CHAPITRE
Gàlien escrit de l’estât des bains thermiques et artificiels, disant que l’eau neque pota neque extrinsecus adve nient potest solidas partes humectarey et ainsi ne servira de rien aux éthiques. Nous respondrons et dirons que ceste eaue cy n’est plus au rang des eaues communes et artificielles, et y font bien sans double, surmontant celles de Luc où y a de l’argent vif dont plusieurs, pour y estre mal solicitez et pensez, y tombent en hydropisie : on a vcu du vif argent au bain du Chesoe à Plommieres. En Autonne tu verras le pavé du bain de la rive et autres tout argenté comme de litarge, quand le
soleil luit , mais plus en Autonne qu’aux autres saisons de l’annee, chose néantmoins qui ne se peult prendre, qui monstre assez que ce sont pailes et bubes des minières fondues. En cecy tu cognois comme les malades se guérissent divinement plus que naturellement, et à bon droict disoient les Pyroniens que l'on ne pouvoit rien sçavoir ; ils entendoient de choses divines et admirables, non pas des petites comme Parmenides et Melissus qui, pour cause que les éléments se font tous de terre et que de l’un se fait l’autre, ne mettoyent qu’un seul clement pour se monstrer plus subtils et agus et leurs sciences plus recluses. En la seconde édition je te declareray autres choses admirables de ceste matière , n’ayant sur moy mes mémoires qui sont encores à Langres, à cause de la descente des Rheistrcs et rongiments de Champaigue (qui a une maison à Langres , il a un chasteau en France) desquels, en ma Franconymia , se declaireront par le menu les exécrables maulx et forfaicts cy après. Si les Mede-
cins n'ont fait plus ample spéculation de ces termes ni plus grandes recherches, ne s’en fault esbahir* parce que telles matières ne tombent point tant au Médecin qu’au Philosophe, joinct aussi que tout le monde cognoissoit et sçavoit pour lors sur les Provinces à quoy ils serviroyent et à quoy ils nuysoyent. Qui n’est pas à dire que les bains ne soyent divins. Au temps jadis les bains et fontaines estoient consacrées aux dieux et deesses et à preferer aux remedes des Indes et autres nouveautez. Si tu y veux admirer comme elle différé des autres eaux, elle ne rend jamais la personne ni l’effigie de celuy qui se veut regarder dedans , et ne sçaurois dire ce que dit Vergile :
Non sum adeo deformis , nuper me in lit tore vidi.
On s’y lave la teste au bain de la Roine contre les catarrhes et descente observatis observandis , se mettant au dessoubs de la source et par plusieurs reprinses, laissant tomber l’eau sur la teste et nuch du col.
Ce faisant s’acheve la méthode hydro thérapeutique des bains, qui sera plus ample, ayant laissé la prosopolatrie où la Muse sans récompense m’abusant m’use.
De différentiel Plomberij et Borbonij.
Plomberij prodest calidis affectibus unda Thermarum , gelidis Borboniana malts.
Ad Lectorem.
Si paradoxa tibi videantur multa libello , lngenii captum terra profunda fugit.
Ad Lanionerium.
Jn pratis varii flores ut sunt sine certo Ordine , prata meo sic et amœna libro.
Or pour autant que là ils se trouvent des imposteurs Alchemistes, tu auras icy, lecteur, l’epistre du grand Sylvius pour t’en sauver.
COmme l’agriculture donne et suppedite les aliments aux hommes en
santé, ainsi la medecine, les médicaments aux malades. Nature produit scs fruicts à maturité et a perfection, que, qui les deguise, rompt et diminue de leur qualité, propriété etYertu, outre la préparation des grains, et la mesure de chacune chose. Le vin est vin , et a parfaictc qualité , la chair la sienne. Si tu veux tirer la quinte essence, ou Pâme, ou l’esprit des aliments, pour la nourriture, je te prie, dy moy, si tu t’en nourriras ou non. Or Les Alchemistes dient qu’en faisant les décoctions le meilleur de l’esprit s’en vosle et se pert, et que le Médecin et l’Apothicaire sont ignorans de traiter de telles décoctions ies malades. Je respon si un bon bouillon de chappon , et le chappon mesme bouilly, n’est bon aussi, retenant l’essence, et l’ame, et l’esprit du goust de ceste volaille; si un verre de vin n’est pas avec ces esprits , et n’en faut tirer la quinte essence pour nourrir, pauvre Alchcraiste, aucunement. Si donc pour la nourriture ne faut tirer l’essence des vivres, ainsi ne faut il penser que les médicaments n’ayent de
nature leur propriété et qualité entière , comme la rucbarbe, casse, manne, myrobolans, et de toutes les autres classes des remedes Si tu en tire l'essence, l’huile, ou la cervelle, et moüelle, tu les despouilles de leur bien particulier, comme si pour le pain tu prends l'essence du pain. Les pierres précieuses n’ont-elles pas une divine propriété spécifique? En veux-tu tirer le Mercure, le Momie, et quelque Dæmon , pour faire miracle? Mon Biazo les déguisant , tu leur oste ce que le eiel et nature leur avoyent donné de qualité peculiere et celeste. Tu diras que les aucuns médicaments sont veneneux comme la colocynthe et qui requièrent correction, ouy bien, non pas distillation, sublimation, précipitation, ny ouvrage aucun Alcheraique. Si les médicaments comme la colocynthe et scammonnee sont dangereux, la quinte essence ne demeure elle pas plus pernicieuse et dangereuse que la colocynthe et scammonnee entière et sans correction? Autant en feras-tu des métaux et de ton or sorbiic ci potable qui est un
poison, or ta attestanlar suis principiîs. Les douleurs et goûtes incurables et spasmes de ceux qui fondent les lettres, monstrent la vénénosité des métaux. Altérant les especes, ne leur changes-tu pas leur bien de nature et leur propre que Dieu leur a donné? Les especes des métaux sont toutes parfaictes, le plomb ne devient jamais estain , ny le cuyvre argent. Comme les pierres, se falsifient aussi tous les métaux , non pas qu’une espece se fasse d’une espece. Une vache ne devient jamais une jument, un coq un cigne. Quant aux Philosophes ils n’ont besoin de tels escrits. Mais les cerveaux legiers et qui ne sont artistes aucunement doivent lire cestc epistre pour ne point d’ores en avant tuer les personnes impunément. Les aatimoniacles pour leur profit occient tout le monde. Les gros soupiers et vineux , qui ont le gardemangier tousjours plein , en acheptent quelquesfois ; ils tirent des corps comme la pouldre de Mercure, sans élection; les secs, et sobres y demeurent.
L’Antimoine a faict mourir un million de
personnes qui avoyent la fievre quarte, donné au commencement, ce que j’ay veu, et raesme un médecin en a tué deux de ses enfants propres, ou à sa femme. Il ne sert en peste (peste n’est autre chose qu’une fievre synechesterique , comme j’ay demonslré en mon livre de la peste) que pour haster les corps au tombeau. Or bien voyla pour ceste haute piece, et est composé ou de borax naturel ou arfficiel et de stibion , qui sont fossiles du tout ennemi à nature, encores que tu les mettes à telle sauce que tu voudras. Duchesne, voyant qu’il ne peut excuser son maistre Parastultus ou Parinsulsus (cum Barbaris Barbare agendum) en ce reagal, recourt à une teincture tant impossible à faire comme dangereuse à en user. Si tu veux faire l’experience de l’essence, comme de therebentine, mets en sur un ais espais de trois doigts, et tu la verras passer et transpercer le dict ais. Or pren telle besogne pour ecurer ton estomac; mais il faudroit prendre un corselet à l’espreuve par dedans. Gentille escholc de gens qui sçavent
bien qu’ils ne guériront pas, mais ils se payent en drogues comme tous eoursaires qui demandent XXX ou XL escus et chaptent des remi des pour dix sols. Ils font outre plus du vif argent une ambrosie qui est un secret des secrets non relevable à personne. Je sçay que plusieurs en ont usé qui en sont demeurez si sourds, qu’un coup de tonnerre tombant près de leur maison, le prenoyent pour un coup de marteau à leur porte. Le bon hermite le tient chaut neanlmoins. Voyant monsieur Aubert médecin Lyonnois avoir bien apertement demonstré la sotte frénésie de tels fols, je u’en diray davantage et partant eoncluray, ayant jetté encores un ou deux articles en avant. Le bon Théophraste parle des bains naturels comme un vray idiot, non plus comme un médecin. Monsieur Paré est à aymer, à priser, qui facilement et doctement parle et escrit de toutes les parties de la chirurgie et de ces expériences, par tesmoignage de docteurs fameux , et la pluspart aucteurs. Autrement on se moque des Médecins qui se
vantent comme ces Theophrastiens de ce qu’ils n’ont jamais veu ni seu faire. Ils guérissent des ladres , mais autant pour le brodeur. Ils ne sont aucteurs ni inventeurs de telle doelrine, comme le te declareray en ma seconde édition de la chirurgie de Sclopetis. Car Remundus Lulius en est celuy qui leur a mis en mains ces songes-là. Qu’a fait la postérité, n’en a fait que rire comme de choses servantes plus tost à farces qu’à doctrines. Et partant ne faut estimer que la medecine ny les vrays remedes se peuvent tirer de fourneaux de ces détestables Orchimistes. Je n’oubliray qu’ils se trouvent des parties atrophiées par l’usage de ce beau cresme pour avoir esté bruslees et rosties par l’application de telle belle substance, par Toper lion d’un bistre proserpineux Lyegeois. J'ay en mes poemes comme le corps n’est basti que de quatre elemens ; si ceste matière s’appelle le cinquième element ou essence, à qui peut elle profiter, et à quelle qualité, et à quel degré? O monstre en opinion ! Celuy qui n’entend le Grec,
ny le Latin, ny l’Hebrcu, veut exposer la Théologie à sa fantaisie , comme ces pauvres diables icy la Philosophie, la Chiruret la Médecine, et s’estiment seuls Physiciens, et sçavants Vulcains.
De Paris ce jour premier d’Aoust. 1576.
SYLVIUS GESNERO S.
Uæ tu ex tuo Evonymo ad me misisti, mi Gesnere, experiri votui in surdi aures. Apparato (ut putare debes ) corpore , quantitatem à te prescriptam infudi, qua religiosè perpensa nihilominus tamen in rabiem œgrotum meum peregi.
Cujus miser tus, quousque mitigaretur do lor assedi; surditas tamen major remansit. In aliis affectibus tua causa magis quam ratione et fide sine aliquo emolumento sum timidius expertus; sed vitiantur ab hoc chimerico neclare cum partes externœ tum internœ magis quam curan -
tur, utpole quœ exuuntur à suo domestico et nativo colore hostis tam crudelis adventu. Quamobrem hoc ex me pro Aphorismo ha.be : Nostra debiliora et moi liora corpora esse quam ut feront liquores chemitos. ld quod jam multos annos pluribus arguments docui. Lutetiœ 20 Maij i543.
Fréquentant la maison de Syîviui, j’ay de sa main ceste epistre. Monsieur Duret, et Monsieur Brigard , sçavent comme il avait en horreur celà. Monsieur Miron , premier médecin de la majesté Royale , fera faire arrest de telles impostures et nouveauté. Monsieur Capet respond et reprend le tout.
Corollarium.
Pro claro igné nigros fumos Paraceltus adornat
Et quœ Plutonis pharmaca dira parat.
En telle belle exercice, il y a beaucoup de despense et en beaucoup de choses peu qui vaillent. Quand on est jeusnes et
fols, ou viels sans avoir acquis sens et jugement par les autheurs Philosophes, on se laisse aller au premier vent. Lisant Rémond Lulle, je pensoys que par là les hommes se pourraient rendre immortels et retenir au Paradis terrestre; mais en faisant l’espreuve , vous trouverez le tout inutile, frivole, perte de temps, d’aage et d’argent et en ce, selon le proverbe ancien : les quatre aages se passent sans sçavoir qu’on y passe. Que s’il y a en l’Alchemie, c’est-à-dire, l’art qui n’est mie quelque secret ou effect , n’est pas pour la Medecine, ains pour quelque autre pratique, comme le moine qui trouva la poudre et le canon, ne les pensant pas trouver, ains faire quelque autre chose. De faire baume chemique pour les coups de harquebuzes , et autre operation, et les traicter alchcmiment , ne faut doubter que c’est tuer les hommes à crédit. Ce que je demonstrerny en la seconde édition de ma chirurgie des coups de guerre. Tous les médicaments corrosifs mortifient la partie dont s’en ensuit gangrené. Par plus
forte raison l’essence. En Granade, en tels coups et ulcérés, le premier remede qui se pratique (s’il n’y a hæmorrhagie) est de faire fomentation de laict ou injection de laict avec sucre rosat en pouldre, pour ne point estaindre le résidu de la chaleur de la partie du tout, comme font nos essences et ægyptiacum, ains pour la ramener à la bresche d’où elle a esté repousee, et ainsi la reflaitant tout doucement, elle se r’as* seure en sa maison et repousse l’ennemi se guérissant. Remede que tu trouveras par expériences singuliers et necessaires. Nous en dirons davantage en temps et en lieu. J’ai veu mourir deux lepreux par certains sublins parastûlticiens qui avoyent entreprins de les rendre sains comme santé mesine. La mort leur coustoit cher avec la vie perdue et en bref temps. S’admuser à rabattre les coups de ces pecuine* brutes par le menu serait perdre le temps temerairement. Ferons donequeg conclusion de tout çe petit traicté. Que les bains de Plomraicrcs sont plus aisez à prendre que les médicaments x et découvrent le&
maladies que la partie symiotique ne peut découvrir, soyenl simples les dictes maladies ou composées, nouvelles, recentes ou inveterees. Et qui est plus admirable, c'est que où les remedes de la pharmacie sont vaincus et de nulle faculté ny de nulle efficace, la piscine ne l’est pas. De descendre dans ladicle piscine et de s’y laver n’est pas cogneu à tous Médecins. Car il y a trop de chose en ce faisant, qu’on ne sçauroit escrire, pour cause de la particularité Idiosyncratique des individus.
Maints se contiennent et plaindent de ce que l’eau n’est tant diurétique que celle de Luc ou de Tongrcs et Spa ; lys Pline de ceste fontaine. Mais celle-cy les emporte, en raison qu’en vous baignant elle provoquera les sueurs grandement , ou faicte crise, ou autre évacuation insigne qui emporte les maladies. 11 est impossible beaucoup pisser et beaucoup suer, ou vomir, ou avoir flux de ventre, par ensemble; ce point est debatu en Philosophie, joinct aussi que les uns font leurs effecta d’une sorte, les autres d’une autre. Or
assavoir mon si ces eaues tant aperitives bcucs en quantité froides peuvent faire (les rendant comme on les prend) ce que fait Plommieres en se baignant et en beuvant, non véritablement. Car ces bains qu’on boit seulement ne font que passer soudain et n’evacuent rien que ce qui est dedans l’eslomach , au foye, de là aux reins , et à la vescie. Parquoy on me confessera que cesdicts bains là ne servent à autre chose, ny à autres affections et maladies , qu’à celles qui sont en ces pièces dessus dictes. Plommieres, au contraire, resoult la glace et tout ce qui est congregé et grunié dedans les plus abstruses parties du corps en baignant et beuvant, et sera la fin et l’arrest que le baigner est plus salubre, plus sain, seur et trop meilleur que le boire simplement, et sera ce verset icy pour reigle en medecine :
Non lotium mullum et sudores provocat una
Lympha, lavacrorum tulior mus erit.
Plusieurs sc pourront rompre la teste et
l’entendement pour, par émulation et par envie, contredire à ce que j’ay icy réglé et establi par expériences et observations.
Quand ils les auront autant pratiqué, veu et reveu tout le temps propice à les prendre que moy, ils seront plus en esmoy et plus en doute la quatrième ou cinquième annee que la première, d’autant que la raison s’y trouve de plus en plus empeschee et en opinieuse doubte. Je ne veux estre du tout creu en ceux cy ny en ceux de Spa, ny de Borbonne pour vouloir dire ce qu’on ne croira pas legerement et mesmeaux escholesergotiques. Mais Monsieur Miron, premier Médecin et Conseiller du Roy, s’est transporté à Spa, proprie et tout exprès pour ne croire par la foy d’autruy ce qu’il en faut croire, mais par la sienne mesme et propre creance (il le faudra mieux croire que ceux qui en ont babillé y a long temps pour y avoir poryé tout l’Àri'stole et Galien avecCop), où Monsieur Brouet, Médecin de Monseigneur le Cardinal de Borbon, y estoit jà de longtemps pour plusieurs bonnes considérations;
ainsi sçauras de Lyege tout ce qu’il en faudra sçavoir; d’autre costé s’est acheminé Monsieur Alexis, premier Médecin de la Royne, homme qui n’ignore rien de l’antiquité, et qui en fera assuré jugement, puisque c’est son but de ce faire; 'Monsieur Mauron lui en a raconté ce qu’il )y a veu. Monsieur Rousset, Médecin sea- 'vant et expérimenté de feu Ma Dame de t Ferrare, y estant, délibéré en faire part à I la postérité de toutes ses soigneuses et dii ligentes observations. Ainsi aurons nous i un de ces jours une eschole gallicane tout chant la Medecine absoute et parfaite en
• toutes ses parties, comme avoyent les Rhodiens , ceux de l’Isle de Cos, et ceux des
• Cnidiens, qui flotissoyent à l’envy l’une de l’autre pour par leurs sciences s’accommo-
1 der à leur climat. Car la région, les lieux, les maniérés de vivre, et les hommes tous ■ dissemblables à chacune province, requièrent science propre et peculiere. Il est aisé disputer des vents qui battent la France et les Gaules, des herbes qui s’y trouvent, des maladies qui y régnent, et
en recevant ce que les Médecins des Provinces en manderoyent , en conclure p ir belles journées et dispute. Dieu veuille donner repos à noslre bon Roy pour ce faire !
Dedans brefs jours je raettray en lumière les Adages ou Proverbes de Salomon de Vosge, et un livre de l’origine de la rhyme , aydant mon Créateur, que je supplie par sa divine bonté me donner plus de grâce et de sçavoir pour survenir à ces ouvrages et infirmes créatures.