‹ Abrégé de théologie dogmatique et moraleChapitre 10 sur 459 · IV. De l'intelligence · texte numérisé non relu

IV. De l'intelligence

C'est la faculté de connaître les choses, en tant qu'elles sont immatérielles et universelles.

Les sens ne connaissent que des choses sensibles et particulières, par exemple, tel animal, telle plante. L'intelligence, faisant abstraction des caractères particuliers propres à un individu du genre animal, ou végétal, connaît la nature générale commune à tous les animaux, à tous les végéîaux. Dans l'homme, qui a un corps, par les sens duquel il perçoit les choses matérielles, rinlellect a pour principal objet, la nature ou l'essence des choses matérielles ; mais il peut cependant connaître tout être.

Sa vertu s'étend à tout, au monde et à tout ce qu'il y a dans le

PHILOSOPHIQUE

inonde, et même aux Anges et à Dieu, et par conséquent à tout ce (jui ne tombe pas sous les sens, et à ce dont les sens ne peuvent Iransmelire la connaissance.

20. L'intelligence est donc une faculté spirituelle, ne s'exerçant point à l'aide d'un organe corporel. L'organe, en effet, est destiné à un usage déterminé et particulier, l'œil est fait pour les couleurs, l'ouïe pour les sons, etc.. L'intelligence embrasse tout. Et puisqu'on connaît la nature des cboses par leurs opérations, l'intellect n'est donc pas une faculté organique comme les sens; mais une faculté spirituelle, étrangère à la matière.

Aussi quand les sens s'affaiblissent par un long exercice, on voit souvent que l'intelligence devient plus lucide, comme cela arrive dans beaucoup de vieillards. Cependant il peut se faire que les sens ne pouvant exercer leurs fonctions, l'intellect luimême en soit troublé dans les siennes ; car l'homme n'est pas un ange. Il lient le milieu entre l'ange et l'animal sans raison ; il faut doncqu'il ait comme l'ange, ♦ un intellect spirituel en vérité, mais uni pourtant à la matière, et ayant besoin de choses sensibles pour produire son acte. Le très sage auteur de l'univers, n'a pas laissé de lacune dans l'échelle admirablement disposée des êtres.

21. Voici donc comment l'intellect agit. L'imagination, comme nous l'avons dit, conserve les images des choses sensibles, que lui transmet le sens commun. C'est ce qui a lieu aussi dans les animaux. Ces derniers savent connaiire d'avance dans les choses sensibles ce qoi doit

leur ôfre utile ou nuisible. C'est ainsi, qu'en voyant un loup pour la première fois, une brebis prend la fuite. Cette faculté, ce discernement, s'appelle cslinidtive dans le langage de l'école ; et elle s'exerce seulement sur les choses sensibles. C'est donc une faculté sensible commune aux hommes et aux animaux, mais c'est le degré le plus élevé de la connaissance de ces derniers.

Dans l'homme l'estimative approchant de près de l'intelligence, s'appelle cogitative ; et après les actes de cette faculté et de la mémoire sensible, vient l'acte propre et spécifique de l'intellect.

22. Par une vertu qui lui est propre et que les scolastiques appellent m/e//^f/ cigeut, et d'autres la force d'abstraciion^ l'intelligence écarte des fantômes^ c'est-à-dire des images conservées dans l'imagination, tout ce qui est individuel, concret ou particulier, et elle prépare ainsi une image intelligible, qui est immatérielle et universelle : par exemple , en écartant de èocrate, de Platon, etc., tout ce en quoi ces philosophes différent enlr'eux et des aulres hommes, il ne reste plus que deux notions qui conviennent à tous, l'animalité et la raison. Les fantômes fournissent donc à l'intellect agent, la matière sur laquelle il s'exerce, et sont comme les instruments dont il se sert.

23. L'image abstraite par l'intellect agent est fournie à Tintellect que l'école appelle yws.sible, et d'autres simplement intellect. On lui donne le nom de possible, parce que dans l'enfance il ne comprenait rien, et que dans le cours de la vie il interrompt l'action de compren-

INTRODUCTION

(Ire. De même (|iie dans la connaissance sensible d'un arbre (jui est sous nos yeux, l'arbre n'entre pas dans noire àme, son imai,^e seule y pénètre, ainsi la nature des choses n'entre pas dans l'inlellect possible, l'image intelligible de celle nature y parvient seule. L'inlellect possible reçoit donc les images immatérielles, ou intelligibles (|ue lui fournit l'intellect agent ; et c'est par elles qu'il se détermine à produire son acte propre, car il est par lui-même indifférent à recevoir Itlle ou telle image.

C'est par ces images qu'il passe de la simple puissance de concevoir à l'acte de la conception.

Or, son acte propre consiste à concevoir en lui-même une nouvelle image, conforme à l'image intelligible, qui lui est lournie par l'intellect agent. L'image de l'intellect possible s'appelle terfte de l'esprit ; car en la concevant il se la révèle et se la parle en quelque sorte à lui-même.

24. Ce verbe, cette parole intérieure est comme un miroir représentant la nature même de la chose dont elle est l'image; et l'intellect voit, dans ce miroir, non l'image, mais la nature ellemême de la chose représentée.

De même que par les sens, nous voyons, non l'image sensible de l'arbre, qui est devant nos yeux, mais l'arbre lui-même, ainsi l'esprit voit dans le verbe, non pas l'idée, ou l'image, qu'il ne perçoit que par la réflexion, mais la nature de la chose dont l'idée est l'image. Et c'est ce qui fait voir clairement la réalité, la vérité objective des choses que nous connaissons. En effet, les choses elles-mêmes se manifestent à nous telles qu'elles sont, par les sens, et l'imagination.

Dans les fantômes qui les reiirésenlent à cette faculté, et qui sont encore des images matérielles, l'intellect agent puise l'image immatérielle de la nature des choses ; et l'intellect possible, de l'image de l'intellect agent, se forme son image à lui, « dans laquelle il contemple la nature des choses. Et ceci est si vrai, que si les sens n'avaient absolument rien fourni à l'imagination, les opérations de l'intelligence ne pourraient pas s'exercer.

25. C'est là, sur l'origine des idées^ la vérilable doctrine, éloignée à la fois de toutes les erreurs sur cette grave question, éloignée par conséquent :

1) du subjectif isme de l'allemand Kant, qui veut que l'homme adapte les choses à sa façon de connaître, de sorte que l'homme, d'après lui, connaît h sa manière, mais non pas comme les choses sont en elles-mêmes :

système qui ruine toute certitude dans la connaissance des choses extérieures.

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