‹ Abrégé de l'Histoire romaineChapitre 8 sur 30 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Depuis la mort de Tarquin jusqu'à celle de SerpiuS'^Tullius , sixième roi de Home.

jLiA nouvelle de la mort de Tarquin remplit An X76. ses sujets de douleur et d'indignation. Tous les citoyens accouraient des quartiers delà viUeau palais, pour savoir les détails de cet événement , ou pour en tirer vengeance. Dans ce trouble, Tanaquil, veuve dudernierroi, considérant le danger auquel eUe serait exposée , dans le cas où les conspirateurs succéderaient au trône , et désirant voir la couronne entre les mains de songen* dre y dissimula son chagrin avec beaucoup d'art j et cacha la mort du roi. Elle assura le peuple , par une des fenêtres du palais , que le roi n'était pas mort, mais seulement étourdi du coup qu'il avait reçu ; qu'il se rétablirait bientôt , et qu'il venait de déposer son pouvoir entre les mains de Servius- Tullius , son gendre. Servius , d'après cela ,

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«ortit, comme s'il en fut convenu avecTa?quin , levétu des marques de la royauté j et précédé de ses licteurs, il alla expédier quelqnes affaiixss qui intéressaient le bien public j assurant qu'il avait pris les instruc^ tions dnroi. Cette feinte dura pendant quel* ques jpurs, jusqu'à ce qu'il se fût fait un parti nombreux parmi les nobles. Au bruit certain de la mort du roi , Servius s'avança vers le trâne avec le s.eul consentement du sénat, et ^ans entreprendre d'avoir les suffrages du peuple.

Servius , fils d'une esclave prise au sac d'une ville appartenant aux Latins, naquit pendant l'esclavage de sa mère. Etant encore au berceau, une flamme , dit-on , voltigeait un jour autour de sa tête, Tanaquil en tira le présage favorable d'une grandeur future.

Dès qu'il fut reconnu roi, le principal objet qu'il se proposa dans le cours de son règne, fut d'accroître le pouvoir du sénat en réjxrimant celui du peuple. Incapable de pénétrer dians ses desseins , la populace lui donna pleine autorité pour établir les impôts à son gré i et comme il voulut qu'on les payât par centuries, il ordonna pareille* ment que dans k^a&ires publiques les dé-

libérations se feraient de la même manière» Dans les premières chaque citoyen donnait isolément son suffrage , et les pauvres, par leur nombre, l'emportaient su^ les riches ; mais par les réglemens de Serrius , le sénat fut autorisé à créer un nombre de centuries plus considérable que toutes les autres classes de la société prises ensemble; et de cette manière il obtint l'avantage dans toutes lea contestations.

Afin de connoitre ^accroissement ou la diminution de ses sujets et de leur fortune, il établit un autre règlement auquel il donna le nom de lustre, et par lequel, tous les cinq ans , les citoyens devaient s'assembler dans le champ de Mars revêtus de leur armure, rangés respectivement suivant leurs classes, et y. donner les détails de leur &mille et des biens qu'ils possédaient.

Ayant joui d'un long règne employé à la police intérieure de l'Etat , sans négliger les intérêts de la patrie au-dehors , il se flattait avec raison de le terminer dans l'aisance et la paix. Il eut plus d'une fois la pensée de déposer sa couronne , et de vivre dans la retraite et l'obscurité après avoir fait de son royaume une république \ mais un projet si 1^. 3

généreux échoua avant qu'il pût le mettre

à exécution.

Au commencement de sort tègne il avait marié ses deux filles aux deux petits-enfans de Tarquin , afin de ne négliger aucune pré* caution pour s'assurer le trône ; et sachant que ces femmes étaient, ainsi que les époux auxquels il avait le projet de les unir , d'un caractère opposé, il résolut, pour traverser leurs desseins ^ de donner à chacune d'elles celui dont l'humeur était contraire à la fiienne. Celle dont l'esprit était agréable et doux eut en partage un homme colère, entreprenant : et l'autre , orgueilleuse et indomptable , épousa celui dont le caractère offrait une opposition remarquable. Il supppsait, en agissant ainsi, que l'union naîtrait d'un pareil mélange , et que les vertus des uns corrigeraient les défauts des autres. Il en arriva cependant autrement. Lucius , le gendre impérieux , à qui la douceur de son épouse n'inspirait que du dégoût , mit toute sa confiance dans Tullia sa belle-sœur, qu'il aima, et qui répondit à son amour par une passion égale.

Comme ils ne pouvaient maîtriser leurs désirs , ils résolurent de franchir tous les

DE LA. RÉPUB. ROMAINE. 55 obstacles qui s'opposaient à leur union. Gha^ con d'eux entreprit de massacrer l'être qu'il arait reçu en mariage. Dsy réussirent , et furent unis l'un à l'autre» Un premier crime en entrainetoujours un second. Après ce meurtre, ils résolurent de se défaire du roi. Us commencèrent par soulever le peuple contre lui) prétextant son usurpation ; et Lucius, réclamant la couronne comme héritier dé Tarquin , troura à la fin le sénat disposé à seconder leurs desseins : soudain il se rend au palais sénatorial , décoré de tous les omemens de la royauté ; et se plaçant lui nlâme sur le trône, il commence àharan-guer le peuple sur la naissance obscure dit roi^et l'illégitimité de soh titre ala couronne. Pendant son discours, Servius entre suivi d'un petit nombre de partisans , et voyant son trône occupé d'une manière aussi in-^ décente, il veut en chasser l'usurpateur; mais Tarquin , dans la vigueur de la jeu«nesse, renverse le vieux prince sous les marches du trône. Quelques-uns des amis de Tarquin qu'iLavait mis dans le secret , massacrèrent le roi , qui faisait de faibles efforts pour se relever de sa chute , et jetèrent dans larue son corps sanglant et meurtri , pour le

donuer en spectacle au peuple. Au même instant Tullia , brûlant d'impatience dans l'attente de l'événement, fut instruite de ce qu'avait fait son mari , et résolut d'être des premières à saluer' le nouveau monarque : elle se fit conduire en char au palais du sénat. Mais comme elle approchait de l'endroit où le corps du vieux roi son père était exposé, le conducteur , étonné de ce cruel spectacle ^ et ne voulant point le faire fouler aux pieds des chevaux, se disposa à prendre une autre route , ce qui ne fit qu'augmenter la colère de Tullia ; elle frappa cet homme , et lui ordonna de marcher sans hésiter sur le corps ensanglanté de son père.

Ainsi fitiit , après avoir fait pendant quarante-quatre ans le bonheur de ses sujets , Servius-Tullius, prince dont la douceux:

égalait la justice.

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