CHAPITRE IL
'Depuis la fondation de Rome ju^qu^à la mort de Romains.
XjA ville était à peine fondée > que ses grossiers habitons pensèrent à se donner des loix. Romulus, par un acte d'une grande générosité, leur laissa la liberté de choisir leur roi; et par reconnaissance, ils élurent leur fondateuir. On le reconnut donc conune le chef de la religion , le souverain magistrat de Rome , et le général de l'armée. Outre une garde pour accompagner sa personne, on convint qu'il serait précédé de douze licteurs armés de haches et de faisceaux , pour faire exécuter les loix aussi bien que pour frapper les esprits de l'idée de l'autorité du chef.
Le sénat , qui devait servir de conseil au prince, fut composé de cent des principaux citoyens de Rome, dont Tage, la sagesse et la valeur leur dçnnaient une autorité naturelle sur leurs compatriotes 3 et le roi uom^ nait le premier sénateur^ et le désignait
poar goaTerner la Tille toutes les fois que la guerre le forcerait de s'absenter.
Les plébéiens ^ troisième ordre de Fétat, faisaient exécuter les loix faites par le roi et le sénat. Tout ce qui était relatif à la paist ou à la guerre , à l'élection des magistrats , et même à celle d'un roi y était confirmé dans leurs assemblées.
Le premier soin du nonreau roi fut de s'occuper des intérêts de lardigion; Oh n^ connut point précisément' la« forme de leur culte : mais laplus grande partie de la religion de ce siècle consistait à croire aireu* glément aux oracles et au pouvoir des de^ ^^^^xiAy qui prétendoient ^ éPapl:èft des: obser^ rations sur le Tol des oiseaux et les entrail-» les des animaux, conàaitre le présent' et prédire l'avenir, fiomulus ordomia:expres« sèment par une loi ^ qjalàa n'^itreprendrait rien, qu'on ne. ferait aucune âteràon sans les avoir d'abord consultés.
On défendit uox femmes de s& séparer-de leurs maris sous aucun prétexte que ce pût ^tre , pendant que les maris avaieirt , au contraire, le poavoirde répudier leurs femmes, et même dans. quelques cas, de les mettre à. mort. Les loix sur les en£ms et
DE LA REPUB. ROMAINE. il leurs parens étaient encore plus sévères* Le père avait un pouvoir entier sur sa famille , ^t pouvait disposer des biens de ses enfims et de leur vie. H pouvait les emprisonner ou les vendre à toutes les époques de leur vie y ou dans quelque rang qu'ils fussent placés.
Après avoir tâdbé de rendre ses sujets soumis. aux lois, Romulus donna des oiv dres pour s'assurer de leur nombre. H n'ai-* lait pas au-delà de trois mille &ntassins et de trois centscavaliers en état de porteries armçs. On ks divisa conséquesiment en trois tribus^ et l'on assigna à chacune un quartier différent de la ville. Chaque tribu fut subdivisée en dix curies ou corn** pagniesy composées, de cent hommes , avec un centurion pour les commander. Un prêtre y appelé curion^ fat chargé d'o&ir It sacrifice 9 et deux des prindpaux habitans, auxquels, on donna le nom de duumvirs , furent destinés à faire rendre la justice.
Par ces. sages réglemens y la puissance de la nouvelle ville aogm^itait de jour en jotir^ On y venait en foule des villes voisines ; mais on paraissait avoir besoin de femmes pour assurer^ sa durée. Dans cet état cri-
tique, Romùlus, d'après Pavis du sénat, envoya des députés aux Sabins , ses voisins,, pour leur demander leur alliance , en leur* offrant de la cimenter d^une manière indis-, soluble. lies Sabins , regardés alors comme le peuple le plus guerrier de Tltalie, rejetèrent la proposition avec dédain. Romulus annonça aux villages voisins une fête en l'honneur de Neptune , et fit de magnifiques préparatifs. Ces fêtes étaient ordinairement précédées de sacrifices , et terminées par lo spectacle de la lutte, des gladiateurs, et de la course des chars. Les Sabins , comme il Pavait prévu , accoururent les premiers , menant avec eux leurs femmes et leurs filles, pour leur faire partager le plaisir du spectacle. Au moment oùlea jeux commençaient , et pendant que les étrangers étaient attentifs à ce qui se passait, les )eunes gens de Rome entrèrent Tépée à la main , s'emparèrent des femmes les plus jeunes et les plus belles , et les enlevèrent de force. Vainement les parens réclamèrent contre l'hospitalité violée, vainement les filles elles-mêmes s'opposèrent aux entreprises de leurs ravisseurs : la constance et les caresses obtinrent les faveurs que la timidité avait d'abord re-
DE LA RÉPUB. ROMAINE. i5 fusées j et les Romains devinrent bientôt l'objet de la tendresse de ces femmes , après avoir été celui de leur aversion.
Bientôt il en résulta une guerre sanglante. Les villes de Cénina , d'Antemna et de Crustumerium furent les premières qui résolurent de venger la cause commune que les Sablns semblaient différer de poursuivre. Mais en. prenant des routes séparées^ ils devinrent une conquête plus facile pour Romulus 9 qui fit un usage avantageux de sa victoire. Au lieu de détruire leurs villes , ou d'en diminuer le nombre , il y plaça seulement des colonies de Romains , pour servir de frontières , et garantir Rome d'une invasion plus éloignée.
Tatius, roi de Cures, ville des Sabins^ fut le dernier , quoique le plus formidable, qui entreprit de tirer vengeance de l'affront qu'avait reçu son pays. Il entra sur le territoire de Rome à la tôte de vingt-cinq mille homm'es; et non content d'une telle supériorité de forces , il usa de stratagèmes. Tar* péia, fille du commandant du Capitole^ tomba 9 par.hasard, entre ses mains, au mo^ ment où laissant derrière elle les murs de fo. viUe ^ elle venait cbercher de l'eau. A
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foroedeiMroiiRaseSyil Rengagea à Ihrlrerune des portes de la yille à son armée. EJUe exi* geait pour récompense ce que les soldats portaient s«ir leurs bras, voulant désigner leurs brac^els* Soit que les Sabins ne la comprissent pas, séit qulls voulussent la punir éôiUL perfidie , iis jetèrent dessus elle leuxs boudiers au moment où elle entrait 4|ns la TiUe , et la tuàrent Maitres decette manière du Oapitole , ils engagèrent , peu après, une affidre générale , qu'ils recom* mencèrent pendant quelques)aars, avec un succès égal des deux côtés , et aucune des deux armées ne parla de se soumettre : c^é« tait dans U vallée située entre le Gapitole et le mont Quirinal que se donna ie dernier combat entre les Romains et les Sabins. Oor se battait de toutes parts, et le carnage était considérable, quand l'attention,^ fixée des deux côtés de cette scène cru^e, changea d'ol^et Lesf^QDaies des Sabins enlevées par les Bx>maixis , parurent les cheveux épars , sans omemens, au milieu des combattans« Dédaignantleur propre danger , elles imploraient à grands cris la pitié de leurs maris et de leurs pères , qu'elles conjuraient de cesser le combat Par une impulsion mu-
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tuelle, les cpinbiittam Irâsèrent tomber leurs armes. Ou condutim traité, et Toh convint ^e AomvAus et Tatius négneraiait ensemble À Rome avec un pouvoir égal et }es mêmes prén^gwtives; qu'on Admettrait dans le ^énajt cent Sab»is ; que la ville retiendrait sQi» pn^iier nom, mais que les citoyens aéraient cqppàlés Quintes, du nom de ceux qui babjitai^t Cures ^ la principale ville des Sabins, et que les deux nations étant ainsi unies, fseux d'<»itre les Sabins qui le voudraient, muteraient 9^ome^ et jouiraient des mêmes privilèges que les citoyens. Environ cinq ans après, Tatius fut tué par les Laviniens , pour avoir protégé quelques-uns de ses gens qui les avaient pillés et avaient assassiné leurs ambassadeurs. De sorte que Romulus se vit encore une fois le seul maître de Rome.
De pareils succès rendirent le conquérant orgueilleux. Au lieu de se contenter des bornes dans lesquelles on avait sagement renfermé son autorité , il a£fecta bientôt un pouvoir absolu , violant les loix auxquelles il avait lui-même promis d'obéir. Cette conduite déplut au sénat , qui n'était plus qu'un instrument propre à légitimer ses or-
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dres rigoureux. Nous ignorons le moyeu' qu'ils employèrent pour se délivrer du tyran. Les uns prétendent qu'il fut mis en pièces dans la salle du sénat; d'autres, qu'il disparut en passant la revue de son armée Ce qu'il y a dte certain , c'est que les sénateurs profitèrent du secret de cette action et de la disparition du corps y pour persuader au peuple qu'il avait été enlevé au ciel , contens ainsi d'honorer comme un dieu cdui dont ils n'avaient pas voulu pour roi. Romulus régna 36 ans ; et après sa mort , on lui éleva un temple sous le nom de Quirinus.
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