‹ Abrégé de théologie dogmatique et moraleChapitre 155 sur 459 · IILD^ la grâce produite · texte numérisé non relu

IILD^ la grâce produite

— 1° Les sacrements produisent lagrâce sanctifiante, c'estcertain.

C'est de celte grâce, en effet, que parle le Concile de Trente : «Par eux, dit-il, toute vraie justice commence, ou grandit, si elle a commencé ; ou est réparée, si elle est perdue. » Sess. 7. Il y a donc des sacrements qui produisent \ai première grâce, c'està-dire l'état de grâce en ceux qui sont dans le péché. Ces sacrenients sont le BaptêtTie et la Pénitence, qui certainement produisent parfois la grâce seconde., ou l'augmentation de la grâce dans ceux qui les reçoivent étant déjà justifiés par la contrition parfaite. Cependant comme ils sont institués pour produire régulièrement la première grâce

L¥S SACRLMENTS EN GENERAL

et non la seconde, on les appelle ^iici-emcHts des morts. Les autres sacrements exigeant l'état de grâce, dans ceux qui les reroivenl.onl principalement pour but de produire la seconde grâce ; et c'est pour cela qu'on les nomme sacrements des vivants.

"76. Les sacrements des vivants produisent-ils par eux-mêmes, ex opère operato. la première grâce en ceux qui les reçoivent avec la seule attrilion,et qui sont, sans le savoir, en élat de péché mortel? Les uns le nient, les autres plus probablement l'aflirment; et la plupart de ceux qui le nient disent que ceux qui reçoivent ainsi les sacrements des vivants, sontjustifiés par la contrition parfaite que les sacrements excitent en eux.

777. 2° Les sacrements., outre la grâce sanctifiante, produisent la grâce sacramenteUe , qui est propre à chacun d'eux et qui consiste dans des secours surnaturels, ou du moins dans le droit à recevoir ces secours aidant à atteindre la fin du sacrement.

C'est théologiquement certain que chaque sacrement produit cette grâce spéciale. S'il en était autrement, un seul sacrement suffirait; et les sacrements ne difTèreraient les uns des autres que par le rite extérieur. Or, la grâce sacramentelle du Baptême a pour but de purifier Tàme, celle de la Confirmation de fortifier dans la foi, celle de l'Eucharistie de nourrir lavie spirituelle, celle de la Pénitence de détruire le péché, celle de l'Extrème-Onction celle de donner la force de soutenir victorieusement les derniers assauts du démon. Celle de l'Ordre, de fournir à celui qui le reçoit des secours pour bien accomplir ses fonctions, celle du Mariage d'aider les époux à bien supporter leurs charges et à bien remplir leursobligations.L.E. 22.

778. La grâce des sacrements est-oUe égale ? — Quand les sacrements sont différents, la grâce

est inégale, disent les uns; parce que d'après la définition du Concile de Treille, les sacrements ne sont pas égaux en digiiilé; cependant d'autres théologiens soutiennent que la grâce des sacrements est égale. Quand le sacrement est le même, s'il est administré àdes sujets également disposés, la même cause produit les mêmes effets, quand rien n'y met obstacle. C'est l'opinion commune. Dans les sujets diversement disposés, la grâce varieavec leurs dispositions. C'est ainsi que le soleil illumine davantage un cristal plus pur. S. 176.

779. Est-ce que La grâce des sacrements, qui ont été nûidement administrés, et qui n'a pas été donnée à ceux qui y ont mis obstacle, revit, quand robstacle est enlevé? L'opinion commune est que la grâce du baplême revit; il est plus probable qu'elle revit aussi la grâce de la Confirmation, de l'Extrème-Onction, de l'Ordre et du Mariage, bien que ces sacrements aient été reçus sciemment d'une manière indigne, car il ne faut pas supposer que Dieu, qui est si bon, prive l'homme pour toujours de grâces si nécessaires. Pour la Péintence c'est plus douteux. Cependant St Liguori affirme plus probablement que la grâce de ce sacrement revit, dans le cas où celui qui s'est confessé a accusé une faute grave, sur laquelle il s'est excité à la conlrilion par le motif de ladilTormité de celte faute, oubliant une autre espère de péché qu'il a commis, mais auquel sa conlrilion ne s'étend pas. Dans ce cas le sacrement a élé valide mais informe, c'est-à-dire qu'il n'a pas produit la grâce dans celui qui l'a reçu; et cette grâce revivra, quand l'obstacle "sera levé. Quelques auteurs ajoutent un autre cas, qu'ils résolvent de

DIEU SANCTIFICATEUR

la même manière, c'est celui où le pénitent accuse plusieurs péchés, avec la contrition de quelques-uns seulement, ignorant invinciblement que la contrition doit être ujiiverselle. La grâce de l'Eucharistie ne revit que lorsque l'obstacle posé même sciemment est enlevé par la contrition parfaite, pendant que les saintes espèces ne sont pas altérées dans le communiant.

780. Mais qu'est-ce qui est nécessaire pour enlever l'obstacle à la grâce du sacrement? La disposition nécessaire, pour recevoir le sacrement avec fruit, suffit pour réparer ce qui a été mal fait. Ainsi, il est probable que l'attrition suffit pour les sacrements des morts; et d'après quel- ({ues-uns, elle suffitaussi pour les sacrements des vivants, quand ils n'ont pas été sciemment mal reçus. S'ils ont été sciemment m,al reçus, il faut nécessairement la contrition parfaite, ou l'attrition avec le sacrement de pénitence, pour en faire revivre la grâce. Et mèmedansce dernier cas, il n'est pas croyable que celui qui, sciemment s'est mal confessé et a communié souvent sacrilègemenf, puisse faire revivre la grâce des sacrements ainsi profanés. C'est assez que Dieu lui pardonne.

781. I II. Des autres effets DES sacrements; en particulier Du CARACTÈRE. — Outre la grâce sanctitiaiileet la grâce sacramentelle que les scholastiques appellent re)i) sacramcnti, la chose, tandis qu'ils réservent le nom de sacremenl au signe sensible, c'està-dire â la matière et â la forme, les sacrements opèrent encore d'autres elTeis que les auteurs appellent la chose et le sacrement à la fois, rem et sacramentum simuL Ces elîets sont distincts de la grâce, mais ils sont connexes avec elle, ou comme signe, ou

comme cause. Res simulei sacramentum, dans le Baptême, la Confirmation et l'Ordre sont le caractère, dont nous allons parler. F ranzelin, de sacram. p. 176, 3e édit.

11 est de foi, en effet, contre Wiclef et Luther, que ces trois sacrements impriment un caractère, même dans ceux qui les reçoivent sans les disposiiions voulues. Pr. 1) Les rebaptisants ont toujours été, en effet, regardés comme hérétiques. 2) a Si quelqu'un dit qu'un caractère, c'està-dire un signe spirituel et indélébile n'est pas imprimé dans l'âme par trois sacrements, savoir : le baptême, la confirmalion et l'ordre, ce qui fait qu'on ne peut les administrer de nouveau, qu'il soit anat. :» Sess. 7, can. 9.

78:2. Le caractère n'est donc pas une pure (iénornination extérieure, mais bien un signe, ou un sceau imprimé dans l'àme et indélébile en cette vie d'abord, et c'est de foi, et ensuite en l'autre, comme on l'enseigne communément. Le caractère est un accident permanent de l'àme ; selon quelques auteurs, il orne la substance de l'àme, comme la beauté orne le corps. Selon St Thomas, i! a pour sujet les puissances de l'àme, c'està-dire l'intelligence en laquelle est la foi ; et c'est une sorte de participation au sacerdoce de J.-C. (IH, q.Gii, a. 4. i C'est une sorte de puissance spirituelle, par laquelle l'àme devient capable de recevoir, ou d'administrer les autres sacrements. Le caractère du baptême est la marque des brebis du divin bercail ; celui de la confirmation est celle des soldats du Christ ; et celui de l'ordre, la marque du sacerdoce de J.-C. S. 180 et suiv.

78i>. Dans l'Eucharistie, la chose et le sacrement tout à la fois, c'est le corps de N. S. rendu présent. Dans le mariage, c'est le lien indissoluble. Jusque là pas de controverse. Il est plus difficile de déterminer quels sont la cltose et te sacrement tout à la fois dans la Pénitence etrExtréme-Onction ; cependant Franzelin dit que dans la pénitence, c'est la paix et la sérénité de la conscience, dont parle le Concile de Trente et qui accompagùe la réconciliation avec Dieu; el dansTExtréme- Unction, le soulagement et la force que tiouve l'àme, ou la santé du corps qui

LES SACREMENTS EN GENERAL

en résulte.

784. Que produit le vœu ou le désir du sacrement, dans celui qui ne peut pas le recevoir •? Certainement il n'imprime pas de caractère ni ne produit aucune grâce ex opère operato\ mais joint à la contrition parfaite, il produit la grâce sanctifiante, et peut obtenir des grâces semblables à celles qu'on puise dans le sacrement lui-même, quand on peut le recevoir. S. 177.

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