LE PURGATOIRE
1722. On appelle sein d'Abraham, ou limbe, le lieu dans le- (^uel étaient détenus les saints de 1 ancienne loi, lorsque la porte du ciel ne leur était pas encore ouverte. Ces saints par la foi en Jésus-Christ, qui devait venir parla charité et les bonnes œuvres étaient justifiés, quant à la coulpe du péché, tant originel, qu'actuel, et quanta lapeinedu péché actuel; mais ils étaient retenus parla oeine due au péché originel, qui les privait de la vision de Dieu, tant que le prix de leur rédemption n'était pas payé.
C'est ainsi qu'aujourd'hui, les fidèles, affranchis du péché originel et actuel par le baptême, ne sont pas exclus de la gloire ; mais ils restent encore soumis à la nécessité de subir la mort corporelle. T. III. q. 52. a. 5).
1723. Dans les limbes, les patriarches n'éprouvaient aucune douleur; mais ils étaient privés de la gloire ; et cette privation, bien qu'ils fussent consolés par respérance,élaitcependant pour eux une sorte de douleur. Celieu fut évacué, après la descente de Jesus-Christ, aux enfers.
1724. Nous avons déjà parlé, au no 546, du limbe et du sort des enfants qui y sont ; il nous reste à parler du purgatoire, de l'enfer et du ciel, en remarquant avec saintThomas, que l'àme séparée ne conserve pas ses puissances sensilives, ni leurs actes ; d ne lui reste que la vertu d'exercer de nouveau ces puissances, quand elle sera de nouveau unie au corps. Ibid. q.70. a 1, a. 2).
Art. I. — Du purgatoire,
1725. Le purgatoire est un lieu dans lequel souffrent les âmes des justes, qui ont encore des peines à expier. Je dis souffrent, car elles ne méritent pas, elles
ne satisfont pas non plus, à proprement parler, puisqu'elles sont en dehors de la voie. Elles ne peuvent que souffrir pour se délivrer. Le purgatoire, d'après l'opinion commune, est dans la terre et il est voisin de l'enfer. Quelques-uns disent cependant que lésâmes sont purifiées dans le lieu de la terre, où elles ont péché ; et St Thomas suppose que cela arrive quelquefois. Sup.q 100. a. 2. D'autres disent qu'elles sont purifiées dans l'enfer Lig. Œ. Dogm. Tom. 7. edit.' Çastermann, p. 266.Nous devons donc parler: 1° de l'existence du purgatoire; 2° des souffrances du purgatoire, 3° des rapports des âmes du purgatoire avec les vivants.
1726. § I. De l'existence du PURGATOIRE. Lc purgatoire existe: c est de foi contre les protestants. ..Pr. 1) Judas Machabée envoya a Jérusalem offrir un sacnûce,pour les péchés des morts. JlMac. XII. 43. // ne lui sera remis, ni en ce siècle, ni en l autre. Math., XII 30 2) Parla raison. Ilyen a qui meurent ou avec le péché véniel, ou avec la peine temporelle qui n'est pas expiée, où iront-ils? Il faut remarquer avec St Thomas que parla vertu de la grâce, le péché véniel peut être expié, quant à la coulpe, par les peines du purgatoire, qui sont en quelque sorte volontaires, en ce sens que les âmes séparées les supportent avec patience.T. sup. q 100 a. 0. Cependant il y en a qui disent, que la coulpe du péché véniel est remise, par la contrition que lame juste produit en sortant de son corps, et non par les peines. 3) Par la tradition de tous les peuples. 4) Par le concile de Florence : « Nous définissons que les âmes des vrais pénitents qui sont morts dans la
DIEU CONSOMMATEUR
charilé, avantd'avoir été pnrifiés par de dignes fruits de pénitence,de leurs péchés d'action et d'c mission, sont purifiés après la mort par les souffrances du purgatoire. » S. 24.
1727. 1 II. Des peines du PURGATOIRE. Il est Certain que les peines du purgatoire sont moins terribles quecelles del'enfer ; car les âmes justes jouissent de l'amitié de Dieu. C'est certain aussi que les âmes du purgatoire ne voient pas Dieu intuitivement, et que par conséquent elles subissent la peine temporaire du dam. Quant à la peine du sens, il y en a qui la nient ; les Grecs admettent la peine du sens, c'est-à-dire, des souffrances et des douleurs ; mais ils nient la peine du feu ; et ils ne sont pas condamnés. Mais le sentiment constant de l'Eglise latine, qu'il faut enseigner, c'est que les âmes du purgatoire sont tourmentées par un feu matériel, semblable à celui de l'enfer ; c'est pourquoi l'Eglise demande, pour elles, un lieu de rafraîchissement, de lumière et de paix. C'est certain que leurs peines sont très graves, comme tous l'enseignent ; car le siècle à venir est le temps de la justice. S. 102. S. Thomas enseigne, contre certains autres, que la plus petite peine du sens et du dam dans le purgatoire, l'emporte sur la plus grande de cette vie. T. Sup. q. ÏOO, a. 3.
1728. On enseigne communémentquelesâmes sont soulagées, dans leurs peines, parla foi, car elles ne voient pas encore; par l'espérance, car elles ne possèdent pas encore; et par la charité, car elles savent qu'elles sont en état de grâce; et elles sont sûres de leur béatitude future.
La doctrine contraire est fausse, d'après St Thomas ; et elle a été condamnée dans la 38™0 propo-
sition de Luther. Cependant el= les ne méritent pas, car elles ne sont plus dans la voie et elles sont impeccables.
1729. Quant à la durée des peines du purgatoire, il n'y a rien de certain. St Thomas enseigne que certaines âmes seront plus vite délivrées que d'autres.
(Ibid. a. 8). Pour quelques-unes, cette durée peut être très longue, d'après l'opinion commune. L'Eglise permet des fondations perpétuelles. Ce qu'ily a de certain, c'est qu'après le jugement général, il n'y aura plus de purgatoire. A la fin du monde, les hommes seront donc purifiés plus vite; mais aussi pardes souffrances plus terribles.
1730. § III. Des rapports des âmes