‹ Abrégé de la vie de M. Olier [microforme]Chapitre 15 sur 20 · marréiemetre · texte numérisé non relu

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ces langues, et ensuite étre dispersés parmi les nations-sauvages, selôn qu’il sera jugé à propos.

S'ils tombent malades, le séminaire leur servira

de retraite. Les autres ecciésiastiques s’occuperont à l’instruction des enfants des sauvages et des Français habitants de la dite île. Il y faudra encore un séminaire de religierses pour instruire les filles sauvages et les françaises, et un hôpital pour y soigner les pauvres sauvages quand ils seront malades. Enfin toutes ces choses étant en bon état, on ne pensera qu’à bâtir des maisons pour loger quelques familles françaises, les ouvriers nécessaires dans le pays, les jeunes gens mariés qui auraient été instruits au séminaire et les autres sauvages convertis, qui voudraient s’y arrêter. On donnera à ceux-ci quelques terres défrichées, des grains pour les semer, des outils et des hommes pour leur apprendre à les cultiver. Au moyen “ie ces mesures, les associés espèrent, de la bonté le Dieu, voir.en peu de tems une nouvelle Élise, qui imitera la pureté et la charité de la primitive ; ils espèrent encore que dans la suite eux-mêmes et leurs successeurs, étant bien établis dans l’île de Montréal, pourront s’6tendre dans les terres et y faire de nouvelles habitations, tant pour la commodité du pays, que pour faciliter la conversion des sauvages.”

M. de la Dauversière et M. Olier avaient dé-

jà envoyé, à Québec, vingt tonneaux de vivres, et d’autres choses nécessaires à l’établissement de la colonie ; et l’année suivante ils assemblèrent en-

viron trente ‘amilles, qui, par zèle pour la religion,

plutôt que per intérêt, se dévouërent à cette bonne

œuvre. De ce nombre étaient des gentilshommes, des négociants, des artisans, des cultivateurs. I manquait un homme d’expérience et d'autorité, qu’on pût mettre à la tête de la colonie ; M. Olier et.son collègue avaient souvent demandé à Dieu

uire d’en susciter quelqu'un, lorsque M. Paul de Chaupital À medy, de Maisonneuve, exercé dès sa jeunesse au S se- métier des armes, et tout dévoué aux intérêts de la t en | religion, se présenta de lui-même pour conduire ce sons . | dessein. Ils demandaient aussi à Dieu d’inspirer

ou- un semblable dévouement à quelque femme couragens geuse, qui pût assister les malades de la colonie ; et naire dans le même temps arriva de Langres à Paris aient | mademoiselle Manse, qui s’offrit en effet pour les erres servir. Après qu’elle eut fait connaître ses dispotils et sitions à M. Olier et à Marie Rousseau, qui la contiver. firmèrent dans son dessein et acceptèrent avec

rent, | reconnaissance ses services, elle se rendit à La une Rochelle, pour l’embarquement.

cha- Enfin la petite troupe s’étant partagée sur deux dans vaisseaux,.mit à la voile vers la fin du mois de juin étant ‘ 1641, et arriva heureusement à Québec, où elle ts’é- j'assa l’hiver. Les missionnaires de la compagnie 8 ha- de Jésus résidant dans cette ville, et que les as- , que sociés de France avaient priés d’assister spirituel-

lement ces pieux colons, en attendant qu’on leur t dé- envoyât des ecclésiastiques, admirèrent leur cou-

ivres, rage et la foi de ceux qui dirigeaient une entreprise

nt de si hardies en.sorte que le père Vimont, leur

nt en- supérieur, en écrivit en ces termes au provincial

igion, de Frorce: % Un grand homme de bien, n’ayant : #

6 jamais vu le Canada qüe devant Dieu, se sentit ‘ fortement inspiré d’y travailler pour sa gloire. Ayant fait rencontre d’une personne de même cœur (il parle de M. de la Dauversière et de M. Olier,) ils envoyèrent, l’an 1640, vingt tonneaux, et l’année dernière, firent passer quarante

hommes pour former les fondements de ce géné-

reux dessein. Cette entreprise paraïtrait autant téméraire qu’elle est sainte et hardie, si elle n’avait pour base la puissance de celui qui ne nianque jamais à ceux qui n’entreprennent rien qu’ au branle de ses volontés ; et qui saurait ce qui se passe pour faire réussir cette grande entreprise, jugerait aussitôt que Notre-Seigneur en est le véritable auteur.”

Pendant que les colons attendaient à Québec le retour du printemps, pour passer à Montréal, M. Olier conçut un dessein bien digne de sa religion : ce fut de consacrer cette île à la Sainte Famille, avant que la colonie en prît possession. Au mois de février 1642, il réunit dans l’église de Notre- Dame tous les membres Je la compagnie de Mont-

réal, célébra la sainte Messe à l’autel de la sainte

Vierge, où il communia tous ceux qni n’étaient point prêtres, tandis que Jes prêtres célébraient aux autels voisins ; ettous consacrèrent l’île à la Sainte Famille, sous la protection particulière de la trèssainte Vierge, et se consacrèrent eux-mêmes à ce pieux dessein. Au sortir de Notre Dame, ils 8e rendirent à l’hôtel de Lozon, pour concerter les myens de consolider la bonne œuvre. Il fut résolu qu’on ferait un armement considérable ; qu’on fré-

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terait au moins trois mavires, pour transporter à Montréal autant d’honnêtes familles de différents états qu’on en pourrait trouver disposées à cetié émigration ; qu’on prendrait possession de l’île au nom de la très-sainte Vierge, qui en serait toujours regardée comme la première et la véritable maîtresse, et qu'avec la permission du Roi, on y bâtirait une ville sous le nom de F’ille- Marie. ‘ Puis, chacun s’étant fait un devoir de contribuer généreusement aux frais néceséaires pour l’exécution de ce dessein, on recueillit, sans sortir de l’assemblée, une somme de plus de deux centenille livres.

Le 17 mai suivant, la petite troupe, qui avait passé l’hiver à Québec, arriva enfin à Montréal. En abordant elle se prosterna sur le rivage, et dans les transnorts d’un saint enthousiasme, elle entonna plusieurs psaumes, pour témoigner sa reconnaissance à Dieu. Dans le lieu destiné pour la nouvelle ville, on éleva des tentes et des pavillons pour se loger, et l’on dressa un autel, où le lendemain le père Vimont, après le Vent Creator, célé-

-bra le premier le saint sacrifice, et exposa le saint

Sacrement pour obtenir du ciel un heureux commencement à cette sainte œuvre. Une chapelle construite avec des écorces fut d’abord le lieu où l’on déposa le très-saint Sacrement, qui, denuis ce moment, a toujours été conservé à Ville-Marie ; et comme je pays ne fournissait hi huile ni cire, on mit devant le tabernacle qu’on avait apporté de : France, au lieu de lampe, une fiole de verre où l’on avait renfermé plusieurs mouches à feu, insectes, qui, lorsqu’on les multiplie, jettent une lu-

mière semblable à celle de plusieurs bougies réunies.

T'els furent /es commencements de Ville-MWzre. Ïl ne munquait aux vœux de M. Olier que de puu-

var passer lui-même dans ce pays Linie. En 1636, l'autorité du père de Condren fut seule capable de l’arrêter ; depuis il ne cessa de gémir et de soupirer pour obtenir un jour cette grâce. 6 Etant instruit, écrivait-il en 1642, des biens qui ‘ se font en Canada, pays habité par des peuples gentils, et me trouvant lié de société comme ‘ miraculeuse à celui à qui Notre-Seigneur a ins- “ piré le mouvement et commis l’entreprise de Ville-Marie, je me suis toujours senti porté d’aller finir mes jours en ces quartiers avec un Zèle continuel d’y mourir pour mon maitre.

6 Qu'il m'en fasse la grâce, sil lui plaît ; je ‘ continuerai toujours à l’en solliciter avec in- “ stances.”

Pour se mettre à l’abri des incursions des sauvages, la colonie construisit à la hâte quelques fortifications avec des pieux. ‘:-atôt elle s’y vit harcelée par les froquois, les plus cruels d’entre ces peuples barbares, et qui avaient coutume de brûler leurs prisonniers, et de se nourrir ensuite de leurs

chairs. À ces alarmes journalières, se joignit en-"

core la disette ; car la terre, pendant plus -de dix ou douze ans, ne produisit presque rien, tant par l’aexpérience des colons à l’égard du climat de ce pays, que par les travaux sans nombre dont ils se voyaient accablés. Quoiqu’on eût la consolation de voi: plusieurs sauvages embrasser le christia-

nisme, cette Ür= fat néanmoins, dans Îles premiers. torups, le théâtre d’une guerre très-meurtrière, qui, dans une infinité de surprises et de petits combats, fit répandre beaucoup de sang, et donne lieu à d:3 cruautés inouies. % Les [roquois, écrivait made ‘6 moiselle Manse, ayant vaincu et presque entiè- 6 rement détruit les Hurons, leurs anciens ennemis, “ se tournèrent contre nous avec plus d’orgueil et ‘ d’iusolence, qu’ils n’avaient fait jusqu'alors. Ils ‘6 nous serraient dei près, et leurs attaques étaient ‘si brusques et si fréquentes, qu’il n’y avait plus ‘ de sûreté pour personne. Ils tuèrent plusieurs des nôtres, et brülérent des maisons de Ville.

6 Marie. Notre hôpital mêre n’était pas en

“6 sûreté, et il fallut y mettre une forte garnison

‘ pour Le défendre ; enfin tout le monde était dé- ‘ couragé.”’ Dans cet état de choses, M. de Maisonneuve prit le parti de repasser en France pour demander des renforts à la compagnie de Montréal ; et parvint en effet à rassembler plus de cent hommes, tous robustes, exercés au mét'er des armes, et qui s’embarquèrent avec joie pour zne si glorieuse expédition.

Pour en assurer de plus en plus le sucr:s, on désirait d’établir dans le pays une communs ut de missionnaires, ainsi qu’on se l’était proposé au commencement, M. de Maisonneuve, gouverneur

de l’île, vinten France pour en représenter de

vive voix la nécessité, et pressa M. Olier de se charger lui-même de cette œuvre. Tous les membres de la Société de Montréal expr nant “ussi le même vœu, M. Olier accepta ennn la

<onüuite de cette mission, conformément à ‘la pensée que Dieu lui avait inspirée depuis long-

temps. Il nomma M. de Quaylus pour être supe-

æieur de l’établissement projeté, et il lui associa

trois ecclésiastiques, M. Souart, destiné pour la

cure de Ville-Marie ; M. de Galinée, qui devait former les. sauvages chrétiens et les réunir en village ; et M. Dallet, pour servir de secrétaire à M. de Quaylus, nommé vicaire-général pour le Canada. Lorsque M. Olier proposa cette mission à ses ecclésiastiques, tous s’offrirent comme de <oncert. L’un d’eux, M. Le Maitre, voulant témoigner son zèle, se mit alors à dire qu’une fois au Canada, il serait prêt à courir de toutes parts pour chercher des sauvages, qu’il irait même dans leur pays. ‘ Vousn’en aurez pas la peine, reprit 6 M. Olier ; ils viendront bien vous chercher eux- 6 mêmes; et vous vous en trouverez si environné, ‘“ que vous ne pourrez vous échapper de leurs ‘ mains.” Cette prédiction fut bientôt justifiée par l’événement. Deux ans après la mort du serviteur de Div, on énvoya M. Le Maître à Ville-Marie. Le jour de la Décollation de saint Jean-Baptiste, 29 août 1661, après avoir dit la sainte Messe à la campagne, il se mit « faire la garde pe ant «ve les serviteurs de la communauté s’occupaitni : i& moisson. Alors une troupe d’Iroquois cachés eï embuscade fondirent sur lui et lui tranchéreït la tête, qu’ils mirent dans un mouchoir, et qu’ils emportèrent dans leur pays. #6 Lor:que ces barbares l’eurent décapité, écrivaient #6: les Hospitalières de Montréal à leurs sœurs de

France, tous les traits de son visage demeurérent ‘6 empreints sur ce mouchoir, en sorte que plusieurs ‘6 des nôtres, qui étaient prisonniers dans leur pays; Je reconnurent parfaitement, ce que nous ont dit ‘ plusieurs fois M. de Saint-Michel, M. de Cail- & lères, personnes dignes de foi, ainsi qu’un père ‘ Jésuite, qui était prisonnier d’üné nation plus ‘6 éloignée, et qui nous a assuré que les sauvages Jui avaient parlé de cette merveille comme d’une % chose extraordinaire. €e qu’il y a de particu- # lier, c’est qu’il r’y avait point dé sang au mou- & choir,; et qu'il était très-blanc: il paraissait dessus Comme une cire blanche très-fine, quireprésentait la fecé du serviteur de Dreu.

& Les sauvages s’entre-disarent les uns aux autres “ que cet hômnme était un grand démon, ce qui veut dire, parmi eux, un homme excellent et % tout esprit. Ils én conçurent uné si grandé ‘ cäintes qu’ils vendirent ce mouchoir aux 4. Angläis.” pitt

“ Cette perte, continuent les Hospitalières, nous a coûté bien des larmes, tant à cause de l’estimé et de la vénération dont nous étions pénétrées

:pour ce grand serviteur de Dieu, que pour les

‘ obligations infinies que nous lui devions. Nous noûs flaitions au moins de posséder pendant long-temps M. Vigoäl, qui nous avait été donné * pour supérieur ; fais le bon Dieu en a disposé ‘ bien autrement, et luf p-fait uver le même ‘ sort qu'à M. Le Maire Me a mort de ce & dernier, il fut mis économe du Soins. et 5 obligé, pour satisfaire à sa- charge, d’aller”æ

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quelques ouvriers à une habitation nommé l’Île- ]a-Pierre, pour en faire tirer, afin de bâtir le ‘6: séminaire : il fut aperçu par les sauvages, qui le Ces malheureüx, non ‘ contents de cela, firent rôtir sa chair et la ‘€ mangèrent. (C’étaient des circonstances bien ‘ douloureuses pour ses amis, mais particulière “ ment pour nous qui + sommes vivement ‘6 afigées.”?

La compagnie de. Montréal avait travaillé: jus: qu’alors à défricher et à peupler le pays, uniquement pour procurer la canversion des sauvages, Désirant de voir continuer cette œuvre dans le même

“esprit de desintéressement, elle substitua à sa place

les ecclésiastiques du séminaire de Saint-Sulpice ; et, par contrat du 9 riars 1663, leur fit céssion et donation de tous les d'’oits seigneuriaux, Cés droits devinrent, pour les nouveaux possesseurs, une charge très-onéreuse : ils furent mème obligés à tant de dépenses, pour le soutien de cette colonie, qu’ils «araient été contraints de l’abandonner, sans les libéralités de M, de Bretonvilliers, de M. ‘de Quaylus, de M. du Bois et de quelques autres prêtres du séminaire. Une conduite si désintéressée attira la bénédiction de Durev sur leurs tra-

vaux : ils défrichèrent peu à peu toute l’île, la

peuplèrent, la mirent en valeur, établirent des paroisses, bâtirent des églises, et entretinrent, pour les sauvages, diverses missions. Certai::ement vingt

‘ particuliers, entre lesquels on aurait partagé cette

é; disait le pére Charlevoix, ne l’auraient pas

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draient pas les peuples aussi heureux: c’est le ‘ fruit du travail et de la bonne conduite des sei- ‘ gneurs. . On avait eu, dès le commencement, ‘ une attention particulière à n’y recevoir que des ‘ habitants d’une exemplaire régularité ; et cette ‘île ressemblait à une communauté religieusé.’? Un autre historien ajoute : Il a régnélong-temps, ‘entre les habitants de Montréal, une: sorte de ‘6 communauté de bien, qui subsiste’ encore dans ‘ les campagnes: on allait, dans les voyages, ‘6 loger chez les premiers venus ; rien n’était f:r- ‘6. mé sous la clef, et il était inoui qu’on eût eu à se ‘ repentir de sa confiance.” Enfin les espérances de M. Olier, sur l’accroissement de cette colonie, ont été pleinement réaliséés : la ville de Montréal, ou autrement Ville-Marie, formée d’abord de quelques cabanes, comme on a vu, prit tant d’accroixsement, qu’elle comptait quinze ou seize cents habitants, en 1677. Un siècle après, elle était nresque aussi considérable que Québec, et aujourd’hui elle se compose d’une ‘population de plus de quarante mille âmes, et vient mêmeenfin d’être honorée d’un siége épiscopal. : M: Olier: n’eut point la consolation de voir de si heureux résultats, étant mort avant que M. de Quaylus et ses compagnons eussent mis à la voile. Néanmoins, comme il sentait qu’il touchait à sa fin, et craignait au’après lui on ne renonçôt à un dessein qui de .ait être d’abord si onéreux et si difficile, il recommanda, peu de temps avant de mourir, qu’on ne laissât pas de le poursuivre, déclarant que telle était la volonté de Dreu. | :

fut délivré des douleurs de la pierre,

la même résignation.

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