CHAPITRE
REste à dire de la maniéré de prendre les bains, qui est une roture de nos Belges retenue de toute antiquité. Le matin on se met au bain ; mais parce que le soleil vient tard à visiter les Ions des valees et que la matinée parfois y y est dangereuse et le serain, aussi n'est bon y aller trop matin. La Justice et police de Neptune y est mieux et avec plaisir, qu’elle n’est en maints sieges présidiaux. L’homme y entre avec des maronnes ou brayes , la femme avec sa chemise d’assez grosse tô le ; la trop deliee découvrirait ce que le bain ne veut voir. On se baigne peslc meslc, tous ensemble d’ale-
.gresse joyeuse. Les uns chantent, les autres jouent d’instruments; les autres y ; mangent, autres y dorment, autres y dan- .cent de maniéré que !a compagnie ne s’y ennuye point, ny jamais n’y trouve le itemps long. Y estant par demie heure, et testant cschauffé, vous beuvez un verre, tdemie livre, une livre à une fois, deux liwrcs plus ou moins, toute chaude ou bien [peu refroidie , plus en vous baignant s’il wous plaist et pour oster la soif, toute reffroidie et selon le malque portez. Si on ss'y trouvo foible d’estomach et de cueur, con y met par fois une culeree de vin, plus cou moins. On les prend une heure, deux ! heures, trois heures, quatre, plus ou moins ïselon la force du patient. Mais si ne s’y f faut il laisser affoihlir ny évanouir pour ! les bien prendre à la longue, et les faut accoustumer petit à petit, et selon que la imaladie le requiert. Ce fait, on a son linge iblanc chaut pour vous en retourner, combine vos hostcsscs vous enseignent, et vous • en venez coucher, et suez s’il est de besoin, où estant remis prenez clystere de
l’-ea'uc du bain pour la décoction ; on disne, on joue après disner six heures ; vous vous remettez aux bains comme devant, qui sont, se baigner deux foys le jour. Il est impossible de pouvoir prescrire le temps à un chacun de sa digestion , ny aisé de dire combien de temps on doit estre sans manger apres avoir prins medecine. On trouve estrange qu’on se tienne tous ensemble , pour diverses affections et passions , et comme dient les authours que la contagion en est dangereuse. Jamais icy on n’a veu advenir aucun inconvénient ; la raison est qu’il se fait si grande évacuation et transpiration, que les arteres n’en peuvent rien attirer, veu aussi que l’eau est courante , que le bain est très spacieux , et que les gens d’honneur ont leurs loges contre le chaut, et contre la pluye, au-dessoub§ de la source* loing du vulgaire qui veut. Les grands font tendre un cordeau de rive en rive pour empeschcr ledit peuple à les approcher. Les Belges, Alemans et Suisses y sont jour et nuict beuvans, ritillans, dormant», et si long temps qu’ils ayent at-
taint le nombre des heures que leurs Médecins leur ont prescriptes et ordonnées, qui est un erreur rididule et pernicieux. Car il te faut tant prendre le bain selon ton mal , que tu y voye une espece de crise ; autrement n’y feras rien. L’urina s’y trouble comme si c’estoit de l’eaue d’un homme en fievre putride, qui te rend à attendre la dicte crise. Reiglo qui n’a encores f esté traictée ni cognue que par mon ad- ' vertance : quand le mal des reins et le ne- I phretis tormentc et que le calcul descend [par les ureteres, on n’a esgard ny au jour i ni à la nuict, et y va on à toutes heures, et si longuement qu’on en ayt sa raison.
ILes bains n’effectuent pas en quelques (personnes et maladies sur-le-champ (et de ifaict on n’y va que pour maladies chroniques, longues et incurables par médicaments) leur puissance et vertu, ains avec le temps, comme vous diront Suisses , 'Alemans , qui les ont pratiquez y a trente ou quarante ans, et y reviennent tous les <ans. Les jeunes femmes Àlemandes, Belsgiqucs et Suisses n’aymeront jamais leurs
maris, s’ils ne les meinent une fois en leurs premiers ans aux bains à Plommieres et bien baigner. Mais c’est pour le plaisir et non pas par nécessité. Qui y a besoin n’y doit point mener sa femme, ni la femme le mary, car il s’y fait trop grande resolution des forces pour combattre, selon le dire des anciens. Balnea et uxor pulchra, non bene conveniunt ad recuperandam sanitatem, hoc converlitur, combien que les bains ne peuvent servir de mary nisi par accident. Les aucuns Alemans dient qu’il ne s’en faut retourner des bains que la bource ne naige sur l’eaue ; lors ils dient qu’il est temps de s’en aller. Pour y durer plus long temps on ne tient le bain si chaut et le tempere on comme oo veut, mais pour bien faire n’y faudra mettre ny faire venir la fontaine froide comme on fait. Les escumes qu’on y voit noires ou favilles aut recremcntum plumbi, ne sont que le limon de l’eaue froide qu’on y met, qui est cuict par la chaleur de l’eau chaude, comme apert à ceux qui le considèrent philosophalcmcnt : les femmes portent es-
ponges pour mettre sur leur eslomach et pour s’esuier, autres du linge. L’eaue est chaude aux dessus, et souvent quand il y a trop d’eaue froide ou non chaude au fonds, qui montre que la vertu magis est in vaporibus et famis qui albi sunt et simi les iis qui ex calce aqua superfusa oriun tur , ou semblables aux exhalations et halits qui sourdent du plomb calciné. On sent aux yeux une mordication en se baignant ; mais cela vient plustost de la sueur qui y tombe, ou des vapeurs que de l’eaue. Qui m’a mis en admiration les années passées plus qu’autre chose, si le temps n’est pluvieux, ne s’y voit fumee aucune; au froid , au contraire, qui est une chose naturelle pour la densité de l’air en ses vallées , la fumee y est si grande qu’on n’y voit goûte du gravier bruslé qui sourd de la source; nous en parlerons autre part.
1 Ces bains cy sont comparez au Printemps tpour estre chaux et humides, ceux de IBorbonneà l’Esté; et y est la chaleur semblable à nostre chaleur naturelle, de laquelle estant fortifiée, fait des effects mer-
vcilleux. Combien qu’Oribasius die tous bains naturels eslre chauts et secs, ceux cy sont hors de son compte sans doubte, et ceux qu’ay veu en Espagne desquels la minière et le fossile est de gyp. Les eaues d’Espaigne pour ceste cause engendrent force egrouelles, ensemble la pluralité d’herbes qu’ils mangent ordinairement. La dispute est dedans Galien, quod propter fuliginosornm excrementorum et fumorum extractionem et vacuationem potentiel réfrigérant. J’en ay veu de froide température , ayant fort usé de vin blanc de la Belgique qui n’est qu’eau et froid , gens qui en sont tombés en diarrhée ou en esprison. Autres ceremonies n’y a sinon que de cinq en cinq tours, de plus ou de moins, il se faut ayder par clysteres ou purgations s’il est de nécessité, et non nécessité , si vous en voulez trouver proufit et guérison.
Avant que do prendre les bains, j’entens qu’on se soit préparé et saigné, purgé, premièrement selon l’exigence de la maladie et par un homme pratique. Il est mal aysé à faire un bon praticien, et quand
on en sçait un , il le faut chercher (ceux qui font faire diele à leurs malades ayant que les mener aux bains, sont gens sans voix en medecine) par tout le monde, et qui a l’experience des bains sans y mener des malades à la volee, et y estant ne sçavoir ce qu’il y faut faire, ny par quel bout commencer, et mettent en frais les personnes et gens de bien. Maints ont escrit de ceste matière, mais je demande si jamais homme, soit Grec, Arabe, Maure, ny autre, ay fait ceste doubte à sçavoir où estait la yertu ou en l’eaue, ou en la vapeur, ou en tous les deux qui est la quinte essence du bain, et en laisseray à la postérité ce distique :
Non ab aquis virtus thermarum tota vapore
Prodit , sed vires fossile vube facit.
Gesnerus et autres parlent des colcuvres, s’il y en a beaucoup en Automne plus qu’au Printemps ; elles ne font rien et le pays est trop hanté à ceste heure , pour en voir comme on en a veu par le
passé; davnnture si on en estoit mordu, ne faut que se mettre en l’eaue chaude, et guérissent; ce que jamais je n’ai veu advenir.
Si le malade y mouroit , tous ses meubles, soyent chevaux et autres choses, viennent et sont au curé. Il en y va pour mourir plus doucement et sans conseil do bon Médecin. Mais pour ne point tomber en cest inconvénient, on transporte les meubies à Remiremont ou aux villages , villes et autres lieux circonvoisins, ou les malades mesmes pour ne se point mettre en peine de composer avec le religieux curé. La raison que le curé a tout , la cure est fondée là dessus sur les parties casuelles.
Nous viendrons doneques au régime de vivre, avant que de passer plus outre.
L’eaue est si doulce, si suave que les femmes enceintes se baignent tout durant les neuf mois, je parle des femmes du bourg, et des circonvoiiines en temps de plaisir ; et quand l’enfant est hors du ventre de la mere, on le porte laver là dedans et mi-
gnarderaent. Au cueur d’hyver les habitans venants des foyres et marchez, s’ils y peuvent aller (les neiges les tiennent assiégez bien souvent), au lieu de s’eschaufer se dépouillent et se mettent dans les bains chacun à son plus proche.