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L'église ne pouvant contenir la foule du peuple, M. Olier forma le dessein de construire un édifice proportionné à l'immense population du faubourg, et qui répondit mieux au bel ordre qu’il avait mis dans les cérémonies, ainsi qu’au nombre de ses écclésiastiques. Il résolut donc de reconstruire son église paroissiale, Lorsque tous les préparatifs eurent été disposés, il invita la Reine à poser la première pierre du nouvel édifice : ce qu’elle fitau milieu des personnes de sa cour et d’un nombreux clergé, à la tête duquel était M.
Olier.
Mais dé tous les moyens qu’il employa pour téformer sa parcisse, et lui conimuniquer l’esprit dé piété, les principaux furent 1a dévotion au lrès-saïnt Sacremert de l’autel et le culte ‘envers l’auguste mère de Dreu. Il rétablit une pieuse confrérie pour Padoration de JÉsus-CHrisT, présent dans nos saints tabernacles. L’objet de cette confrérie est de rendre assidûment à Notre Seigneur, dans le sacrement de son amour, les hommages de l'esprit et du cœur, qui sont dus à son immense charité envers les hommes. Grand nombre de paroissions se firent ün devoir d’y entrer, tnême les plus considérabies,qui ne dédaignaient pas
‘de se confondre avec le menu peuple, et de venir
à leur tour, chaque semaine, adorer le très-saint
Sacrement, nu temps de l’après midi, qui leur
avait été assigné. Ayant une fois remarqué que
plusieurs personnes, surtout parmi les grands,
n'étaient point fidèles à venir visiter JÉsus-CHRIST,
M. Olicr se plaïgnit publiquement de cette négli- &
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gence.. La princesse de Condé, qui était dans l’auditoire, avait elle-même donné tout récemment l’exemple de cette omission. Voulant sans doute en prévenir les suites, elle se leva, et dit tout haut avec une simplicité et une humilité bien touchante : Monsieur, j'ai manqué samedi, étant allée faire ma cour à la Reine. M. Olier reprit incontinent : & Vous en seriez plus louable, madame, si vous fussiez venue ici faire votre cour au Roi des Rois.” Pendant que le serviteur de Dieu mettait tous ses soins à rétablir. dans sa paroisse la dévotion envers l’auguste Sacrement de nos autels, son âme fut noyée dans la.-plus amère douleur par un évènement qui lui fit verser des torrents de larmes. Des voleurs s’étant introduits dans l’église, pendant la nuit, enfoncèrent le tabernacle et prirent le saint ciboire, dont ils vidérent les sacrées hosties dans un confessionnal. Dès que les paroissiens apprirent la nouvelle de cet horrible attentat, ils en furent consternés ; les divertissements cessèrent aussitôt dans le faubourg, et chacun se mit en devoir d’apaiser la justice divine, par les prières et les œuvres de piété et de mortification ; mais personne n’en conçut une douleur si profonde que M. Olier. Après avoir gémi amèrement au pied de l’autel où le crime venait d’être commis, il résolut de le réparer par une cérémonie éclatante. [l voulut que le saint-Sacrement fûtexposé, pendant trois
jours, sur un trône éle,& en forme de pyramide,
tout couvert de vases. d’or et d’argent, et surmonté d’une couronne étincelante de pierreries. La Reine et toute sa cour voulurent contribuer à l’éclat
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de cette cérémonie, en y faisant servir ce que chia-
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cristaux, chandeliers, lustres d’or et d’argent. Tous ces objets, rehaussés par léclat d’une multitude innombrable de flambeaux qui brûlèrent durant trois “Jours, donnaïent à ce temple laspect lé plus majestueux et le plus imposant. La marquise de Palaiseau, sachant qu’on avait dessein de mettre audessus du saint-Sacrement un lit à la romaine, pôur y former une espèce de dôme, offrit le sien qui avait coûté vingt mille livres ; et, comme on le refusait, parce qu’il devait recevoir la vapeur de plus de trois ceñts cierges, elle demanda avec prières, que ce lit, fait par vanité, fût sacrifié à la gloire de Jésus-CHRisT. . On se rendit à ses pieuses instances, et, qiand la cérémonie fut achevée, il né se trouva gâté ni terni en aucune façon. Le troisième jour, on fit une procession solennelle dans les principales rues de la paroisse. Le Nonce du Pape portait le très-saint-Sacrement, qui était suivi de la Reine régente, accompagnée des pritices, des princesses, et d’une grande partie de sa cour, en habit de deuil, aïnsi que d’une multitude innombrable d’autres personnes. M. Olier voulut perpétuer le souvenir de cette éclatante réparation rendue à Jésus-CHrisT, en établissant dans sa paroisse une fête particulière qui se célèbre encore tous lés ans.
La religion vive et ardente de ce zélé pasteur lui faisait désirer aussi de voir réprimer les blasphèmes qui demeuraient impunis. Il en écrivit à la Reine, et cette princesse, entrant volontiers dans les senti-
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ments du serviteur de Dieu, fit rendre un édit mémorable contre tous les blasnhémateurs qui furent
par suite punis de la prison et même de la brûlure
des lèvres par le fer rouge.
Du bénit si visiblement les travaux de M, Olier et de ses ecclésiastiques qu’au bout de quelques années, la paroisse de Saint-Sulpice ne fat
lus reconnaissable. Ce n’était plus cette Babylone )
d'autrefois, livrée à tous les crimes et à tous les désordres, mais c’était une véritable S :rusalem, ville de charité et de paix, digne de reprendre sa place dans le corps mystique de Jésus-CHRisr, dans Ja Sainte Eglise catholique, que Dieu luimême a 1evêtue pour toujours de sa ‘nstice et de sa sainteté.
M. Olier savait depuis longtemps que Dieu, en l’appelant à la cure de Saint-Sulpice, avail borné à dix'ans les services qu’il exigeait de iui comme pasteur. Il fut en effet attaqué d’une violente fièvre, au mois de } juin de l’année 1652, qui était l: dixième depuis qu'il gouvernait sa paroisse ; ARE le.mal fit bientôt de si rapides progrès, qu’il ne laissa presque plus d’espoir. Les médecins ayant
déclaré qu’il. ne passerait pas le lendemain, dès le
matin de ce jour,. qui fut le 20 du même mois, il remit sa cure entre les mains de l’abbé de Saint- Germain. Mais, aussitôt aprèssa démission, il se trouva hors de danger, comme si Dieu ne lui eût enyoyé cette maladie que poùr lui fournir. l’occasion de se. émettre de sa cure.
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