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CHAPITRE VI

Explication des voyages cVIsis ou de la lune, honorée sous ce nom en Egypte.

La lune fut associée, par les anciens Egyptiens , au soleil dans l'administration universelle du monde, et c'est elle qui joue le rôle d'Isis dans la fable sacrée connue sous le titre d'histoire d'Osiris etd'Isis.Les premiers hommes qui habitèrent l'Egypte, nous dit Diodore de Sicile, frappés du spectacle des cicux et de l'ordre admirable du monde, crurent apercevoir dans le ciel deux causes premières et éternelles, ou deux grandes divinités, et ils appellent l'une d'elles, ou le soleil, Osiris; et l'autre, ou la lune, Isis. La dénomination d'Isis donnée à la lune, est confirmée par Porphyre et par d'autres auteurs, d'où nous tirons une conséquence nécessaire : c'est que les courses d'Isis ne sont que les courses de la lune;et comme les champs de l'Olympe sont ceux qu'elle parcourt dans sa l'évolution de chaque mois, c'est là qi:e nous placerons la scène de SCS aventures et que nous la ferons voyager. Cette conclusion est justifiée par le passage de Chéréraon, que nous avons cité plus haut, où ce savant Egyptien nous dit que les Egyptiens expliqiuiient la fable d'Osiris et d'Isis, ainsi que toutes les fables sacrées, par les apparences cLÎcstcs, par les phases

de la lune, par les accroissemens et lesdiniiautions de sa lumière, par les divisions du temps et du ciel en deux parties, par les paranatellons ou par les astres qui se lèvent et se couchent en aspect avec les signes. C'est d'après ce principe que nous avons expliqué le poème des douze travaux : ce sont les mêmes principes que nous suivrons dans l'explication de la légende d'Isis dont nous offrirons aussi le tableau comparatif avec ceux que présente le ciel dejjuis le moment où le soleil a quitté notre liémisplière, et laissé à la lune, alors pleine, l'empire des longues nuits, jusqu'au moment où il repasse dans nos climats.

Prenons donc Isi:i à l'époque de la mort de son époux, et suivons ses pas depuis l'instant qu'elle en estprivée jusqu'à ce qu'il lui soit rendu et qu'il revienne des enfers; ou, pour parler sans figure , depuis le moment où le soleil a passé dans les régions australes ou inférieures du monde, jusqu'à ce qu'il repasse en vainqueur dans les régions boréales ou dans l'hémisphère supérieur.

riutarquc suppose qu'Osii-is, après ses voyages, étant de retour en l^gyptc, fat invité à un repas par Typ'.ion, .son frère et son rival. Celui-ci lui donna la mort et jeta son corps dans le Kil. Le soleil, dit Plutarque occupait alors le signe du scorpion, et la lune était pleine; elle était donc dans le signe opposé au scorpion, c'est-à-dire au taureau, qui prêtait ses formes au soleil équinoxial printanier, ou à Osiris; car, à cette époque éloignée, le taureau était le si-

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pne qui repondait à l'équinoxe du printemps. Aussitôt qu'lsis fut informée de la mort de l'infortuné Osiris, que tous les anciens ont dit être le même dieu que le soleil , et qu'elle eut appris que le;; 'nie des ténèbres l'avait enfermé dans un eoiiVe, elle se mit à la recherche de son corps. Incertaine sur la route qu'elle doit tenir, inquiète, agitée, le cœur déchiré par la douleur, en habit du deuil, elle interroge tous ceux qu'elle rencontre. .De jeunes cnf;;ns lui apprennent que le colïre qui contient le corps de son épouï a été porté par les eaux jusq'î't 1;: mer, et dc lii à Bihlos, oii il s'était arrêté; qu'il reposait mollemcn! sur une piaule qui fout-acoup avai( poussé une superbe ti[je. Le coffre en fut tellement enveloppé, qu'il semblait ne faire qu'un avec elle. Le roi du pays, étonné de la beauté de l'arbugte, le fit couper, et en fit une colonne pour son palais, sans s'apercevoir du coffre qui s'était uni et incorporé avec le tronc. Isis, instruite par la Renommée, et poussée comme par un instinct divin , arrive à P.iblos : baignée de larmes , elle va s'asseoir près d'une fontaine, oii elle reste dans un état d'accablement, sans parler à personne, jusqu'à ce qu'elle vit arriver les femmes de la reine. Elle les salue honnêtement, et retrousse leur chevelure de manière à y répandre, ainsi que partout leur corps, l'odeur d'un parfum exquis. La reine ayant appris de ses femmes ce qui venait de se passer, et sentant l'odeur admirable de l'ambroisie, voulut connaître cette étrangère. Elle invite Isisà venir dans son pa-

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lais, et à s'attacher à sa personne; elle en fait la nourrice de son fils. Isis met le doigt, au lieu du bout de sa mamelle, dans la bouche de cet enfant et brûle pendant la nuit toutes les parties mortelles de son corps ; en même temps , elle se métamorphose elle-même en hirondelle, voltige autour de la colonne, et fait reteutirl'air de ses cris plaintifs, jusqu'à ce que la reine, qui l'avait observée, voyant brûler son fils , vint à pousser un cri aigu. Ce cri rompit le charmequi devait donner à l'enfant l'immortalilé. La déesse alors se fit connaître , cl demanda que la colonne précieuse lui fût donnée. Elle en retira facilement le corps de son époux, en dégageant le coftVe du bois qui le recouvrait : elle le voila d'un léger tissu qu'elle parfuma d'essences; elle remit au roi et à la reine cette enveloppe de bois éîranger, qui fut déposée à Biblos dans le temple d'Isis.La déesse s'approcha ensuite du colfre, le baigna de ses larmes, et poussa uncri si perçant que le plus jeune des fils du roi en mourut de fiayeur. îsis emmena l'aîné avec elle, et, emportant le coSfre chéri, elle s'embarqua; mais un vent un peu violent s'étanl élevé sur le fleuve Phanlrus vers le matin, elle le fit tout-à-eoup tarir. Elle se retire à l'écart : se cro- ant seule, elle ouvre le coffre, et collant sa bouche sur celle de son époux, elle le baise et l'arrose de ses larmes. Le jeune prince qu'elle avait emmené s'étant avancé par derrière à petit bruit, épiait sa conduite. La déesse s'en aperçoit, se retourne brusquement , et lance sur lui un

regard si terrible, qu'il en meurt d'effroi. Elle se rembarque, et retourne en Egypte auprès d'Orus , son fils , qu'on élevait à Bulos , et elle dépose le corps dans un lieu retiré. Typhon étant allé la nuit à la chasse, trouve le coffre , reconnaît le cadavre, et le coupe en quatorze morceaux, qu'il jette ça et là. La déesse l'ayant vu , vint rassembler ses lambeaux épars , et elle les enterra chacun dans le lieu où elle les trouva. De toutes les parties du corps d'Osiris, les parties de la génération furent les seules qu'Isis ne put retrouver. Elle y substitua le Phallus, qui en est l'image, et qui fut consacré dans les mystères.

Peu de temps après, Osiris revint des enfers , au secours d'Orus, son fils, et le mit en état de le venger. Il lui donna pour monture, les uns disent le cheval, les autres le loup. Typhon fut vaincu : Isis le laissa échapper. Orus en fut indigné , etôtaà sa mère son diadème ; mais Mercure lui donna en place un casque en forme de tète de taureau.

Voilà le précis de la légende égyptienne sur Isis, qui n'est parvenue jusqu'à nous que très mutilée, et qui a dii faire partie d'un poème sacré sur Osiris, Isis, et Typhon leur ennemi. Malgré les lacunes immenses qui se trouvent dans celte histoire allégorique, il ne nous sera pas difficile de reconnaître une correspondance parfaiteenhe les traits principaux qui nous restent de cette ancienne fa])lo sacrée, et les tableaux qu'offre le ciel dans les différentes époques du mouvement des deux grands astres qui

règlent le cours des saisons, la marche périodique de lu végétation et du temps , et la succession des jours et des nuits. Nous allons , comme dans le poème sur Hercule, faire le rapprochement de ces tableaux, tant de ceux que présente la fable , que de ceux qu'offre le ciel. Nous les fixerons à douze.

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