‹ Abrégé de la propriété des eaux de PlombièresChapitre 12 sur 14 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

JE n’ay voulu omettra en ce traité de parler de l’eaue de la fontaine de Saincte Rene d’ Alise en l’Ausoys près de Flavini,où un monde de gens de divers pays arrivent au moys de May, tout l’Esté et bonne partie de l’Automne, et mesmement les verolez en si grand nombre qu’on ne croirait tant de filles au monde vacabondps qu’on en voit là. La propriété de la fontaine (si propriété peculiere ù soy y

est) a esté trouvée par le martyre de saincte Regina. Le vulgaire estime et croyt que les saincts guérissent les maladies qui de noms approchent les noms d’iceux , comme saint Genez les genaucheries et sorccleries, saint Hytrope les hydropiques, saincte Rene ou Regina la roigne et galles, accroissement à ce point là faict par petits libelles de gens qui ont du profit et qui par là se veulent enrichir. Je revere le vray martyrologe, car là, outre les belles et sainctes histoires, outre encores y voyez vous force antiquité. Or soit que ce soit (combien que l’eau soit froide, si void on un grand nombre de ces pauvres verolez : les saincts ne font rien de petite chose), je me transportay là pour cause de examiner ceste eau , et plus pour voir l’assiette de cette ruine de la grande ville et chasteau et rivières que deserit César du siégé d’Alexia. Et se monstre pour cest heure encores le lieu de la cuysine de César, où est une pierre de colonne où y a certains caractères et engraveure que je n’ay peu extraire pour la pluie et hastc que j’avois,

en mémoire duquel lieu et de la très-renommee Augusta ïreYirorum qui est près de Gondrecourt et de Vaucouleur, nommée et appelée maintenant Grand. Il faut que les hermitages et burons enseignent les grandes villes qui ont esté rumees et desolees. A Grand y a encores un theatre, et de ces deux lieux est fait ce distique :

Ad lachrimas oculos convertit Alexia , largos

Augusta ad fletus Treveriana trahit.

Ailleurs nous en avons fait mention , combien que Scaliger, homme seul en France de l’antiquité, die estre autre part la dicte Augusta.

La chapelle de ceste bonne dame est là et la fontaine enfermee, autrement les gorriers la contamineroyent et infecteroyent ; et hors la chapelle y a une auge que le ruisseau reraplist, où toute belle nue la gorriere ou le gorrier se couchent le plus de temps qu’elle le peut endurer, puis un autre alternativement' et successivement. Les aucuns ce temps pendant s’entrejettent de

l’eaue tous nuds et partout on en boit aussi à force à ceste intention, de sorle que aut reprimendo maints se guérissent ou se palient pour quelque temps, ou refrigerent l’humeor aduste et bruslé , et aussi que la verole mesme avec le temps se guérit en aucun et dégénéré en gratelle, de maniéré qu’ils s’en vont contents et nets. La tine s’y guérit , se dicnt. Il est estrange de voir les personnes nuds, hommes et femmes, ce qui se pratique même à Borbonne les Bains entre les habitants dans le bain et au bain du commun, et est se baigner à l’Adamiste. Les gens de faict et d’honneur ne tombent pas en ceste irrevcreuce. A Plommieres toute l’honnesteté d’un Paradis sauvage, et de Vosge, où est la vieille fraternité Gauloysc, rcsjouissance autant qu’il y en a en autre lieu d’Europe. Les gouteux et estropiez de verole se pendillent et brandillent aux grilles de fer de la chapelle pour, pensant s’estendre, se guérir et redegouter. Les goûtes soyent schiatique ou chiragrie ou podagrie et et toutes tumeurs froides et maladies

froides et enfleurcs se guérissent à Borbonne les bains, comme plus amplement l’ay demonstré en un livre imprimé de la faculté et vertu d’iceux.

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