‹ Abrégé de la vie de M. Olier [microforme]Chapitre 16 sur 20 · CHAPITRE CINQUIÈMÉ · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈMÉ

Dernière maladie ét mort de M. Olier—Guérisons obtenues pär son intereessidn.

Après que M. Olier eût ainsi travaillé aux œu: vres du sèle, Dreu voulut; pour thettre le com: ble à ses mérites, que ses dernières années ne fussent qu'une suite continuelle de eroix. À peine étaitsil sorti, en 1552, de la maladie qui l’avait obligé: à se démettre de sa cure; qu’il ressentit les douleurs de la pierre. Elles devinrent bientôt si higuës, qu’à voir les efforts qu’il faisait pour sou: tenir son courage, on ne pouvait comprendre la tränquillité d'esprit dont il jouissait. Dès qu’il Drev l’éprouva encore par d’autres infirmités, qu’il endura avec Au retour du printemps, il ulla; par l’ordre des médecins, prendre du repos à-la campagne, et se retira au chateau du Péray, près Corbeil. Ce fut là qu’après un pélérinage

w’il fit à Notre-Dame des Ardilliers, il fut frappé delà: maladie qui devait achever l’œuvre de sa sanctification, et terminer sa vie. af

-Le 26 septembre, pendant qu’il était seul dans sa chambre en oraison, il fut frappé d’une apoplexie, qui le rendit päralytique de tout le côté gauche. La parfaite résignation qu’il fit voir dans cette circonstance prouva que l’amour des souffrances, que

| respirent ses écrits, était bien profondement gravé

dans son cœur. Non seulement il montrait une patience inaltérable, mais il souriait agréablement

à tous ceux qui lui apportaient quelque chose à prendre, les encourageant à lui offrir sans crainte tout ce qui répugnait le plus au goût, dès qu'il était prescrit par le médeein, La paralysie le rendait tellement immobile, qu’il ne pouvait pas même prendre ses aliments, en sorte qu’il fallaitle servir comme un enfant, En cet état, il se conformait aux dispositions du divin maître, qui, assujetti aux faiblesses de l’enfance, recevait tout ce que lui présentait sa sainte mère. W&

Environ quinze jours après, on le transporta à Paris, où il reçut une grande consolation d’une lettre que lui écrivait un de ses amis, dans lacuelle il assurait que son état, quelque pénible qu'il fût à la nature, était très saint et infiniment utile à son âme. Cettre lettre inspira à M. Olier un nouveau courage, et le fortifia dans la résolution de tout souffrir en union avec JÉsus-CHRIST. Quoiqu’il nepüût presque s’occuper d’une méditation, suivie, il était néanmoins continuellement pénétré des dispositions de victime, dans lesquelles il s’était toujours efforcé de vivre. IL était content de se voir en cet état, y trouvant l’occasion de témoigner son respect amoureux envers la justice divine. db

La paix de son âme paraissait d’une manière si profonde dans la sérésité de son visage que saint Vincent de Faul, étant venu le visiter, ne put s'empêcher d’en témoigner son étonnement par ces paroles. J’admire, dit-il,. cette tranquillité : j'estime comme une merveille de voir un homme rempli de tant de joie, au milieu des accablements

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que cause une lelle maladie. Ces douleurs n°étaient rien pourtant, en comparaison des peines d'esprit dont elles furent bientôt accompagnées. Car peu de jours après, Dreu le visita par des croix intérieures beaucoup plus difficiles à porter : sans lumière dans l’esprit, en proie à la tristesse et même aux frayeurs d’üne âme qui craint d’être dans la disgrâce de son Drevu, il ne pouvait s’empêcher de demander quelquefois à ceux en qui il avait lé plus de confiance, s’ils ne croyaient pas que Notre Seigneur et sa très-sainte mère se fussent retirés de lui. On remarqua même en lui une privation de grâces sensibles, si complète, qu’il n’était plus capable de parler de Dieu comme auparavant. Néanmoins, si l’on recourait à lui pour le consulter, il recouvrait aussitôt ses premiers dons.

En cet état, contraint de passer une partie de Pannée dans sa chambre, et d'employer l’autre aux remèdes, itse considérait comme un arbre infructueux, qui devait être arraché. Il aimait néanmoiss cet état, comme ordonné de Dreu pour sa sanctification. Ne pouvant s’occuper ni à l’oraison, ni à la lecture, ni à rien qui lui apportât :e moindre soulagement, accablé d’ailleurs par les peines intérieures qu’il éprouvait, il disait quelquefois : : 4 Notre Seigneur ne veut pas que je me ‘ réjouisse en rien ; 1l faut en être content, et se “ soumettre de bon cœur à ses ordres.” Lorsque le mal lui eût laissé un peu de relâche, on lui apporta quelques petits métiers, aïñn qu’il pût se délasser dans sa chambre, par un travail de main très

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facile ; mais tous les moyens de le récréer qu’on imagina, ne produisirent en lui qu’un dégoût extrème de tout ce qui ne l’élevait pas à Dieu. Il disait même que, dès qu’il cherchait quelque consolation dans les créatures, il y trouvait aussitôt la Croix. :

Au printems de cette année 1654, il se trouvait cependant moins souflrant. Les médecins, jugeant qu’il pourrait recevoir du soulagement des eaux de Bourbon, lui conseillèrent d’entreprendre de nouveau ce voyage. Quoiqu'il fut assuré que son mal ne le quitterait qu’à la mort, il regarda. néanmoins l'invitation des médecins comme un ordre de Dieu. Pendant ce voyage, il ne laissa’ passer aucun jour sans recevoir la sainte Eucharistie ; et, comme on lui proposa de s’en abstenir quelquefois, lorsque les églises se. trouvaient trop éloignées des hôtelleries où l’on était obligé de s'arrêter ; hélas, répondit-il, ôtez-moi tout, pour- ‘6 vu que vous me laissiez la sainte communion, la ‘ seule consolation qui me reste.’ L’accent avec lequel il prononça ces paroles toucha si vivement ceux qui l’accompagnaient, qu’ils trouvèrent les moyens de le satisfaire tous les jours. À Bourbon, les pères Capucins lui donnèrent une chambre dans leur couvent, tout auprès d’une chapelle, où il entendait la sainte messe et communiait aux heures qui lui étaient le plus commodes.

Les infirmités de M. Olier l’obligèrent jusqu’à sa mort de faire tous les ans le même voyage, quoique toujours avec aussi peu de succès. Après avoir pris les eaux, à la première saison de l’année

1655, sentant que sa fin était proche, il désira faire une dernière fois le pélérinage de Notre-Dame du Puy. Son séjour dans cette ville, où régnait une tendre dévotion envers la mère de Dreu, fut pour lui une source de bénédiction et un grand sujet d’édification pour les habitants. On le voyait prier très assidûment dans l’église de Notre-Dame : ne pouvant y demeurer toujours présent de corps, et désirant y être au moïns en esprit autant que possible, il laissa, auprès de l’image de Marie, une statue d’argent, où il s’était fait représenter dans la posture d’un suppliant respectueusement incliné devant elle.

En quittant-a ville du Puy, il reprit la route des eaux, et passa par Langeac, pour y vénérer les précieux restes de la mère Agnès. * Comme il se présentait pour entrer dans la clôture, appuyé sur un bâton, il dit agréablement à la mère prieure, qui vint le recevoir à la porte du couvent : Vous $6 voyez, ma mère, comme je suis; c’est la mère Agnès qui m’a fait ce tour-là ; ”? voulant dire qu’elle était fidèle à lui obtenir les croix qu’elle lui avait promises.

Il serait difficile d’exprimer les sentiments de vénération qu’il fit paraître, lorsqu’on eut ouvert le cercueil. Sans converser visiblement avec elle, comme il avait fait si souvent durant son premier séjour en Auvergne, il ressentit une joie intérieure, qui surpassait tout ce qu’il avait éprouvé alors dans ses différents entretiens. Depuis ce dernier voyage, sa vie ne fut plus qu’une suite de souffrances et de peines d’esprit, comparables à un continuel martyre,

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À mesure qu’il approchait du terme de sa carrière, on remarquait que Dreu lui donnait de fréquentes pensées du mystère de la résurrection, pour lequel il avait eu de tout temps un attrait particulier, Rien n’occupait plus son cœur que le désir d’aller à Dreu. Il passa cette année, qui fut la dernière de sa vie, en soupirant presque sans cesse vers l’éternité. Plus il approchait de sa fin, plus il se sentait attiré à une privation universelle de toute satisfaction, même spirituelle, de la part des hommes. Considérant Notre Seigneur sur la croix, dénué de! toute consolation, il se priva aussi lui-même de la seule qu’il goûtait depuis longtemps. dans la con-

versation d’un ami qu’il -chérissait en Notre Sei- |

neur.

. Le 26 mars, 1657, qui était le lundi de la Semaine Sainte, lorsqu’il voulut se lever, il fut saisi d’un tremblement qui se communiqua à tout son corps, et il fut attaqué d’une légère apoplexie, sans perdre néanmoïins connaissance, Il était alors à la maison de campagne du séminaire, à Issy, d’où on le transporta, par ordre du médecin, au séminaire de Saint-Sulpice. Il y ressentit quelque soulagement qui fut de peu de durée. Dès lors on s’aperçut qu’il perdait la mémoire de presque tout, excepté de Dieu. Le Samedi Saint, quelqu’un le priant de se ressouvenir de lui, quand il serait au ciel, laissa échapper quelques mots de louanges. M. Olier ne pouvant dissimuler la peine qu’il en ressentait : ‘ Ha ! monsieur, répondit-il, vous me dites des ‘ paroles qui me blessent le cœur.” Ce furent les dernières qu’il prononça lui-même. Car peu après,

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