CHAPITRE III
DE LA CHUTE DE l'hOMME ET DU PÉCHÉ ORIGINEL.
528. Il est évident par l'Ecriture que Dieu avait défendu à nos premiers parents de manger du fruit d'un certain arbre. Le démon, <|ui ne pouvait pas tenter intérieurement nos premiers parenls, avant leur chute, se revêtit de la forme d'un serpent pour les séduire extérieurement.
C'est de foi qu^Ws transgressèrent le précepte divin. (Eve) donna (le fruit) à son mari qui en mangea. (Gen. II. 17.) Voirie texte du Concile de Trente au n" 531.
Or, leur péché fut grave. C'est évident par la menace de mort que Dieu leur avait faite s'ils transgressaient ses ordres ; et puis, ils voulurent être comme Dieu ; et c'est pour plaire à sa femme (|u'Adam désobéit. Du reste St Thomas enseigne, contrairement à d'autres théologiens, que l'iiornme dans l'innocence ne pouvait, pas plus que l'ange, pécher véniellement, v. n" 427, etT. I. 2. q. 89. a. 3.
Nos premiers parents, non plus que l'ange, n'ont pu désirer pour eux la nature divine ; ils étaient trop éclairés pour croire qu'un tel désir fût réalisable ; ils ont donc désiré une ressemblance avec Dieu, non une ressemblance de nature qui leur avait été donnée à leur création ; mais le premier homme, ou a désiré comme l'ange, la principauté de Dieu sur toutes les créatures, ou mieux, une ressemblance de science avec: I)ieu, voulant, comme le dit Corneille de la Pierre, se passer des lumières divines, pour faire le bien et éviter le mal, et arriver ainsi à sa lin
DIEU CREATEUR
dernière, par ses propres forces et par sa propre raison.
K29. Le péché d'Adam n'a pas élé le plus grand de tous, si on considère sa nature ; mais il a été le plus grand si on en considère les circonstances.
Ainsi parle St Thomas qui ajoute qu'Eve a été moins coupable dans les circonstances du péché, mais plus coupable dans le péché lui-mèuic. C'est elle qui a cru la première au démon, et qui a été cause du péché de son mari. Mais tous deux ont fait pénitence et ont été sauvés, comme l'enseigne ro|)iiiion commune.
Api'ès ce (lue nous avons dit de la chute des Anges nos 4;-}(5 et 508. il n'est pas étonnant qu'Adam et Eve aient péché, même en étant atlranchis de la concupiscence. En punition de leur faute, ils perdirent la grâce et tous les dons dont nous avons parlé au n" r^io.
t^lW. Le péché d'Adam fut en lui actuel, et originant, comme parle la théologie ; et il le détourna de sa fin surnaturelle, comme l'enseignent tous les théologiens. En tant qu'actuel, il n'a pas élé transmis à ses descendants ; mais, par suite du péché actuel d'Adam, le péché originel, qui est un vrai péché non pas actuel, il est vrai, mais habituel, dérivant du péché d'Adam, est transmis à tous ses enfants, à mesure qu'ils sont conçus.
Nous allons traiter : I de l'existence du péché originel ; II de son essence ; III de la manière dont il se propage ; IV de ses effets.
531. 1 1. De l'existence du PÉCHÉ originel. I. P. Tous les hommes, non seulement ont hérité des effets du péché originel ; mais encore ils contractent dans leur conception, une sorte de péché qui leur est transmis par Adam, à moins qu'ils ne soient, par un privilège spécial, affranchis de cette loi. Cette proposition est de foi contre les Pélagiens, les Protestants, etc. Pr. i) La mort a passé chez tous les hommes par celui en qui tous ont péché. (Rom. XV. 12). Tous sont morts. (II Cor. V. 14). 2) Par la pratique de baptiser les enfants, et par les exorcismes du baptême : aussi le Concile de Trente
dit : « Si quelqu'un affirme qu'Adam, souillé parle péché de désobéissance, n'a transmis à tout le genre humain, que la mort et les peines du corps, mais non le péché qui est la mort de l'àme, qu'il soit anat. »
(Ses. 5. G. 2).
532. (( Le saint Concile déclare que l'Eglise catholique n'a jamais entendu qu'on appelât la concupiscence, péché, en ce sens qu'elle soit vraiinent et proprement un péché chez ceux qui sont baptisés, mais en ce sens qu'elle vient du péché. — Ce péché d'Adam, transmis à tous par la propagation, est un péché propre à chacun, — Si quelqu'un dit que les enfants qui viennent de naître même de parents baptisés, n'ont rien contracté d'Adam, en fait de péché originel, qu'il soitanath. » Can. 4 Hélas ! nous avons été cont^-us dans l'iniquité. Qui peut rendre pur celui, qui a été souillé dans sa conception, sinon vous seul, ô mon Dieu ?
533. Nous avons dit que tous contractent le péché originel à moins d'un privilège spécial. Il est évident, d'abord, que le péché d'Adam n'a pu atteindre N. S. J.-C. conçu du St-Esprit.
V. no 579. Affirmer le contraire, ce serait un blasphème. L'apôtre St Paul, dit qu'il a été éprouvé en toutes choses comme nous, excepté le péché. (Ileb.
IV. 15). Si on pouvait supposer en lui un péché, comme il n'a qu'une persionne en deux natures, le péché serait imputable à la Personne divine. Il serait impie de le penser.
534. Par un privilège spécial à Elle, accordé en vue des mérites de J.-C, la B. V. Marie a été affranchie du péché originel, et, par conséquent, immaculée dans sa Conception. C'est de foi.