C HA PITRE XV
Depuis la fin de la première guerre punique jusqu'à celle de la seconde.
Li A gaerre entre lés Romains et les Carthaginois étant terminée, il saccéda une paix profonde ; et pendant six ans , on ferma le temple de Janus pour la seconde fois depuis la fondation de Rome. Ami de toutes les nations, ce peuple eut, dans cet espace de temps, Foccasionde cultiver les arts favorisés de la paix. Le goût pour la poésie commençait à naître. Cest le premier art de toutes les nations civilisées ; mais c'est aussi celui qui décline le premier. Ils n'avaient jusqu'alors joui que des farces grossières de leurs bouffons. Us avaient des jeux appelés fescennins , dans lesquels des acteurs débauchés inventaient leurs rôles où des plaisanteries indécentes tenaient lieu de gaîté. A ces farces succéda la satire, sorte de poëme dramatique où le caractère des grands mis en évidence, servait de risée
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au peuple. Bientôt l'on vit naître la tragédie et la comédie qu'ils empruntèrent des An 5i4, Grecs. Livius-Andronicus , le premier poète dramatique de Rome , était Grec de naissance. Il parut des modèles d'un genre de composition plus élevé , et ce grand peuple rejeta bientôt avec dédain les poèmes obscènes qu'on lui avait offerts. Les poètes travaillèrent, depuis cette époque, à l'imitation des Grecs ; et quoiqu'ils ne pus* sent devenir leurs livaux pour les pièces de théâtre, ils les surpassèrent dans les poésies d'un autre genre. L'élégie, les idylles , les poèmes didactiques eurent de*nouveaux charmes dans la langue romaine, ainsi que la satire, bien différente de ce dialogue grossier dont nous avons parlé.
Tout en s'adonnant aux arts de la paix , les Romains n'oubliaient pas de faire des préparatifs de guerre. Ces intervalles de tranquillité semblaient accroître leur ardeur pour de nouveaux projets , bieil loin de diminuer leur ancien courage. Lesillyriens furent la première nation contre laquelle ils essayèrent leurs forces. Ce peuple ayant commis quelques déprédations sur des terres dépendantes de Rome, pour le coxmnerce.
»Ë I/A tlEPtJB- B.0MAtNË4 i45 ùn s'en plaignit à Teuta, leur capitale» Mais au lieu de réparei? Tinjute qu'ik avaient faite ^ les habitans firent mettre à mort l'ambassadeur qui était Venu de^ mander une réparation/ La guerre fut dé-clarée. Les Romains furent Vainqueurs»
Plusieurs villes illyriennes se tendirent aux consuls. Par un traité de paLit^ la plus grande partie de ce pays fut cédée aux Romains : l'autre paya un tribut tous les ans , et les ïUyriens se soumirent à n'envoyet au-delà du Byssus que deux barques sans armes.
Les Gaulois donnèrent ensuite de l'inquié* tude aux Romains. Ils choisirent , pour faire de nouvelles incursions , le moment où, pendant la paix, les armées de Rome étaient dispersées. Ces barbares , avec de nouvelles troupes qtii avaient franchi le^ Alpes , entrèrent dans TEtrurie ; et après avoir tout dévasté, arrivèrent à trois jour-* nées de Rome» On envoya contre eux un préteur et un consul, que leurs connaissances dans l'art de la guerre rendaient capables de vaincre les Gaulois. En vain ces troupes hardies^ qui n'avaient que du courage , se rangèrent sur deux fronts pour s'opposer à leurs adversaires. Leur nu^^ Z'* Partie, lo
dite , leur indiscipline les mettaient hor» d'état de soutenir le choc d'un ennemi armé de pied en cap , et versé dans les évolutions militaires. Il y eut un carnage cruel : quarante mille hommes furent tués, dix mille faits prisonniers. Cette victoire fut bientôt suivie d'une autre , dans laquelle Marcellus tua de sa propre main, Viridomarus roi des Gaulois. Forcés de demander la paix, ils l'obtinrent à des conditions qui étendirent les limites de l'empire de Rome. Il ne manquait plus aux Romains^ accoutumés à des triomphes , et dont les pertes étaient réparées, qu'un ennemi digne de leur courage, et avec lequel ils pussent recommencer une nouvelle guerre.
Les Carthaginois n'avaient fait la paix^ que parce qu'ils n'avaient plus les moyens de continuer la guerre. Ils saisirentlapremiëre occasion de rompre le traité. Ils assiégèrent Sagonte , ville d'Espagne , alUée des Romains , qu'ils pressèrent avec vigueur. Rpmo envoya à Carthage des ambassadeurs pour se plaindre de l'infraction du traité , et demander qu'onluilivrât Apnibal, général Cartha^ ginois , qui avait conseillé cette mesure. Le refus de Carthage hâta des deux côtés lea
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prépapatifs pour une seconde gaerre pu- An 536. nique«
JjËB Carthaginois confièrent à Annibal le succès lie la campagne. Cet homme eKtraor*clinaire ^tait , depuis son enfance , riniplaeable ennemi de Rome. Son père lui avait f(iit, devant Fautel , jurer haine étemelle aux Romains , et de les combattre jusqu'à son dernier soupin Annibal parut dans les tx>mbats, réunissant au talent de comman-^- •der,la plus grande soumission à ses supérieurs. Egalement aimé des troupes et des chebj il fut choisi pour géf^ral. On ne peut xH>mparer son courage dans )es dangers, qu^à la présence d'esprit qu'il montrait àJes éviter. Son corps était aussi inaccessible à la fatigue y que son ame à l'infortune. Patient et calme , il ne prenait des alimens que ppur «Qutenir ses forces. C'élsût le meilleur cava-lier de son temps. Ce grand général , que Ton regarde comme un des plus habiles capitaines de l'antiquité, ayant subjugué l'Espagne, et levé une armée formée de ^iffiérens peuples, résolut de porter 1^ guerre -eoi Italie, Gomi^e les Romains l'avai^t fait en Afrique. Laissant , à cet e&t, Honnon avec des forces suffisantes pour garder ses
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conquêtes en Espagne, il traversa les Pyrénées avec une armée de quarante raille fantassins et de neuf raille chevaux. Il parcou^ rut , avec une rapidité étonnante , ce pays liabité par des nations dans lesquelles il trouvait des ennemis déclarés* Les forêts et les rivières ne l'arrêtèrent point. Le cours rapide du Rhône, dont les bords étaient couverts d'ennemis, ni les bras nombreux de la Durance, ne/urent des obstacles pour lui ; il en triompha avec un courage *ia^ domptable, et se trouva, dans l'espace de dix jours , au pied des Alpes. Il chercha dans ces montagnes un passage pour pénétrer dans l'Italie. Ce fut au milieu de l'hiver qu'il conçut ce projet étonnant. La saison ajoutait de nouvelles horreurs à celles des Alpes. L'élévation de ces monts escarpés et couverts de neige , la férocité de leurs ha« bitans , vêtus de peau , ayant la barbe et les cheveux longs , offraient un tableau qui inspirait la terreur et l'effroi. Rien ne pouvait ébranler le courage d'Annibal. Après quinze jours d'une marche pénible k travers les Alpes, il se vit dans les plaines de l'Italie, n'ayant plus avec lui que la moitié de «ou armée. Ses autres soldats étaient morts
DE LA RÉPUB- ROMAINE, xAq Ae froid ^ ou avaient ^té tués par les indigènes.
Dès qu'on sut à Rome qu'Annibal traversait les Alpes, à la tête d'une âtmée considérable , le sénat envoya Scipion à sa rencontre. Mais il fut contraint à faire sa retraite après avoir perdu beaucoup de inonde. Annibal, victorieux, employa, pour augmenter son armée , tous hs moyens que lui dictait k. prudence. Il garantissait les propriétés des Gaulois,, et ne livrait que celles des Romains au pillage. Cette conduite attira , sous ses drapeaux , e& peuple qui s'était d'abord déclaré contre lui.
Le second combat se donna sur les bords de la Trébia. Connaissant l'impétuosité romaine , dont il profita lui-même , le général Carthaginois envoya, au-delà, du fleuve^ mille cavaliers, portant chacun un fantassin par-derrière : ils ravagèrent le pays , et provoquèrent l'ennemL Les Romains lea^ mirent aisément en déroute. Dans îeur fuite ils prirent le chemin de la rivière , poursuivis vigoureusement par le consul. Sem-^ pronius. A peine l'armée de celui-ci futelle parvenue à la rive opposée , qu'il se vit à.moitié vaincu^ en considérant de3 soldat»
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fatigaés sous le poids de leur armure , et engourdis par le froid de l'eau de la Trébia. Il fût complètement battu, et perdit ^ingt^ six: mille homiùes tués par l'ennemi, otr noyés en roulant repasser la rivière. Dix mille Romains seulement survécurent à cette défiûte. Serrés de tous les côtés , ils se jetèrent^ en désespérés , dans les rangs enne^ mis, et combattirent dans leur retraite jus*^ qu'à Plaisance , où ils se réfugièrent
La troisième victoire que perdirent les Romains, fut sur les bords du lac Trasi-» mènes. Près de ce lac était une chaîne de montagnes, au bas desquelles uh passage étroit conduisait à une vallée, au sein de plusieurs collines. Ce fut sur ces tx>lUnë» qu'Annibal rangea son atmée, et Flaminiua mena ses troupes dans le vallon. Le hasard favorisa encore les Carthaginois ^ dont la position était si favorable. Un bronillard, s'élevant du lac , couvrit les Romains , et les empêcha de voir leurs efiiiemis : pendant que les Carthaginois dominaient sur eux. La foHune de ce joUr , comme an était en droit de l'attendre de k conduite des dent: généraux, favorisa ces derniers. Les Ro^ mains furent massacrés, presque sans voir
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rennèmi qui les égorgeait Ënvixon quinze mille Romains, et Flâinihius leur chef, restèrent sur le champ de bataillé , et six mille se rendirent prisonniers.
Au bruit de cette nouvelle dëfaite, la consternation fut générale ; le sénat résolut de confier une autorité absolue à un chef, en qui il remettrait Fespoit de là patrie. Le choix tomba sur Fabiiis-JViaxim lis , dont le courage était tempéré pat la prudence. Il savait que le seul moyen d'humilier les Carthaginois , à une si grande distance de leur patrie, était bien moins de les combattre que de les fatiguer. Avec cette intention , il càihpait saris cesse sur des hautenté inaccessibles à là cavalerie de l'ennemi. Il épiait leurs mou vem'ens, les embarrAssait et coupait leurs vivres, î Pâ^r cette conduite^ Fàbiùs avait enfermé Anriibâl dans lèà montages, où il était impossible d'hiverner , é( <f où il ne pouvait;, sans s'exposer à de grands dangers, dégager ses troupes. Dans cet embarras , il ne lui restait de ressource que dajis des ruses de guÊrre , dues àù talent d'un général ha* bile; il fit attacher aux cornes de deux mille bœufs deis petits fiigots , auxquels ou
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mit le feu. Il dirigea vers Tennemi ces animaux. Les bœufs secouant leurs têtes , et courant de tous côtés dans les montagnes y semblaient embraser les forêts. Les seati-* nelles qui gardaient le défilé , voyant le3 flammes s'avancer vers eux , s^enfuirent épouvantés. Annibal se dégagea par ce stratagème ; mais son arrière-garde fut consi* dérablement endommagée*
Le temps étant expiré, Fabius fut obligé de se démettre de sa dignité , et Ton choisit pour son successeur Térentius - Varron , qui, né dans une classe obscure, n'avait de recommandable que la fortune. On lui donna pour collègue Paul-Emile , d'un caractère entièrement opposé, habile dans les combats ^ prudent dans l'action , et ayant pour son collègue un souverain mépris* Les Romains, en état de mener en campagne des forces suffisantes, étant au nombre de quatrevingt-dix mille, résolurent de marcher à la rencontre d' Annibal ,, campé près le village de Cannes , de manière à avoir derrière lui le vent qui, dans ce pays, souffle à certaines époques de l'année , et élève des nuages de sable brûlant , propres à incommoder ceux qui les reçoivent en face* H attendait ^ dana
DE LA RÉPUB- ROMAINE. i5^ cette position , TarriTée des Romains arec une armée de quarante mille fantassins et de vingt mille cavaliers* Les consuls parurent conformément à ses désirs. Ils partagèrent leurs troupes en deux corps , et convinrent de prendre le commandement chacun à leur tour. Le premier jour, Paul- Emile eut de la répugnance à livrer bataille^ Le lendemain , c'était le tour de Varrori j sans Faveu de son collègue, il donna le signal du combat , et traversant la rivière qui séparait Ébs deux armées^, rangea la sienne en bataille. L'infanterie légère donna d'abord, et fut suivie de la cavalerie ; mais celle-ci , inférieure à celle des Numides, eut besoin du secours des légions. L'afifaire devint alors générale : en vain les soldats romains tâchèrent de pénétrer au centre , ou combattaient les Espagnols et les Gaulois. Anniballesobservant, ordonna à ses troupes d'ouvrir un passage , et de laisser les Romains s'enfoncer dans un corps choisi d'Af ri* cains qu'il avait placé sut les ailes pour Jes envelopper. On fit un grand carnage des Romains , fatigués par les assauts répétés des Africains vigoureux. La déroute devint générale. On n'entendait plus les promesses
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ide 'Varron. Paul - Emile , quoiqae bles^ d'un coup de fronde, fit tout ce qu'il put pour tenir tête à l'ennemi. Ne pourant se tenir à cheval , il fut obligé de descendre» Il était dans ce triste état, lorsque Lentulus y tribun de. l'armée, fuyant l'enneihi qui le poursuivait à quelque distance, le vit assis sur une pierte ^ couvert de sang et de blessures , et attendant l'arrivée du vainqueur. (( Emile ^ s'ébria le généreuse tribun, vous » qui êtes innocent du tarnage de cette jour* y> née , prenez mon cheval, dh fuyez. — Je y> vous reinèrcie , répliqua le con^l mou- » rant : mon parti esi pris; tout est fini pour » moi. Partez : dites au sénat dt fortifier 7> Rom« contre l'ennemi ; dites à Fabius » que, pendant sa vieyPaul-Bittilè n'oublia » jamais son avis , et qu'il l'âipproùva au y> moment de sa mort». Il parlait ericoté à rapproche de l'ennemi. Lentultis vît le consul expirer après s'être faiblement défendu contre le nombre. Dans ce combat , les Romains perdirent quinze mille hommes , autant de cavaliers; et l'on rapporte qa^An^ nibal envoya à Carthagô trois boisseaux d'anneaux d'or y distinction des chevaliers romains.
DE LA REPUP- ROMAINE. i55 Qaand on fut an peu revenu de la con» sternation que causa ce coup terrible , les sénateurs y poUr donner plus de force au gouvernement y créèrent à Funanimité un dictateur. Quelque temps après ^ Varron arriva, laissant derriète lui les restes infortunés de son armée« Comme il était la* cause première du dernier malbenr , il était nai^ turel de présumer que le sénat lui ferait des reproches sévères sur la témérité de sa conduite : mais il en fut autrement Led Romains courUréiit à sa rencontre , et le sénat le remercia de n'aVoir point désespéré du salut de Rome. On- considérait Fabius co^me ]e bouclier , et Marcélius comme le glaive de TËtat. ToM deux furent chargés de la conduite des armé^ ^ et quoique Annibal offrît eilcore une fois la paix , on la refusa^àmoins qu'il ne quittât Fltaliei C'étaient Ita mêmes conditions qne celles imposées à Pyrrhus*
Soit qu'Atinibal crût qu'il était impo»* sible de marcher directement vers Rome ^ soit qu'il voulût 9 après tant de victoires^ donner quelque repos à ses troupes , il ré^ sôlut d'aller en quartier d'hiver à Capoue. Cette ville était depuis long-temps jifegardée
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comme le séjour des plaisirs et recueil de la bravoure militaire. Un nouveau théâtre se présentait aux troupes barbares : elle» s'enivrèrent de plaisirs ; et de soldats endurcis à la fatigue., les compagnons d'Annibal devinrent des débaucKés^ efféminés.
Jusqu'à présent , nous avons vu ce grand homme heureux : nous allons bientôt le voir succomber sous des maux sans nombre, apxès avoir long -temps lutté contre eux. . -
Le premier échec qu'il éprouva, fut au siège de Noie, où le préteur Marcellus eut du succès dans une sortie. Ayant entrepris quelque temps après de lever le siège de Gapoue,.il attaqua les. Romains dans leurs retranchemens , et fut repoussé en perdant beaucoup de monde. Il feignit de vouloir assiéger Rome ; mais, trouvant une armée supérieure à la sienne prête à le recevoir, il fut obligé de se retirer. H eut quelques succès les années suivantes ; Marcellus , son antagoniste, étaat tantôt vainqueur et tantôt vaincu > il n'y eut aucun combat dècisi£
Le Sénat de^ Carthage résolut à la fin d'envoyer à son secours son frère Asdruba)^
DE LA RÉPÛB. ROMAINE. iS'J avec un corps de troupes tirées de l'Espagne. Les consuls Livius et Néron, ayant appris la marche d'Asdrubal , vinrent à sa rencontre, et l'enveloppant dans un lieu défavorable où il avait été conduit par la perfidie de ses guides , ils taillèrent en pièces son armée entière. Annibal attendait^ depuis Iong-temps« ces secours avec impatience ; et le soir même où il comptait sur leur arrivée, Néron fit couper la tête à Asdrubal , et la fit jeter dans le camp de son. frère. Annîbal commença dès ce moment à prévoir la chute de Carthage. Il observa en soupirant, à ceux qui l'environnaient, que la fortune était lasse de I ui accorder ses fitveurs. Les armes des Romains étaient heureuses dans d'autres pays. Marcellus s'empara de Syracuse en Sicile. Archimède présidait à la défense de cette ville. On passa au fil de l'épée tous les habitans, et Archimède luimême, qu'un soldat Romain trouva médiT tant dans son cabinet. Cette mort aifiigea Marcellus. Le goût pour les sciences commençait à se répandre parmi les grands de Rome. Marcellus ordonna qu'on fît des obsèques à Archimède^) et qu^on élevât un tom^ t>eaa à i»a mémoire.
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Quoique leurs succès eussent été ^ pen^ dant quelque temps , douteux en Espagne ^ les Romains reprirent leur supériorité sous la conduite de Scipion-V Africain , qui avait Fambition d'être proconsul de ne royaume , dans un temps où tout autre eàt refusé celle dignité. Scipion n'avait que iringt-quatre ans. Avec les qualités qui font le grand capitaine et rhonnéto homme, il joignait le courage à la sensibfilitéj.et supérieur à Annibal dans l'art de négocier, il était presque son égal dans celui de la guerre. La mort de son père tué en Espagne, semblait lui donner quelque droit d'attaquer ce pays. Rien ne pouvait lui résister : les victoires se multipliaient. Il dut cependant plus de succès encore à 4a douceur , à sa générosité, à sa bienveillance , qu^à la force de ses armes.
Il revint avec une armée après avoir conquis l'Espagne ^ et fut fait consul. On crut d'abord qu'il voulait aller lutter en Italie contre Annibal , et le chasser de cette contrée; mais il avait formé un plan plus sage : c'était de porter la guerre en Afrique, et pendant que le^ Carthaginois avaient une armée près de Rome, de les faire trembler pour leur capitale.
DE LA RÉPUB. ROMAINE. 169 Scipion ne fut pas long-temps inactif en Afrique. '.Hannon voulut s'opposer à ses progrès ; mais il fut battu , et perdit la vie. Le général Romain évita le combat pendant quelque temps ; mais saisissant une occasion favorable y il mit le feu aux tentes des ennemis , et profitant du trouble que causait cet événement, il les attaqua, leur tua quarante mille hommes, et fit six millid prisonniers*
Epouvantés de ces. échecs multipliés , des succès et de la réputation de Scipion , les Carthaginois se déterminèrent à rappeler de l'Italie , Annibal , leur soutien , pour l'opposer aux Romains , venus dans leurs foyers. On lui envoya des députés, avec l'ordre de retourner en Afrique , et de s'opposer à Scipion , qui menaçait d'assiéger Cai:thage. Rieu n'égalait l'étonnement et les regrets d' Annibal. Il obéit aux ordres de sa patrie obstinée , avec la soumission dti^ moindre soldat ^ quitta l'Italie en versant dea larmes, après avoir possédé pendant plus de quinze^ans les plus belles contrées^ de ce superbe pays.
Il arriva à Leptès , ville d'Afrique , partit , pour Adrumète ^ et s'approcha de Zama 7
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ville à cinq journées de Carthage. Scipion mena à sa rencontre son armée, à laquelle il avait joint six mille cavaliers conduits par Massinissa. Pour montrer à son rival combien peu il le craignait , il lui renvoya ses espions qu'on'avait saisis dans son camp ; et après leur avoir montré les dispositions qu'il avait faites , il leur ordonna d'en instruire Annibal.^Celui-ci, sentant son infériorité, voulut entamer des négociations pour discontinuer la guerre, et demanda une entrevue à Scipion pour traiter de la paix. Le consul y consentit, mais après une longue conférence, et des mécontentemens réciproques, ils retournèrent dans leur camp , résolus de décider la question l'épée à la main. Jamais bataille ne fut plus mé-*' morable , soit que nous considérions les généraux , les armées , les deux Etats en guerre, ou l'empire qu'on se disputait On dit que les dispositions que prit Annibal étaient bien supérieures à celles qui l'avaient déjà rendu célèbre. Les Carthaginois coiamencèrent par faire avancer leurs éléphans. Ces animaux, effrayés par les cris des Ro« mains , et blessés par ceux qui maniaient l'arc ou h fronde ^ reculèrent et mirent le
DE LA RÉPUB- ROMAINE. i6l trouble dans^les ^enx ailes de l'armée où ]a cavalerie était placée. Privés du secours de leurs cavaliers , dans lesquels consistait leur plus grande rotccyl^infanterie armée pesamment en vint aux mains des deux cotés. Mais la vigueur des Romains l'emporta, et les Carthaginois cédèrent le terrein. M assinissa qui avait poursuivi leur cavalerie, les prit par-derrière, et acheva leur défaite» La déroute fut générale ; vingt mille hommes furent tués, et autant faits prisonniers. Annibal , qui afvait fait tout ce qu'on pouvait attendre d'un habile et vaillant général , se- réfugia à Adrumète avec un détachement La fortune semblait se jouer de son habileté, de sa valeur et de son expérience.
La paix fut le résultat de cette victoire. D'après l'avis d'Annibal, les Carthaginois se soumirent aux conditions que dictèrent les Romains , no» en rivaux , mais en maîtres. Far ce traité, les Carthaginois renonçaient à r£spagne et à toutes les îles de la Méditerranée. Ils furent obligés de payer, dans l'espace de cinquante années , dix mille talens , de donner des otages jusqu'à ce que leurs éléphans et leurs vaisseaux
i"* Partie. il
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fussent livrés y de rendre ^ Massinîssa tont cç qa'on lui avait pris , et de ne point faire la guei^f^ en Afrique , sans la permission des Romains. Telle fut la fin de la seconde guerre punique ) qui dura dik^sept ans.
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