‹ Abrégé de l'Histoire romaineChapitre 17 sur 30 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

'Depuis la destruction de Carthage jusqu'à la fin de la sédition des Gracques.

XjEs Romains n'avaient plus dé rivaux ; Im An 621. dépouilles de l'Asie leur donnèrent le goût du £aste et de la dépense : et ce gdût ^ naître en eux l'avarice et une ambition dé« mesurée. Les deux Gracques furent les premiers qui s'apperçurent de cette étrange corruption parmi les grands, et pour la réprimer , ils résolurent de renouveller la loi licinienne, qui défendait de posséder plus de cinq cents acres de terre. TiberiusGracclius, l'aîné des deux , était autant recommandable par son extérieur que par ses qualités d'esprit. Bien différent de Scipion , son aïeul , il paraissait tourmenté de l'ambition d'acqué«rir de l'autorité , plutôt que de celle de la gloire. Sa compassion pour les opprimés était égale à sa haine contre les oppresseurs ; mais malheureusement ce fut bien moins par raison que par passion, qu'il voulut faire toutes

ces réformes jet c'est aussi ce qui le tint hors delà ligne du devoir. Telles étaient les dis*positions de l'ainé des Gracques y qui trouva la populace prête à le seconder. La loi, quoique proposée avec modération , déplut aus riches^ qui tâchèrent de persuader au peuple que le but de celui qui voulait l'établir, était de mettre le trouble dans le gouvernement ret dans tes affaires publiques ; mais Gracchus , homme trèsnêloquent, dissipa facilement ces impressions , et 1(l loi passa.

La mort d' Attalus , roi de Pergame , four-» nit à Gracchus une nouvelle occasion de fa- ' vorisei' le peuplée au;K dépens des grands. Ce roi avait, par son testament, fait les Romains héritiers de ses biens. On proposa de partager Farg^nt aux pauvres, afin qu'ils pussent acheter les instrumens nécessaires à la culture des terres que la dernière loi venait de Içur accorder. Cette proposition causa plus de troubles que la première. Les sénateurs s'<'i$semblèrent pour s'occuper dés moyens de s'assurer des richesses qu'ils préféraient, dans ce siècle, au salut de la république. Ils .donnèrent à leurs nombreux partisans , qui avaient changé leur liberté pour une vie aisée et oisive , l'ordre de se

DE LA RÉPUB. ROMAINE. tjj tenir prêts pour intimider le peuple qui ,* ne s'attendant à aucun obstacle , écoulait , au Capitole, le discours de Gracchus. Un cri jeté par les partisans des grands d'un côté , et de l'autre par ceux que favorisait la loi, interrompit Gracchus qui demandait en Tain d'être écouté. Comme il levait enfin sa main au-dessus de sa tête pour montrer que sa vie était en danger, les partisans du sénat prétendirent que , par ce geste , il voulait le diadème. Un bruit général se répandit dans tous les rangs. lia partie la tnoins sage des sénateurs fut d'avis que le consul défendit la république parla force des armes j mai^ ce magistrat prudentrefuâ»a d'employer cette violence. Scipion-Nasica , pftrent de Gracchus , se lève aussi^tÂt , et , se préparant pour la querelle , invité à le suivre tous ceux qui veulent le maintien des loix et de l'auto* rite. Accompagné de plusieurs séiiatéurs et de leurs cliens armés de massued, il marché au Gapitole y frappant tout ce qui lui faisait quelque résistailce. Tibérius - Gracchus , voyant, par le tumulte, que sa vie est menacée , veut fuir. Jetant sa it>be pour faciliter son évasion , il entreprend de traverser la foule j mais tonibant par hasard sur quel-

qu'un qui était renrersé , Satumius , un de ses collègues dans le tiibunat , et du parti contraire^Ie frappe etle tue.Trois cents de ses auditeurs eurent le même sort. Le sénat ne borna point là sa vengeance : mais il retendit sur tous ceux qui avaient soutenu la même cause. Plusieurs furent mis à mort; on eu bannit d'autres , et l'on n'épargna rien pour inspirer au peuple l'horreur pour les prétendus crimes de Gracchus.

Gaïus--Gracclius n'avait que vingt -ua ans lorsque son frère mourut : trop jeune pour être redouté des grands , il ne voulut point s'exposer à leur ressentiment par une entreprise au-dessus de ses forces , et vécut oublié dans la retraite et l'obscurité. Mais, tout en paraissant éviter la popularité, il étudiait les moyens les plus sûrs pour l'obtenir , et se livrait à l'éloquence. Se croyant à la fin en état de servir son pays, il concou^ rut pour la . charge de questeur k ' l'armée de Sardaigne, et l'obtint facilement. H se fit remarquer , dans l'exercice de cet emploi ^ par sa bravoure , sa tempérance et son affabilité. En envoyant un présent de blé aux Romains^le roi de Numidie leur fit dire par ses ambassadeurs ) que p'était un tribut qu'il

DE LA RÉPUB. ROMAINE. 175' payait aux vertus de Caïus - Gracchas. Lo sénat renvoya les ambassadeurs avec mépris, en les traitant comme des ignorans et des barbares. Cette conduite irrita tellement lo jeune Gracchus, qu'il abandonna sur-lecliamp l'armée , vint se plaindre du tort q[u'on faisait à sa réputation ,«t s'offrir pour être tribun du peuple. Ce fut alors qu'on prévit que ce jeune homme qu'on avait négligé, de viendrait un eni^emi plus dangereux qae son frère. Malgré l'ardente opposition dû sénat, il fut reçu tribun à une grande majorité. H se prépara dés4ors à courir la même carrière que son frère.

Sa première tentative fut de faire citer devant le peuple un des ennemis les plus acharnés contre Tibérius-Gracchus , Popilins qui , plutôt que de subir cette épreuve ^ se bannit volontairement Caïus fit rendre un édit qui accordait la liberté auxhabitana du Iiatium , et bientôt après à tous les peuples situés en deçà des Alpes. Il fixa le prix du blé à*un taux modéré , et , tous les mois ^ en fit distribuer au peuple. Il se déclara l'ennemi juré du sénat, reprocha au corps en* tiersa corruption, et prouva qu'il s'était rendu- coupable d'intrigues, d'actes ai^bi--^

traires , de vénalité des charges , qu'il était totalement dégénéré, et fit rendre une loi qui ôta aux sénateurs, pour le donner aux chevaliers , le droit de juger les magbtrats corrompus. Ce changement altéra la consti*tution de l'Etat.

Far ces moyens, Gracchus étant devenu non-seulement populaire, mais encore puissant, fut un objet odieux à tous les sénateurs. Il vit bientôt que la populace, infidelle et légère^ était un fieiible soutien. Elle lui retira sa confiance pour la mettre en r^rusus, rival que le sénat-lui opposait avec adresse. Ce fut en vain que Gracchus fit revivre la loi licinienne , et qu^il appela à son secours plusieurs habitans de différentes villes de l'Italie. Le sénat renvoya de Rome tùmsies étrangers; il fit. même mettre en prison l'un d'eux , à ^ui Gracchus avait donné, l'hospitalité, et qu'il honorait de son amitié. Cette injustice fut suivie d'une disgrâce plus considérable : s^tant présenté pont âtre une troisième fois tribun , il futr^eté. On suppose que les offi-» ciers chargés de confirmer le choix du peuple, furent corrompus.

On vit bientôt qu'on avait résolu de se

DE LA RÉPUB» ROMAINE. 177 défaire de Gracchus. Non content de la pro* tection du sénat y des chevaliers et d'an nombre considérable d'esclaves et de partisans, le consul Opimias se fit escorter d'an corps de Gandietis , troupes payées par la République. Avec cette garde, sentant la supériorité de ses forces > il insultait Grac-clius par-tout où il le rencontrait , faisant tout ce qu^il pouvait pour susciter une querelle, afin d'avoir un prétexte pour tuer son ennemi dans la chaleur de là dispute* Gracchus évita toute récrimination; et comme s'il eût connu les desseins du con«« sol , il affecta de ne porter aucune arme pour sa défense. FJaccus, son ami, tribun zélé, moins patient que Gracchus, voulut opposer la force à la force , et fit venir à cet effet à Rome plusieurs de ses compatriotes, sous prétexte d'y demander de l'emploi»

Quand le jour qui devait terminer la dis-^ pute arriva , les deux partis se rendirent de grand matin au Capitole , où le consul sacrifiait selon la coutume. Un des licteurs prenant les entrailles de la victime, et les portant hors du temple , cria à Flaccus et k ses partisans : « Mauvais citoyens , faitea » place aux gqn^ dfi bien )>« Cette insulte ITartie. la

provoqua ceux à qui elle s'adressait; ils tombèrent sur le licteur , et le percèrent de coups. Ce mei^rtre causa beaucoup de trouble dans l'assemblée. Gracchùs, qui en prévit les suites^ en blâma les auteurs y qui avaient donné 9 par cette action, un grand avantage à ses ennemis. Il se disposa ensuite à conduire ses partisans sur le mont Aven^ tin. Ce fut là qu'il apprit que les consuls avaient fait une proclamation, par laquelle ils promettaient de donner à ceux qui leur porteraient sa tête , ou celle de Flaccus , ce que l'une ou l'autre pèserait en or. Ce fut en vain qu'on envoya faire des proposi* tions par le fils de Flaccus , qui n'était qu'un enfant Les consuls et le sénat , sentant leur supériorité, rejetèrent toutes leurs offres, résolus de punii;^par la mort l'offense qui leur avait été &ite; ils publièrent en même temps l'amnistie pour tous ceux qui les abandonneraient sur-le-champ. Cette offre eut l'effet qu'on en attendait; le peuple rentra par degrés, et laissa Graccbus avec des forces de beaucoup inférieures à celles de ses ennemis. Opimius, avide de sang, mena les troupes au mont Aventin , et tomba sur les révoltés avec une fureur aveugle. H j

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eut un terrible carnage. Trois mille hommesi £urent égorgés. Flaccus voulant se réfugier 30ÎIS une cabane en ruine, y fut découvert, et tué avec son fils aîné. Gracchus se retira d'abord dans le temple, où il avait résolu de se donner la mort; mais ses deux fidèles amis^Pomponius et Lucinîus, le forcèrent à prendre la fuite. II tâcha de traverser un pont qui menait à la ville ; ses deux amis et un esclave grec, appelé Philocrates, l'accompagnaient. Mais on était à sa poursuite ; et y arrivé près du pont , il fut obligé dé faire face à l'ennemi. Ses deux amis furent tués en le défendant contre la multitude. Il se réfugia avec son esclave dans un bois au-* delà du Tibre, qui était Gonsacré aux furies» Se voyant environné de tous côtés , sans aucun moyeu d'éviter son sort , il engage son- esclave à le détruire. L'esclave obéit, et tombe lui-même sur le corps de son maître. Ses ennemis arrivent ^ lui coupent la tête , et, pendant quelque temps ^ la promènent comme un trophée sur une lance» Quelque temps après , un certain Septimuleius s'empara de cette tête , et l'ayant remplie de plomb pour en augmenter le poids, la présenta au consul, et

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en reçat poar récompense dix-sept livres pesant d'or.

Ainsi mourat Caïus-Gracchus. Les historiens ont coutume de l'accuser de sédition. Mais d'après ce que nous avons vu de son caractère , le trouble de sa patrie doit moins lui être attribué qu'à ses ennemis. Au liea d'appeler ces événemens la révolte des Graoques, nous leur donnerions plutôt le titre de sédition du sénat contre les Gracques y puisque les efforts de ceuX-ci furent en faveur d'une loi faite par les sénateurs , et que les desseins du sénat furent soutenus par une armée étrangère qui ne s'était jamais mêlée de législation romaine. Aussi ce moyeu porta-t-il un coup irréparable a la constition de l'Etat II est impossible de déterminer si le patriotisme ou Tambition fit agir les Gracques ; mais la justice paraît avoir été de leur côté. Le sénat n'était plus ce corps vénérable que nous avons vu triompher de Pyrrhus et d'Annibal y autant par ses vertus que par la force de ses armes. U n'était supérieur au peuple que par son faste et ses débauches, et ne gouvernait plus l'Etat que par une autorité gagnée à force d'argent. L'intérêt personnel lui faisait des par-

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tisans; et ceux qui voulaient conserver leur indépendance étaient entraînés par une majorité corrompue.. Le gouvernement, à cette époque, devint une odieuse aristo* cratie. Les tribuns, qui d'abord protégeaient le peuple, ayant acquis eux-mêmes des richesses , ne séparèrent plus leurs intérêts de ceux du sénat, et concoururent avec lui à opprimer les Romains. Les dénominations de plébéiens et de patriciens n'entraînaient plus aucune lutte , et là seule différence était entre les pauvres et les ri^ ches. Les classes inférieures de l'Etat réduites à un degré de soumission humiliante*, ne combattaient plus pour la liberté , mais pour usL maître. Les riches , tyrans soupçonneux , effrayés à la plus légère appa^^ rence d^opposition, donnaient aux chef» un pouvoir illimité^ qu'ils n'avaient plus mén^ la force de retirer quand le danger n'exis« taitplus* Ainsi Pon oubliait la liberté : les terreurs du sénat faisaient créer- un dictateur , et la haine du peuple contre les séna« teurs le maintenait dons cette- place. Bien déplus terrible mol yeux de l'observateur, que le gouvernement de Rome depuis cette époque jusqu'au règne d'Auguste«:.

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