CHAPITRE IL
DES RÉCEPTACLES ET DE l'ÉTAT DES AMES APRÈS LA MORT.
1718. St Thomas compte cinq
DIEU CONSOMMATEUR
réceplacles, savoir: le limbe des Pères, le limbe des enfants^ le purgatoire, le ciel et l'enfer ; et il dit que le limbe des enfants se distingue de celui des Pères, et que l'un et l'autre se distinguent de l'enfer et du purgatoire. Mais tous ces lieux sont voisins, d'après l'opinion commune. Les âmes séparées ne sortent pas ordinairement de leurs réceptacles, selon la doctrine du même saint docteur. (D. T.
suppl. q. 09, a. 3, a. 1, a. 4, 5, a. 7.)
4719. St Thomas traite de la connaissance des âmes séparées ; et voici ce qu'il en dit : En ce monde l'intellect de l'homme ne peut connaître, en ellesmêmes, les substances séparées de toute matière, comme Dieu, l'ange, les ûmes séparées des corps, car notre intelligence s'exerce sur les images fournies par les sens ; et les sens ne nous apportent pas l'image des choses spirituelles, que l'intellect ne voit pas non plus en ellesmêmes. L'àme humaine se connaît toutefois par ses opérations et ses puissances ; et par cette connaissance qu'elle a d'elle-même, elle se met en voie pour connaître les choses spirituelles, qu'elle n'arrive pas pourtant à connaître parfaitement, en se connaissant elle-même, et encore moins, en connaissant les choses matérielles, dont la nature est différente de celle des choses spirituelles, bien que d'une manière logique le mot de substance convienne aux unes et aux autres. T. I, q. 88, a. -1 et 2.
1720. L'àme séparée, ne peut plus user des images des sens, qui lui arrivent par le corps ; mais l'intellect possible existe toujours en elle, et agit. Toutefois bien que l'intellect, affranchi de la pesanteur du corps, puisse, d'une certaine manière, se porter plus facilement, vers la connaissance des choses immatérielles ; cependant celte manière d'être et de connaître revient moins bien à la nature de l'àme humaine, qui est au dernier rang des intelligences, et qui, pour cette raison, ne peut pas facilement saisir, comme les anges, les choses les plus élevées. Elle a besoin de descendre dans les détails que lui fournissent les sens; c'est ainsi qu'un ignorant ne comprendra que difficilement les théories des sciences, et qu'il aura besoin qu'on les lui fasse comprendre par des expériences. (1. q. 89.
1721. L'âme séparée ne connaît pas par des idées innées, qu'elle n'a jamais eues, ni par des images tirées des sens, auxquels elle n'est plus unie ; elle ne conserve pas non plus la mémoire sensitive ; mais elle garde les connaissances que l'intellect possible et la mémoire intellectuelle auront acquises sur la terre. De plus l'âme séparée reçoit des images, qui sont répandues en elle, par l'influence de la lumière divine, lumière non de gloire, ni de grâce, mais lumière naturelle. C'est ainsi que les anges ont reçu naturellement, aux jours de leur création, les images de tous les êtres créés, en sorte qu'il les connaissent tous naturellement. Les anges se connaissent eux-mêmes, dans leur propre substance, qui étant immatérielle est l'objet de leur intellect ; ils connaissent Dieu par l'image qu'ils ont de lui dans leur essence qu'ils voient ; ils connaissent les autres anges et les autres créatures, même particulières, dans les images imprimées en eux par la lumière divine; les âmes séparées se connaissent aussi immédiatement elles-mêmes; et se connaissant directement elles-mêmes, elles connaissent les autres âmes séparées, qui sont de môme nature qu'elles ; elles connaissent les anges et les autres créatures, par des espèces répandues en elles par Dieu, mais imparfaitement et d'une manière bien plus confuse, que celle dont connaissent les anges, à moins qu'elles ne soient éclairées par la gloire. Elles connaissent aussi, par les espèces répandues en elles par Dieu, les individus, mais ceux-là seulement, vers lesquels elles sont inclinées, ou par la connaissance qu'elles en ont eue autrefois, ou par quelque disposition divine. I, q. 89, a. 4. La distance locale n'empêche nullement la connaissance des âmes séparées: le mauvais riche vit Abraham de loin. Cependant les âmes séparées n'ont pas régulièrement, à moins qu'elles ne soient béatifiées, la connaissance des choses qui se passent en ce monde. (I. q. 89, a. 8.) Les âmes béatifiées peuvent être oîi elles veulent. Sup. q. 69. a. 3. Mais quand celles qui ne sont pas béatifiées apparaissent, c'est par la permission de Dieu, ou ce sont les bons, ou les mauvais anges qui apparaissent à leur place, sans que les morts le sachent.
(Ibid). Les anges, qui ne sont pas déterminés à un corps, peuvent mouvoir plusieurs corps ; mais l'àme séparée ne peut mouvoir aucun corps, autre que le sien, et encore ne le meut-elle, qu'autant qu'elle le vivifie; et elle ne le vivifie qu'autant qu'elle lui est unie. (T. 1, 2. q. 117, a. 4).