PARTIE II. DE LA TROISIEME DISSERTATION. DES SACREMENTS
750. Dieu répand sa grâce de plusieurs manières, tantôt il l'infuse dans l'âme intérieurement et sans moyen extérieur ; tantôt il se sert de moyens extérieurs ou des sacrements, dont nous allons traiter. Les sacrements sont des signes sensibles, établis par Dieu, pour signifier ou pour produire la grâce.
"ol. Y a-t-il eu des sacrements dans l'état d'innocence f Les uns l'aflirment, les autres plus communément le nient; car dans cet étal, ils n'étaient pas nécessaires à la sanctification de l'homme.
7o:2. }' en a-t-il eu avant la circoncision ? C'est controversé ; mais tous admettent, que depuis la chute d'Adam, la foi au Christ a été absolument nécessaire au salut. Par cette foi, les adultes étaient justifiés , et les enfants étaient justifiés par la foi des parents, même parmi les Gentils qui avfiient conservé la foi au Christ. Et le sentiment le plus commun et le plus probable, soutient qu'il y avait, même parmi les Gentils, un moyen extérieur, pour aggréger les enfants au peuple de Dieu et que pour les petites filles juives ce moyen était autre que la circoncision.
753. La circoncision était-elle 101 sacrement? C'est aussi controversé : mais il est certain que, sous la loi mosaïque, il y a eu des sacrements puisque le Concile de Trente distingue les sacrements de la loi nouvelle de ceux de l'ancienne. Sess.7,can.
2. Du reste l'homme, depuis sa chute surtout, a besoin des sacrements. St Thomas en donne plusieurs raisons : Il est dans sa nature d'être instruit des choses spirituelles, par les choses cor-
porelles. Par sa chute il s'est incliné vers les choses corporelles, il faut donc qu'il trouve un remède là d'oii vient le mal, et qu'il ait ainsi l'occasion de s'humilier ; enfin par ces rites sacrés l'homme est préservé des pratiques superstitieuses. III, q. 61, a l.
734. Quels étaien' les sacrements de la loi anc'enne? Sur cette question les théologiens ne s'accordent pas. Ils enseignent plus communément que la circoncision était un sacrement, figuratif du baptême, que l'Agneau pascal et les pains de proposition étaient, comme l'enseigne St Thomas, des sacrements figuratifs de l'Eucharistie, que les purifications étaient le symbole de la pénitence, et que la consécration des prêtres figurait le sacrement de l'ordre. K. c. §492. Mais tous les sacrements de la loi ancienne, d'après l'opinion commune, ne donnaient pas la grâce par eux-mêmes, par leur propre" vertu, ex opère operato : mais seulement par la foi, et ex opère operantis. Tandis que les sacrements de la loi nouvelle produisent la grâce par eux-mêmes ex opère operato, comme on le verra par ce que nous en dirons.