‹ Abrégé de la vie de M. Olier [microforme]Chapitre 10 sur 20 · CHAPITRE SECOND · texte numérisé non relu

CHAPITRE SECOND

Ce que‘fit M. Olier dans la Paroisse de Saint-Sulpice.

La paroisse de Saint-Sulpice, la plus grande qui fut alors, surpassait, en étendue et en nombre d’habi.

LE Nath: Le:

e USER ETES Rate ne a, * e * . PP RE Dome Lara gro Demi nca

FE

h; qu 1] qi:

tants, les plus grandes villes du royaume. Située dans le faubourg Saint-Germain, elle formait, depuis un temps immémorial, une ville à part, et était

* soumise, non aux magistrats de Paris, mais à la

justice de l’abbé de Saint-Germain, qui en était seigneur; mais celte justice était trop mal administrée et trop peu redoutable pour effrayer les malfaiteurs ; aussi s’y refugiaient-ils à l’envi, attirés par l’assurance de l’impunité. Cette paroisse était devenue, par suite de cette même impunité, la sentine non seulement de Paris, mais de toute la France : elle servait de retraite à tous les libertins, athées et autres personnes qui vivaient dans le désordre et Pimpièté ; enfin la dépravation en était

. venue à ce point qu’on vendait publiquement, à une ‘

des portes de l’église, des caractères de magie, et d’autres inventions superstitieuses et diaboliques. “ Nommer le faubourg Saint-Germain, écrivait ‘6 M. Olier, c’est dire tout ‘d’un coup tous les ‘ monstres des vices à dévorer à la fois.” | M. de Fiesque, qui était alors curé de Saint- Sulpice, désespérant de porter à tant de maux. un remède efficace, résolut de se retirer. Il avait souvent entendu parler des ecclésiastiques réunis avec M. Olier à Vaugirard, et qui avaient déjà donné tant de preuves de leur zèle pour le salut des âmes ; il pensa donc à prendre M. Olier pour son successeur. Mais à la première ouverture qu’il lui en

fit, il le trouva effrayé d’une charge si pesante, et,

malgré les plus vives instances, il ne put le déterminer à accepter son offre. M. de Fiesque ne se rebuta point ; il fit agir plusieurs personnes de con-

Située lepuis

était js à la

était admier les |, attiroisse unité, ute Ja eriins, e dé- | était

à une ‘

rie, et iques.

rivait us les

Saint- X- un t souavec donné Ames ; ccesui en e, et, déterne se CON-

Sidération, entre autres saint Vincent de:Paul, qui parvinrent à ébranler M. Oflier ; à la fin son confesseur lui fit un commandement d’accepter la cure de Saint-Sulpice. Ne doutant plus alors de la volerté divine, il alla s'offrir à la très-sainte Vierge, pour la prier de l’aider à porter ce fardeau. ‘ Pros-

‘ terné à ses pieds, dit-il, je-me suis trouvé en :

‘6 esprit comme une pauvre victime, abandonné à ‘€ sa conduite, pour devenir ce qu’il lui plairait; ‘ car il me semble que c’est dans cet esprit que “ Dreu veut que je le serve, c'est-à-dire d’hostie

‘6 dédiée à sa elite, toute prête d’être égorgée et:

‘6 immolée pour son amour. Maintenant que

‘ noùs allons. prendre la cure de Saint-Sulpice,

Dreu, ce me semble, me manifeste ma vocation, qui est de ranimer partrois moyens la piété chrétienne ; le premier sera l’instruction et la sancti- ‘ fication du peuple ; ie second, la sanctification ‘des docteurs et des prêtres ; et le troisième, la ‘ formation des jeunes clercs. Je séns de .si

%yrands désirs de sauver tout le monde, de ré.

panüre le zèle de l’amour de Dreu dans tous les

‘6 cœurs ; je pense tant à ayoir mille sujets pour

‘6 les envoyer porter ‘partout l’amour de Jésus-

6 Curisr et l’honneur du très-saint-Sacremént !; ‘ et juan je considère que la cure qu’on me pré-:

‘sente pourra servir à cela, et à communiquer ce “ zèle à Paris et à toute la France, je suis ravi de ‘6 ‘joie et je ne désire plus autre chose que de faire

‘ plorifier mon maître, surtout dans ce mystère où

il a été si ménrisé.” Cependant on'fut étonné à Paris de l'etrepri

“ L notes sont

de M. Olier. Chacun était persuadé que la réforme d’une paroisse, aussi vaste et aussi dé” ravée que l’était le faubourg Saint-Germain, surpassait de beaucoup ses forces et celles de ses coopérateurs, Les parents de M. Olier, jugeant des dignités ecclésiastiques par l’éclat qui les environne, se crutent aussi beaucoup humiliés de l’acceptation qu’il venait de faire d’une cure d’un faubourg de Paris. Sa mère, encore plus blessée que les autres de Je voir curé, après qu’il avait refusé l'évêché de Châlons, vint à Vaugirard, et lui fit des plaintes vives et amères, bien propres à l’ébranler, s'il eût ‘été moins invariablement résolu à n’écouter que la voix de Dieu. Sans différer davantage, M. Olier commença une retraite pour se disposer prochainement à son entrée dans le ministère pastoral. Dreu lui donna alors un amour extraordinaire pour ea croix, et lui fit connaître qn’il en aurait un grand

nombre à porter dans la cure de Saint-Sulpice.

Enfin, le jour de l’Assomption, commença l'éta-

blissement du séminaire ‘de Saint- -Sulpice et celui

de la communauté des prêtres, qui devaient partager avec M. Olier les. fonctions pastorales. H présiaa lui-nrême au milieu de son clergé, à l'office et à la procession solennelle, et chacun admira le profond recueillement et la modestie angéliqne du nouveau pasteur. M. Olrer n'avait alors que 34 ans.

: Regardant cette paroïsse comme un champ que .

Dreu lui donnait à cultiver, le serviteur de Drau le pertagea en huit quartiers, qu’il consacra chacun à

fa très-sainte-Vierge, sous le titre de l’une de ses

” fêtes. Il nomma pour chacun des huit quartiers

paste

un f paro enjo sur

habi natif chef mois ticul conn dans des ; dom

«deva

Igno dans vond autre ticul géné

chac aux

réavée it de surs, 3 eC-

cruqu’il ’aris.

de Je & de 5 Vi | eût ue la Olier ainer toral.

pour orand Ipice.

l'étacelui F pars.

office ira le ne du anse.

p que -

EU le cun à

le ses

artiers

un prêtre qui devait veilier spécialement sur les paroissiens renfermés dans cette circonscription. Il enjoignit à ces prêtres de prendre des informations sur les nécessités spirituelles et. temporelles des habitants, et, pour cet effet, de dresser un état nominatif de toutes les personnes, au moins de tous les chefs de famille, et de le renouveler tous les troig mois. Îl désigna encore, pour chaque rue en particulier, une personne de piété, chargée de faire connaître les désordres qui pourraient se trouver dans les:ménages, ainsi que le nom et la demeure des personnes de mauvaise vie qui auraient leur domicile. dans cette rue. Le prêtre de quartier devait tenir un mémoire exact des pauvres, des ignorants, comme aussi de tous ceux qui vivaient dans l’éloignement des Sacrements, et. dont. la conduite scandaleuse pouvait être, pour plusieurs autres, une occasion de pêché. D’après létat particulier de chaque quartier, il fit composer. un état général de la paroisse, afin de ressembler au bon

pasteur, qui connait toutes ses brebis et les appelle

chacune par son nom. Les prêtres des quartiers, auxquels ilen associa d’autres, au nombre de dix ou douze, devaient visiter assiduemenit leurs malades, en sorte que ceux qui étaient en danger ne demeurassent jamais deux jours sans être vus, de leur confesseur, pour recevoir de sa bouche quelque parole de salut. Outre ces prêtres, M. Olier en désigna d’autres pour porter aux malades les sacrements d’Eucharistie et d’Extrème-Onction,

d’autres. pour les baptêmes, les mariages et les

NpAltUres, plusieurs pour donner conseil anx : 4x

paroissiens, d’autres pour recevoir leurs confessions à quelque heure du jour que ce fût. Pour sufire à une moisson si abondante, M. Olier, dès son entrée dans la cure de Saint-Sulpice, s’était adressé à la très-sainte-Vierge, son recours ordinaire, et Pavait priée de lui obtenir de son divin fils des prètres selon son cœur. Le ciel l’exauça très promptement de la manière la plus sensible. ° La communauté compta bientôt cinquante prêtres, tous rémplis de zèle et de ferveur, uniquement oceupés à procurer la gloire de Dreu et le salut des âmes Pour ôter aux libertins toute occasion de décrier la maison et Ja rendre ‘inaccessible à la calomnie, M. Olier dé fendit qu’on’ y laissât entrer les femmes, sous quelque prétexte, et pour, quelque raison que ce fût. Il régla aussi que toutes les rétributions offertes par les fidèles aux: ecclésiastiques de la communsaté seraient mises en commun, et que chacun se contenterait du vêtement et de la nourritnre, et, afin de leur faciliter la pratiqne de ce détachement, il leur en donna constamment lui-même l’exemple.

Dans la place que j’occupe, écrivait-il, je dois recevoir les offrandes d’une main, et les donner de l’autre, fournir aux riches matière de donner à Notre-Seigneur, et donner à Notre-Seignenr en entretenant ses membres (soufirants) ; ne rièn m’approprier enfin de ce qui viendra de la cure, mais en appliquer une partie aux pauvres, une partie à l’entretien des anciens prêtres, et Pautre à la communauté.” Dreu bénit cette communauté naissante, et inspira à tous ses membres l’amour et la pratique du désintéressement, qui fut le caractère particulier de la maison.

sions ufire \ ns ss6 à t Pa- ‘êtres ment auté

is de :

curer ôter on et r dé quelt. Il y par uté conin de leur nple.

dois nner nner nenr ; ne le la vres, , et cette EM

rent,

L’ignorance des choses du salut où vivaient la plupart des paroissiens, parut être, au serviteur de Dieu, celui des maux de sa paroisse qu'il fallait guérir le premier. Depuis long-temps le ministère de linstruction y était si négligé, que même Îles pères et les mères, la plupart aussi peu instruits que leurs enfants, ignoraient jusqu'aux premiers éléments de la doctrine chrétienne. Il fallait donc annoncer et expliquer tou .s nouveau lPEvangile aux petits et aux grands, et, pour réussir dans une entreprise si difficile, M. Olier établit divers catéchisines. Outre celui de l’église paroïssiale, il en distribua douze autres dans l’étendre du faubourg. Tl établit des instructions et des catéchismes particuliers pour les domestiques et les pauvres, pour les vieillards et les enfants. Il voulut lui-même exercer ce ministère dans son église paroissiale; à l'égard des plus jeunes enfants, et il s’en acquittait,

disent les Mémoires du temps, avec un amour et une

humilité admirables. Rien ne consolait tant ce zélé pasteur que le changement qu’opéra bientôt cette dispensation si bien ordonnée du pain de la parole, à laquelle quatre mille enfants, trois ou quatre cents pauvres et un nombre immense d’autres personnes de tout âge et de toute condition participaient à la fois. Il s’occupa aussi, d’une manière spéciale, des maîtres et des maîtresses d'école, et les assembla plusteurs fois pour s’assurer s'ils connaïssaient bien ce qu’ils devaient enseigner eux-mêmes aux enfants.

La conversion des protestants fut aussi l’un des

premiers objets de. la sollicitude de M. Olier. Ils

étaient en si grand nombre dans sa paroisse, ét y vivaient avec tant de liberté :que le faubourg Saint- Germa n.était communément appelé la petite Genève. : Pour les préparer à la grâce qu’il désirait si ardemment leur procurer, il établit des conférences publiques et particulières, et appela pour cet: effet auprès -de lui des controversistes d’un mérite et d’une piété incontestables., La bénédiction de Dieu Sürpassa toutes ses espérances, car il eut pendant long-temps la consolation d’en voir chaque jour-plusieurs se convertir. M. Olier était surtout attentif à pourvoir aux besoins de ceux qui, après leur abjuration, n’avaient plus, pour subsister, d’autres ressources que les aumônes des fidèles : 1l fournissait à tous avec une charité inépuisable. Craignant que les écrits que les protestants répandaient dans Je public ne vinssent à affaiblir la foi dans quelques catholiques, il établit pour ses paroissiens une librairie publique, qu’il eut soin de fournir des meilleurs ouvrages. Il s’efforça aussi d’aboiir quelques excès et superstitions que les hérétiques faisaient passer pour des dévotions de l’Eglise catholique ; les ministres ayant même l’impudence de débiter en chaire une si atroce calomnie.

Ce charitable. pasteur qui savait se faire tout à tous, ne témoignait à personne autant d'amour qu'aux pauvres, sous l’extérieur desquels Jésus- . CHRIST aime à se cacher. On voyait de ces pauvres se rendre en foule à son. presbytère, les uns traînant avec peine un corps à demi brisé ; les autres p-esque sans vêtement exhalant la mauvaise odeur qui's’attache à l’indigence. Non content de

les recevoir avec la douceur et l’affabilité d’un père qui fait accueil à ses enfants, il les invitait, il allait au-devant d’eux et les cherchait même pour leur prodiguer toute sorte de secours. Deux jours de la semaine, il faisait donuer la nourriture à un grand nomnbre de mendiants, qu’on a vus quelquefois jusqu’à neuf cents ; et souvent, pour les vêtir, il faisait acheter de la toile et des étofies. Outre ler pauvres ordinaires, il nourrissait quinze cents pauvres honteux. Pour subvenir à tant de besoins, M. Olier établit une compagnie de charité : il convoqua à cet effet une nombreuse assemblée de personnes de toutes conditions, dans la salle du presbytère. Il exhorta les uns à retrancher leurs dépenses superflues ; les autres, à se priver de ce qui n’était pas absolument nécessaire. Enfin; faisant un appel général à la charité de tous, il entra dans le détail des nécessités des pauvres, qne chacun pouvait soulager selon sa condition, et demanda à ceux qui n’avaient rien autre chose à offrir, de consacrer leur temps à cette chäritable entreprise, ajoutant que les conseils qu’on peut donner aux indigents, et les soins que l’on en prend, sont souvent, pour eux, l’aumône k plus profitable. Dieu bénit les paroles de son serviteur. Elles firent tant d'impression sur. l’assemblée que plusieurs donnèérent sur-le-champ des sommes considérables, la plupart s’engagèrent pour une certaine somme chaque mois, e‘ tous offrirent encore leur temps, : leurs soins et leurs peines. : Mais ce fut surtout pendant la guerre de Paris que la charité de, M: Olier pour les pauvres parut inépuisable. Lorsque la Reine

régente, par une résolution contraire à sa douceur, eut ordonné le siége de Paris, pour réduire les mécontents, et que la disette commença à se faire sentir dans cette ville; M, Olier assembla les notables du faubourg, et prit des mesures pour pourvoir au soulagement des pauvres. Ensuite il fit la visite générale de tous ces indigents, dont il trouva quatorze ou quinze cents ménages, tous réduits à la dernière nécessité. Quelque grand que fut ce nombre, sa charité entreprit de les assister tous. Il n’y avait aucune espèce de besoin qu’il ne voulût soulager ; pain, viande, potage, habits, linge, instruments de travail pour les artisans, tout était fourni à ceux que la disette avait mis dans l’impuissance de subsister autrement que par les soins et les efforts de la charité chrétienne. Enfin la rigueur excessive du froid s’étant jointe à la disette universelle, il fit faire de grands amas de bois et de charbon, au’or distribuait selon les besoins de chaque famille. M. Olier faisait de plus rechercher toutes les familles indigentes, dont -le nombre augmentait de jour en jour ; et, à chaque tournée qu’il faisait faire pour cela, la somme qui se trouvait distribuée par ses ordres montait ordinairement à en-'. viron deux mille francs. Une personne ‘étant venue recommander à sa charité une famille malheureuse, et lui demandant une certaine somme pour l’assister: ‘Ce n’est pas assez, dit M. Olier, il faut lui en donnértrois fois autant ;” et sur le champ il lui fit porter cette somme. Enfin. dans cette nécessité, il vendit tout ce qu’il possédait ‘en biens de patrimoine, et en distribua le prix à ses paroissièns,

Quelque sensible que fût ce bon pasteur au sort des indigents, il était encore plus touché des désordres que la corruption des mœurs causait dans sa paroisse, Celui qui l’affecta le plus fut la multitude des maisons qui servaient de retraite aux femmes de mauvaise vie, et de rendez-vous "ux libertins ; parcequ’il n’en connaissait point de plus désastreux, ni qui perdit un plus grand nu.abre d’âmes. Il serait impossible de rapporter ici tout ce qu’il entreprit pour délivrer son troupeau de cette contagion. Tantôt il exhortait ses paroissiens à ne pas louer leurs maisons aux personnes vendues au libertinage, et, lorsque les conseils ne suffisaient pas;'il le leur défendait au nom du. souverain juge, défense qu’il accompagnait des menaces

les plus terribles, et qu’il appuyait des exemples

les plus effrayants. Tantôt pour proscrire les lieux de prostitution, aussi funestes à. l’honneur et à la prospérité des familles qu’au salut des âmes, il réclamait l’appui que lui devaient les magistrats ; leur représentant avec toute:la vigueur que donne le zèle apostolique, qu’à titre de protecteurs des lois, ils répondraient, au tribunal de. Dieu, des scandales publics qu’ils entretiendraient par leur négligence, ou qu’ils autoriseraient par l’impunité ; et ses avis-eurent souvent tout l’effet qu’il avait lieu d’en attendre. Mais un moyen plus conforme à la douceur de M. Olier, et qu’il employait de. préférence, en faveur. de ces malheureuses victimes de l'incontinence, était d’essayer de les gaguer, pour assurer ensuite leur salut. On le. trouvait toujours prêt à fournir de quoi lever le plus grand obstacle à

Dora connai gnmein am jee co ee ae

Page 1