'armée romaine commençait à plier. Alors Décius, qui la commandait, résolut de se dévouer pour sa patrie , et d'offrir sa vie pour le salut de l'armée. Dans de projet , il appelle k haute voix Manlius , k qui il demande , comme étant le premier pontife , ses instructions pour savoir comment il fidlait se dévouer , et les paroles qu'il fallait prononcer. Revêtu , d'après ses avis, d'une longue robe, la tête couverte d'un voile , les bras levés , foulant aux pieds un javelot , il se dévoue aux dieux infernaux pour sauver Rome. S'armant ensuite^ et montant à cheval , il s'élance avec furie

aa milieu de rennemi, semant par- tout la terreur etTalarme, jusqu'à ce qu'il tombe percé de coups. L'armée romaine regarda ce dévouement comme le présage assuré de la victoire. Les Latine , aussi superstitieux, furent épouvantés; leur déroute fut complète. Les Romains les pressèrent de tous les .c^tés ; et le carnage fut si grand , qu'à peine un quart des Latins survécut à la défaite.

Mais les Romains éprouvèrent cette an* . An 433. née un échec considérable ^ans leurs démêlés avec les Samnites. La fortuite, accoutumée à les favoriser , parut pendant quelque temps se déclarer pour leurs enneV mis. Le sénat ayant refusé la paix qu'of* fraient les Samnites , Fontius , leur général , résolut d'obtenir par ruse ce qu'il n'avait pu gagner par force. H conduisit son armée dans un défilé appelé Ctaudium , et s'empa-* jant des débouchés, il envoya dix de ses soldats déffuisés en bergers, avec ordre de se trouver dans le chemin des Romains. Par un hasard conforme à leurs désirs , le con* aul les rencontra ; et les |irenant pour ce qu'ils paraissaient être , il Jieur demanda la route qu'avait prise l'armée des Samnites. Ils répondirent avec une indifférence appa-

iente , qu'elle étaijt allée à Lucérie , dont elle faisait le siège. Le général romain ne soupçonnant aucun stratagème , prit , pour aller au secours de cette ville, la route la plus courte , celle qui menait à travers le défilé. Il ne sortit de son erreur que lorsqu'il vit son armée environnée et bloquée de tous les côtés. Pontius , m^tre de l'armée romaine., obligea les soldats de passer sous le joug j après les avoir dépouillés. H stipula que les Romains sortiraient du territoire des Samnites, et que les deux nations vivraient sur le pied de l'ancien traité* Les Romains, consternés de cette ignominieuse convention, traversèrent Capoue sans armes, demi -nus, et brûlant du désir de recouvrer leur honneur. Quand l'armée arriva à Rome , tous les habitans furent affligés de ce retour honteus:. On prit le deuil :on n'entendait que l'expression du chagrin et du ressentiment.

Ce malheur ne fut que passager : la gloire de l'Ëtat était diminuée, mais non pas sa puissance On continua la guerre pendant plusieurs années. De nouvelles victoires accrurent la puissance dès Romains, pen-« dant que celle des Samnites déclinait chaque

DE LA RÉFUB. ROMAINXU 191 jour. Papyrius-Cursor eut des succès répétés. Fabius-Maximus eut la gloire de subju^ guéries Samnites, el Décius, le fils de celui qui s'était dévoué pour sa patrie euTiron quarante ans auparavant , suivit Texemple de son père en s'élançant au milieu de Tennemi , et sauva la vie de ses compatriotes par la perte de la sienne.

Les Samnites , réduits aux dernières extrémités, incapables de se défendre, furent obligés d'avoir recours à Pyrrhus , roî d'Epire. Ce prince, également ambitieux et brave, marchant sur les traces d'Alexandre, qu'il s'était proposé pour modèle , promit de les secourir. H envoya un corps de trois mille hommes , sous le commandement de Cinéas , soldat expérimenté , et élève du grand Sémosthène. Pyrrhus le suivit de près ; il s'embarqua avec trois mille chevaux , vingt mille fantassins , vingt élé-' phans ; ressource considérable dans ce siècle. Une partie seulement de ces grands préparatifs arriva en Italie : plusieurs vaisseaux furent dispersés ; d'autres périrent , jouets de la tempête.

Arrivé à Tarente , Pyrrhus s'occupa d'à-» bord dereformerlepeuple qu'il venait secou*

133 Hlfi^TOIRE

x'ir. Voyant un grand relâchement dans les mœurs de cette ville dissolue , et trouvant les habitans moins occupés de la guerre que de leurs plaisirs, il fit fermer tous les lieux publics, et ne leur permit que lesieux qui pouvaient se concilier avec le métier ,4^ soldat I^s Romains, en même temps ^ faisaient tout ce qui pouvait les mettre en ^nesure de résister à un ennemi aussi for^ midable. O'p envoya le consul Lévinus avec une nombreuse armée pour arrêter les progrès de Pyrrhus. Ce foi ^'avança contre le consul, quoique ses troupes ne fussent pas entièrement arrivées : mais il commença par envoyer un ambassadeur , voulant ré* tablir la paix entre le^ Romains et les habitans de Tarente. Lévinus répondit qu'il ne l'estimait point comme médiateur , ni ne le craignait comn^e ennemi Conduisant en*»

suite l'ambassadeur hors de son camp , il le pria d'observer en hâta ce qu'il voyait, ^t d'aller enfAÎreiison maître un fidèle rapport.

Les deux armées s'approchant l'une de l'autre^ établirent leurs tentes sur les ri-* v.es «opposées du fleuve Lilis. Pyrrhus veilla soigneusement sur son camp , et oI>-

DE LA REPUB. ROlilAINE. is5

serra celui de l'enneini. Se promenant lo long de la rivière , il faisait attention à la méthode de camper adoptée par les Romains» On dit qu'il remarqua que ces barbares ne semblaient point Fètre , et qu'il craignait d'éprouver que leurs actions répondaient à leur courage. Il établit un corps de troupes près du fleuve pour s'opposer aux Romains , en cas qu'ils tentassent de le passer à gué avant l'arrivée de ses troupes. L'événement arriva comme il l'avoit prévu. Le consul ^ avec une impétuosité qui marquait soti peu d'expérience y donna les ordres pour passer la rivière dans les endroits où elle était guéable* Lés avant-postes ayant fait une ré^ sistance inutile, se replièrent sur le principal corps d'armée. Pyrrhus, instruit de l'entreprise des Romains, ayant l'espoir de couper leur cavalerie a^ant qu'elle fût se^ courue par l'in&nteriê qui n'était pas en-^ core arrivée , conduisit lui*mênïe contre eux un corps de cavaliers. Les légions romaines étant parvenues, après beaucoup de difficultés , à l'autre coté de la rivière , engagèrent une affaire générale. Les Grecs se battirent avec le sentiment de leut an* cienue renommée , et les Romains avec le

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désir d'acquérir une nouvelle gloire. On n'avait encore jamais vu opposées l'une à l'autre deux armées dont la discipline fût aussi différente; et ce jour ne décida point laquelle était préférable de la phalange grecque ou de la légion romaine. Le combat fut long -temps douteux. Les Romains ayant, à sept différentes reprises, repoussé l'ennemi, avaient autant de fois reculé euxmêmes. Mais à la fin le succès étant incer^ tain, Pyrrhus envoya ses éléphans au milieu du combat , et décida ainsi la victoire en sa faveur. Les Romains , qui n'avaient jamais vu de pareils animaux porter sur leur dos des tours remplies d'hommes armés , furent épouvantés, plus encore de ce spectacle que de la grandeur et de la férocité des éléphans. Ce fut alors que Pyrrhus gagna la bataille. Il envoj^a sa cavalerie thessalienne , qui chargea l'ennemi en désordre. La déroute fut complète. Les Romains périrent en grand nombre : quinze mille furent tués , et huit mille faits prisonniers. Les vainqueurs n'étaient guère en meilleur état que les vaincus : Pyrrhus était blessé, et treize mille des siens avaient été tués. La nuit mit fin au carnage, et l'on entendit

DE LA RÉPUB. ROMAINE. là^ Pyrrhus s'écrier, qu'une victoire pareille à celle-ci détruirait son armée. Le jour sui« Tant y se promenant sur le champ de ba« taille y il ne put s'empêcher d'admirer les Romains qui avaient perdu layie. Les voyant blessés tous par ^ devant , et contemplant les marques de leur courage même après la mort y il s'écria, dit-on, dans un enthou* iiasme militaire : (( Comme il me serait fay> cile de conquérir le monde, si j'avais les y> Romains pour soldats , ou si j'étais leur 5) roi» !

Après cette victoire , Pyrrhus ne voulant point réduire les Romains à la dernière extrééiité, et pensant qu'il valait mieux traiter avec un ennemi abaissé, résolut d'envoyer son ami Cinéas poifr négocier la paix. C'était de cet orateur qu'il disait que ses discours lui avaient conquis plus de villes que ses armes. Mais tout l'art do Cinéas fut inutile ; il trouva les Romains incorruptibles, et à l'abri des charmes de l'éloquence.

Frustré dans son attente, Cynéas retourna vers son maître, vanlant et les vertus et la grandeur des Romains. Il disait que le sénat luiavait paru une assemhlée de demi-dieux^

laS HiSTOtHE

et Ja ville tm temple digne de les recevoir. Pyrrhus ta fut bientôt convaincu , par une ambassade venue de JElome pour l'échange des prisonniers. A la tête de cette respectable dépuration était Fabricius, sénateur âgé, l'exemple de son pays, offrant une réunion rare. Il était pauvre et content de son sort. Pyrrhus reçut cet illustre vieillard avec la plus grande affabilité ; et voulant voir si sa réputation était bien fondée^ il lui offrit de riches présens. Fabricius re-fasa. Le jour suivant, désirant mettre son caractère à l'épreuve, Pyrrhus fit placer derrière une tapisserie un éléphant, qui, à un certain signal, devait lever sa trompe sur la tête de l'ambassadeur : il employa d'autres moyens pour l'intimider. Mais Fabricius, calme, inébranlable, dit en souriant au roi , qu'il regardait du même œil et les terreurs du jour et les séductions de la veille. Etonné de voir tant de courage dans un homme qu'il avait considéré comme un barbare, le roi voulut lui accorder ce qu'il savait devoir le rendre heureux : cefut de mettre en liberté tous les prisonniers ro^ mains , les confiant à Fabricius , sous sa pa* rôle de les rendre à la première réclama-

DB LA RÉPtJB. ROMAINE. ^27

tien, et dans le cas où. les Romains voudraient continuer la guerre.

Bientôt les Romains réparèrent leurs An 478. pertes : Sulpitius et Décius , élus consuls l'année suivante , se mirent à leur tête. La terreur panique dont ils avaient été saisis à la vue des éiéphans, commençait à s'évanouir 9 et les deux armées, à-peu-prèa égales en nombre, se rencontrèrent près d'Asculum. Après un combat long et opiniâtre, les Grecs eurent encore l'avantage^ et le durent à leur discipline. Les Romains, pressés de tous côtés, principalement par les éléphans, furent obligés de rentrer dans leur camp , laissant six mille morts sur le champ de bataille. Mais la perte de l'en^ nemi montant à quatre mille hommes , il ne pouvait guère se vanter de la victoire. Pyrrhus s'adressant de nouveau à un soldat qui se glorifiait de l'avantage : « Encore un y> pareil t riomphe , lui dit-il , et je suis perdu y>\ Cette bataille termina la campagne. Mais la guerre recommença l'année d'après avec une égale ardeur des deux côtés, Pyrrhus ayant reçu des secours : pendant que les deux armées s'approchaient , et comme elles

n'étaient qu'à une légère distance l'une de

1û8 HISTOIRE

l'autre y le vieux Fabriciud , général des Romains , reçut une lettre du médecin du roL Cet homme proposait^ moyennant une récompense, d'empoisonner Pyrrhus, et de délivrer ainsi les Romains d'an ennemi puissant et d'une guerre dangereuse. Cette offre vile excita l'indignation de Fabricius : il en fit part à son collègue, étant d'avis d'ins* truire Pyrrhus du perfide complot qu'on tramait contre luL On écrivit en effet aa roi pour l'instruire de cette affaire , et l'éclairé]^ sur le choix malheureux qu'il avait fait de ses amis comme de ses ennemis, en lui faisant observer qu'il avait donné sa confiance à des assassins , pendant que des hommes braves et généreux étaient l'objet de son ressentiment Pyrrhus commençait à s'appercevoir que ces barbares s'étaient policés par degrés, et qu'ils ne souffriraient pas qu'il les surpassât en générosité. Il reçut le message avec une surprise égale à l'indignation que lui causait la perfidie de son médecin; et s'écria : a Admirable Fabricius ! 7> il serait aussi facile de détourner le soleil » de sa course , que toi du sentier de l'honj) neur». Ayant ensuite fait des recherches et découvert les traîtres , il fit exécuter le

médecin ; et pour ne pas être Tainca en ma^ gnanimité, il renvoya immédiatement à Rome tous ses prisonniers , sans exiger aucune rançon, et en témoignant encore le désir d'entrer en négociation. Les Romains lui refusèrent la paix, à moins quil n'acceptât les conditions qu'ils avaient précé--' demment offertes.

Après un intervalle de deux années ^ Pyrrhus fit de nouvelles levées , et accrut son armée. Il en envoya une partie contre Lentulus , pendant que lui-» même mena l'autre au-devant de Curius-'Dentatus , avant qu'il pût être secouru de son collègue. Son but était de surprendre l'ennemi pendant la nuit Mais il eut le malheur de passer à travers des bois , et le jour lui manquant^ ses troupes s'égarèrent ; de manière qu'au crépuscule, il se vit'en face des Romains, rangés en bataille, et prêts à le recevoir. Les deux avant-gardes se rencontrèrent:

les Romains eurent l'avantage. L'affaire devenant bientôt générale, et Pyrrhus voyant que la victoire l'abandonnait , eut encore recours à ses éléphans. Mais les Romains s'y étaient trop bien accoutumés pour se livrer à de vaines terreurs : voyant que le l^ Partie. 9

feu était le. seul moyen d'effrayer ces animaux, ils firent faire des bôules-de chanvre et de résine enflammées, qu'on jetait à leur approche. Les éléphans , devenus furieux; en voyant les flammes , et ne pouvant avancer, reculaient au milieu de l'armée de Pyrrhus, et y semaient le trouble et la désolation. Les Romains obtinren^t ainsi la victoire, Pyrrhus entreprit vainement d'ar* céterJa fuite et le massacre de ses troupes; il perdit non -seulement vingt-trois mille de aes meilleurs soldats, mais l'ennemi s^em^ para encore de son camp. Ce fut encore un» nouvelle leçon pour les Romains , attenti& à profiter de tout. Ils avaient d'abord placé leurs tentes sans ordre ; mais cette nouvelle prise les mit en état d'apprendre à mesurer leur terrein, et à le fortifier d'un retranchement Us furent redevables dans la suite de plus d'une victoire à cette nouvelle mé^ thode de camper.

Pyrrhus, sans espérance et sans succès , l^ésalot d'abandonner l'Italie , où il n'avait trouvé qu'un ennemi terrible et des alliés fans loi. Il rassembla les habîtans de Tarente , leur dit qu'il avait reçu des nouyelle^ certainea dû la Grèce ; qu'on lui

DE LA RÉPUB. nOrfAINE. i5t nnnonçait de pï'ompts secours , et qu'il len priait d'attendre l'événement avec tranquil- «Jité. La nuit suivante j il enrbarqua ses troupes, et retourna dar.^ aà patrie' sans obstacles avec le reste de son armé« a£Eai« blie, laissant seulement y pour sauver lea apparences , une garnison dans Tarente.

Ainsi finit, après six ans de durée , la guerre avec Pyrrims.

Quant aux Tarentins dissolus , cause pre* mière de cette guerre , ils trouvèrent bientôt dans la garnison qu'on leur avait laissée pour les défendre, un ennemi pire encore que les Romains. La haine qui existait entre eux etMilon, qui commandait la citadelle pour Pyrrhus, s'accrut à un tel point, que rien ne l'égalait, si ce n'est là crainte qu'ils avaient des Romains , leurs ennemis invétérés. Dans cette détresse ils eurent recours aux Carthaginois , qui arrivèrent avec une flotte considérable, et bloquèrent le port de Tarente ; de sorte que ce peuple infortuné , fameux jadis en Italie pour ses plaisirs et son urbanité, se vit à la merci de troî» armées différentes , sans avoir le choix du vainqueur. Les Romains, ayant à la fia trouvé les moyens de mettre la garnison

dans leois intérêts ^ devinrent aisémen-t: maîtres de la ville dont ils démolirent les remparts^ accordant aux habitans proteo-* tion etlibelté.

DE LA RÉPUB. ROMAINE. i55

j CHAPITRE XIV.

' Depuis lapremièrejusqu^d la seconde guerre punique : époque où les Romains com^ I mencèrent ^ devenir puissans sur mer.

! L'ambition des cônquêfes s'empara des

I An 4go. Romains,dèsqa'ilreurent détrait

toutes rivalités intérieures. Possesseurs^ à

cette époque , de la plus grande partie de

la Sicile , les Carthaginois , dont la politique

ressemblait à celle de Rome ^ n'attendaient

I que l'occasion de faire naître la discorde

entre les habitans pour se rendre maîtres de

nie entière. Cette occasion se présenta bien*

tôt. EQéron^ roi de Syracuse, un des Etats

de cette île , qui n'était pas encore yaincu ,

leur demanda des secours contre |esMamer-

tins , petite peuplade du même pays.Les Car-*

tibaginois lui en envoyèrent p%r mer et par

terre.D'im autre côté , les Mamertins , pour

se garantir de la ruine dont ils étaient me<-

nacés, se mirent sous la protection de Rome*

Les Romains y trouvant au-dessoua d'eux de

s*allier aux Mamertins, déclarèrent hardi-r ihent la guerre à Carlhage , donnant , pour raison , les secours que cette ville avait envoyés dei*nièrement aux habitans de la partie méridionale de Pltalie. Ainsi commença )a guerre entre deux États trop puissans, pour être tranquilles . spectateurs de leur agrandissement réciproque.

Carthage , colonie de Fliéniciens , était bâtie sur la côte d'Afrique, près de rendroit où est situé Tunis. Construite environ i3y ans avant la fondation de Rome, elle avait étendu sa puissance le long des cotes. Mais sa force principale consistait dans ses flottes et son commerce. Ici ccfmraence y entre Rome et Carthage , ce qu'on appelle la première guerre punique. Les Carthaginois possédaient des richesses dont ils pou* vaient être dépouillés : et les Romains, fameux par leur constance , leur patriotisme et leur pauvreté,. augmentaient leur force à^ chaque défaite. Mais- ce qui paraissait un

obstacle insurmontable aux vues ambi-

tieuses de Rome, était qu'ils manquaiei^t de flottes. Du moins ce qu'ils avaient n'en méritait pas le nom. Les Carthaginois, au contraire, maîtres de la mer, possédaient toutes

DE LA ré:pub. romaine. iZi les villes maritimes. Dans une telle situation , avec un pareil désavantage , tout autr^ peuple que les Romains , serait demeuré tranquille. Mais rien ne pouvait les arrêter^ ni les intimider. Un vaisseau carthaginois y poussé par la tempête , échoua sur le rivage* Il servit de modèle. Les Romains s'appli* quèrent à acquérir des connaissances maritimes; et. quoiqu'ils n'eussent ni charpen^ tiers pour construire^ ni matelots pour diriger leurs flottes , ils résolurent de triompher de tous les obstacles avec une opiniâtre persévérance. Le coùsulDuilius fut le pre«« miar qui se hasarda sur mer avec une flotte nouvellement construite; et quoiqu'inférieur par le dé&ut de connaissances, il gagna le premier combat naval, dans lequel les Carthaginois perdirent cinquante de leurs vaisseaux , et ce qui avait {dus de prix à leurs yeux, la souveraineté sur mer qui ne leur avait point encore été disputée.

On ne pouvait conquérir la Sicile, qu'en humiliant Carthage dans ses foyers. Le sénat résolut donc de. porter la guerre ea Afrique, et ou envoya, pour l'envahir, Régulus et Manlius, avec une flotte de iroi^ cents voiles. Régulqs , le guerrier le plus

expérimenté que les Romaine eussent alors , ëtait d'une austère frugalité. Son patriotisme était encore au-dessus de sa persévérance. Toutes les passions semblaient éteintes chez lui ^ ou du moins se concentraient*elles dans une seule : l'amour de sa patrie. Les deux généraux £rent voile avec la flotte la plua considérable qu'on eût vue sortir des ports de l'Italie* Elle portait cent qu^atote mille hommes. Ils rencontrèrent les Carthaginois^ dont la flotte y également puissante y était montée par des hommes plus habiles sur mer. Tant qu'on se battit à une certaine distance, les Carthaginois semblaient être victorieux ; mais lorsque les Romains vinrent aux prises^ et montèrent à l'abordage , oa vit la diflérence qu'il y avait entre une na« tion occupée de commerce et cell&qui combattait pour la glioire. Le succès couronna le courage des Romains. La flotte ennemie fut dispersée /et quarante -quatre de leurs vaisseaux furent pris. Le résultat de cette victoire fut une descente sur les côtes d'Afrique , et la prise de la ville de Clupée, ainsir que de vingt mille hommes qu'on fit prisonniers de guerre.

A la nouvelle de ce succès^ le sentit en*

DE LA RÉPUB. ROMAINE. l57 voya dé nouvelles instructions. IL ordonna à Manlius de retourner en Italie pour surveiller la guerre de Sicile, et à Régulus , de continuer ses conquête$ en Afrique.

Dans un nouveau combat y les Cartibagi-nois furent encore défaits une fois , et leur armée taillée en pièces. Ce second échec les jeta dans le désespoir. Plus de quatre-vingts de leurs villes tombèrent au pouvoir des Romains. Dans cette extrémité, n'ayant point de généraux > ils envoyèrent à Lacédémone offrir le commandement de leurs troupes à Xantippe, général expérimenté, qui entreprit de les conduire à la guerre.

D cqmmença par enseigner aux magis« trats les moyens de faire la levée dés soldats. Il les assura qu'ils devaient* moins attribuer leurs défdtes à la force de l'ennemi , qu'à, l'ignorance de leurs chefs. U exigea une prompte obéissance à ses ordres , leur garantissant la victoire. L'espéi^ance semblait renaître à la voix d'un étranger : de l'espé-^ rance, on passa biientôt à la confiance. C'était ce courage que le capitaine Grec voulait leur ins^drer. Quand il les vit disposés à combattre^ il se mit avec joie en campagne. Le Lacédér monien rangea ses troupes avec habileté. Il

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plaça la cavalerie sur les côtés , les élépbans par intervalles, et derrière Tinfanterie, pesamment armée : mettant en avant les troa« pes légères, il leur ordonna de se retirer derrière l'infanterie après avoir déchargé leurs armes. Les deux armées en vinrent aux mains, et les Romains furent battus après un carnage sanglant. La plus grande partie de leur armée fut détruite, et Régulus fut &it prisonnier. Plusieurs autres malheurs arrivèrent encore aux Romains. Ils perdirent leur flotte dans une tempête ; et Agrigente, leur princi^lale ville en Sicile, fut prise par Karthalo , général Carthaginois. Ils construisirent une nouvelle flotte, qui éprouva le sort de la première. Les matelots , peu au fait des rivnges de la Méditerranée, échouèrent sur des bancs de sable , et bientôt après la plupart périrent dans une tempête.

Espérant, d'après leurs succès , obtenir la paix à des conditions plus avantageuses que celles proposées par Régulus , les Carthaginois firent de nouvelles ^rc^ositions. Ds croyaient que Régulus , chargé de chaînes depuis quatre ans, et renfermé dans un cachot, la soUicitei^ait pour eux. On s'ima-

DE LA RÉPUB. ROMAINE* l5g gluait que y fatigué de l'esclayage y il se chargerait avec joie de persuader à ses com^ patriotes de finir une guerre qui prolongeait sa captivité, Oa l'envoya donc à Rome avec les ambassadeurs Carthaginois y sous la promesse exigée de lui ^ qu'il reviendrait dans le cas où le succès ne répondrait point k leur attente. On lui fit même entendre que sa vie dépendait de ce succès.

Quand le vieux général approcha de Rome avec les ambassadeurs Cartiiaginois ^ un grand nombre de ses amis sortit de la ville 9 et fut à sa rencontre pour le féliciter de son retour. Rome retentit de leurs cris ; mais Régulus , d'un air mélancolique , re^ fusa de passer les portes. En vain le priaiton de tous côtés de visiter encore une fois aa modeste habitation, et de prendre part à la joie qu'inspiroit son retour.* Il persista dans son refus, disant qu'iln'était plus qu'ua esclave appartenant aux Carthaginois, et qu'il ne pouvait recevoir les honneurs dont on voulait le.combler. Le sénat s'assembla ^ comme il avait coutume , hors de la ville p pour donner audience aux ambassadeurs.

Régulus commença par énoncer les propo^ fiitions dont l'avait chargé le conseil de Car**

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thage, et qui furent confirmées par les am^ bassadeurs. Le sénat , fatigué de la guerre qui durait depuis huit années , n^était pas éloigné de vouloir la pabs:. Régulus était le seul qui n'eût pas donné son opinion. Quand ce fut à son tour de parier, îl fut d'avis , au grand étonnement de tout lé mondé, de continuer la guerre. Un conseil auquel on s'attendait si peu, causa dû ti^ouble parmi les sénateurs. Us regardaient avec un mélange d'admiration et de pitié cet homme qui faisait usage de son éloquence contre son intérêt particulier, et ils ne pouvaient se résoudre h adopter une niesuré dont lé résultat serait la mort de fiiégûlus. Mais celui-ci les tira d'emharfaà cfn se levant pouif retour» ner dans l'esclavage. Leséiiat et ses amis les plus chers le pressèrent en vaîn de refrter r il repoussa leurs sollicitations. Maircia , son épouse, et ses enfans, voulurent en vain le voir. Il garda ol)stinément la parole qu'il avait donnée: et quoiqu'on sût que le supplice l'attendait à son retour, il partit avec les ambassadeurs de Carthage, sans embrasser sa faimlle ni pfendre congé de ses imis.

Bien n^égala la foreur et la surprise des

DE LA RÉPUB. ROMAINE. i4l Carthaginois, quand ils apprirent de leuts ambassadeurs qae Régulas, au lieu de Mter la paix, avait opiné pour la guerre. Us se préparèrent à punir sa conduite, en imaginant des tourmens cruels. On le renvoya en prison après lui avoir coupé les paupières. On l'en retira ensuite pour l'exposer au so« leil brûlant. Enfin après avoir épuisé tout ce que la cruauté pouvait suggérer, on l'enferma dans un co£fre hérissé de pointes de fer où il mourut

On prit bientôt les armes des deux côtés avecrun acharnement nouveau. La constance romaine fut couronnée du succès. Les victoires se succédèrent rapidement Fabius-Buteo montra encore une fois sur mer le chemin de la victoire. Il dispersa une flotte ennemie : et Lutatius-Catulus rem« porta, dans un combat naval, un avantage dont le résultat semblait devoir être la ruine de l'empire de Carthage sur mer, puisque cette république y. perdit cent vingt vaisseaux. Cette perte lui fit demander avec instance la paix que les .Romains ne voulaient point refuser. Mais toujours inflexibles, ils exigèrent les mêmes conditions que Régulus avait précdemment offertes aux

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portes de la ville, c'était de payer njille ta^' lens d'argent pour les frais de la guerre y et deux mille deux cents autres dans Tespace de dix ans, d'abandonner la Sicile et toutes les îles voisines , de ne jamais faire la guerre aux alliés des Romains , d'empêcher aucun vaisseau de guerre d'entrer dans les pays qui appartenaient à Rome, et enfin de renvoyer sans rançon tous les prisonniers et les déserteurs. Carthage épuisée souscrivit avec empressement à ces conditions rigoureuses. Ainsi finit, après avoir An 5ia. duré a4 ans, la première guerre punique , qui avait , en quelque sorte , mis les deux nations hors d'état d'en recom* mencer une autre.

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