CHAPITRE QUATRIÈME
Ce que fit M. Olier pour la conversion des hérétiques et la fondation de Montréal.
Le zèle de M. Olier ne se bornaît pas au royaume de France. Il brûlait de faire connaître et aimer. JÉsus-CHRIST au très-Saint-Sacrement par tout l’univers. ‘Je voudrais, disait-il, avoir des : ‘6 bras qui pussent embrasser le monde entier, pour Je porter à Dieu et le remplir d’amour. O! mon ‘6 tout, que vous tr: peu connu, que vous êtes ‘ peu aimé!” L’espérance de ramener à l’Eglise grand nombre d’hérétiques et de schismatiques, ‘ répandus dans les états du roi de Perse, le détermina à accepter l'évêché de Babylone qui lui était offert par le Nonce du Pape, et il fallut toute l’opposition de ses confrères pour l’empêcher d’exécuter ce dessein. Plus tard, tout infirme qu’il était, il voulut suivre le père de Rhodes, célèbre missionnaire de la Compagnie de Jesus, pour aller précher avec lui la foi dans la Chine. Il sollicita, à genoux, avec les plus vives instances, ce religieux, de vouloir bien l’agréer au nombre de ses compagnons. Ne pouvant le persuader, il imputa son refus à la grandeur de ses péchés qui le rendaient indigne d’une vocation si sublime. Du moins il obtint du père de Rhodes la grâce de lui voir accepter. quelques prêtres de son séminaire, qui consumèrent leur vie en Chine au service de JEesus- CHRIST. Comme les princes ambitieux rêvent sans cesse aux moyens d'agrandir leurs domaines,
ainsi ce grand serviteur de Dreu songeait sans relâche à étendre le royaumo de sen divin Maître parmi les infidèles. Dans l’impuissance de le faire par lui-même, il voulut au moins travailler efficacement à la conversion des hérétiques des Cévennes, boulevard du calvinisme en France.
Obligé, par ordre des médecins, de passer l’hiver dans le Midi, il profite de cette circonstance pour entreprendre ce grand ouvrage. Ayant inspiré au clergé du pays une partie de son zèle, il obtint de personnes riches et charitables d’abondarts secours pécuniaires, et forma comme un petit camp de missionnaires d'élite, composé de quelques uns de ses prêtres et d’autres ecclésiastiques tout remp.is de l’esprit apostolique. Sur l’avis de M. Olier, ces missionnaires voulurent faire les premières tentatives dans Privas, qui passait avec raison pour la . métropole des Protestants dans toutes les Cévennes. . On sait que Louis XIII et le cardinal de Richelieu avaient été contraints de faire en personne le siège de cette ville, auquel vingt-cinq mille hommes pri-. rent part. Mais depuis qu'elle avait été forcée de recevoir le joug du vainqueur, elle n’en était que plus obstinément attachée à l’hérésie. Les missionnaires eurent dans les commencements beaucoup à souffrir dans cette ville ; privations, mépris, rebuts, calomnies, rien ne leur manqua ; jusque là qu’ils furent six mois sans pouvoir louer une maison ; les ministres l’ayant défendu sous peine d’anathème. Mais enfin, aidés de la grâce et forts de
- leur confiance en Dieu, ils triomphèrent de tous les obstacles, Leurs seules armes étaient la cha-
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rité, la douceur et l'exemple de toutes les vertus chrétiennes ; aussi Dieu se plût:il à bénir leurs travaux. Biéntôt la face de ces provinces fut changée, et aujourd’hui, grâces aux travaux des missionnäires que M. Olier et ses successeurs y ont envoyé en divers temps, la ville de Privas ne compte plus guères dans son enceinte que des catholiques, si l’on en excepte environ la trentième partie.
On s’était empressé, dès qu’on avait vu les esprits un peu plus calmes, de mettre Notre Seigneur sur le trône de sa miséricorde, dans les tabernacles où il veut bien reposer pour la consolation de ses en-
fants, et l’on pût même, dès la première année de
la mission, faire, le jour de la Fête-Dieu, la procession “du très-saint-Sacrement dans les rues et les places de la ville. Pendant cinq années, M, Olier continua avec le même bohheur à donner des missions dans les villes et les villages circonvoieins, où les calvinistes étaient en grand nombre. Partout éù ses prêtres allérent précher la foi catholique, on vit la grâce opérer des prodiges sans nombre. Invité à retourner à Paris pour travailler à de nouvelles œuvres de la plus‘ haute importance, M. Oflier, après avoir consulté Dreu dans la prière, 8e décida à partir pour cette capitale, On conjecture que le motif de ce voyage était le désir de contribuer à la conversion de Charles IT, roi d'Angleterre, qui venait de se réfugier en France durant la tyannie de Cromwel. Depuis long-temps le serviteur de Dreu demandait avec de vives instances le rétour de la Grande-Bretagne à la foi. Il écrivait, +
‘en. 1642, lorsqu’il jetaii à Vaugirard les fondements | de sa compagnie : “Je me souviens que le 12 “ mars, jour de saint*Grésoire-le. Grand, je ‘me | sentis porté à m’offrir à Dreu comme victime “€ pour l’Angleterre, et à donner ma vie pour ce | | ‘ royaume, dont saint: Grégoire a été l’apôtre. À
‘€ l’issue de l'office, j’éprouvai le mouvement d’en- | | ‘ gager notre jeunesse à communier ce jour-là, en
“ l’honneur de ce grand Saint, pour demander à | Dieu la conversien de l'Angleterre, où j'avais 6 oui dire, ce: ::u : passés, que quelques prêtres
- “ et d’autres LA de souffrir le martyre. , Si #6 j’osais aspirer encore à quelque chose de la solide gloire qu’on trouve dans le service du divin ruaître, en donnant sa vie et en répandant son sang pour lui, je regarderais l’Angleterre comme mon espérance.”
M, Olier parvint à lier avec Carles des confécences, ét commença à linstruire sur les ma- {ières de la religien.. Cependant il priait avec ardeur et faisait beaucoup prier pour le succès de cette grande entreprise... % Je demande avec ins- #6 tances à tous nos frères, écrivait-il au directeur 6 -du séminaire du Puy, de recommander à Notre-
‘ Seigneur, en notre divine mère, l’affaire du roi las ‘6 d'Angleterre, dont la Providence m’a encore gau
# chargé, lequel présentement se laisse éclairer féré 6 des difficultés de la religion. J’eus encore le À un ‘# bien de lui parler hier, - Autant que je puis vous suc recommaniler une chose à. tous en général, et à que ‘6 chacun en particulier, jt le fais de celle-ci. Je “ Jaisse le tout à l'amour que vous avez pour
ments le 12 je me ictime our ce re. À t d’en- -là, en der à J'avais rêtres e. . Si \ solide divin t son :omme
8 cones mavec arcès de >C ins recteur Notredu roi encore clairer ‘ore le IS VOUS 1l, et à ci. Je ;. pour
K° Jésus et pour Mamie, qui avait autrefois ce’ royaume pour douaire. Je ne vous dis plus rien: ff après cela.” Dans l’ardeur de son zèle et pour’ lever les obstacles que la politique pouvait apporter,. M. Olier, simple prêtre, faible et infirme, alla jus: qu’à offrir au roi d’Angleterre de mettre à:sa disposition dix mille hommes de troupes réglées, pour Paider à rentrer dans ses états. L’imniense ascendant qu’exerçait le serviteur de Drru sur les plus braves militaires de son temps, l’aurait sans doute mis à même dé remplir une promesse st extraordinaire. Mais Dreu, dont les desseins sont impénétrables, n’accorda pas à sor serviteur une’ conversion qui l’aurait tant consolé, .?amour des plaisirs et les considérations poiitiques l’emportèrent pour le moment dans le cœur de Charles sur les intérêts de son âme. Mais a° lit de la mort, comme le rapporte Lingard, (année 1685), il désira se réconcilier avec la sainte église catholique et reçut d’un prêtre les sacrements d’Extrême-Onction et d’Eucharistie, après s’être confessé et déclaré qu’il regrettait d’avoir différé jusqu’à ce moment sa conversion, |
” L'œuvre que M. Olier eut le plus à cœur, après la sanctification-du. clergé, fut la conversion des sauvages de la Nouvelle-France. Nous avons différé jusqu'ici d’en parler, afin de présenter, dans un même exposé, tout ce qu'il entreprit pour le succès de ce grand dessein. Il gémissait de voir que la foi n’eût presque point encore pénétré dans cé pays, soumis depuis plus d’un siècle à la France, et qu’à Ja honte du christianisme, lambition eût
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formé diverses compagnies de ‘commerce, pour dépouiller le Canada de ses richesses, sans que presque personne eût songé à lui porter en échange les richesses bien plus précieuses de la foi. Brûlant du désir de se consacrer à une si noble entreprise,
il résolut de former à son tour une compagnie, uni-
quement dévouée au salut de ‘ces nations abandonnées. Québec, le seul établissement qu’il y eût encore, était trop incommode pour les sauvages du Haut-Canada, qui ne pouvaient alors y descendre facilement pour leur commerce, en sorte que l’œuvre de leur conversion n’avait fait que languir, Il conçut donc le dessein de bâtir, dans l’île de Montréal, une ville qui serait tout à la fois le siége des missions, une barrière aux incursions des sauvages, le centre du commerce pour les peuples voisins, et serait consacrée à la très-sainte Vierge, et appelée pour cela Ville-Marie : ‘ De tous les pro-
t jets que l’on a faits. pour la conversion de ces
6 barbares, écrivait, vers la fin du même siècle, le ‘6 père Le Clercq, Récolet missionnaires il n’y en ‘ a point eu de plus désintéressé, de plus solide, ni de mieux concerté que celui-ci.”
. Pendant que M. Olier. en méditait l’exécution, il connut, de la manière-du monde la plus extraordinaire, un. gentilhomme à qui Dreu avait inspiré le même dessein... C’était Jérôme Le: Royer de la
Dauversière, résidant à la Flèche, en Anjou, qui portait au plus haut degré l’abnégation, le détache-
ment, l’assiduité à l’oraison, et surtout l’amour des austérités, quoique engagé dans l’état du mariage Il était persuadé qu’il devait. donner çommence-
pur dé- > presige les Brûlant eprise, e, unis abanqu'il y uvages lescerte que anguir, île de e siêge es.saules voirge, et es prode ces ècle, le n’y en lide, ni
cution, xtraorinspiré r de la
ou, qui stache-
ur des ariage nencee
‘nent à une congrégation d’hospitalières, afin d'en
foriner ensuite un établissement dans l’île de Monttéal, encore inculte et déserte: Son directeur, à qui il fit part d’un dessein en apparence si extravagant, le rejeta d’abord comme on devait s’y attendre. Néanmoins, après Pavoir examiné mûrement, il finit par y donner son approbation, et permit à M. de la Dauversière d’aller à Paris, ‘pour essayer de se procurer les secours nécessaires à l’établissement d’une colonie dans cette île. Il
‘fallait en effet commencer par là, puisque les hos-
pitalières, qu'il voulait fonder, ne devaient être destinées qu'au soulagement des colons, lorsqu'ils seraient malades. Etant arrivé à Paris, il alla ‘se orésenter chez le Garde-des-sceaux, qui était alors à Meudon ; dans le même temps; M. Olier s’y rendit pour quelques affaires, et la Providence voulut qu’ils se réncontrassent dans la galerie de l’ancien château. Alors ces deux hommes, qui ne se connaissaient pas, qui ne s'étaient jamais vus, et n'avaient eu aucune sorté de rapports ensemble, poussés par une sorte d'inspiration, coururent s’embrasser comme deux amis qui se retrouveraient après une longue séparation. Ils se jetèrent aù cou l’un de l’autre, dit M. de Bretonvilliers, avec des
: t tendresses et une cordialité si grandes, qu’il leur
semblait qu’ils n'étaient qu'un même cœur.” Ils se saluërent mutuellement par leur nom, ainsi que
- nous le lisons de saint Paul et de saint Antoine ; M.
Olier félicitæ M. de la Dauversière du sujet de son
voyage ; et, lui mettant entre les mains un rouleau
d'environ cent louis d’or, lui dit ces paroles : on-
Fe Q . à a — ; par PRET :
EC OS Ne re Par QE ga nn PE ne a
sieur, je veut étré dé la partie. Il célébra enstité
la sainte Messe, où communia M. de la Dauversière, et, après leur action de grâces, ils se retirèrent dans le parc duthâteau, où'ils s’entretinrent, dnrant trois heures, des desseiñs qu’ils avaient for més l’un et l’autre pour procurer læ gloire de Disv dans l’île de Montréal. Tous deux avaient les
mêmes vues, et se proposaient d'ernployer,les mêmes ,
moyens. (Cette rencontre si' extraordinaire, et la conformité non moins frappantè de leurs projets, ne leur permettant pas de douter que Di1r6 ne les eût effectivement choisis pour réaliser de concert cette entreprise, ils se Jlièrent dès ce moment d’üne très-étroite amitié, et entretinrent un commerce de lettres. |
M. Olier commença par former une associationt de personnes zélées et opulentes, connues depuis sous le nom de Soctété de Notre-Dame de Montréal, et que le souverain Pontife daigna encourager
e des indulgences plénières. Le serviteur de
Eu la dirigea constamment par ses conseils, et
M. de la Dauversière en exécuta presque toutes
+ les résolutions, en qualité de procureur, que sa . modestie lui fit prendre. La première fut d’aller
demander l’île de Montréal à M. de Lozon, inten-
dant du Dauphiné, qui l’avait reçue en don de ka grande compagnie du Canada, à condition d’y établir une colonie. : Ce magistrat, cédant aux instonces réitérées de M. de la Dauversière, qui fit deux fois à cette fin le voyage de Dauphiné, substitua M. Olier et ses associés à sa place, par contrat passé à Grenoble le 17 août 1640, et approuvé
enstite Jauvers retiinrent, t fore Drsv tent les
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Üg et la projets, re les concert t d’une erce de
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que sa d’aller , intennn de ka d'y étaaux ins-
qui fit é, subs- Jar conprouvé
‘par la grande compagnie au mois de-décembre sui-
vant. Voici les principales dis
gitions des articles
que la société de Montréal s’engagca:à exécuter, et qui furent vraisemblablement rédigés par M; ‘Olier et M. de la Dauversière. ‘ Le dessein des
associés est -de travailler purement pour la gloire de Dieu et le salut des sauvages. Pour :atteindre ce but, ils ont arrêté entre eux d’envoyer, l’an prochain, à Montréal, quarante hommes bien conduits, équipés de toutes -choses nécessaires pour une habitation lointaine, et de fournir deux
Chaloupes pour transporter les vivres de. Québec à Montréal.
Ces quarante hommes, étant:arrivés dans l’île, se:fortifieront d’abord centre les sau-
“vages, puis s’occupercat pendant quatre ou cinq
ans à défricher la terre et la mettre en état d’être cultivée. Pour avancer cet ouvrage, les associés
‘augmertéront d’année en année le nombre des
ouvriers, selon leur-pouvoir ; enverront-des-bœufs et des laboureurs à proportion de ce qu’il y aura de terres défrichées, et un nombre suffisant de bestiaux pour en peupler l’île et engraisser les terres. Les cinq années étant expirées, les associés, sans interrompre le défrichement, feront bâtir un séminaire (c’est-à-dire une sorte de
‘ collége), nour y instruire les enfans mâles des
sauvages. On tâchera de conserver habituellement dans cette maison dix ou douze ecclésiastiques, dont trois ou quatre sauront jes langues du pays, afin de les enseigner aux missionnaires qui vier.dront de France. Ceux-ci, en ‘arri. ant,
se reposeront un an au séminaire, pour appt: adre