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XXVIII INTRODUCTION

Pour s'en convaincre, il suffit de rappeler ce qu'on voit journellement. Quand un journalier à deux francs tombe malade, aussitôt la recette cesse, la dépense augmente. Si c'est sa femme, le désordre et la misère en sont bientôt l'affligeant effet. Si la maladie de l'un ou de l'autre se prolonge, il en résulte un arriéré très difficile à combler. C'est encore pis , quand une dure nécessité fait vendre ou mettre en gage des objets dont le besoin actuel est moins pressant que celui de la vie ou de la santé. Si un ou plusieurs de leurs enfans tombent malades, rarement ils appellent un médecin ou s'y décident plus tardivement encore que pour eux. Le véritable motif, c'est la crainte d'un excédent de dépense , l'espoir d'une facile et prompte guérison ; le motif d'excuse , c'est que la médecine n'a rien à faire , disent-ils , avec les enfans , ou que ceux-ci ne veulent rien prendre. La mort du père ou de la mère ajoute à la misère des survivans ou les met à la charge de la commune. Si l'enfant ne meurt pas, il reste infirme, ou incapable de subvenir un jour à ses besoins.

Telle est la faible et très imparfaite esquisse du tableau que feraient avec des couleurs plus sombres ceux de mes confrères qui donnent leurs soins à tant de familles réduites an strict nécessaire. Ils savent tout ce qui manque pour obtenir et hâter la guéri-

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son, combien un funeste retard cause de malheurs. Si vous n'avez pas vu ces misères , regardez autour de vous, jugez et dites si cette ébauche est trop chargée.

Ces faits sont d'une exactitude aussi rigoureuse qu'ils étaient frappans de vérité, en 1828, alors que dans un discours préliminaire mis en tête d'un compte rendu de clinique médicale, j'appelais publiquement l'attention des philantropes et des membres des conseils municipaux sur les familles nécessiteuses. Que la mémoire du préfet, M. Lésay-Marnésia, qui institua, le premier, des médecins cantonnaux, dans le département du Bas-Rhin , soit à jamais honorée de tous les artisans les moins salariés, comme elle l'est des Alsaciens si dignes d'être administrés par des magistrats favorables aux progrès de l'humanité, des sciences et de l'industrie.

Indépendamment des soins gratuits qu'ils donneront aux journaliers nécessiteux et aux indigens, les médecins cantonnaux s'appliqueront à prévenir le développement de maladies confirmées. C'est possible dans beaucoup de cas, chacun le sait et connaît cet axiome:

Principiis obsta, sera medicina paratur Cùm mala per longas invaluêre moras.

En propageant la vaccine, et signalant à l'autorité les parens qui la refusent pour leurs enfans, on parvien-

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dra à détruire la petite-vérole qui se montre chaque année plus fréquente, par l'incurie des parens, le dégoût et les obstacles qui rebutent les vaccinateurs, enfin par le défaut d'intervention de l'autorité.

Tout ce qui concerne la salubrité des rues, des bâtimens publics ou particuliers ; la visite des corps avant l'inhumation; la surveillance sur l'exercice de la médecine, de la chirurgie , sur la vente des remèdes, sera du ressort des médecins cantonnaux. Ils aideront les sages-femmes de leurs conseils, # empêcheront qu'elles n'exercent leur art au - delà des limites fixées par les réglemens et leur savoir. Ils feront des tournées périodiques dans les communes* après avoir prévenu les maires afin de se concerter avec eux touchant la santé publique, la visite des écoles, la propagation de la vaccine. Dans les cas fortuits, à l'apparition d'une épidémie ou d'une maladie contagieuse, les médecins cantonnaux se transporteront sans délai dans les communes dont les maires les feront appeler.

Ces magistrats donneront au médecin cantonnai la liste des individus ayant droit à ses soins gratuits, suivant qu'ils sont dénués de toute ressource ou en état d'acheter les remèdes nécessaires. Toute personne portée sur cette liste fera prévenir le maire dès qu'elle tombera malade ; celui-ci en informera le

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médecin cantonnai, qui visitera le malade et continuera de lui donner ses soins jusqu'à la terminaison de la maladie. Une certaine somme d'argent, dont il rendra compte , lui sera allouée pour secours d'urgence , pour des besoins imprévus. Il fera un abonnement avec un pharmacien pour la fourniture des médicamens , dont il ne se chargera jamais.

J'en agissais ainsi quand j'étais médecin cantonnai dans le Haut-Rhin , et je fais encore de même avec les employés de l'administration des douanes. Leur abonnement est de 5o à 60 centimes par mois , célibataires ou non. Je leur prescris les remèdes nécessaires sans en fournir aucun. Ils ont l'attention de me prévenir pour des indispositions même légères ; cela me dispense souvent d'avoir à les traiter de maladies confirmées. L'administration , les préposés et le médecin y trouvent tous leur compte. L'autorité , les journaliers , les artisans les moins salariés , les médecins trouveront aussi le leur dans la philantropique institution proposée pour toute la France. Les médecins cantonnaux redoubleront de soins, de vigilance pour prévenir et guérir les maladies de cette classe si nombreuse de la société. Le bien qu'elle leur procurera , ils le lui rendront en reconnaissance , par un attachement réfléchi pour la sollicitude du gouvernement.

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Quelques-uns des objets ci-dessus ou d'autres , et les maladies qu'il aura traitées, seront compris dans un rapport trimestriel fait et adressé par le médecin cantonnai au sous-préfet de l'arrondissement, qui le transmettra au conseil médical de son ressort. Celuici sera composé de deux ou quatre médecins provéditeurs , d'un ou deux pharmaciens, réunis dans le chef-lieu d'arrondissement. Ce conseil puisera dans les documens fournis par les médecins cantonnaux et dans ceux recueillis par lui-même , les matériaux d'un rapport semestriel qu'il adressera au préfet du département. Celui-ci le transmettra au conseil médical supérieur, composé de médecins consultons au nombre de huit à quinze , avec trois jusqu'à six pharmaciens de première classe , suivant la population et l'importance des chefs-lieux de département (i). Le conseil médical supérieur adressera une fois Tan , au conseil général de médecine séant à Paris , un rapport sur tous les objets du ressort de la médecine , comme profession embrassant des intérêts publics et particuliers.

Les membres de ces conseils seront élus dans les

(i) Dans le rapport fait à l'académie royale de médecine , il n'est pas équitable de proposer des conseils médicaux en nombre égal, pour Lyon , par exemple, dont la population dépasse cent soixantecinq mille âmes , et Bourbon-Vendée qui n'en a pas quatre mille.

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