‹ Abrégé de théologie dogmatique et moraleChapitre 132 sur 459 · II. Que peut l'homme · texte numérisé non relu

II. Que peut l'homme

DÉCHU SANS LA GRACE. l.Pour CC

qui est de l'inlelligence, il peut connaître quelques vérités naturelles, fùt-il même pécheur ou infidèle. C'est de foi au moins pour l'existence de Dieu. V. n° 248 ; et c'est certain pour la spiritualité et la liberté de l'âme V. no 247.

681. II. Pour ce qui est de la volonté : 1° l'infidèle peut sans la grâce faire quelque bien naturel, et par cogséquent vaincre quelques légères tentations et éviter quelques péchés ; c'est certain, car la nature humaine n'a pas été détruite, aussi l'E-

. glise a-t-elle condamné cette pro ■ position de Baïiis : Toiiles les œuvres des infidèles sont des péchés. 2o Le fidèle pécheur, et à plus forte raison s'il est juste, peut, même sans la grâce actuelle, faire quelques œuvres nalurelltinent bonnes, etc. comme il a été dit ci-dessus et pour les mêmes raisons. D'après le concile de Trente (ses. 6, can. 7) c'est être hérétique que de prétendre que toutes les œuvres faites avant la justification, de quelque manière qu'elles aient été faites, sont des péchés.

Art. h. — De l'efficacité de la grâce.

682. En elle-même, toute grâce est efficace ; car elle donne â ceux â qui elle a été accordée, au moins le pouvoir de faire le bien. Mais si on la considère dans ses efl'els, il y a une grâce qui est suffisante, parce qu'elle donne seulement le pouvoir de bien

LA GRACE ACTUELLE

faire ; une autre c^nice est '///(v/ce, parce ([u'avec elle on fiiit réellement l'aete salutaire. Parlons de l'une et de l'autre.

683. ^ I. De la grâce suffisante. C'est celle, par la(|uelle l'honinie peut vraiment faire le bien surnaturel, mais ne le fait pas en réalité. Celte grâce est excitante, mais non atljuvante ; car la grâce adjuvante est elficace, puisqu'elle accompagne l'homme pendant qu'il fait le bien. Si le pouvoir que donne la grâce suffisante est suffisant en lui-même, mais pas par rapport à riiomme, auquel il est accordé, cette grâce est absolument, mais non relativement suffisante, et c'est celte grâce suffisante seule qu'admettaient les Jansénistes.

Si ce secours est suffisant, non pas seulement en lui-même, njais par rapport à chaque homme et cela dans les circonstances où il se trouve, c'est la grâce relativement suffisante.

Or, il est donné à Vhomme une (jrdce vraiment et relativement suffisante qui n'obtient cependant pas le consentement de l'homme. C'e&ldefoi contre Jansénius. Pr. 1 ) Vous avez toujours résisté au St Esprit. Actes VII.

51. 2) «Dieu, dit le Concile de Trente, après Sl-Auguslin, et avec la raison, n'ordonne pas l'impossible ; maison ordonnant il nous avertit de faire ce que nous pouvons, et de demander ce (jue nous ne pouvons pas. »

L'expérience de tous les jours apprend, que les hommes ne font pas toujours un bien commandé ; et s'ils ne peuvent pas le faire, la loi est inutilo; et injuste ; et injuste aussi serait la damnation.

684 . ^ II. De la grâce efficace. I. // ef*t donné à lliomme uneyrdce efficace par laquelle il fait réellement et in failli blement

le bien. C'est de foi. Pr. l) Dieu opère eu vous le vouloir et le faire.

Phil. II. V3. i2) Il est des hommes qui fontdes œuvres surnaturelles et se sanctifient ; or ils ne peux^'ent pas le faire sans la grâce ; donc ils ont une grâce efficace.

685. II. Celle grâce efficace n'est pas, comme l'a prétendu Jansénius, la délectation victorieuse, à laquelle l'homme dans d'autres circonstances pourrait résister ; mais à laquelle il ne peut résister dans les circonstances présentes. Cela appartient â la foi ; car une semblable délectation victorieuse enlève la liberté. V. n^ 509 et suiv. Tout système qui ruine la liberté est hérétique ; et tous les catholiques admettent que la grâce suffisante donne vraiment et réellement à l'homme le pouvoir, au moins éloigné, de faire des œuvres, surnaturelles : ce qui suffit pour justifier la Providence divine.

fJ86. IW.'D'oà la grâce efficace tire-t-elle son efficacité? Est-ce de Dieu, ou de la volonté de l'homme? Sur celle question les opinions sont diverses ; et toutes semblent pouvoir se ramener à trois.

687. 10 Les moli.xistes disent que ki grâce tient en^cIVet sa veilu de Dieu:

mais qu'elle exige, comme condition .sine qnd non, l'assiîntiment de l'homme; de telle sorte que, si l'homme y acquiesce, elle est par Jà-mCme et'licace; et que, s'il n'y acquiesce pas, elle reste sul'lisante. Avec cette opinion il est facile d'expliquer la liberté de l'homme.

68.S. 2» Les tiiojiistks disent que la grâce est efficace par sa nature, de telle sorte pourtant, que Dieu en accordant son secours, qui agit physiquementsur l'âme, fait (lue l'humnie agit infailliblement, mais cependant librement et surnaturellement. Dieu donne en même temps la puissance d'agir, l'action et lu liborlc de l'action. A ce système se rattache celui des AU(.-usTi\ii:.\s, qui disent que la grâce n'agit pas physiquement comme le veulent les lliomisies, mais bien moralement, par une délectation

DIEU SANCTIFICATEUR

qui, loin de nuire à îa liberté, la rend au contraire parfaite, à cause du plaisir (pie riiomme éprouve en agissant.

689. Les coNonuiSTES font venir l'efficacité de la grâce des circonstances convenables, ou favorables, de telie sorte que la grAce, qui serait suffisan'.e dans des circonstances défavorables, devient efficace dans les circonstances présentes, qui sont convenables. Mais cette convenance des circonstances avec la gr;\ce qu'elle rend efficace, où prendelle son efficacité? en Dieu? alors on retombe dans le système des thomistes.

Dans riiomme? Pour lors on devient moliniste. V. L. OR. D. t. 6, des OEnvres de la grâce, a. 3.

690. 8^' St Liguori expose lui-même son système, qui nous semble tout concilier. Il enseigne qu'une grâce, dont l'efficacité vient de Dieu, est nécessaire pour accomplir les préceptes; mais que l'homme a la grâce suffisante de la prière, qu'il dépend de lui de rendre efficace, car elle n'est efficace qu'aft extrinseco, c'est-à-dire par la libre coopération de l'homme. Avec cette grâce suffisante de la prière, l'homme prie s'il veut, et par la prière, il peut obtenir la grâce efficace ab intrinseco, pour accomplir les préceptes. La grâce suffisante donne donc à l'homuie, sans le secours d'une autre grâce efficace^ le pouvoir de faire réellement certaines œuvres faciles, comme le prier, ibid. a. 7. Il faut donc toujours prier et ne jamais se lasser.

Art. III. — De la distribution de la grâce, et d'abord de l'étendue de cette distribution, et ensuite de la manière dont elle se fait.

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