CHAPITRE
E la qualité de l'eaue, nous en passerons ce point. Ccste eaue est chaude et humide comm • a esté dit, et comme est le plomb d’où elle prend sa dénomination pour estre le principal fossile et minière de cent ou peut estre de mil autres. Car à Plancey qui n’est pas loin de là, et qui pourrait aller soubs terre de diamellre n’y aurait pas encores la moitié du chemin, lieu où l’on tire et a on lousjours tiré du glalin qui est la masse de métal de divers genres ensemble où toutes fois le plomb y domine sur tous les autres métaux. Ceux qui president aux raisnes de Sainctc-Marie le cognoissent rnesrne à la terre de Plommieres et pour asseurance usent de la virgula divina , que nos Belges appellent gluruth, et les Alemans un peu autrement , qui est à dire verge de chance , et j’en feray un petit discour*
pour te faire part à mon voyage. Celuy qui veult chercher les mines prend un cresçon ou reject de coudre, fourchu, creu de l’annee, tout desceinct sans avoir ferrement aucun sur luy ny par ses esguillettes ferrees ni or ny a gent; estant ainsi préparé prend aux deux mains ceste forcette par les deux forçeons les poings fermez , les poulces devers la poictrine , et ainsi équipé s’achemine par les montagnes à tout hazard, et quand on vient au lieu où il y a des métaux, la verge tourne et retourne; quoi cogneu , pour sçavoir quel métal y est soubs terre, en l une des mains du maistre qui tient la verge on luy donne quelque métal ; si ce n’est de celui qui est sous terre, la verge tourne tousjours , et ainsi en esprouve on de tant de sortes qu’en fin elle ne tourne plus, et lors cognoist on lequel métal dominera et trouvera en ceste mine, et ne cessera de tourner jusques elle soit contente. Admirons icyla bonté de noslrc Dieu, sa libéralité et bienveillance qu’il a envers nous, ses secrets qui ne peuvent estre sceuz cy bas
que ee qu’il lui piaist nous en dispenser et élargir. Que les mixtions soyeut scibiles qui sont météoriques, ce sont resveries pour, hors les métaux, y avoir comme une ville qui brusle do divrr&e substance. Parquoy est impossible d’assigner toutes les matieics des minières et surgeons des Bains. Maints en ont disputé sans les avoir veuz, disants y avoir du soufre, comme Andcrnacus, Fuchsius, Solenander, Chassa nœus en son Gloria mundi, et autres que je ne veux admener en jeu pour éviter prolixité ; ne nous suffit-il pas de les cognoistre à posteriorc et ab effectis, et prendre le bien de Dieu sans en vou'oir sçavoir trop curieusement ce qui ne sa peut sçavoir. La piscine Siloé n’a point eu do rechercheur pour dire pourquoy faitelle cecy ou cela. Ces bains ne sont pas d’autre estophe. Hippocrates, Aristotelcs, Vitruvius, Seneca, Agricola et autres nouveaux s’estudient i rendre la raison des feux qui sont soubs terre. Et Vergile en son Æthna ou autre sur lequel œuvre j’ay fait ce distique :
Æthnœ flagrantis causant fomitcmque pcrcnnem
Qui quæiit , dubio fine relinquit iter.
Ils tous en dient des eauses vraysembfahlps non démonstratives. Si se fait des feux et pierrt s de feux , que nous appelons foudre, en la seconde région de l’air, pourquoy ne s’en fera il pas au ventre et abysmes, caves et cuisines de Pluton ? Il n’y a personne qui aye mangé à sa table, et partant n’y a pe rsonne qui peuve dire de quoy il fait son feu et comme il l’entretient, de quelle matière et de quel boys (la terre a son feu comme une fournaise) il le rend opperenné, immortel ; et qu’il ne gaigne pays, et qu’il ne cesse, certe il est mal*aisé à le deviner pour n’avoir que la conjecture artificielle ; Yergile en son Æthna s’en trouve bien empesché. Les uns dient estre exhalations et spirits, les autres sucs*, liqueurs, les autres alun, bitumen, souffre,, métaux et mille telles matières que noua laisserons à les rédiger par classes aux Philosophes qui ont loysir de scavoir tou--
te* choses , et ne se sçavoir soytnesme. Le médecin Hippocratique se contente de l’hydrothcrapia qui s’en fait bien de Dieu sans plus grande curiosité. Nous avons par plusieurs fois voulu sçavoir et cognoistre l’essence de la minière par toute* espreuvesqui s’en peuvent faire, et avons distillé l’eaue ensemble, Messieurs Richard Hubert, chirurgien des premiers de ce temps, et Poisson, diligent apothicaire de mon seigneur le cardinal de Guyse, en une cornue de verre tenant trois ou quatre pintes; en fin n’en avons rien trouvé n’icy n’en autres expériences qu’un peu de ceruse, et est l’eau tardive à distiller, pour y avoir consumé un jour et une nuict et davantage, et si bien qu’il n’y a Alchimiste en Vosge qui puist plus soigneusement contempler son élixir et son ministère que nous faisions nostre fourneau. J’en ay faict de mil autres façons ; enfin nous nous sommes conteulez à en sçavoir ses effects. Car qui va aux Bains ne va pas en pèlerinage, d’autant que cr n’est que pour sa santé et non pour autre chose; le Medc-
cin, pour en «ravoir les vertus et pour en ayder à mieux secourir son malade. Je ne veux omettre comme le pavé du grand Bain est si unctueux et grillant, qu’il n’y a homme qui ne donne de teste en terre, si le Bain a esté deux ou trois jours sans balier et netoyer et vuyder. Plusieurs pensent cela venir d’une espece d’alun , mais ces jours passez et années dernières s’est trouvée une chose admirable en faisant une cave en la roche, qui est rouge, à belle pointe de marteau, tant elle est : dure : qui est une terre en ceste roche par 'veines larges de pied et demy, et de proi fundité qui ne se peut suyvre, desque les ' veines on en a tiré des pipes pleines, et est cela tout auprès du grand Bain, au Lyon rouge; ceste matière est blanche comme sscucre et neige et gluante et onctueuse i comme beurre frais ; estant deseichee et s mise sur le charbon, elle rend une couleur d’azur la plus belle qui se pourroit voir. Ceux qui écrivent des minières dient estre une espece d’azur blanc et en y a un certain genre d’azurs que j'omets iey. Et
est la cause « mon jugement qui faict ainsi griller le pavé des Bains. À ce on y porte un bâton pour s’ayder à soubstenir, que on appelle un cheval en terme des Bains. La Briche a trois fueilles de quoy on fait la Justice en l’eau, chose à voir la plus joyeuse du monde, et est le vrai trident de Neptune, et le faut peindre en cestc façon pour le seur. Nos Médecins Françoys ne cognoissent rien ou bien peu aux fossiles pour en avoir bien peu en la Celtique. Ceux de la Belgique sont grossiers, encores qu’il y en ait à planté. Je t’en donneray en mes livres Latins les genres et especes de tous fossiles et compendieusement. Mais maintenant pour un abrégé n’est de besoin aucun; je serai content d’avoir demonslré en ce compendion que les Bains de Plommieres sont en Vosge plus excellents et de plus de facullez que tous ceux qui sont en Italie ; qui sera ample subjcct aux médecins d’y bien adviser, attendu qu’ils ont d’autres effects que la Pharmacie et boutiques d’Apolicaires :
et avdant Dieu, remettray la hvdrothcra-
peutique Medecine en son eslre et vijgueur.
ScAVOiR si l’eauc des bains portée
ou charoyee si loing qu'il la faille rechauffer, a telle vertu que sur le lieu,
\ tant pour le boire que pour se baigner, ou : non , j’ca diray icy à propos en ce chapittre. Quant à moy, je suis de l’opinion et cconseil de Montanus, qui dit que, aqua t thermarum vecta nil prodesse potest , si tee n’estoit qu’estant portée si peu loing (elle demeuras! chaude sans rechaufer; tneantmoins si n’y pouvez vous porter les * spirits, vapeurs et ce qui est le plus précieux, qui est l’ânae, elle ne peust partie faire de ce qu’elle fait sur le lieu. Et d’autant que ces bains sont gracieux et doux , d’autant sont ils plus tardifs à faire leurs effets. Ce que nous conclurons du 9ubjet de ce chapitre, ce distique :